La pollution automobile

Pollution automobile

Tous les chiffres s’accordent: le transport automobile et routier occupe une place prépondérante dans les émissions de polluants urbains. Les constructeurs automobiles nous promettent la voiture propre pour bientôt…

Mais seul un changement des comportements peut inverser une tendance inquiétante… « La pollution de l’air provoque chaque année 16000 décès prématurés au Canada, dont 1900 dans la seule région de Montréal. » (Québec Science) « Les médecins constatent, après chaque pic de pollution, une augmentation des consultations ou des admissions à l’hôpital pour des troubles non seulement respiratoires, mais aussi cardio-vasculaires » (Le Monde du 20/9/2001) « 100 millions d’américains vivent dans des villes où la concentration d’ozone au sol due à l’automobile est supérieure aux normes fédérales américaines. » (Association pulmonaire américaine) Les cyclistes des grandes villes connaissent bien cet « inconfort thoracique », cette « irritation nasale et oculaire », cet « essoufflement » décrits par la médecine. Eux pourtant n’en sont pas les premiers responsables.

Toutes les études le confirment: la qualité de l’air des agglomérations est aujourd’hui conditionnée par les émissions dues au trafic routier. Si globalement, la pollution urbaine a diminué au cours des dernières décennies, c’est essentiellement grâce aux efforts consentis dans les domaines du chauffage et des industries. Par exemple, en dehors de certaines zones industrielles, il n’y a quasiment plus de problèmes de SO2. Mais l’automobile nous permet aujourd’hui de goûter (dans l’ordre de production) aux joies du benzène, des composés organiques volatils non méthaniques (COVNM), des oxydes d’azote (NOx) et enfin de l’ozone atmosphérique (O3). Moins irritant, mais peut-être plus préoccupant à long terme, le bon vieux gaz carbonique (CO2), principal responsable de l’effet de serre : 25% de sa production mondiale (et 40% de sa production française) d’origine humaine proviennent des transports.

Pourtant des normes de plus en plus sévères obligent les constructeurs à installer sur leurs nouveaux modèles des systèmes de dépollution relativement performants. D’importants progrès sont d’ores et déjà mesurables, pour certains polluants, à la sortie des pots d’échappement des véhicules neufs. Et « pour que l’automobile soit toujours un plaisir », comme le vante la publicité (implicitement sur la défensive…) d’un célèbre constructeur, la voiture propre nous est promise pour demain.

Mais les lois de la chimie sont dures. Et l’on voit tout d’abord mal comment éviter la production de CO2 en brûlant des hydrocarbures. Donc en ce qui concerne l’effet de serre, à moins d’un très hypothétique abandon du pétrole, aucune amélioration n’est à espérer. Seule une importante réduction du volume du trafic automobile permettra d’enrayer le réchauffement planétaire aux conséquences de plus en plus inquiétantes.

Peut-on au moins espérer une baisse prochaine de nos inhalations de benzène, NOx, O3 et autres COVNM ? Oui, si les automobilistes changent tous de voiture dans les prochaines semaines, sans augmenter pour autant le parc automobile total et en refusant « courageusement » la climatisation! Car tout d’abord les progrès réels à la sortie des pots d’échappements récents n’ont aucun effet rétroactif. Et le parc automobile se renouvelle lentement. De plus en plus lentement: l’âge moyen d’une automobile est passé de 6 ans en 1985 à plus de 7 ans en 1999. Ensuite, même si chaque voiture neuve pollue de moins en moins, il y a de plus en plus de voitures: en 25 ans, le taux de motorisation des ménages est passé de 250 à plus de 400 véhicules pour 1000 habitants. Enfin, les automobilistes n’aiment pas transpirer: pour le plus grand profit des constructeurs, 90% des véhicules vendus en 2010 devraient être climatisés. Entraînant des surémissions de l’ordre de 20% (soit 7% de moyenne pour un fonctionnement un tiers du temps dans l’année… si le réchauffement planétaire n’oblige pas à mettre la clim’ un peu plus souvent!)

Rendre les pots d’échappement presque respirables n’est donc absolument pas une solution aux problèmes de réchauffement climatique et pratiquement pas aux problèmes de pollution. Si les tendances actuelles se prolongent, on table sur une hausse du trafic urbain de 43% pour les voitures particulières et les véhicules utilitaires légers entre 1994 et 2020. Faut-il donc se résoudre aux bronchites et aux crises d’asthme en regardant monter les océans?

Quelques chiffres, les derniers: une fois sur deux, au niveau de l’Union Européenne, on utilise sa voiture pour effectuer moins de 3 km, une fois sur quatre pour moins de 1000 m, une fois sur huit pour moins de 500 m! N’en déplaise au lobby automobile, il est bien plus facile de diminuer le trafic motorisé que de tenter tant bien que mal de récurer les pots d’échappement. Pour cela, encore faudrait-il que nos responsables politiques prennent de réelles mesures discriminatoires contre l’automobile, incitatives à l’égard des modes de déplacement doux. Faute de quoi ne risquent-ils pas un jour d’être piteusement obligés de se déclarer « responsables mais pas coupables » de l’air contaminé ?

François Thomas

La plupart des chiffres cités sont tirés du n° 69 des « Données de l’environnement », publié par l’Institut Français de l’Environnement (Ifen).

Extrait de la revue Vélocité n° 64 ( novembre – decembre 2001 ) édité par la Fubicy

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