Cyclane : un projet d’écovillage sans voitures

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Un an de déplacement lent au rythme des ânesses dans le cadre de la marche pour la décroissance m’ont fait rencontrer tant de gens, découvrir tant de contrées, m’ont fait ressentir tant d’émotions liées à mon environnement immédiat. Je voudrais continuer dans le cadre d’un projet sédentaire en contribuant à une initiative d’écovillage dont les déplacements seraient basés sur les vélos, les transports en commun, et la traction animale, c’est le projet Cyclâne d’écovillage sans voiture. C’est un projet du réseau mondial sans voiture (http://www.worldcarfree.net), et qui fut objet de nombreuses réunions lors de la marche pour la décroissance entre Lyon et Magny-Cours. Une centaine de personnes se sont déclarées intéressées par le projet jusqu’à présent.

J’ai vécu dans plusieurs pays à la ville ou à la campagne sans voiture. J’ai par ailleurs visité de nombreux écovillages, à chaque fois dépendants des automobiles. Par ce projet d’écovillage, l’idée est de combiner humains et nature sans se rendre dépendants de la voiture. Sortir du dilemme entre la ville et la campagne avec voiture, et choisir une 3ème voie qui ne soit pas non plus l’autarcie fermée vécue par nos ancêtres.

Les méfaits de la voiture

Ce projet part d’une révolte, d’un problème gravissime : on continue à développer des modes de vie qui seront complètement dépendants de la voiture et desquels découle une ribambelle de désastres non prévus : une coupure avec nos environnements immédiats, l’utilisation de produits transportés à tout va et servis dans tous ces supermarchés, des réseaux d’ami-e-s éloignés les uns des autres, une économie régionale, nationale, mondialisée.[1]

Avec un million et demis de tués par an, la voiture peut se vanter de tuer plus que toutes les guerres . Avec les animaux écrasés sur les routes, elle peut se vanter de tuer plus que la chasse. Avec ses émissions polluantes elle peut se vanter de polluer plus que tout autre industrie. Les routes stérilisent des espaces plus importants que toute autre activité humaine. [2]. Les autoroutes créent des coupures pires que les fleuves. Les routes représentent les plus grands dépotoirs toxiques étalés dans l’espace .

Si nous développons les productions végétales pour faire des carburants pour nos moteurs, les transports routiers pourront même se vanter d’utiliser plus d’espace agricole que l’agriculture nourricière [3].

Et la voiture est typique de nos visions égoïstes individualistes.

Dans une démarche écologique ou de décroissance, la remise en cause de la voiture semble alors un angle d’action plus que fondamental. Or malgré tous les beaux discours sur le développement durable, le nombre de voitures continue d’augmenter dans nos pays riches. Si le monde entier se met à conduire comme dans l’occident nous multiplierons le nombre de voitures par 6 en 2050. Et si tout le monde se met à conduire autant qu’aux Etats-Unis (modèle que nous suivons actuellement en vivant de plus en plus à la campagne avec nos voitures), nous multiplierons le nombre de voitures par 11 en 2050.

Face à cette situation dramatique, que pouvons-nous faire ?

Nous proposons de démontrer en un lieu de campagne qu’il est possible de vivre sans voiture en renouant avec la vision écologique de l’économie de proximité proche de la nature. Basé sur un contrat clair entre les habitants : vivre sans voiture, ce projet vise un foisonnement d’initiatives tant agricoles, qu’artisanales, culturelles et sociales… etc, dynamisant une économie de proximité ainsi que la recherche et l’innovation.

Il développera des alternatives à la voiture, incluant entre autres des infrastructures pour la bicyclette, la traction animale et les transports en commun, permettant une vie agréable sans automobile. La perspective est très actuelle avec la montée des prix du pétrole, et parait inévitable à terme.

En se coupant de l’univers automobile, on s’ouvre à un univers local, de proximité avec la nature et les habitants. De la remise en cause des transports individuels motorisés peuvent découler la relocalisation, l’écologie et un avenir durable pour tou-te-s. Un tel projet peut recréer la dynamique qui faisait que les gens avaient envie de vivre proche les uns des autres tout en permettant le maximum de production locale.

Voyager loin n’est pas exclu, mais seulement pour une longue période, pour découvrir vraiment d’autres gens et d’autres horizons. Dans ce cas, il n’est pas grave d’utiliser des moyens de transport plus lents comme le train et le vélo plutôt que l’avion et la voiture. L’usage de transports doux va favoriser la production et les échanges locaux de nourriture, l’utilisation d’énergie et de matériaux locaux. Nous soutiendrons les transports publics locaux.

Appel à tous

Nous lançons un appel à toutes les personnes soutenant la décroissance ou prêtes à soutenir un tel projet car nous recherchons un terrain de 10 ha ou beaucoup plus, avec un bâtiment au moins, proche d’une gare (10 km grand maximum) et de transports en commun qui pourra être acheté, loué ou concédé pour permettre un usage à long terme. Nous ne recherchons pas un lieu isolé. Nous ne nous sommes pas restreint-e-s à une aire géographique, le plus important étant que les conditions soient appropriées pour vivre sans voiture.

Nous recherchons aussi des financements et des personnes ayant des compétences agricoles, artisanales, organisationnelles et des compétences en construction pour mener à bien le projet.

Jusqu’où sans voiture ?

Les ambulances, voitures de médecins et pompiers auront toujours accès. Pour éviter une dépendance vis à vis des voitures et camions de livraison de l’extérieur, une éco-taxe sera perçue sur ceux-ci, et son produit servira à financer des alternatives. Si l’association doit mettre en place un transport en commun, elle le fera exclusivement dans le cadre d’un horaire planifié.

Il ne s’agit pas de créer un lieu fermé bien au contraire. Comme tout le monde utilise la voiture pour aller voir les autres, on pense que c’est un outil de rencontre. En fait la voiture permet de rester en contact avec des gens qui sont loin en coup de vent, tout en restant la plupart du temps enfermé dans une boîte en tôle insensible aux contrées traversées. L’idée est au contraire de s’ouvrir énormément à la micro-région autour du village sans voiture. De la même manière, la marche pour la décroissance a permis de s’ouvrir à de nombreuses personnes alors qu’elle se faisait sans voiture. L’idée sera aussi de faire des tournées de colportage en âne ou vélo, pour organiser rencontres et échanges avec les alentours.

Pour ce village, nous sommes en train d’élaborer une charte, une association et de préparer le lancement d’une souscription pour financer le projet. Si vous avez un moyen de nous aider contactez-nous :
– par François Schneider, Chez André Aubry, les Pères Bas, 82700 Montech
– par email
– par téléphone au 06 74 39 21 06 ou au 05 63 65 02 32.

François Schneider


Cet article a été publié dans la revue Passerelle Eco n°21.

[1] La voiture, c’est la guerre ; Dix objections majeures à la civilisation de l’automobile individuelle, Bruno Clémentin. Voir aussi les articles dans Carbusters de juin 2003, dans Silence de Décembre 2004.

[2] Les cendres volantes des incinérateurs pleines de dioxines sont par exemple incorporées dans le bitume

[3] En fait la surface de la France ne suffirait pas à répondre aux besoins d’huile végétale ou de bio-carburants au niveau de trafic routier actuel, et il faudrait convaincre les pays du tiers monde de produire pour nous, déjà qu’ils produisent du soja pour nos vaches. Dans un monde équitable, nous aurons besoin du biocarburant disponible pour les véhicules d’urgence et pour les transports en commun.

François Schneider

A propos de François Schneider

Chercheur en environnement spécialiste de l'analyse du cycle des matériaux dans les processus industriels