La fin du pétrole accélère la fin de l’automobile

Alors que les ventes d’automobiles stagnent dans les pays développés, elles explosent dans les pays en voie de développement. Le milliard de voitures en circulation sur Terre a déjà été dépassé fin 2007 et les taux de progression des ventes de voitures dans les Pays du Sud sont pour le moins inquiétants. Heureusement, un cours du pétrole durablement au-dessus de 180 dollars le baril pourrait nous sauver de l’auto-massification et de la destruction de la planète.

Cette année, les ventes automobiles en Chine pourraient augmenter de 15% à 10 millions d’unités grâce à la forte demande des particuliers, a dit samedi un officiel de l’Association des fabricants automobiles de Chine. Pour comparaison, on vend environ 2 millions de voitures neuves par an en France. Les dernières statistiques de l’association montrent que plus de 4,3 millions de véhicules ont été vendus sur les cinq premiers mois de l’année 2008, en hausse de 17% sur un an.

En Russie, les ventes de voitures neuves avaient augmenté de 36% en 2007, ce qui reflète le nouveau pouvoir d’achat d’une classe moyenne naissante en Russie. Selon Ernst & Young, en 2008, la Russie va surpasser l’Allemagne en tant que plus gros acheteur de voitures d’Europe. « D’ici 2012, les Russes achèteront plus de cinq millions de voitures neuves par an », continue The Economist.

Au Brésil, les ventes d’automobiles ont atteint un niveau record de 248.945 unités en avril, a annoncé la Fédération nationale de distribution de véhicules à moteur. Les ventes ont augmenté dans tous les types de véhicules, qui ont enregistré une hausse totale de 29,9% en avril, par rapport à avril 2007. Selon la fédération brésilienne, 866.463 véhicules ont été vendus durant la période janvier-avril 2008, soit une hausse de 35,6% par rapport à la même période de 2007.

En Inde, les ventes d’automobiles s’élevaient à 1,1 million en 2005, et ce chiffre devrait doubler d’ici à 2010 à mesure que la classe moyenne indienne progresse. L’Inde a produit 1,7 million de voitures en 2007, en hausse de 14% par rapport à 2006.

Imaginez les conséquences d’un tel nombre de voitures sur les routes. Ajoutez-y le parc automobile actuel des pays développés, certes en stagnation mais déjà très important. Pensez à toute l’essence qu’il va falloir. Et à tout le métal utilisé. Et aux quantités énormes de CO2 émises dans l’atmosphère, protocole de Kyoto ou pas. Imaginez les routes qu’il reste à goudronner et celles qu’il faudra doubler ou tripler pour faire face à la congestion automobile inévitable. C’est ahurissant.

Heureusement, notre salut et celui de la planète pourrait bien venir de la hausse ininterrompue et salvatrice du pétrole. Du moins, c’est le cabinet de consultants Arthur D. Little qui nous l’affirme. Pour le moment, on constate en effet que les marchés émergents (Chine, Inde, Russie, etc.) manifestent de solides signes de croissance mais, en fonction de la hausse à venir des prix des carburants, on ne peut exclure que le scénario de baisse « à l’américaine » se répète dans d’autres régions du monde.

Le cabinet Arthur D. Little a bâti trois scénarios d’évolution du marché automobile mondial pour l’horizon 2012 en fonction de l’évolution du pétrole, avec un baril à 130, 150 et 180 dollars.

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Les deux premiers scénarios, les plus indolores pour les constructeurs d’automobiles, sont bâtis sur l’hypothèse d’un baril de pétrole à 130 et 150 dollars respectivement d’ici à quatre ans, non loin du niveau actuel. Dans ces deux cas, la croissance des ventes dans les principaux marchés (Amérique du Nord, Europe, Chine, Japon et Brésil) serait de 15 % entre 2007 et 2012, soit une moyenne de 2,6 % par an. La différence entre les deux scénarios tient surtout à la composition des ventes de véhicules, avec une très forte prépondérance des segments inférieur et moyen (jusqu’à 56 % du total) au fur et à mesure qu’on approche le seuil des 150 dollars.

En revanche, dans le troisième scénario, que le cabinet qualifie de « révolution » et où l’on verrait le baril de pétrole passer à 180 dollars, les achats de voitures sur les principaux marchés reculeraient de 8 % par rapport à 2007. Les grandes berlines seraient particulièrement touchées (- 21 % à – 39 % selon les catégories). Dans cette perspective, qui est loin d’être irréaliste, le marché américain serait dynamité, les immatriculations chutant de plus de 5 % par an et de 28 % sur la période 2007-2012. L’Europe connaîtrait un léger recul (- 3,5 % en cumul sur cinq ans), tandis que la croissance de la Chine, certes significative (+ 31 %), serait réduite de moitié. Parmi les constructeurs, les ravages seraient beaucoup plus grands chez les spécialistes du haut de gamme (- 30 %) que chez les généralistes (- 15 %).

Enfin, le cabinet Arthur D. Little balaie une idée reçue : même d’ici à 2020, « les nouvelles technologies (hybrides, électricité, gaz naturel comprimé, etc.) ne devraient pas s’imposer. Elles n’apporteront pas la réponse à la réduction des émissions de CO2 ».

Un pétrole à 180 dollars le baril devient dans ce contexte une bonne nouvelle pour l’environnement et pour la planète. Pour plus de précautions, on peut donc souhaiter un pétrole à 200 dollars le baril d’ici 2012 afin d’enfoncer durablement le secteur automobile. Aux dernières nouvelles, le pétrole est à près de 140 dollars le baril en juin 2008. La fin du pétrole et la fin de l’automobile sont proches, vivement 2012!

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

Un commentaire sur “La fin du pétrole accélère la fin de l’automobile

  1. Flora

    Lorsque le pétrole commencera à disparaître, il n’y aura pas de solution de rechange pour tous les véhicules à l’échelle de la planète. Certains besoins prioritaires et essentiels pourront être satisfaits, mais pour la très grande part des utilisations actuelles, l’absence de pétrole signifiera la fin des voitures et des camions.

    La quantité d’électricité à produire, pour remplacer les véhicules actuels par des véhicules électriques ou à hydrogène, est si immense que des milliers de réacteurs nucléaires n’y suffiraient pas.

    Et ceux-ci ne pourraient pas être construits avant la disparition complète du pétrole. D’ailleurs, il n’y aurait pas assez de combustible nucléaire pour les faires fonctionner.

    En résumé, faire marche arrière pour corriger les erreurs commises depuis 60 ans et repartir sur de nouvelles bases.

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