La fin du mythe automobile

Le quotidien Libération consacrait hier sa première page aux difficultés auxquelles l’industrie automobile doit faire face actuellement. Le journal parle de la fin d’un mythe, celui de la société de l’automobile. La voiture, autrefois symbole du progrès social, doit à présent se réinventer… ou disparaître. La crise du pétrole et les changements climatiques forcent aujourd’hui les constructeurs automobiles à repenser leurs modèles. Pour le quotidien, ce changement d’ère n’est pas sans conséquences. En France, Renault a annoncé un plan de restructuration qui implique 5.000 suppressions d’emploi. Et selon le journal, ce n’est qu’un début.

Automobile : un modèle à reconstruire… ou à déconstruire?

Le secteur automobile est en train de vivre une crise économique profonde. Avec une récession d’une rare violence aux Etats-Unis : en quatre ans, le nombre de véhicules vendus par an est passé de 17 millions à 14 millions. Pour le cabinet Arthur D. Little, le marché américain sera le plus affecté par «la rupture sans précédent» causée par le prix du pétrole et la réglementation écologique, avec une baisse estimée à 28 % d’ici à 2012.

En Europe, on assiste à une baisse de ventes de -30 % en Espagne, -20 % en Italie. Tout laisse à penser que la crise économique va s’aggraver dans les mois qui viennent. Les routes du Vieux Continent (un tiers des ventes de voitures dans le monde) sont saturées, les ménages suréquipés.

En France en 2005, après vingt ans de croissance continue, on comptait 600 voitures pour 1000 habitants. Difficile de faire beaucoup plus. Si le marché français semble supporter, pour l’instant,  un peu mieux la crise actuelle que ses voisins européens ou américains, c’est essentiellement lié au bonus écologique mis en place par Borloo. En fait, tout se passe comme si le marché automobile français était pour l’instant sous perfusion (d’argent publique): les consommateurs profitent en partie d’un effet d’aubaine pour changer leur voiture, mais jusqu’à quand? La chute du marché risque d’être violente.

L’image de la voiture se dégrade… l’état de la planète aussi!

Selon Patrick Pélata, directeur adjoint de Renault, l’image même de la voiture se dégrade: « dans les pays occidentaux, on sent bien que quelque chose est en train de se passer (…), on constate que l’image de la voiture est en train de se dégrader ». Cette déclaration ne manque pas de piquant dans la bouche d’un constructeur automobile, elle occulte juste le fait que l’automobile est aussi responsable de la dégradation de l’environnement et de l’état de la planète depuis la massification de l’automobile entreprise à partir des années 1950. Ceci expliquant peut-être cela…

Entre le coût de plus en plus élevé de l’essence, la prise de conscience des problèmes de pollution atmosphérique et du réchauffement climatique, les bouchons et les congestions de l’automobile, le bruit et les accidents de la circulation, l’automobile est en train de devenir has been. D’autant plus que de nouveaux modes de déplacement ont le vent en poupe: vélo, vélo à assistance éléctrique, transports en commun en site propre, etc.

Et il serait très illusoire de s’imaginer que ce sont les quelques voitures électriques et/ou hybrides qui vont sortir sur le marché dans la décennie qui vient, qui pourraient renverser cette tendance lourde. Aucune technologie de substitution n’est en mesure de faire rouler un parc automobile mondial désormais composé d’un milliard de voitures en circulation.

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5 commentaires sur “La fin du mythe automobile

  1. Sandro Minimo

    Soyons honnêtes, les articles de Libé ne parlaient que de la « fin de la voiture à essence »… pas de la voiture individuelle. J’ai eu beau chercher, il y a toujours le mythe de la voiture électrique et à hydrogène « qui va tous nous sauver!

    Et franchement, si on change le moteur de toutes les voitures actuelles, est-ce qu’on change vraiment quelque chose (à part peut-être en termes de pollution atmosphérique locale?)…??

  2. CarFree

    c’est vrai, libé reste encore accroché comme tant d’autres au mythe… mais il n’en demeure pas moins que leur couverture était symptomatique, tout comme l’interview du responsable de Renault, de la crise générale d’un modèle, qui va bien au-delà de la simple voiture thermique.

    sinon, pour répondre à ta question, je ne pense pas que cela change grand chose, je pense même que cela peut être pire: développement des centrales nucléaires pour la voiture électrique, ou des centrales thermiques polluantes pour ceux qui ne veulent pas de nucléaire, problème des batteries elles-aussi polluantes et nécessitant de grandes quantités de matières premières, etc.

  3. Philippe Schwoerer

    Une nouvelle fois, je ne peux laisser passer l’association véhicule électrique = nucléaire (ou pollution délocalisée). Dans un autre poste, j’ai expliqué comment il est possible aujourd’hui, à qui ne fait pas attention à sa consommation d’électricité, de la réduire suffisament pour recharger sans surplus un véhicule électrique qui lui assurerait ses déplacements quotidiens impératifs (si pas de transport en comment par exemple en milieu rural). En outre, des fournisseurs d’électricité par énergie renouvelable existent comme Enercoop lancé à l’initiative de Greepeace entre autres.

    S’il est vrai que je souscris pleinement à ce qu’un effort important soit fait pour diminuer l’utilisation individuelle des véhicules (pollution par fabrication, bruit, saturation de l’espace dans les grandes villes, comportement des conducteurs, etc.), il ne faudrait pas tirer sur l’ambulance non plus. Le vehicule électrique offre un bon compromis de transition qui rééduque le conducteur par ses limites : on ne multiplie pas les trajets mais on les groupes pour ne pas avoir à recharger trop souvent. Cette rééducation est déjà une première interpellation des conducteurs sur leur responsabilité (tous n’auront pas l’oreille sensible il est vrai).

    Avec un VE, on change quelque chose véritablement car l’impact sur la pollution globale est réelle tout du moins en France (les batteries sont recyclables ;.si elles nécessitent une grande quantité de matière première limitée, alors il faudra en limiter la production : c’est clair). En outre, il faudra bien revoir ses habitudes de déplacements avec elle (train pour les grandes distances ; déplacements moins fréquents et moins longs ; covoiturage familiial ou plus ouvert…).

    Il me paraît nécessaire et important, non pas de jeter le véhicule électrique avec le gas-oil des véhicules thermiques, mais plutôt d’inciter très lourdement les conducteurs à prendre conscience de leur impact sur le monde et de proposer et accompagner une foule de propositions alternatives pour se passer au maximum des automobiles individuelles et tolérer le véhicule électrique pour les autres utilisations.

    Un propos trop rigides et n’offrant pas de solution de remplacement à tous les cas de figures n’a que peu de chance de conviancre les automobilistes, poussant finalement deux communautés à se monter l’une contre l’autre. Alors qu’un propos pragmatique et modéré aura plus de chance à passer, initiant, étape par étape, une décroissance du nombre d’automobiles qui se réduira de plus en plus à mesure que les moyens de transport en commun se redévelopperons (peut-être faudra-t-il en passer par des renationalisations qui permettraient d’évacuer le discours ambiant qui prône la rentabilité au détriment du service).

    Prenons déjà en charge l’éviction des véhicules en surnombre et les plus polluant tout en prenant garde que l’arrivée de solutions palliatives ne soit pas une occasion de commettre d’autres casse-têtes écologiques (en particulier si véhicules électriques il doit y avoir, battons-nous pour qu’il n’en résulte pas un accroissement du recours au nucléaire : c’est possible).

    Les problèmes écologiques doivent être pris dans leur globalité. Rééduquer un conducteur, c’est déjà rééduquer le simple consommateur qu’il est !

  4. CarFree

    Ok philippe, on a compris le message, mais cela ne change pas grand chose au problème, l’électrification massive du parc automobile suppose, si l’on rejette le nucléaire et les énergies fossiles, de couvrir la France d’éoliennes et de panneaux solaires… la question reste ouverte pour savoir si cela est faisable ou même souhaitable… et quid du parc automobile mondial? et comment produire les millions de batteries électriques nécessaires à une telle opération? etc. Beaucoup de questions sans réponses…

  5. Philippe Schwoerer

    Je reconnais effectivement que beaucoup de questions restent encore sans réponse. Mon souhait est seulement de faire qu’une porte ne se referme pas trop vite sur de seules interrogations.
    Par ailleurs, on m’a donné ce jour une information qui reste à vérifier car ne provenant que d’une seule source et qui me semble un peu trop belle, mais après tout… Il semblerait (c’est donc du conditionnel) qu’un projet (?), une étude (?) serait en cours pour la construction d’une très vaste centrale solaire en milieu désertique qui serait à même d’envisager (à moyen terme ?) de se passer de centrales polluantes et nucléaires. Si cette information repose sur du tangible, on devrait en entendre parler de manière plus conséquente dans quelque temps. Là aussi, beaucoup de questions.
    Tout ceci n’efface de toute façon pas qu’il faut effectivement réduire le parc automobile et faire en sorte que sous couvert de volonté de moins polluer en roulant, on n’en arrive pas à faire pire en phase de production (et le risque est grand, je suis bien d’accord).

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