La vraie crise actuelle est climatique

La photo ci-dessus a été prise en 2005 lors de l’évacuation de Houston menacée par l’arrivée du cyclone Rita. C’était quelques jours après le passage de Katrina sur la Nouvelle-Orléans avec tous les ravages qui s’en sont suivis. Par précaution, les autorités avaient donc décider de faire évacuer la ville. Et afin d’accélérer l’exode, la police avait mis les freeways en sens unique, d’où cette masse incroyable de voitures roulant sur 18 voies de front !

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, aujourd’hui, la crise la plus cruciale qui nous menace n’est pas celle du néolibéralisme (cet insupportable dogme qu’on commence seulement à enterrer), ni celle du capitalisme financier (qui part en vrille), mais bien la dangereuse et continuelle progression de nos émissions de CO2, malgré les multiples réunions, malgré l’affichage « vert » de nos politiques, malgré Kyoto, malgré toutes les guignoleries de nos dirigeants. C’est bien ce que semble nous dire le GCP (Global Carbon Project). Je vous laisse lire le texte ci-dessous (de Fabrice Nicolino) et vous encourage, voire même vous demande instamment, de le faire circuler, sous une forme ou sous une autre, car nous avons plus que jamais besoin de faire prendre conscience qu’il faut nous lever. Et agir -vraiment, enfin!- pour tenter d’inverser la tendance.

Prenez votre temps, je vous en prie, nous ne sommes pas à une heure près. Prenez votre temps pour lire ce qui suit, et que je n’ai pas tiré de ma besace pour gâcher votre journée. Prenez votre temps, vous m’obligeriez, car c’est encore plus important que d’habitude. Pour commencer, je vous présente un organisme international que vous ne connaissez peut-être pas. Tel était mon cas encore hier : il s’agit du Global Carbon Project (GCP), qui rassemble des scientifiques de bonne tenue, du monde entier. Ce machin-là étudie ou tente d’étudier dans sa totalité le cycle du carbone, l’un des constituants de la vie. C’est lui qui, sous la forme de CO2, contribue le plus à aggraver l’effet de serre, lequel est la base du dérèglement climatique en cours.

Si j’étais Claude Allègre, j’aurais déjà éructé sur ces savants qui affolent le monde pour remplir les caisses de leurs laboratoires. Mais j’ai l’honneur de ne pas être Claude Allègre, et je continue donc mon petit chemin de lanceur d’alerte. Alors, voici : selon Corinne Le Quéré (université d’East Anglia et British Antarctic Survey), membre du GCP, « depuis 2000, les émissions [de gaz à effet de serre] ont crû en moyenne de 3,5% par an, soit quatre fois plus vite qu’entre 1990 et 2000, où cette augmentation annuelle n’avait été que de 0,9% environ (ici ) ».

Dans l’absolu, c’est dingue, mais relativement aux prévisions du Giec, c’est encore pire. Le Giec est cette Internationale scientifique qui, dans le cadre de l’ONU, cherche à modéliser l’évolution du climat planétaire. Le Giec est le modeste phare dont nous disposons pour éclairer les ténèbres de l’avenir. Eh bien, les pires prévisions du Giec sont actuellement fondées sur une augmentation moyenne annuelle des émissions de gaz de 2,7 %. Et nous en sommes à 3,5 %. Les pires prévisions, je me permets d’insister lourdement.

Est-ce tout ? Mais non ! Les pays développés, qui avaient pris des engagements chiffrés à Kyoto, en 1997 – à l’exception de cet excellent Bill Clinton – n’ont globalement pas diminué leurs rejets. Et les pays du Sud, dont la Chine et l’Inde, voient les leurs exploser sans aucune retenue. Je m’empresse d’ajouter que j’éprouve des doutes quant à certaines affirmations du GCP (ici). Il existe en effet une grande incertitude concernant la déforestation en zone tropicale. Des spécialistes sérieux – je dois dire que je juge leur propos crédible – signalent par exemple que le drainage de tourbières dans un pays comme l’Indonésie relâche des quantités effarantes de gaz à effet de serre, qui ne sont prises en compte par personne.

Mais je reviens au bilan du GCP. La leçon est simple : rien n’a bougé en vingt ans. Car il y a vingt ans que l’alerte mondiale a été lancée, notamment par la revue scientifique Nature. Car il y a dix ans qu’a eu lieu la funeste conférence mondiale de Kyoto, d’où sont sortis des voeux pieux, et des engagements ridicules. Or, même cela ne sera pas atteint en 2012, au moment du bilan du fameux Protocole dit de Kyoto. Pensez une seconde à toutes ces informations bidon publiées ici ou là. Pensez à ces envolées du haut des tribunes. À ces dizaines de conférences ronflantes, rutilantes et sublimes. À ces milliers de discours. À tous ces misérables Grenelle de l’Environnement, quel que soit le nom qu’on leur donne et donnera. Pensez à ces entreprises, transnationales ou non, qui font semblant d’agir, aidées par des journaux devenus sans morale, et sans objet, mais surchargés de publicité à la gloire du néant. Pensez que 90 % des « nouvelles » circulant dans un pays comme le nôtre concernent l’âge du capitaine et de Johnny Halliday. Les affres de PPDA et cette grossesse de Carla Bruni, qui se fait attendre. Le mariage de la Princesse, suivi de son divorce, puis de sa tentative de suicide. En conscience, en toute certitude, nous avons ouvert ensemble une boîte de Pandore aux dimensions sans précédent.

Il y a une manière de continuer à croire en l’avenir. Et cela concerne justement Pandore. On discute encore sur le contenu réel de cette boîte, qui était une jarre. Elle contenait tous les maux de l’humanité, pour sûr. Dont la mort. Mais aussi, selon certaines traductions – contestées, hélas -, l’Espérance. Admettons la présence de cette dernière, car sait-on jamais. Il reste que l’irresponsabilité collective dont nous faisons la preuve à propos du climat me renforce dans ma volonté de rupture personnelle, intime, définitive avec ce monde et ses représentants officiels.

Plus jamais je n’accorderai la moindre confiance à qui ne mettrait au premier plan cette question clé. Cela vaut pour tous et chacun, à commencer par les pitoyables politiques de toute tendance, ceux que nous méritons, certes. Si nous sommes capables de réunir assez de force morale collective pour rendre ce sujet obsédant, alors oui, l’Espérance sortira de la boîte de Pandore. Et sinon, Inch’Allah. Je ne nie pas, vous le savez, les autres impasses écologiques, celles qui touchent les océans, les sols, les eaux douces, les forêts. Mais la mère des batailles, qui les commande toutes, c’est le climat. D’après des estimations on ne peut plus prudentes, bien qu’affolantes, un centimètre d’élévation du niveau des mers créerait mécaniquement sur terre un million de réfugiés écologiques en plus (ici).

Pour l’heure, nous perdons pied. L’économie assassine le monde, et nous lui offrons notre flanc et notre gorge. Il faut, il faut, il faudrait. Il va falloir se lever. Je ne sais pas comment. Je sais juste qu’il faudra.

Source: www.fabrice-nicolino.com

Fabrice Nicolino

A propos de Fabrice Nicolino

Journaliste français spécialisé sur les questions d'écologie

9 commentaires sur “La vraie crise actuelle est climatique

  1. Daniel

    -Voilà;je veux bien des annonceurs d’alertes:

    -Mais ,putain je peux faire quoi?C’est bien joli de nous raconter tout cela mais nous le savons.
    -Je roule à vélo,je vais pas essayer le vélo sans selle quand même.
    -Je prends les transports en commun.
    -Je fais tout ce que le 1er gland venu peut faire.
    -Je suis contre ces éco-tartufles qui squattent nos télés.
    -La solution c’est écologie extreme? Les warriors écolos?
    – il faut agir :mais contre qui? A qui donner un bon coup de boule:aux conducteurs de 4×4,va y avoir du boulot…..

  2. CarFree

    bonnes questions… dont il reste à trouver les réponses! l’auteur du texte précise bien qu’il « ne sait pas comment faire »… à chacun de trouver sa voie: pour certains, ce sera peut-être d’abandonner la voiture, pour d’autres de devenir des écolo-warriors comme tu dis… politiquement parlant, il faudrait peut-être déjà un véritable parti décroissant qui propose des candidats aux élections. Et attention, pas décroissant et des pains au chocolat! 😉

  3. Philippe Schwoerer

    Pour Daniel,
    Tu prends ton vélo et utilise les transports en commun. Ton attitude est témoignage. Tu en fais déjà beaucoup par rapport à d’autres. Et grâce à cela, tu vas peut-être ouvrir des possibilités à des proches ou à des inconnus. Ne te désole pas, si un plus grand nombre de personnes faisaient ainsi, la planète respirerait mieux.
    Bonne continuation.

  4. Jé Roch

    Bonjour,
    D’abord, félicitation pour votre site.
    Concernant le premier témoignage de Daniel, et hormis son comportement exemplaire, je trouve étrange cette appelation de plus en plus à la mode d’ « éco-tartufe ». Je ne considère pas choquant que des personnalités médiatiques (comme N. Hulot pour n’en citer qu’un !) se servent de leur notoriété pour sensibiliser et alerter un large publique y compris ceux qui ne sont pas écolo. Je ne vois pas non plus où est l’imposture écologique – au contraire – dans le fait d’intervenir dans le débat politique et de plaider pour des changements. Il est claire que l’on peut reprocher à ces soit-disant « éco-tartufes » le fait d’être sponsorisé par des grands groupes peu scrupuleux… Après l’échec du Grennelle, il est même facile de leur jeter la pierre ; mais ne nous trompons pas de cible. Gardons plutôt nos forces pour convaincre ceux que l’écologie récalcitre.

  5. Yo

    A quoi sert l’écologie vidée de tout contexte politique ? Ou la somme de tous nos engagements quotidiens respectifs aboutit-elle à un changement manifeste ? Nos orientations sont elles pleinement soutenues par les pouvoirs publics ? Dans quel cas la marge est parfois généralisée ? Qui sont véritablement les récalcitrants aux alertes environnementales ? les citoyens lambdas ou nos dirigeants ? Qui engendre véritablement le plus de polution par ces choix ou stratégies ? Qui est à même de prendre des décisions d’envergure qui semble nécessaire ? Qui ne le fait pas ? Ou a bien pu passer Nicolas ?

  6. CarFree

    je tente une définition: les écotartuffes font croire à l’opinion qu’on peut résoudre les problèmes environnementaux de la planète sans remettre en cause le modèle productiviste de la croissance caractérisant le système capitaliste libéral. Et donc, sans remettre en cause fondamentalement des modes de vie basés sur le pillage et le gaspillage, sur la société de consommation et d’extermination. A partir d’un ensemble de concepts trompeurs (développement durable, éco-blanchiment, greenwashing, croissante verte, etc.), les écotartuffes surfent sur l’inquiétude légitime des gens face aux enjeux écologiques actuels (réchauffement climatique, pollution généralisée, épuisement des ressources, etc.) pour en fin de compte défendre leurs propres positions établies (image médiatique, marques industrielles, etc.) sur le dos de la planète.

  7. Jé Roch

    Vos réponses me font comprendre toute la confusion qui règne aujourd’hui autour du développement durable qui devient peu à peu un concept marketing vendeur. Le système capitaliste récupère ainsi à sa cause même les bonnes idées pour en faire de mauvaises.
    Pourtant, il me semble que bien des personnes (comme sur le site http://www.pacte-contre-hulot.org) en s’attaquant directement à ce qu’ils nomment écotartuffes, tentent de distinguer le vrai-écologiste du faux. Cela me paraît trop catégorique. Je comprends le mot écotartuffe quand il s’agit de l’industrie automobile qui utilise des arguments trompeurs ; cependant s »il s’agit d’une personne aussi critiquable ou contradictoire fût-elle, ce mot sonne faux à mes oreilles.

  8. CarFree

    mais Hulot est un véritable représentant de l’industrie… avec sa marque U… il pèse plusieurs centaines de millions d’euros dans la production de tout un tas de produits industriels pas vraiment écologiques et en tout cas pas du tout « bio », mais voulant passer pour des produits « nature ». bref, du capitalisme pur et dur à la sauce éco-blanchiment…
    pour ce qui concerne le développement durable, je pense que nous sommes en désaccord: c’est un concept marketing depuis le début! car il ne s’agit pas ici de « développement » humain ou du bien-être social, mais de développement économique et plus précisément, dans la bouche de ceux qui l’emploient, de « croissance » économique, quelle soit « verte » ou « respectueuse de l’environnement ». Or, il n’y a pas de croissance économique, au sens de taux de croissance du PIB, sans pillage des matières premières et destruction de l’environnement. L’économiste Kenneth E. Boulding rappelait à ce titre: “Toute personne croyant qu’une croissance exponentielle peut durer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste.” Le développement durable, c’est donc faire croire aux gens qu’on peut continuer ainsi (société de consommation, productivisme, etc.) moyennant quelques aménagements. Je pense personnellement que la situation de la planète ne nous permet plus de continuer ainsi et qu’il faut remettre en cause fondamentalement nos modes de vie.
    plus d’infos ici: http://www.decroissance.org/

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