L’altermobilité est-elle de gauche ou de droite?

La période est celle des sujets de bac en philo, aussi je m’essaye à cet exercice avec la question du titre qui s’apparente à celle de savoir si l’écologie est de droite ou de gauche. Cette dernière question est débattue depuis que l’écologie politique est née. Et, pendant que les gens de gauche débattent, les gens de droite n’ont aucune pudeur de s’approprier les thèmes de l’écologie. C’est particulièrement vrai ici, dans mon département des Alpes-Maritimes, où il y a bien longtemps que les élus ont senti le vent tourner et qu’ils exploitent à fond le filon de la communication verte.

On a, en ce moment, l’illustration de cette interrogation poussée au paroxysme avec la sortie du film « Home » qui aurait provoqué le succès électoral d’une liste de gauche!

Alors non! je ne suis pas de ceux qui vont refuser une vérité sous prétexte que celui qui l’énonce n’aurait pas toutes les qualités requises ou parce que ses parrainages seraient inadéquats.

Je suis encore plus désolé quand j’entends des arguments du genre: « Yann Arthus-Bertrand a un 4×4 », « il aime les sports mécaniques », « il a un train de vie excessif » ou « il prend ses photos en hélicoptère »:

C’est justement parce qu’il est issu d’un mode de vie inadapté que ses propos ont plus de force! Reprocher à YAB de se déplacer en hélicoptère est à mes yeux aussi stupide que de soutenir José-Bové allant arracher les plans d’une culture expérimentale. Dans les 2 cas on s’attaque à la science ou à sa vulgarisation.

Le clivage suprême de la société contemporaine est le critère de la scientificité. A l’origine, l’écologie est une science. Les enjeux d’avenir de la planète reposent sur la catégorie sociale des scientifiques.

La science n’est ni de droite ni de gauche. La science est le lieu de conflits internes et de controverses: elle est tout sauf l’expression d’une vérité unique ou stable.

En ce moment, la gauche est en dépression idéologique et il faut qu’elle soit tombée bien bas pour ne trouver que des arguments visant l’émetteur plutôt que le message. Faute de pouvoir attaquer le message qui n’est pas niable, elle attaque le messager. On peut critiquer le libéralisme ou le capitalisme, mais on ne doit pas rejeter les productions intellectuelles des laboratoires sous prétexte qu’ils doivent leur existence à des investissements capitalistes. C’est José Bové allant arracher le plan d’une parcelle expérimentale sous prétexte que ces chercheurs sont financés par des capitalistes.

La vulgarisation scientifique c’est Nicolas Hulot se déplaçant en jet privé ou en hélicoptère pour émouvoir des millions de téléspectateurs! Nicolas Hulot et Yann Arthus-Bertrand sont des vulgarisateurs scientifiques! Nous sommes tous des scientifiques et, à se titre, nous ne sommes ni de droite ni de gauche.

L’altermobilité est un enjeu politique délicat parce qu’elle s’attaque à une consommation grand public de masse. Mais l’avenir planétaire de l’automobile est bien sombre à cause des scientifiques qui forment la catégorie sociale qui aura toujours le dernier mot.


Gilles Chomel,
Les voies vertes en 06-ouest
www.LecoLomobiLe.fr
Labo d’idées sur l’auto du futur
www.LACPA.fr

Gilles Chomel

A propos de Gilles Chomel

Administrateur des sites Agonie automobile, LécoLomobiLe et du Laboratoire Alternatif et Coopératif de Prospective Automobile

7 commentaires sur “L’altermobilité est-elle de gauche ou de droite?

  1. Vincent

    « C’est José Bové allant arracher le plan d’une parcelle expérimentale sous prétexte que ces chercheurs sont financés par des capitalistes. » Sur ce point je ne suis pas d’accord. Les OGM sont fauché principalement en raison du principe de précaution, et par la même donc, de la défense de l’environnement. Greenpeace fait de même : elle ne fauche pas (pacifisme oblige) mais barbouille de peinture biodégradable les champs d’OGM. Et Greenpeace n’a pas pour rôle de contesté le capitalisme, mais reste simplement centré sur la défense cohérente de l’environnement.

    Pour ce qui est de savoir si l’alter-mobilité et l’écologie en général sont de droite ou de gauche, bien évidémment, la réponse est : ni l’un, ni l’autre ! Depuis mon plus jeune âge et la découverte de la politique j’ai pris conscience que l’écologie est un thème à part. Il s’agit de la défense de NOTRE environnement, de notre planète (que l’on peut considérer poétiquement mais réellement comme notre mère), de notre maison, bref, de NOTRE vie, et maintenant hélas de NOTRE survie, car tout nosu viens de la terre. Et ça, tout être censé a bien conscience que cela n’a plus rien à voir avec la droite ou la gauche. PEUT IMPORTE NOS IDEES POLITIQUE, ON EST TOUS DANS LE MEME PANIER, SUR LA MEME PLANETE, AVEC LA MEME VOLONTE DE CONTINUER A BIEN Y VIVRE. Simplement, certains ont plus conscience des choses que d’autres, et on ne peut nier le fait que la droite libérale au pouvoir, ne pensant qu’au travers du profit des entreprises, ne peut prendre conscience de la situation de la nature à l’heure actuelle. Et bien que ls partis politique écolos soient plus à même de proposer des choses pertinente, le simple fait d’assimiler écologie et politique est pour moi une absurdité qui fait plus de mal que de bien.

  2. Philippe Schwoerer

    Je suis du même avis que Vincent concernant José Bové et les OGM.

    Par ailleurs et excepté ce point, je trouve l’article de Gilles intéressant et allant dans le bon sens. Tant que des gestes de préservation de la nature seront récupérés ou étudiés selon l’appartenance politique de celui qui les prône, on aura du mal à avoir une cohésion d’action.

    Respirer, manger, marcher, aimer… ne sont pas des actes de droite ou de gauche, mais des actes naturels. Agir pour la planète doit être pris de même.

    Merci Gilles pour cet article, qui, je l’estime, doit être référence.

  3. Marcel RobertMarcel Robert

    Tout dépend de ce que l’on appelle « droite » et « gauche »… Si, comme je le pense, on différencie la droite et la gauche en fonction d’un modèle économique d’organisation du monde, ne pas vouloir faire de différences entre droite et gauche du point de vue de l’écologie relève de la naïveté…
    Le capitalisme en tant que système économique est fondé sur le pillage et l’impérialisme (économique, politique et écologique), ce qui a forcément des conséquences majeures sur le climat, l’environnement, la planète, etc. La question n’est donc pas de parler d’une écologie-UMP ou d’une écologie-PS, ce qui n’a évidemment pas de sens, comme de parler d’écologie-les verts d’ailleurs… La question relève à mon sens du système économique en place, à savoir un capitalisme productiviste, consumériste et destructeur qui traite et traitera seulement de l’écologie en tant que concept destiné à améliorer les profits (marketing, greenwashing, croissance verte, développement durable, etc.)

  4. martoni

    Je suis agréablement surprit de voir ce genre d’avis sur carfree, même s’il parle très peu de bagnoles. Je pensais être le seul parmi les gens se déplaçant a vélo qui considère bové comme un casseur obscurantiste, mais non.

    Quand a Greenpeace, vous devriez lire le livre (pas facile à trouver) de son ancien directeur France «dans les coulisses de greenpeace» (http://www.harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=10839) et vous vous apercevrez que les fondements de ses campagnes n’ont rien de rationnels et scientifiques.

  5. Gilles ChomelLécoLomobiLe

    Oui Marcel: Merci de m’avoir publié: Ce que je veux dire c’est qu’on a 2 systèmes « côte à côte »: d’un côté, le « productivisme » (la grande roue de la production consommation) et, de l’autre, la science qui est une communauté scientifique. Le premier système a pour vocation de générer des biens de consommation: le deuxième génère du savoir, des alertes, de l’idéologie et de la vulgarisation. (c’est pour ça que je suis tellement susceptible sur le geste de Bové). Je suis d’accord avec ta description et, quelque part avec ton pessimisme sur l’inertie du productivisme. A ton pessimisme j’oppose mon optimisme scientiste 😎

  6. Marko

    Je suis tres d’accord avec Vincent.
    La comprehension de la Nature est une question de conscience et non de politique. S’opposer aux OGM ou reflechir sur le nucleaire expriment simplement le fait de ne pas croire aveuglement et betement que la science peut resoudre tous nos problemes…
    Je pense egalement que c’est une erreur de separarer la science du progres technique et de la production. Intellectuellement, la distinction est pertinente, mais elle ne tient (malheureusement) pas la route a l’epreuve des faits.
    Je vous recommande sur ce sujet la lecture de Jacques Ellul (http://www.ellul.org/) et je vous recommande egalement d’eteindre vos teles et de lire les journaux avec circonspection…
    Ah oui, derniere chose, les pseudo-verites scientifiques, raisonnements rationnels et autres croyances aveugles de ce genre n’ont pas empeche de construire un monde absurde et injuste ou de justifier toutes sortes de guerres, massacres et oppressions…
    Nous sommes des etres humains, pas des machines et la verite est une chose fragile et relative. Chaque personne est un univers different et la quete de verite est une demarche personnelle, un travail constant de critique et de remise en question… « C’est un labeur patient qui donne forme a l’impatience de la liberte »(M.Foucault)

  7. Philippe Schwoerer

    Je viens de voir le documentaire ‘Le Monde selon monsanto’.

    Je vous conseille fortement de le regarder. Les détracteurs de José Bové reverront sans doute leurs positions. Une poignée de graines transgénétiques suffit à ruiner des cultures progressivement sur des hectares et à répendre la dépendance à une industrie chimique.

Les commentaires sont clos.