Jordanne

Le niveau des rivières est au plus bas. La canicule et la rareté des pluies ont abaissé le niveau de la nappe phréatique. Si bien que la terre forme une croûte imperméable. Tout part au ruisseau. Celui-ci presque maladivement gonfle jusqu’au prochain rayon de soleil et là, il retarit.

Ainsi, la Jordane a un niveau sans précédent, puisqu’elle n’arrive plus à passer la chaussée au niveau du Pont Rouge. Son trop modeste débit l’oblige à se faufiler par les fuites de la guillotine de l’ouvrage de vidange.

Depuis l’embellissement du parking du gravier, les gens qui n’ont pas les moyens de louer une place, passent par ce pont afin de rejoindre leur véhicule garé au Foirail gratuit. Ce spectacle leur rappelle que eux aussi sont sans liquide et qu’il vaut mieux raccommoder les poches trouées.

Un entrepreneur s’est arrêté. Il a dit qu’il fallait creuser une tranchée et poser des buses de un mètre cinquante de diamètre, partant de la déchèterie, allant jusqu’au stade de Peyrole, en longeant et remontant la rivière. Non pour dévier, mais pomper, afin qu’à la manière des jardins japonais l’eau coule toujours et que le débit de la rivière redevienne normal.

Un deuxième qui avait oublié sa carte de parking a dit qu’il ne fallait pas que les pauvres voient qu’il ne sert à rien de réparer les fuites et qu’il suffit de pomper le liquide pour qu’il coule à flot sans jamais tarir.

Un troisième qui n’a rien dit, est parti, la tête basse, confus d’avoir entrevu l’agonie de la terre.

J.Borghese 2005

Borghese

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Contributeur de Carfree France

Un commentaire sur “Jordanne

  1. Tommilidjeuns

    C’est triste et çà me fait penser que les réseaux de distribution d’eau potable, en Europe et ailleurs, auraient bien besoin d’être remis en état, il paraît qu’on gaspille énormément à cause des fuites dues à la vétusté.
    Voilà de gros chantiers intéressants pour relancer la « croissance ».

    On arrive à pomper gaz et pétrole dans des oléoducs sur des milliers de kilomètres ( je sûr sans en perdre une goutte ) et on arriverait pas à acheminer de la flotte où il y en a besoin, au Sahel par exemple ?

    Pourtant les anciens romains construisaient des acqueducs qui sont encore debout aujourd’hui, pour leur petit rafraîchissement…
    Et quand on a bien soif, c’est pas de pétrole dont on a le plus besoin…

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