Le Chêne, le Rosier et le petit enfant !

Un arbre au jardin des Prébendes est tombé. Le vieux chêne d’Amérique en tombant n’a fait aucune victime. Mais, comme il fallait s’y attendre, sa chute soudaine, a réactivé immédiatement dans la presse et le microcosme politique local Tourangeau, la polémique général sur les arbres et la sécurité.

Dans la rubrique « faits divers » du journal local (1), un esprit particulièrement lumineux s’illustre brillamment dans un numéro ennuyeux d’obscurantisme sécuritaire. Il veut en découdre avec « Les Verts » et avec la municipalité qu’il considère sous « influence », comme « possédée » par le « bon score européen » des « Verts »…Il veut « crever l’abcès » qui est dans sa tête pour faire sourdre son humeur belliqueuse, soudain réveillée par la chute du vieil arbre malade. Il en appelle au « sacro-saint » « Principe de Précaution » … « Pourquoi ne l’avait-on pas abattu ? » « Sa maladie était connue ! » « On a frôlé la catastrophe !» s’écrit le journaliste aux velléités combattantes…

Aucun mort en dehors du vieil arbre mort ! Ce jour là, ailleurs en France 20 personnes ont perdu la vie. Mort violente sur les routes de France… Ce même jour,  mille  arbres ont été abattus par décision administrative, accusés d’être responsables d’accident de la voie publique (2). Et encore ce même jour, mille sangliers ont été tués dans des battues administratives pour les mêmes raisons, aussi accusés en particulier d’être responsable d’accident de la voie publique (3)…

Un des journalistes mobilisé pour relater l’événement, donne cependant en toute innocence une information très importante. Cette donnée objective est hautement instructive, elle va exactement contre l’idée générale de « dangerosité des arbres », que le journaliste souhaite donner à son article. Des personnes étaient présentes au moment de l’événement, et notamment « une dame et ses deux enfants ». Elles ont témoigné. « On a couru et on a été sauvés ! »

Une information manque cependant. Quel était l’âge des deux enfants ? Ils étaient deux, si on exclu à priori que la mère ait pu les porter tous les deux dans ses bras, quel était l’âge de celui qui s’est sauvé avec la seule force de ses petites jambes ?

Le « redoutable grand chêne sanguinaire » dans sa volonté farouche d’en découdre avec le genre humain n’a fait aucune victime. Même un petit enfant, peut-être encore à l’âge de ses premiers pas, a échappé à ce célèbre et puissant Goliath du Règne végétal…

Avec ces trois articles sur ce sujet, la Nouvelle République s’illustre encore une fois dans une grande démonstration de « La Pensée Unique » puisque tous les trois ont été confiés à une seule et même personne, un journaliste à l’esprit particulièrement lumineux.

La première victime de la « route » a été justement une mère avec son enfant. Le journaliste qui à l’époque relata cet événement nouveau, précisait dans son article que « la voiture roulait à la vitesse vertigineuse de six kilomètres à l’heure ». Cette femme qui a péri avec son enfant abattu par une automobile marchait en toute innocence sur la chaussée… Elle ne pouvait pas encore connaître la dangerosité de la circulation automobile. Aujourd’hui toutes les mères de famille la connaissent, cette dangerosité de la voiture. Mais, malgré leur prudence, leur état d’alerte permanent pour protéger leur progéniture, elles sont encore nombreuses à périr avec leurs enfants fauchées par une voiture. Elles peuvent toujours courir, les vitesses « non vertigineuses » d’aujourd’hui sont bien supérieures à celle de six kilomètres heure…

Malgré sa position privilégiée, de journaliste à la Nouvelle République, notre esprit particulièrement lumineux semble seulement se réveiller, ou, son humeur belliqueuse l’aveugle totalement Il ignore tout de la politique municipale désastreuse d’abattage systématique des grands arbres centenaires dans la ville de Tours. Les dépenses d’abattage ont atteint des sommes colossales. L’état major municipal ne lésine pas sur les moyens pour se débarrasser des grands arbres gênant dans sa politique de privatisation de l’espace public. Le « sacro saint » « principe de précaution » est systématiquement mobilisé dans la propagande officielle pour justifier les abattages en série. Il est même appliqué doublement, puisque même les arbres sains en « pleine force de l’âge » sont aussi concernés par les opérations de « sécurisation » de l’espace, désigné « Requalification » dans les « dossiers » techniques (4,5)…

Au niveau mondial selon un rapport de l’OMS (6) les accidents de la circulation automobile arrivent en tête loin devant la guerre, dans les causes de mort violente. Les causes humaines se réservent plus de 80% des morts. Les grands arbres et les sangliers ne sont pas individualisés dans les causes de mort violente humaine, ils sont noyés dans les 18% de causes indéterminées, désignées « autres traumatismes non intentionnel ».

Sans le vouloir notre journaliste à l’esprit lumineux et belliqueux, nous révèle dans son article une expérience fondamentale, hautement instructive : un petit enfant avec ses petites jambes peut se sauver tout seul en courant d’un grand arbre qui « en veut » à sa vie.

Ce qu’un petit rosier aurait pu faire à un enfant, sans rien faire lui-même de particulier, un Goliath du Règne végétal n’a pas pu le faire en s’attaquant par surprise un innocent petit enfant. « Même pas eu ! » « Même pas égratigné ! »

Largement de quoi en finir avec le « mythe sécuritaire » de « dangerosité des grands arbres », « réifié » à force de matraquage à longueur de page dans les organes de la propagande officielle.

JMS, Tours le 20 août 2009

(1) La Nouvelle République mardi 18 août 2009
(2) Association « Arbres et Route » : Historique « On estime à 3 millions le nombre d’arbres au bord des 35 000 km de routes nationales françaises en 1895. Sans doute faudrait-il y ajouter ceux bordant les routes départementales et les chemins vicinaux. Au cours du 20ème siècle, avec l’avènement de l’automobile, la situation s’inverse dramatiquement, en dépit de plantations réalisées pour le compte de la SEITA pour la fabrication d’allumettes. En 1985, sur les routes restant de la compétence nationale, on ne compte plus que 250 000 arbres : en un peu moins d’un siècle, près de 90 % des alignements y ont disparu…» Le chiffre de 1000 arbres abattus par jour, choisie ici dans l’article est peut-être maintenant devenu exagéré puisqu’il n’y a presque plus d’arbres encore debout le long des routes de France…
(3) La Vie n° 3334 juillet 2009 « Borloo s’attaque aux sangliers ». « En France, on tue près de 500 000 sangliers chaque année sur une population estimée au double. »
(4) Grands arbres dans la ville de Tours – Blog CVL Tours-Est
(5) Un Jardin de la France en béton armé
(6) http://www.who.int/violence_injury_prevention/publications/road_traffic/world_report/fr/index.html Le « camembert de la mort violente » : Dans le Chapitre 2: Incidence mondiale [pdf 603kb] un camembert donne les causes mort par blessures. Les accidents de la circulation représentent la première cause de mort violente (23%), loin devant la guerre (4%)…

Jean-Marc Sérékian

A propos de Jean-Marc Sérékian

Rédacteur du site Carfree France, spécialiste des questions d'énergie et de biodiversité.

12 commentaires sur “Le Chêne, le Rosier et le petit enfant !

  1. RANDOLET Michel

    Etant jardinier de formation et fervent auditeur de Mr BARATON(Conserva teur des Jardins du Château de Versailles)le samedi et le dimanche matin sur France Inter(entre 7h30 et 8h00),je ne peux que m’insurger contre l’aba ttage de grands arbres en masse.Qui peut comprendre cela,au moment a lors que,en politique environnementale au niveau mondial,c’est l’inverse qui est fortement recommandé?Mais,une logique en vaudra bien une autre:si l’ hôpital de Tours ou une agglomération veut se moderniser en implantant fi bre optique,rénover aussi ses divers réseaux,et aussi éviter la propagation de certains parasites(comme les termites dans les vieilles,voire séculaires charpentes en bois de bâtiments classés historiques),comment devront-ils s’y prendre?Et puis,ce « beau » bois se vendra très bien,si sain…

  2. RANDOLET Michel

    Quant au journaliste alarmiste qui a défendu la politique d’abattage de ces grands arbres à Tours,il a certainement agi sur ordre et pour défendre mor dicus une politique très difficile à justifier.Le donneur d’ordre,que ce soit en espace public hospitalier ou pas,il est le même:le Maire.Cet abattage sys tématique des grands arbres à Tours-je l’espère vivement-devrait être rela yée par une politique de plantations d’espèces sans doute plus modeste en volumes,ou encore de haies de charmilles,d’arbustes décoratifs,à crois sance rapide,qui permettront aux oiseaux de nicher;et aux abeilles de trou ver de quoi butiner…D’ailleurs,de l’avoir entendu encore sur France Inter:vo tre belle ville entend mener une campagne d’implantation de ruchers intra- muros,comme à Paris et ailleurs.C’est mieux protégé qu’en campagne…!

  3. RANDOLET Michel

    Pour vous dire à quel point je défends ardemment toute politique tendant à mettre en valeur des espaces boisés,en secteur urbain ou ailleurs,je ne ca che pas,à qui me cherche en matière environnementale,ma volonté de voir l’agriculture productiviste être condamnée dans les plus brefs délais;pour ê tre remplacée par des surfaces boisées permettant tout à la fois de satisfa ire nos besoins en chauffage(domestique notamment),de pourvoir la const ruction de l’habitat domestique;de reconquérir toutes les « steppes » de blé, de betteraves,de maïs ou de tournesol,de colza,et des les reconvertir en fo rêts d’espèces à grand développement(comme les aulnes, »irremplaçables en pilotis de ponts en rivière,remplacés par le chêne car à croissance trop lente…) pour fabriquer des meubles,des ponts,pourquoi pas…?

  4. RANDOLET Michel

    Et que ces grands arbres,véritables protecteurs d’espèces plus fragiles,né cessitant la présence de zones humiféres et humides à la fois,soient une vraie « maternité » pour les petits arbrisseaux qui ont fait le régal de nos an cêtres:myrtilles,brimbelles,nèfles,ou encore des merveilleuses fraises ou des champignons des bois;et que ces bois et forêts hébergent une faune si foisonnante…qu’elle aussi serait une véritable ressource économique,à gérer intelligemment par notre ONF(national),si compétent,mais si dévoyé par l’envie frénétique de notre Chirac chéri(86-88) et d’autres de faire pous ser douglas et eucalyptus en 20 ans,plutôt que d’attendre 80 à 100 ans,pr les chênes et autres grands arbres…Pourtant,il existe des chênes qui n’at teignent que 6 mètres et qui pourraient donner du bois de chauffage…

  5. RANDOLET Michel

    Voilà pourquoi notre Sarkozy de Président a envisagé la construction d’un gigantesque complexe de conditionnement de résineux quelque part en Alsace:pour exploiter à fonds nos « belles » forêts vosgiennes d’épicéas,et ainsi provoquer la création de centaines d’emplois…Ce complexe nécessi terait 50 employés pour l’élaboration de produits de toutes sortes,pour la construction ou d’autres débouchés.Voilà en quoi consiste la politique de « reconversion » de salariés licenciés de l’automobile ou de la métallurgie… pour faire croire au Grenelle de l’Environnement!Mais ça prouve,si besoin est,qu’elle sera un relais fort pour perpétuer la voluptueuse « Société de Consommation »;sinon,où trouvera-t-on du Boulot pour relancer l’activité é conomique en France?

  6. Vincent

    Cet article souligne un autre problème : celui du manque de neutralité journalistique (de la part du journaliste à l’esprit « lumineux »). Il n’aurait dû que relater cet évènement sans faire de commentaires. Hélas, de nos jours, le journalisme s’aligne sur une pensée unique à la botte des pourris de ce monde (avide d’argent et étant quelque peu allergique à l’environnement).

    Bref, ainsi est la nature, telle qu’elle a été crée, un point c’est tout. Des arbres, ça poussent, et ça peut tomber ensuite, au même titre qu’il peut y avoir des accidents de la route qui pourraient être largement évités.

  7. Jean-Marc SérékianJMS

    L’image que m’évoque ces journalistes est celle « d’homme sandwich ». Leur articles servent de support à de la publicité. Un article en sandwich entre deux pages de publicité. En sautant ces plages savamment illustrées, il est encore possible d’apprendre quelque chose, mais, si ces articles sont lisibles, il faut de plus en plus faire l’effort de les lire entre les lignes…

  8. RANDOLET Michel

    Pour n revenir à cette « affaire » d’abattages d’arbres à Tours,je ne vois qu’1 seule raison:Ils ont été plantés à un temps où l’on pensait embellir la ville, les parcs.Et,avec l’âge,ils sont devenus encombrants;hébergent des para sites et sont difficiles à entretenir.Là où il ne faudrait pas que le maire s’en gage,c’est d’occuper la place « libérée »à tout autre chose qu’à y remettre 1 arbre ou une haie.Qui comprendrait cela?Eventuellement, après avoir creu sé des tranchées pour remplacer de vieilles conduites et poser de la fibre optique… on planterait des haies,des massifs arbustifs:qui pourraient per mettre à des abeilles installées en zone urbaine,de se porter bien mieux qu’à la campagne!Mais si,mais si,ça va se faire à Tours;c’est déjà fait à Paris.La production de miel y est très encourageante…Qui l’eût cru?

  9. Jean-Marc SérékianJMS

    Précision, j’ai retrouvé la référence qui manqué sur la « vitesse de 6 km/h »
    Fin de la première note de l’article :
    « Dix objections majeures à la civilisation de l’automobile individuelle »
    http://www.decroissance.org/index.php?chemin=textes/auto_guerre
    « La première victime « officielle » aurait été une mère de famille londonienne renversée le 17 août 1896 par une voiture automobile roulant à la vitesse extraordinaire de 6 km/h (http://www.roadpeace.org) ».

Les commentaires sont clos.