Le krach automobile

L’automobile permettait même aux gens ordinaires de s’évader en leur donnant accès à une mobilité qu’ils n’avaient jamais connue auparavant.

« Outre l’exaltation de la vitesse à l’état pur et son pouvoir de déterminer la position sociale du conducteur », écrivit Stuart Chase, la voiture représentait une promesse « d’histoire d’amour, d’aventure, et d’échappatoire à la monotonie qui caractérisait bien trop souvent la vie moderne…

Elle avait captivé notre intérêt psychologique comme rien ne l’avait jamais fait auparavant, et comme rien, peut-être, ne le ferait jamais plus. »

L’automobile avait cependant un autre effet, moins attractif. « Au début, je notais scrupuleusement toutes les dépenses relatives à ma voiture, avouait un banquier citoyen d’une petite ville, mais les chiffres ont grimpé tellement vite que je n’osais pas regarder la réalité en face. Mes habitudes en matière de dépense ont progressivement cédé le pas à des habitudes de dilapidation.

Le résultat est que cela détruit le sens des valeurs et de l’individu. Qu’il le veuille ou non, il est obligé de dépenser de l’argent à chaque coin de rue.

Quantité de familles ne cessent de flirter avec le danger. Leur voiture les a rendues plus pauvres. »

William Ashdown, « Confessions of an Automobilist », Atlantic Monthly, 25 juin 1925
Cité par Maury Klein,
Le Krach de 1929
Editions Les Belles Lettres, 2009

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4 commentaires sur “Le krach automobile

  1. Jean-Marc SérékianJMS

    Dans « la Convivialité » Ivan Illich fait remarquer que, sans s’en apercevoir, le temps que consacre un citoyen moyen à son automobile est de 4 heures par jour. Il le fait en travaillant pour se la payer, pour payer l’assurance et l’entretient, en la conduisant, en la nettoyant…
    En faisant le rapport du nombre de kilomètres parcourus par an (environ 10 000 km en moyenne) sur le temps consacré à la voiture, il montre que la vitesse de déplacement dépasse à peine le 6 km/h celle d’un bon marcheur…

  2. Grasshoper

    Le problème des coûts de l’automobile doit être relativisé dans un pays comme la Belgique où bon nombre de travailleurs bénéficient d’un « véhicule de fonction », qu’on appelle aussi « voiture de société ». Pour un forfait assez dérisoire, il reçoit un véhicule, plus ou moins prestigieux, polluant et puissant en fonction de son niveau dans la hiérarchie de son entreprise.

    Les frais d’assurances, de leasing, d’immatriculation, tous sont pris en charge, donc il consacre beaucoup moins de temps à son automobile que la personne qui a dû acheter son véhicule. Donc face au temps et à l’argent consacré pour son auto, les gens sont loins d’être tous égaux.

    Ce qui revient aussi à, fiscalement, permettre aux plus riches d’avoir les voitures les plus puissantes sur le dos de la collectivité. Vu que les frais de la flotte de véhicules peuvent être déduits.

    Notez aussi que pour l’instant, la taxation des véhicules de sociétés vient d’être légèrement augmenté, c’est-à-dire de façon exclusivement cosmétique et non dissuasive.

  3. l'automobile

    La voiture coute cher, pour autant certaines familles continuent de l’utiliser. Pourquoi? Réponse extrêmement simple : parce que les parents n’habitent pas à côté de leur lieu de travail.

  4. Jean-Marc

    Grasshoper :
    « Pour un forfait assez dérisoire, il reçoit un véhicule, plus ou moins prestigieux, polluant et puissant en fonction de son niveau dans la hiérarchie de son entreprise.

    Les frais d’assurances, de leasing, d’immatriculation, tous sont pris en charge, donc il consacre beaucoup moins de temps à son automobile que la personne qui a dû acheter son véhicule. Donc face au temps et à l’argent consacré pour son auto, les gens sont loins d’être tous égaux.

    Ce qui revient aussi à, fiscalement, permettre aux plus riches d’avoir les voitures les plus puissantes sur le dos de la collectivité. « 

    et oui, il s agit d avantage en nature :
    en fait, il s agit d’une niche fiscale :

    au lieu de donner 1 000 d augmentation (couplée à 1 000 de taxe perçues par l etat), l entreprise paye 1 000 ou 1 500 pour la voiture :
    L employé est content, car il a une voiture pour « rien »,
    L entreprise est contente, car, en dehors de la grille des salaires (que personne ne connait, sauf les comptables), celà permet de mettre en valeur certaines personnes, et celà lui permet d acheter la paye sociale pour moins cher qu’une augmentation.
    Autre avantage pour la boite : comme tu dois rendre ta voiture si tu quittes ta boite, celà crée un frein à la mobilité inter-entreprise… donc un frein à la recherche d’une meilleure place.

    Le fait, c est que la somme payée pour la voiture n est pas autant couplée à des prélèvements sociaux.

    Consquence : celà aide à la création des trous des différentes caisses (pb pour l état/les organismes paritaires), mais aussi,, contrairement à une augmentation, il n y a pas de cotisation vieillesse, maladie, chomage :
    c est aussi une perte pour l employé, s’il se retrouve au chômage, en arrêt maladie, en arrêt de travail, ou quand il se retrouvera à la retraite :
    il touchera en fonction de son salaire, pas en fonction de son salaire + avantage en nature…

    Précision :
    avec une augmentation, plutôt qu’une voiture,
    non seulement on béneficiera d’une meilleure retraite, d’un meilleur chômage, et de meilleures indemnités en cas d arrêt; mais aussi…
    on fera ce qu’on veut de cet argent :
    là, on a un avantage en nature captif… qui, au lieu de nous permettre de nous offrir ce qu’on veut (augmentation), nous contraint à certaines dépenses (essence, péage, et sans doute d’autres dépenses, mais je ne sais pas lesquelles sont prises en compte par les différentes boites).

    p.s.
    article très intéressant… surtout quand on lit l année où il a été écris :
    en 1925, avant le krash de 29

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