Le Sanglier, « l’usager de la route » et l’Effraie des clochers

sanglier-mort

Si, avec la recherche de la « vie extraterrestre », les chercheurs scientifiques ont trouvé un savant et inépuisable sujet de recherche, les chasseurs savent que sur terre il existe des espèces chassables réparties en « gibier menacé », « à protéger » et des « nuisibles menaçants » à pourchasser. Là s’arrête leur science. Quant aux « usagers de la route », ils sont avant tout préoccupés par leur sécurité.

Dans un texte officiel (1), on apprend que des risques de « collisions avec des véhicules automobiles » (2), menaçant la sécurité des personnes, sont possibles avec le Sanglier. Cet Ongulé sauvage a la particularité d’être chassable comme gibier et aussi chassable en battue administrative comme nuisible, pour protéger la société respectable des « usagers de la route ».

Comment expliquer ce statut si particulier au Sanglier ?

Le Sanglier partage avec toutes les bêtes sauvages, une incapacité héréditaire à comprendre les notions les plus élémentaires du « Code de la Route ». Il n’a pas su évoluer avec son époque et reste viscéralement réfractaire à la circulation automobile à grande vitesse.

En cela rien de particulier, le Sanglier appartient à la faune sauvage…
La grenouille, le hérisson et les serpents, la chouette chevêche et la chouette effraie, et bien d’autres petites espèces animales sont concernées.

Sur la route avec la circulation automobile à grande vitesse, elles ont la particularité d’y perdent leur vie incognito. Mais pour les « gros » animaux, ceux de plus de dix kilos et le Sanglier avec ses 100 kilos, leur rencontre avec une automobile, ne passe pas inaperçue.

De tout leur poids, ils se révèlent à la civilisation des « usagers de la route ».

Avec le Sanglier, la mort de l’animal ne résume plus à lui seul l’événement. La rencontre de « l’homme motorisé » et de la bête sauvage devient un accident. La Sécurité Routière est inquiète.

Lorsqu’une chouette effraie rencontre une voiture, l’animal « protégé » par la loi, meurt sur le coup. Il s’agit d’un événement écologique attristant, mais, dans les faits dûment constatés, c’est avant tout un « non-événement ».

Sur le plan économique rien ne s’est passé : pas de dégât matériel, pas de blessé à transporter, « pas de mort » à déplorer, pas de « frais de réparation, pas de frais d’hospitalisation »… Rien à signaler ! Rien à déplorer !

« Un événement sans conséquence »… Les « Autorités »», les gendarmes et les assureurs, et les « usagers de la route » sont rassurés ou confortés par la discrétion et « l’insoutenable légèreté de l’être » (3) de tous ces petits animaux délicats… Pourtant, sur le plan théorique ou balistique, il y a, comme écrit dans le texte officiel, « collisions avec des véhicules automobiles »…

Le Sanglier, par contre, avec son quintal est bien la « Bête Noire » des états majors technocratiques. Sa rencontre avec la « Civilisation automobile », avec l’homme motorisé est presque toujours un « événement économique ».

« Dans la nature, le Sanglier n’attaque jamais l’homme ! » affirme la Hulotte (4) Mais lorsque l’homme est un « usager de la route » sur la chaussée, lancé à grande vitesse, la rencontre avec un Sanglier, ignorant les priorités établies par la « Sécurité routière », peut ne pas se résumer à un énième et simple cadavre animal, comme pour la chouette effraie…

La biodiversité est bien mal faite pour la Modernité. La Nature aurait dû être plus sévère dans sa « sélection naturelle des espèces », n’autoriser que des animaux de quelques kilos au grand maximum.

Par chance en France, avec un Ministre omniscient à la tête d’un ministère tentaculaire (de « l’écologie », de l’énergie, du développement durable, de la mer et de la montagne, des fleuves et des rivières, des technologies vertes, spécialiste des « nuisibles » et du Sanglier, de la chaussée et des champs, de la pluie et du beau temps, et des négociations sur le climat…) ; parfaitement conscient de la situation, un « Plan National de Maîtrise du Sanglier » est lancé.

La « modernisation écologique » est en marche pour corriger les insuffisances de la Nature et relancer une sélection artificielle des espèces…

(1) Plan National de maîtrise du Sanglier
http://www2.equipement.gouv.fr/…/PNMS.pdf
(2) D’après les donnés fournis par le Plan National de Maîtrise du Sanglier, 9500 collisions ont été recensées. Il n’est pas précisé la durée d’observation, mais même si c’est en une seule année cela doit rester dérisoire par rapport aux collisions entre automobiles…
(3) Titre d’un roman de Milan Kundera
(4) La Hulotte n° 23 1974 Revue naturaliste

Photo: Là un sanglier… (David Reverchon)

Jean-Marc Sérékian

A propos de Jean-Marc Sérékian

Rédacteur du site Carfree France, spécialiste des questions d'énergie et de biodiversité.

4 commentaires sur “Le Sanglier, « l’usager de la route » et l’Effraie des clochers

  1. LomoberetLomoberet

    C’est scandaleux !
    Les sangliers devraient être tenus de porter un baudrier réfléchissant, un casque homologué et être muni d’un avertisseur sonore audible à 30 mètres comme les autres nuisibles !

  2. Gari

    Article bien mené, très pertinent. J’adhère !

    Tout à fait d’accord avec Lomoberet, il faut absolument faire une loi pour forcer les sangliers à se rendre visibles des automobilistes !

  3. Cinepete

    En attendant de faire passer un permis « piéton » aux animaux sauvages pour qu’ils aient le droit de traverser la route, le département de l’Isère agit pour des « routes durables » !! Ils viennent d’inventer le détecteur d’animaux sauvages : http://www.sillon38.com/blog/2012/07/07/isere-mise-en-place-de-detecteurs-de-faune/
    Il va sans dire que limiter la vitesse tout le temps aurait côuté beaucoup moins cher (tout en économisant du pétrole et réduisant l’intérêt de prendre sa bagnole…)

  4. Jean-Marc

    Une voiture (thermique, donc faisant du bruit) roule à 50km/h :

    le sanglier l entend (et, la nuit, la voit) : il ne bouge pas du bord de la route… ou alors pour s en éloigner.
    (et, s’il est sur la route, l automobiliste peut s arrêter, et faire des appels de phares + klaxonner, jusqu’à ce que le sanglier se barre).

    Cette même voiture roule à 90km/h :
    le sanglier n a pas le temps de réagir : s’il est deja engagé, ou s’il va s engagé, l automobiliste, qui n aura lui non plus, pas le temps de réagir, va le percuter….

    J ai deja vu un sanglier figé, attendre à 2m de la route, avec des voitures qui passaient à 50km/h :
    il attendait le calme pour traverser…

    (comme j étais à vélo, derrière les voitures, avec un espace entre la dernière et moi (donc dans une zone plus silencieuse), j ai chanté tout du long, pour faire du bruit, pour qu’il ne traverse pas au moment où j étais le plus proche de lui ^^)

    p.s.
    http://www.maliki.com/strip.php?strip=252

Les commentaires sont clos.