Economie, art et gaspillage scandaleux

L’un des quelques souvenirs de mon cursus universitaire en économie provient d’un sage professeur soulignant en regardant par la fenêtre du cours: « Ceci, disait-il en indiquant le parking, représente une énorme proportion de la richesse de la nation« . Plusieurs années plus tard, le parking de l’image est au centre de Leeds au Royaume-Uni. Il y a plus de 1000 places de stationnement et au moins 750 voitures sur l’image. Pour comprendre ce à quoi notre professeur faisait allusion, contentons-nous d’un simple calcul arithmétique.

750 véhicules pour un coût moyen de 16.000 euros = plus de 12 millions d’euros. Nous allons ignorer le prix du parking pour cet exercice.

Ces 12 millions d’euros représentent des tonnes de matières premières, des heures d’experts en ingénierie dans les usines high-tech et des heures et des heures de main-d’œuvre qualifiée et créative dans la recherche, la conception, la construction et la commercialisation de ces merveilleux objets.

Et tout ceci est posé là. Dans un parking. Ou sur le côté de la voie publique. Ou sur une allée. Jour et nuit. Sous le soleil, la pluie et la neige. En train de pourrir.

A titre de comparaison, ces 12 millions d’euros représentent l’équivalent de deux nouveaux trains de voyageurs. Le même coût mais un avantage très différent pour la société. La principale différence est que les entreprises ferroviaires font rouler leurs trains depuis tôt le matin jusqu’à tard dans la soirée. J’écris ceci dans un train à 21 heures le soir. Chaque jour, ces deux trains pourront faire parcourir des dizaines de milliers de km à leurs passagers alors que les voitures attendent tranquillement sur le parking leur propriétaire.

Ou bien, ces 12 millions d’euros représentent aussi l’achat de 3 Boeing 737 d’occasion. Les lignes aériennes commerciales exploiteront encore plus leurs avions. Elles auront pour but d’avoir leurs avions en service 24 heures par jour.

À l’opposé, nos 750 voitures particulières finement ouvragées seront utilisées en moyenne pendant environ une heure par jour. Durant les 23 autres heures de la journée, elles constituent, en effet, une installation d’art géante, un énorme monument conçu pour gaspiller la richesse de notre société.

Et il faut essayer d’imaginer 41.000 parkings comme celui ci-dessus pour commencer à saisir l’ampleur réelle du scandale. Et ce n’est que dans le Royaume-Uni.

Il s’agit de gaspillage d’un ordre économique presque sans précédent dans l’histoire. Les pyramides et les statues géantes de l’île de Pâques ont été d’une ampleur similaire grandiose, mais elles ont été des phénomènes locaux. L’économie mondialisée signifie que cette dernière folie se joue à l’échelle mondiale. C’est pourquoi, en terme d’efficacité économique, l’automobile privée est aujourd’hui, et de loin, la plus grande erreur de l’homme.

Et encore une remarque. Les 12 millions d’euros investis dans notre parking plein de voitures vont se déprécier beaucoup plus vite que les autres moyens de transport, qui, en dépit de leur utilisation beaucoup plus intensive, mesurent leur durée de vie utile en décennies plutôt qu’en années.

Donc vous pouvez voir pourquoi notre professeur d’économie a été sage d’attirer notre attention sur le parking de l’Université et pourquoi, quand vous verrez un parking la prochaine fois, vous pourrez admirer le talent artistique, mais n’oubliez pas que vous avez devant vous une petite partie de la plus grande erreur de l’homme.

Source: www.mansgreatestmistake.com

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6 commentaires sur “Economie, art et gaspillage scandaleux

  1. Pim

    Ce matin dans Ouest France (ce grand journal burp), je lisais les résultats du premier bilan réalisé par l’Observatoire du bilan carbone des ménages français et par le cabinet Green Inside (un nom qui en jette).
    Néanmoins, le résumé va droit au but :
    « Dans notre vie quotidienne, le transport est le premier poste émetteur de CO2 (54 %), devant le logement (30 %) et l’alimentation (16 %). Voilà pour la moyenne des ménages français. Dans le détail, les situations sont plus variées. »
    « Où vivent les plus vertueux ? Dans les grandes villes. Pourquoi ? Parce que dans les bourgs et les campagnes, les habitants sont obligés d’utiliser leur voiture – parfois deux véhicules par famille – à tout bout de champ. »

    Par contre, le journal qualifiait les concernés de « gros producteurs de CO2 » (moi ca me fait penser à un producteur d’énergie), plutôt que de « gros dégueulasse de pollueur » ou « destructeur de planète »

    source ici

  2. Michelle 13Michelle

    Oui l’article doit nous faire réfléchir sur le temps d’occupation des voitures …

  3. JiBOM

    Cet article laisse entendre que le parc automobile est trop lourd par rapport à ce qu’il devrait être.

    En France, il y aurait environ 30 millions de véhicules individuels privés. On pourrait diminuer sensiblement ce nombre si les voitures étaient louées et non achetées.
    En me basant sur une utilisation moyenne d’1h/jour/conducteur et d’une journée de 12h avec réutilisation systématique et régulière de chaque véhicule, j’arrive à une quantité strictement nécessaire de 30/12 = 2,5 millions de voitures.
    Mais ce calcul « à la louche » est en principe faux car il ne prend pas en compte le différentiel de besoin entre les heures de pointe et les heures creuses. Ce qui signifie que la quantité utile de bagnoles est bien supérieure à mon résultat le matin et le soir et que l’on se retrouvera encore avec un tas de ferraille encombrant et inutile le reste du temps !

    Il est à parier que la capacité de résilience du réseau ferré (et des transports en commun en général) entre les moments de rush et de creux est nettement meilleure que celle du réseau routier où 1 personne de plus équivaut presque à 1 voiture de plus !

  4. JiBOM

    @ Pim

    L’une des vertus de l’habitat urbain – qui n’est pas précisée dans le lien – est la proximité des constructions entre elles qui transforme les pertes d’un logement en gains pour le logement du voisin (surtout si ce dernier habite au-dessus). J’habite au 8ème étage d’un immeuble qui en comporte 10. J’ai rarement besoin de chauffer sinon il fait vite trop chaud. De plus, je n’ai qu’une façade orientée sur l’extérieur ; les 3 autres ne sont pas soumises (ou très peu) à des différences de température. C’est un peu la technique des manchots…

  5. Flower

    pas à Marseille la place de stationnement garantie.. les poteaux sont défoncés et les emplacements sont squattés par des bagnoles en parking sauvage
    On dirait que tout ce que touchent les marseillais devient dégueulasse
    Aigrie vous avez dit?

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