Et si les jeux vidéo étaient en train d’achever l’industrie automobile?

Bon j’avoue, j’ai joué récemment à un jeu vidéo de bagnole de course, et j’ai aimé ça. Désolé. Le plus cool était sans doute la possibilité de casser le mobilier urbain, de foncer dans les autres bagnoles et, cerise sur le gâteau, de défoncer les voitures de flics. Plus sérieusement, et si le jeu vidéo était le coup de grâce porté à une industrie automobile moribonde?

Autrement dit, mieux que toute campagne un peu niaise de sensibilisation du genre « Bougez autrement » ou « Le vélo, c’est la santé », les jeux vidéo en général et les jeux vidéo de voitures en particulier ne sont-ils pas l’arme fatale qui va envoyer définitivement la bagnole aux poubelles de l’Histoire?

Plusieurs signes très clairs semblent confirmer cette hypothèse. D’abord, les jeux vidéo de bagnoles ne se sont jamais aussi bien vendus alors que les vraies bagnoles trouvent quant à elles de moins en moins de clients. Mieux, alors que les jeunes se ruent sur la dernière nouveauté de Gran Turismo ou Grand Theft Auto, la voiture neuve apparaît quant à elle de plus en plus comme un truc de vieux.

Également, signe qui ne trompe pas, les constructeurs de voitures essayent par tous les moyens, de manière quelque peu pathétique, de récupérer les codes en vigueur dans l’univers des jeux vidéo pour promouvoir leurs bagnoles hors de prix. Sur le site Transit-City, on peut trouver ainsi quelques exemples de constructeurs de bagnoles qui tentent de récupérer l’imaginaire des jeux vidéo (voir , et ).

Mais la réalité rattrape les constructeurs de voitures et le décalage apparaît toujours plus grand entre monde virtuel où on peut rouler à 300 km/h et foncer dans tout ce qui bouge et monde réel où on reste la plupart du temps bloqué dans les embouteillages au milieu des gaz d’échappement…

Comme le dit Renaud Roubaudi du magazine Next, « un gamin habitué à piloter sa Mercedes à 300 km/h sur le Nurburgring n’a aucune raison de rêver à la conduite d’une Clio diesel sur le périphérique« …


Gran Turismo version Clio Diesel sur le Périph’…

Tout est dit, mais prolongeons quand même le plaisir avec un extrait complet de son article intitulé « Les Gamers au volant« :

Et si le jeu vidéo était l’avenir de l’automobile ? La sortie de Gran Turismo 5 à Noël sera un événement planétaire, digne d’un blockbuster hollywoodien, comme la suite très attendue de Tron des studios Walt Disney. Cette simulation de conduite automobile est l’un des plus gros « best-sellers » du jeu vidéo et la cinquième version est attendue comme le messie par des millions de fans. Amateur ou non du genre, on ne peut être que bluffé par le réalisme des voitures, les conditions d’utilisation qui recréent la réalité dans le moindre détail, du décor exact des villes traversées aux conditions météos locales, en passant par le type de bitume des circuits empruntés. Les joueurs peuvent choisir parmi des centaines de voitures existantes, de route ou de course, anciennes ou modernes, configurer leurs propres réglages (type de pneu, tarage de suspension…), choisir leurs circuits et accéder à des modèles plus puissants en fonction de leurs résultats. Le niveau de reproduction est tel que plusieurs pilotes de course ont confessé s’entraîner sur Gran Turismo pour améliorer leurs réflexes ! Face à un tel phénomène, il est légitime de penser que Gran Turismo est le meilleur ambassadeur des intérêts de l’industrie automobile. Ce n’est pourtant pas si évident.

Plusieurs études ont mis en lumière qu’une majorité de jeunes adultes « accros » aux jeux n’avait pas leur permis et encore moins l’intention de le passer. Interrogée sur le sujet, la fameuse No Car génération trouve la voiture trop… ennuyeuse. Et pour cause, un gamin habitué à piloter sa Mercedes à 300 km/h sur le Nurburgring n’a aucune raison de rêver à la conduite d’une Clio diesel sur le périphérique. Autrement dit, plus le virtuel est sensationnel, plus le décalage entre fantasme et réalité est patent. Désorientés par cet état de fait, certains constructeurs ont bien conscience qu’ils doivent intégrer cette « culture du jeu vidéo », mais ils ne savent pas comment l’importer concrètement dans une voiture et en faire un avantage concurrentiel.

Ainsi, plus les jeux vidéo de voitures sont à la fois confondants de réalisme et dans le même temps complétement délirants dans les possibilités qu’ils offrent, plus la conduite automobile « en condition réelle » apparaît comme un truc complétement dépassé. Ajoutez à cela le coût exorbitant de l’automobile, entre achat du véhicule, assurances, taxes diverses et carburant. Ajoutez également le fait qu’il faut en plus passer un permis de conduire au coût lui aussi exorbitant et qui en outre, vous sera retiré au moindre faux pas. Et pour finir, avec la bagnole, vous oubliez définitivement la moindre fête alcoolisée ou le pétard entre amis, deux facteurs aggravants qui sont eux fortement recommandés avec les jeux vidéo…

Également, on peut se réjouir de l’apparition, du moins dans cet article, d’une « No Car génération ». Serait-ce la génération sans voiture que nous accompagnons jour après jour ici même sur ce site? La génération de nos parents a tout fait pour avoir une bagnole, la prochaine génération fera tout… pour ne pas en avoir!

voiture-truc-de-vieux
Gran Gérontismo 5 ou la contre-attaque de l’industrie automobile…

Alors, il paraît que les constructeurs de voitures contre-attaquent et vont retourner ce désavantage à leur avantage. Et à quoi la vieille industrie automobile réfléchit-elle? Tenez-vous bien, à des modèles de voitures intégrant des « épreuves » (atteindre un certain nombre de kilomètres, aller dans un lieu ou une ville en particulier, faire réellement du 4X4 avec son 4X4…) qui permettent de gagner des « récompenses » (nouveau design du tableau de bord, software pour changer la lumière d’ambiance, options sonores ou visuelles…). Et le tout, avec bien entendu une « mise en réseau » par le biais de caméras extérieures et intérieures pour filmer sa vie à bord, la publier sur YouTube et (pourquoi pas) créer des concours des meilleures scènes de vie en voiture, façon Vidéo Gag ou Nouvelle Star…

C’est juste ridicule, mais ne le dites pas aux constructeurs de voitures, ils pensent sans doute qu’ils sont en train de révolutionner l’histoire de l’automobile…

Si l’industrie automobile veut à tout prix raccrocher l’univers des jeux vidéo à celui des voitures réelles si difficiles à vendre, on leur conseillera plutôt d’aller voir du côté du jeu Street Fighter 2… en particulier en cette veille de Nouvel An…

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

7 commentaires sur “Et si les jeux vidéo étaient en train d’achever l’industrie automobile?

  1. LEGEOGRAPHE

    Vu le déni de réalité que « peuvent » contenir les jeux vidéo, il n’est pas dit que l’évolution soit bonne.

    Bonne pour abandonner la voiture ? peut-être.
    Bonne pour relancer l’idée d’implication politique dans la vie de la cité ? Pas sûr.

  2. LEGEOGRAPHE

    En gros, on peut dire que la frustration pourra en être accrue encore avec cette évolution bien probable.
    Et on ne sait pas ce que l’homme pourra faire inventer de pire que la voiture (enfin, si on en connaît, en plus, des choses bien pires que la voiture et elles font peine à voir).

    Je tiens à signaler que j’ai aussi joué à des jeux vidéo et que je suis tenté par certains d’entre eux de temps en temps.

  3. LomoberetLomoberet

    Le crétin qui ne sort pas de chez lui pour rester sur ses jeux vidéos est tout de même moins nocif que l’abruti qui ne sort pas de sa voiture pour cloper, picoler ou . . .
    À chaque footing en forêt que je fais, j’en trouve plusieurs (quelquefois moteur tournant pour ne pas souffrir du froid) qui se livre à ces activités sus-mentionnées, se croyant suffisamment retirés des axes de circulation pour se livrer à leurs turpitudes (qui quelquefois peuvent réjouir l’oeil) !

  4. cycliste alcoolique

    « …à des modèles de voitures intégrant des « épreuves » (atteindre un certain nombre de kilomètres, aller dans un lieu ou une ville en particulier, faire réellement du 4X4 avec son 4X4…) qui permettent de gagner des « récompenses » (nouveau design du tableau de bord, software pour changer la lumière d’ambiance, options sonores ou visuelles…).  »
    Ca ca me fait plutot froid dans le dos. Prendre sa voiture pour jouer! Gagner des points …Je prefere que cette bande de tares restent devant leur console.

  5. LomoberetLomoberet

    ou qu’ils aillent au fin fond dela forêt trousser leur blonde pour réjouir les courreurs à pied adepte de nature !

  6. Gilles ChomelLÉCOLOMOBILE

    Bon article pour démarrer l’année 2012 sur le bon pied. On assiste à un phénomène de disqualification d’une technologie par une autre comme l’humanité en a connu régulièrement. De la même manière que l’âge du bronze a disqualifié l’âge de la pierre polie, l’âge du numérique disqualifie l’âge du moteur à explosion.

    Sans rapport: il faudrait faire un article sur 2011 l’année la plus chaude avec un automobiliste qui appuie sur l’accélérateur pour battre en 2012 le record d’émission de CO2. Ca pourrait être un dessin (croquis) d’automobiliste bullant « Bonne année 201co2 ». Je vais essayer d’esquisser ça sur mon blog agonieAutomobile.blog.fr

  7. georges

    on peut certes se réjouir de ce constat mais cette tendance n’est pas du tout induite par une prise de conscience ou une évolution positive des valeurs de respect et de pacifisme, c’est tout le contraire. Si l’anarchie était encore tolérée sur la route, bon nombre d’extremistes (ceux qui cherchent des sensations extrèmes) iraient y faire leur rodéo. On parle des jeux vidéos mais on peut mentionner nombre de films d’actions où les héros coursent encore et toujours leurs rivaux dans une caisse sur une vraie route en provoquant des accidents. Au final c’est toujours la Voiture qui est vénérée et la puissance de la machine, on n’avance donc guère sur le fond du problème.

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