Montréal sans voitures ?

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Cette fiction urbaine est partie d’une interrogation: Quelle peut bien être la proportion de l’espace urbain sacrifiée à la circulation automobile?

Si la voiture cause de nombreuses nuisances dans le centre de la ville de Montréal, ce n’est rien comparé à la banlieue, où le réseau routier est devenu l’ossature même de la vie quotidienne. La banlieue, comme la voiture, était censée nous rapprocher de la campagne tout en permettant le confort et les facilités que procure la ville. Au final, elle nous a simultanément privé de la campagne, réduit à une nature stérile, et de la ville, qui se résume à une nappe d’asphalte débouchant ça et là sur les temples de la consommation industrielle. Aujourd’hui, la voiture est donc partout et on lui sacrifie notre environnement, mais est-ce irréversible?


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La première fiction tente un scénario en milieu urbain. C’est une rue typique de la trame montréalaise, du plateau, de la petite patrie ou du Mile end, peu importe.

Les espaces de la rue dédiés aux stationnements sont supprimés, la circulation automobile est réduite à une simple voie. On peut imaginer la présence de quelques stations de voitures (type communauto), mais ce scenario implique le renoncement à la voiture personnelle.

L’aménagement d’un maillage de lignes de tramway sur les artères principales permet d’assurer l’essentiel du transport, aussi bien des passagers que des marchandises. L’espace laissé libre dans les rues résidentielles permet l’aménagement systématique de pistes cyclables ainsi que d’une bande d’espaces publics. Cette bande alterne des terrains pour la permaculture, des parcs, des espaces de jeu ou des petites places publiques. On peut imaginer que ces espaces fonctionnent à la manière des coopératives d’habitation, favorisant la population à s’impliquer dans l’entretien de la rue.

L’illustration fait aussi allusion au développement des toitures vertes qui se substituent aux toitures goudronnées, et le recyclage possible (ou partiel) des lieux de cultes en lieux publics.

Un tel scénario prévoit qu’une partie de la population urbaine se consacre de nouveau au travail agricole, réduisant ainsi la dépendance alimentaire de la ville.


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Dans la seconde fiction, il s’agit de la reconversion d’un échangeur autoroutier de banlieue. La structure est conservée et le cœur de l’échangeur devient logiquement une gare de voyageurs permettant les correspondances entre les deux grandes directions formées par les voies ferrées remplaçant désormais les autoroutes. Un habitat densifié vient se nicher dans les boucles de l’échangeur, incorporant espaces verts et points d’eau. La structure de l’ancienne autoroute est utilisée comme socle pour les nouveaux bâtiments, faisant cohabiter logements, ateliers, bureaux, marchés, écoles, espaces culturels ou politiques.

Les lotissements pavillonnaires ont disparu, remplacés par des champs de cultures et des fermes agricoles. Cette fiction suppose donc l’abandon de la logique de la ville éclatée (ou de la ville générique selon Rem Koolhaas) au profit d’une ville plus compacte, rassemblant toutes les activités de la vie quotidienne en un même lieu, limitant de la sorte les déplacements fastidieux tout en réinstaurant l’esthétique du parcours, de la continuité urbaine et bien entendu de la collectivité.

Il est possible que cette fiction urbaine soit interprétée comme une utopie irréalisable, voire pire, comme une proposition rétrograde… mais c’est aussi le cas du développement urbain actuel qui ne cesse de nier le rôle social et esthétique de la ville depuis plus de 50 ans. En continuant à placer la voiture au cœur de notre vie, nous fabriquons notre propre isolement tout en nous résignant à accepter la médiocrité de notre environnement quotidien. Le prix à payer pour le confort ne s’arrête malheureusement pas là, car la « ville diffuse » est aussi le plus bel instrument de ségrégation spatiale jamais inventé.

En réaction, il parait donc urgent de redonner le gout de la ville, de la mixité sociale. Notre époque a besoin de nouvelles formes urbaines, et pas seulement le temps d’un évènement culturel.

Source: http://sansdessein.canalblog.com/

A propos de Victor Locuratolo

Dessinateur-illustrateur en BD et architecture

Un commentaire sur “Montréal sans voitures ?

  1. jeremy

    Une utopie peut être irréalisable mais aux moins il essaie d’innover et de proposer des modes de vies!
    un pays à suivre…

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