Le voeu pieu du PLU de La Mézière en matière de dimininution des déplacements automobiles

Gwenael De Boodt, propriétaire du bâtiment de La Station-Théâtre et du T.R.U.C. et Marion Derrien, présidente de ces deux associations, ont porté les remarques suivantes sur le registre d’enquête d’utilité publique du PLU (Plan Local d’Urbanisme) de La Mézière, commune d’Ille-et-Vilaine en Région Bretagne.

Gwenael De Boodt, propriétaire occupant et citoyen de la commune
Marion Derrien, présidente des associations « La Station-Théâtre » et le « T.R.U.C. »

à Mrs les commissaires enquêteurs du PLU de La Mézière
Mr le Maire de La Mézière et ses adjoints et conseillers

La Mézière, le 7 Février 2014

Mesdames, messieurs,

En tant qu’habitants de la commune et représentante légale de deux associations culturelles et d’économie sociale et solidaire dont le siège et les activités sont sises à La Mézière, fortes d’une soixantaine d’adhérents (personnes physiques et morales) nous tenions à vous faire part de nos remarques concernant la modification du POS de La Mézière en PLU.

Notre première remarque concerne l’accès à l’enquête d’utilité publique via le site internet de la Mairie. Malgré plusieurs tentatives et ce, depuis plusieurs mois, il nous a été impossible d’accéder au document qui le traite. En cliquant sur « Enquête d’utilité publique », nous pouvons lire un dossier sur le sondage archéologique sur les lignes de Gonzée, au demeurant très intéressant, mais nullement le projet du PLU soumis à enquête.

D’une manière générale nous nous étonnons du manque d’ambition de ce PLU en réponse aux exigences du PPAD (IV.2) concernant le fait de favoriser les dispositifs qui permettent de réduire l’utilisation de l’automobile. En effet, à part quelques continuités de cheminements doux internes aux zones d’habitations denses, rien ne semble prévu pour les entrées de ville, ni pour les axes principaux, si ce n’est des « mesures de sécurisation » dont on ne sait comment elles répondront à la facilitation des déplacements alternatifs à l’automobile. Car sécuriser n’est pas faciliter, loin s’en faut. Il n’est que de constater comment déjà, en plusieurs points de la commune, pistes et bandes cyclables et traversées de piétons doivent céder le passage aux automobiles et rallongent leur parcours par rapport à ces dernières. C’est le cas, par exemple, aux intersections de la rue de Texüe, aux ronds-points de Beauséjour et de Mongerval, à l’embranchement avec la RD 637 de la route qui dessert « Les Carreaux » ou bien encore au 1er passage piéton de la rue de Texüe le long de la rue Macéria qu’une implantation de barrières a relégué 15 mètres plus loin. Partant de telles réalisations pour la plupart très récentes, oser prétendre qu’il faut « favoriser les échanges entre habitants et encourager les déplacements alternatifs à la voiture »(VI.1.2) nous semble un vœu pieux qui risque de n’être nullement suivi d’effet si les mesures à prendre ne sont pas envisagées avec un autre état d’esprit que celui qui consiste à prendre acte de la croissance automobile sans remettre en cause sa suprématie dans l’espace public.

Une solution a été proposée en public par Mr De Boodt le 18 Septembre dernier lors de la réunion d’information sur le PLU à la Mairie. C’est d’ailleurs la seule à n’avoir pas été restituée dans le compte-rendu bien qu’elle concernât une question d’ordre général et public et non un intérêt privé.

Pour économiser le prix de coûteux ronds-point, de pistes cyclables et d’élargissement de trottoirs, il faut consacrer les efforts d’aménagement à la voirie déjà existante en limitant physiquement la vitesse des automobiles. Un enchaînement de chicanes et de rétrécissements de la chaussée grâce à des implantations de mobilier urbain, d’arbres et de parterres à cultiver, de coussins berlinois ou de gendarmes couchés (comme ceux qui furent installés en 2007 rue de Macéria et qui disparurent aussitôt pour satisfaire le passage du Tour de France) : voilà qui, en ralentissant la vitesse des automobiles, permettrait sans danger aux piétons et aux cyclistes de s’insérer dans le trafic existant et aux automobilistes d’apaiser leur comportement dans leur conduite en roulant au pas. Véritable partage intermodal de la chaussée, sans signalisation si ce n’est aux entrées de bourg et aux extrémités des boulevards urbains, ce système répond tout à fait aux préconisations du PLU d’échanges entre habitants et de substitution de déplacements doux à l’automobile.

L’aménagement actuel de la rue de Texüe dans sa partie sud ou les rétrécissements de la RD 637 à Montgerval, loin de pouvoir être pris pour modèles, peuvent cependant constituer un début d’esquisse de ce système.

Nous nous interrogeons aussi sur la volonté réelle de « maintenir les services de proximité » (VI,1,3). Le fait de maintenir le bâti du centre bourg actuellement destiné aux commerces ou aux services ne nous semble pas constituer à lui seul une mesure efficace. Plusieurs commerçants sont actuellement en réelle difficulté. Ils réduisent leurs offres (épicerie), ferment (ancienne crêperie) ou se succèdent rapidement pour éviter l’endettement (boucherie). Des mesures plus radicales doivent être prises pour diminuer le volume marchand des grandes surfaces périphériques, en interdisant par exemple les drive-in, en imposant la fermeture dominicale des grandes surfaces, en réduisant considérablement les superficies autorisées des nouvelles constructions commerciales, surtout en périphérie, en imposant de diviser les bâtiments existants en plusieurs lots lors des changements de baux ou en en favorisant le changement de destination. Les supermarchés de Cap Malo ou de Beauséjour peuvent devenir des habitations « loft » ou des entrepôts et leurs parkings accueillir des relais de vélos ou de navettes collectives que les habitants, travailleurs et visiteurs pourraient utiliser pour se remettre en chemin vers le bourg. Des bacs remplis de terre pourraient aussi y être installés destinés à la culture potagère. La croissance a fait son temps, il faut revenir à des fonctionnements plus humains et non soumis à la concentration et à la vitesse. Ceci n’est pas une proposition farfelue car elle procède d’une vision à long terme que devraient tous avoir les tenants du « développement » durable.

Nous sommes particulièrement étonnés de ne pas figurer dans le détail des lieux d’« activités de services ou équipements culturels (III,7 et V,3 du rapport de présentation).

La Station-Théâtre existe juridiquement depuis 2007 et comme salle de spectacle officielle depuis 2012. C’est une entreprise qui emploie des salariés (artistes et techniciens) et génère de l’emploi. La façade de son bâtiment sur la RD 637 exprime une activité fourmillante. On peut y voir travailler régulièrement des artistes et des bénévoles sous son auvent. Deux festivals s’y déroulent même chaque année, investissant les rues de La Mézière. Les panneaux d’information, dans une forme remarquablement singulière d’affiches peintes, se renouvellent au rythme de deux spectacles par mois. Certaines des installations plastiques plutôt monumentales ont même suscité quelques polémiques dans la population et jusqu’au sein du conseil municipal en provoquant le débat sur l’importance du fond par rapport à la forme et posé des questions majeures sur la mobilité imposée dans une société sédentaire. Depuis 2 saisons, la Station-Théâtre a reçu plus de mille spectateurs en ses murs.

Le T.R.U.C., Quant à lui, vient de commencer ses activités (ateliers, recyclerie) et va bientôt ouvrir sa boutique au public. Il paraît donc normal qu’il n’ait pas été repéré.

En conséquence, nous nous interrogeons sur les raisons qui ont poussé le bureau d’étude et la municipalité à nous ignorer dans ce document en tant que lieu d’ »activité de service » et «équipement culturel ». Le bâtiment lui-même n’apparaît pas dans les photos qui illustrent le traitement de l’entrée principale Est de la commune au carrefour de la RD 637 et de la rue de Macéria. Cette disparition, cet «effacement » de notre activité ne laisse pas de nous inquiéter. En effet, dans ce projet de « boulevard urbain moins roulant » (III,2,1,1) allons-nous être aussi ignorés ? Devrons-nous continuer de mettre un planton, au demeurant fort charmant, chaque soir de représentation sur le trottoir pour arrêter la circulation et faire traverser nos enfants et nos spectateurs apeurés ? Devrons-nous tourner en rond longtemps au futur rond-point dont la municipalité a chargé le bureau d’étude « Celtic » d’étudier la réalisation ? (PV du CM du 5 juillet 2013/art.2315, opération 572) ?

Pourquoi le PV intitulé « Etude d’aménagement du carrefour de Beauséjour » ne rend-il pas compte du fait que pour présenter le projet au conseil municipal, un adjoint a projeté une série de diapositives laissant le choix, non pas entre plusieurs types d’aménagement de ce carrefour mais uniquement entre deux emplacements différents d’un rond point ?

Pourquoi ce projet exprimé en rond-point au conseil municipal se retrouve-t-il dans le PLU comme dans le CR du 5 juillet exprimé en des termes génériques plus vagues (aménagement et sécurisation du carrefour RD 637/route de Melesse, VI,1,2) ?

Nous souhaitons, Mrs les commissaires, Mr le Maire et Mrsdames les adjoints et les conseillers, que le bon sens et la transparence soient de mise dans l’établissement de ce PLU et que nos remarques soient portées à l’attention de la population macérienne ainsi qu’à celles des instances prescriptrices.

En vous remerciant de votre attention, nous vous prions d’agréer l’expression de nos sentiments distingués.

A propos de Gwenael

Auteur et acteur, fondateur de la Station-Théâtre

2 commentaires sur “Le voeu pieu du PLU de La Mézière en matière de dimininution des déplacements automobiles

  1. Fabien (un autre)

    Juste Donner 2-3 éléments de contexte pour aussi situer cette lettre et son universalité.

    La Mézière est une commune en seconde couronne d’une grande ville étant juste assez éloigné pour ne pas être dans la métropole mais encore suffisamment proche pour en avoir à peu près tous les inconvénients. De fait la commune se retrouve à gérer une circulation énorme, beaucoup de zone commerciales fiscalement avantagé et un tissu culturel et associatif grandement aspiré par la métropole. (Gwenaël étant plutôt l’exception que la règle)
    Du coup la commune dispose d’assez peu de revenu par rapport aux flux de circulation et de la taille des routes qu’elle a à assumer, limitant de fait beaucoup de leur ambitions.

    Enfin je vais prendre leur défense ; on a la chance d’avoir des maires et conseillers communaux favorables dans le principe aux développement des modes doux (Ce n’est pas le cas à Rennes par ex.) . Une bonne part d’entre eux font encore du vélo loisirs le dimanche matin et nous écoutent sur les problèmes que l’on expose.
    Sauf que ces personnes ont été pendant toutes leurs vies formatées par le système automobile en tant que citoyens usager puis élu aménageurs. Ces braves élus (mêmes ceux sortant leur bicyclettes briqué amoureusement le dimanche matin) ne comprennent donc rien aux problématiques des cyclistes quotidiens malgré leur bonnes volontés. La complexité du droits et des règlements administratifs finit en général de décourager les maires les plus volontaires.

    A ce propos, c’est quoi le T.R.U.C ?

  2. Gwenael

    Fabien,

    Si la commune de La Mézière se retrouve à gérer une circulation « énorme », comme tu l’écris, c’est qu’elle a tout fait pour la favoriser:
    – en construisant la zone commerciale de Cap Malo à grands renforts d’avantages fiscaux, de partenariat public-privé et de publicité outrancière (autant privée qu’institutionnelle)
    – en limitant les ambitions de sa politique culturelle à la pratique des loisirs ou à l’animation (on voit aujourd’hui le club de jeunes et les écoles
    proposer leurs sorties justement à Cap Malo -karting, bowling, mega cgr, golf, soccer, et même mac do)
    -en décourageant voire détruisant les initiatives alternatives locales (petits commerces, diversité des offres culturelles susceptibles d’attirer la population dans le bourg et de l’ouvrir à des formes moins consuméristes de loisir, etc…)
    … Et ça continue, voire ça empire !

    « La complexité du droit et des réglements administratifs » n’a pas empêché la Mairie de La Mézière de jouer à fond la carte de la croissance sur des projets beaucoup plus complexes comme implanter un supermarché, un collège qui, au regard de la concentration démographique, aurait du être construit dans une commune plus au nord de Rennes, une plateforme de transport routier, un complexe de grandes surfaces de loisirs etc… (au détriment de la qualité de vie) .

    « La commune dispose de peu de revenus par rapport au flux de circulation et aux tailles des routes » écris-tu. Là encore, en plus de les avoir favorisées, ses orientations budgétaires n’ont jamais été en faveur d’une politique de vie locale. En outre, comme nous l’avons écrit et proposé à maintes reprises à la commune, nul besoin d’investir de grosses sommes d’argent pour réformer la circulation et les transports : il faut juste implanter des obstacles sur la voirie existante pour ralentir les automobiles.
    Effectivement, cela demande un peu de courage politique face à la masse des automobilistes et une intelligence qui dépasse le jargon du « développement durable » et de toutes les « Huloteries » télévisuelles pour s’extraire de l’image d’épinal du déplacement doux considéré comme une balade bucolique dans les lotissements ou comme la promenade du Dimanche.

    En fait d’ « écoute des élus sur les problèmes que l’on expose », ce n’est toujours pas le cas de ceux de La Mézière qui dressent un mur de mépris et d’ignorance dès qu’un projet non sollicité par eux et non inscrit dans leur vision exclusivement gestionnaire d’accompagnement du désastre écologique et humain leur est présenté. Cela est sans nul doute du au fait que dans ce bourg de presque 5000 habitants, il n’y a pas d’opposition municipale depuis 30 ans et que les élus voient leur fonction comme un sacrifice (rémunéré pour le Maire et les adjoints) à la communauté qui ne souffre aucune critique.

    Le T.R.U.C. c’est une nouvelle association qui a, comme le théâtre, son local dans le bâtiment de l’ancienne station-service, à la fois recyclerie d’art (dont les matières premières sont prélevées, contractuellement, dans les déchetteries du Smictom) et organisme de formation et de sensibilisation aux techniques vernaculaires par le biais d’ateliers variés, dans le but d’autonomiser les personnes (récupération, couture, tricot, écriture administrative jubilatoire, petite menuiserie, etc…) On cherche aussi des personnes versées dans la mécanique cycliste, avec ou sans carrosserie…

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