Vélo-cargo: la livraison à 2 roues

A moins d’habiter les Pays-Bas ou le Danemark, il y a peu de chances que vous ayez déjà croisé un vélo cargo. Cette bicyclette à deux ou trois roues est spécialement conçue pour permettre le transport d’objets lourds ou de personnes, en ville comme à la campagne.

Si le concept est presque aussi vieux que le vélo lui-même – au XIXème siècle, les boulangers ou les bouchers livraient leurs marchandises à bicyclette – la popularisation de l’engin remonte aux années 1980. Depuis, ces vélos grand format se multiplient sur les voies urbaines. Enfin, surtout à Amsterdam et Copenhague, deux villes qui promeuvent depuis longtemps l’usage du vélo au quotidien. Sans évoquer les prouesses logistiques des cyclistes Chinois et autres usagers de la bicyclette au sein d’économies plus informelles.

Sous nos latitudes hexagonales, le vélo cargo se fait encore trop rare. Selon les modèles, son chargement s’effectue à l’avant ou à l’arrière. Le bakfiet / babboe par exemple est doté d’un caisson à l’avant pouvant transporter trois à quatre enfants. La modalité peut varier à l’infini grâce au génie des bidouilleurs de deux roues qui n’hésitent pas à concevoir des pièces uniques, en mode Do It Yourself.

Économique, non polluant, peu encombrant, le vélo cargo a tout pour plaire mais reste encore en marge des transports logistiques urbains. Il pourrait même devenir un moyen de livraison privilégié de la ville pensée sur mesure, la Smart City. Avec un volume de chargement équivalent à celui d’un coffre de voiture, et une stabilité assurée, le vélo cargo n’a rien à envier aux scooteurs ni aux voitures. D’autant plus qu’il est possible d’équiper son cargo d’une assistance électrique.

Pour transporter des objets plus légers ou moins volumineux, de simples sacoches, paniers, sièges enfants ou petites remorques font l’affaire. N’empêche que le vélo cargo reste le véhicule le plus abouti pour les transports de lourdes charges.

Quand les entreprises s’y mettent

En France, la Poste livre à vélo depuis des décennies. En soi, c’est une première étape vers une révolution logistique qui commence tout juste à s’accélérer. C’est un fait, de plus en plus d’entreprises adoptent la livraison cycliste. Au moins pour le dernier kilomètre logistique. La compagnie DHL livre désormais à vélo dans cinq pays : aux Pays-Bas (19 villes), en Italie (Milan), en Grèce (Athènes), au Luxembourg et au Royaume Uni. Et ce n’est pas qu’une question d’image : les avantages sont réels. Arne Melse, responsable au sein de DHL, soutient ainsi que « le transport à vélo en centre-ville représente un gain d’argent et de temps ».

Vélo cargo vs. livraisons motorisées

La Fédération européenne des Cyclistes (ECF) estime que 25% des transports urbains impliquent de courts trajets et des chargements modestes qui pourraient être intégralement pris en charge par des vélos cargo. Or ces mêmes trajets sont responsables de 15 à 20% des émissions à effet de serre. Dans son ouvrage intitulé « Vélogistique » Marcel Robert précise que les achats des particuliers sont à l’origine de la moitié des livraisons de marchandises en ville et d’autant de courses qui pourraient être acheminées à vélo.

Une étude supervisée par la mairie de Londres datant de 2009 s’avère particulièrement éclairante sur les nombreux avantages des vélos cargo en milieu urbain.

Premier argument : le coût. Certes, un vélo cargo n’est pas à la portée de tous (compter minimum 1 000 €) mais son coût d’entretien est négligeable. Et quant il s’agit de livrer en ville, les économies s’accumulent: pas (ou peu) d’assurance à payer; de frais de stationnement; ni de taxes. Résultat: la course est moins chère.

Deuxième avantage : la vitesse. Contrairement à ce que l’on croit, camionnette motorisée ou vélo circulent à la même vitesse en ville (environ 20km/h) les coursiers cyclistes peuvent se faufiler entre les voitures ou bénéficier d’accès partagés avec les piétons : leur déplacement est plus fluide. Dernier avantage indéniable : le permis de conduire n’est pas exigé pour conduire un vélo cargo.

Une autre étude anglaise compare une livraison effectuée par vélo cargo (60 kg, 0,5 m3 de charge) et par VW Caddy 1.6 Diesel (700 kg, 3,2 m3). Les résultats sont sans appel : le coût du véhicule à l’année est deux fois moins élevé dans le cas du vélo cargo. Pour une livraison d’une boîte A4, en journée, dans un rayon de 3 km, la course en vélo cargo revient 2,5 fois moins cher.

En France, l’entreprise parisienne La Petite Reine domine le marché avec un million de livraisons par an, orchestrées autour de 3 plateformes logistiques (Paris – Ile de France). La start-up, fondée en 2001, compte 70 collaborateurs et 85 vélos cargo. Sur une année, elle évite le rejet de 600 000 tonnes kilométriques en camionnette (cette unité de mesure correspond au transport d’une tonne de marchandises sur une distance d’un kilomètre).

Personne ne niera les inconvénients du vélo cargo: la difficulté de le stationner, les aléas climatiques, la fatigue physique ou encore l’insécurité routière. Mais il est étonnant de constater à quel point ce véhicule reste le grand absent des politiques publiques ou des plans logistiques des entreprises… Car qui dit vélos cargo dit forcément aménagements cyclistes à la hauteur.

À vélo cargo, le long du Danube

Pour vérifier cet ensemble de données prometteuses, nous avons été voir ce qu’il en était sur le terrain. A Budapest, en Hongrie, nous avons suivi Flora, coursière de 24 ans, derrière son fringuant « Hampi » (un vélo cargo hongrois d’une capacité de charge de 80 kg). Flora livre une dizaine de repas à des employés de bureau entre les deux rives du Danube. Elle travaille pour Kantaa, entreprise spécialisée dans la livraison d’objets encombrants à vélo.

Cette diplômée en sociologie, activiste du vélo, fait partie des rares livreuses que compte la profession: « j’ai bien conscience que je me fatigue plus facilement que mes collègues masculins. En cas de charge trop lourde, je leur passe le relais, ça ne m’empêche pas d’aller aussi vite qu’eux et d’assurer niveau logistique ». Sans pour autant se définir comme féministe, c’est une manière pour Flora de démontrer l’égalité des sexes derrière le guidon. « J’ai toujours reçu que des commentaires d’encouragement d’automobilistes » se félicite-t-elle.

Piercing à l’oreille, casquette à poids rouges, gants et lunettes de soleil, Flora serpente entre les bus, s’arrête aux feux rouges, se glisse entre les 4X4. « Le vélo cargo l’emporte sans hésitation sur la voiture, je sème souvent les bus ou les camionnettes ». Autre écueil que le vélo évite : les embouteillages. « Il y en a vraiment pour un rien ici, même le samedi. A moyen terme, il faudrait limiter la circulation des camions et camionnettes dans le centre-ville » préconise-t-elle. Seule ombre au tableau: sa paye à la fin du mois. En Hongrie, le salaire moyen dépasse rarement les 400 euros. Flora est parfois rémunérée 2 € la course. « Je préfère faire ce métier que de travailler pour une entreprise en désaccord avec mes convictions ». Très impliquée dans le mouvement cycliste budapestois « Critical Mass », elle a aussi participé à la création du parti écologiste hongrois LMP dont elle a pris ses distances « je suis là au tout début quand il faut activer les gens ! ».

Aujourd’hui, elle rêve de posséder un vélo cargo. «On peut presque tout transporter avec. J’ai déjà véhiculé du matériel de dentiste, des montres d’une valeur de plus de 10 000 € ou des cadeaux d’anniversaire!». Le trafic routier? La coursière n’en a pas peur: « c’est une histoire de routine. Nous les coursiers, on a tous nos sens en éveil, on pourrait faire la route les yeux bandés. Et pour la pollution, on est au dessus des pots d’échappement, à mon avis, on est pas plus exposés que l’employé(e) de bureau dont la fenêtre donne sur un grand boulevard ». Flora se verrait bien monter sa propre entreprise de vélo cargo pour assister les personnes âgées dans leurs tâches quotidiennes. Cette adepte du «penser mondial, agir local», a renoncé à son titre de transport depuis sept ans, convaincue que la solution passe par l’utilisation du vélo individuel.

Source:
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12 commentaires sur “Vélo-cargo: la livraison à 2 roues

  1. Vincent

    Les vélo-cargos sont non seulement suffisants pour effectuer pas mal de courses, mais ils changent l’image du vélo que se font les non-cyclistes. Là, ils voient que ça n’est pas « juste » un divertissement le dimanche quand il fait beau.

    > Flora se verrait bien monter sa propre entreprise de vélo cargo pour assister les personnes âgées dans leurs tâches quotidiennes

    D’ailleurs, vidéo récente sur une intiative au Danemark pour transporter des personnes âgées:

    http://www.copenhagenize.com/2014/11/cycling-without-age-in-your-city.html

  2. Vincent

    Vu ce que coûte un scooter 50cm3 et sa très faible consommation de carburant, l’intérêt financier de passer au cargo semble a priori douteux.

    Mais ne serait-ce que pour faire avancer la science, il serait intéressant de faire le test une soirée : livrer le même nombre de pizza en scooter et en cargo, et on compare 🙂

  3. paladurpaladur

    Vincent>
    Les vélo-cargo est fait pour remplacer les utilitaires circulant en ville, pas les scooter des livreurs de pizza.
    Une petite question:
    combien de temps un livreur en scooter mettrait pour livrer 30 kg de colis?

  4. Martial

    Voyez aussi la jeune compagnie Vélicoursiers à Québec (Québec, Canada) qui livre en tout temps (été comme hiver) en vélo-cargo Bullit. La neige et le froid n’effrayent pas les coursiers et le vélo-cargo est un vélo très stable et facile à manier. Une belle originalité en Amérique du Nord…pourquoi pas une exclusivité !

  5. Fofo

    On peut même parfois mettre plus de choses (plus encombrantes, pas plus lourdes, bien sûr) dans un vélo-cargo que dans une voiture ! Il m’est arrivé d’acheter des chaises ou un lit d’occasion à des particuliers qui n’ont pas voulu me livrer car ils n’avaient pas de « véhicule adapté ». Je me souviendrai toujours de leur air ahuri quand je suis arrivée avec le triporteur où je trimbale habituellement les gamins, la poussette, le panier de légumes, etc. Pour le sapin de Noël aussi, c’est infiniment plus pratique qu’une bagnole !

  6. Jean-Marc

    Pour le sapin de Noël aussi, c’est infiniment plus pratique qu’une bagnole !

    Même histoire, mais pour un arbre fruitier acheté à un pépiniériste :

    les racines + la motte de terre dans ma sacoche, debout, pour un jeune arbre de quelques années, à replanter, dépassant les 1.80, bien mieux installé là que couché sur une galerie de voiture ou plié dans l habitacle…

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