Manipulation fortuite?

Les techniques de propagande, bien connues des vendeurs de « temps de cerveau humain disponible » et autres dresseurs en tous genres visant un conditionnement associatif de type pavlovien, s’appuient sur des phénomènes naturels comme la persistance rétinienne, la sensibilité à la répétition, la perméabilité aux messages subliminaux lors d’une baisse d’attention, le penchant de chacun pour les petites routines ou les grosses addictions… En la matière, l’emploi de pictogrammes normalisés fait partie des outils de base utilisés pour le meilleur (signalétique routière pour aider à la circulation) et pour le pire (logos pour aider à la sur-consommation). Appliqué au tri des déchets il permet d’obtenir un réflexe conditionné de type « objet → catégorisation → comportement ».

Samedi dernier, plein d’un esprit chevaleresque, je me rendais dans ma déchèterie préférée afin d’y accomplir mon devoir de pollueur-trieur quand je passais devant la benne destinée aux métaux, je déchiffrais sans le moindre embarras le panneau vert qui la surmontait et j’y jetais la bicyclette sur laquelle j’étais venu !

Passée la sidération des automobilistes qui m’entouraient – confirmant au passage leur opinion que les cyclistes sont soit de doux rêveurs, soit une menace pour la société – on me demanda à quand remontait mon dernier vaccin antitétanique et on m’aida à repêcher mon moyen de locomotion.

Sur le chemin du retour, confus de mon instant d’égarement, je méditais sur la perversité de l’esprit qui avait imaginé un pictogramme aussi fallacieux et me lamentait sur le sort de mes amis les vieux vélos érigés en icônes des déchets métalliques. Me souvenant du but louable de la pancarte, j’arrivais à la conclusion désespérante que son concepteur trahissait par ce lapsus un inconscient d’automobiliste.

Afin de stopper l’envahissement pernicieux de nos cerveaux par l’idée que Vélo = Ferraille, je propose donc de faire d’une pierre deux coups pour la réduction des déchets. Il s’agirait, d’une part, de réaffecter d’urgence ce visuel aux ateliers de réparation des vieilles bicyclettes et, d’autre part, de le remplacer, en déchèterie, par un autre symbole bien connu: le chariot de supermarché !

Boris D

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Contributeur de Carfree France

4 commentaires sur “Manipulation fortuite?

  1. Pédibuspedibus

    La sémiologie du quotidien est très précieuse… pour remonétiser les objets en déclin ou en berne dans le système de valeur du moment.

    Donc oui, une vieille guimbarde, une bagnole rouillée pour symboliser la ferraille à recycler, et non un cadre de bicyclette, quitte à innoculer les nouvelles valeurs : tous des tas de ferraille nos chères voaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaatures…

    Et qu’on cesse de dire : « ça ne vaut pas un clou! »

    boaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

  2. Saadane

    Inventez vous un complot tout entier juste pour une absence d’esprit de votre part ?

  3. Guillaume

    @Saadane

    Vous me rappelez une certaine Christine B., qui s’était fait piéger par une dépêche du Gorafi… Retrouvez votre âme d’enfant, réapprenez à rêver : cette anecdote ne s’est certainement pas vraiment produite.

  4. Gael

    Dans le même registre on peut signaler les sites de vente.

    Sur leboncoin, le vélo se trouve relégué dans la catégorie « Loisirs » en fin de liste alors qu’il existe une catégorie « Véhicules » qui comprend même le nautisme…

    Et sur ebay, on trouve un item « Auto et moto » accessible immédiatement dans un menu de raccourcis, alors que le vélo est enterré dans « Parcourir les catégories -> Autres catégories -> Sport, vacances »

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