Irréaliste, violente, destructrice. La représentation de la mobilité au cinéma (2/6): Star Wars VII, Le Réveil de la Force

Commençons doucement avec Star Wars, numéro un du box-office 2015 (10 485 154 spectateurs). La série étant une fiction avec son propre univers, les moyens de transports s’éloignent bien sûr de l’ordinaire. Cependant les choix scénaristiques faits témoignent malgré tout d’un rapport assez occidental au monde. Le contexte est une sorte de mondialisation galactique où les plus puissants se déplacent à toute vitesse (de la lumière sans doute) d’un système solaire à l’autre. L’univers semble colonisé dans chaque recoin par diverses civilisations ce qui doit être le résultat d’une expansion du type « toujours plus vite et plus loin » qui ressemble à la sainte croissance infinie de chez nous et dont le transport est un maillon essentiel.

Cette mondialisation galactique est le type de scénario futuriste qui sous-tend un bon nombre de films où l’humanité doit fuir son ‘berceau’ qu’elle a allègrement détruit. Du coup, une expansion sans limite semble aller de soit: à quoi bon vouloir éviter la crise ? Un petit coup de science et hop on peut aller sur une autre planète faire les mêmes bêtises (comme dans Interstellar par exemple) ! Cette vision fataliste tend à décourager les spectateurs alors qu’ils pourraient être acteurs d’un changement pour éviter le choc qui s’annonce. La science-fiction est pourtant un genre particulièrement propice à la dénonciation des défauts de nos sociétés (dystopies) ou à l’invention d’alternatives plus viables (utopies), basées par exemple sur une gestion commune et locale qui prendraient en compte les limites physique du monde, opposant la maturité de la décroissance à la fuite en avant technologique. Citons par exemple Soleil Vert et Silent Running, ou plus récemment Avatar, qui comporte quelques aspects intéressants malgré son racisme, son sexisme et son spécisme.

Revenons à nos déplacements. On peut voir dans cet épisode VII un robot-boule qui roule au sol, des montures (cyborg ou non) et des véhicules individuels qui peuvent léviter. Mais les stars du film ce sont les vaisseaux spatiaux : technologie complexe, grande vitesse, bruit d’enfer (même dans le vide de l’espace) et en plus ils crachent des lasers… Bref, ils sont la version SF de nos avions de chasse. C’est donc principalement la fonction militaire de ces véhicules qui est hélas mise en spectacle. On est loin de déplacements pépères en voiliers de l’espace qui utiliseraient des vents solaires par exemple.

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BB8, le robot holonomique qui n’a pas peur des grains de sable.

On voit aussi des gens, dont l’héroïne Rey, se déplacer à pied dans le monde désertique du début du film. Cela semble avoir pour but de suggérer la pauvreté du personnage principal. Il existe donc des inégalités sociales dans l’univers de Star Wars : certains peuvent voler à travers les étoiles alors que d’autres semblent être contraints à rester piétons et ne quitteront probablement jamais leur monde. Rey possède tout de même un véhicule individuel, mais c’est seulement parce qu’elle l’a elle-même construit à partir de pièces récupérées dans la décharge. Elle semble également condamnée à ne pas pouvoir partir de sa planète pour des raisons financières. A l’inverse, les méchants du Premier Ordre ont des capacités de transports dantesques qui leur permettent d’intervenir et d’agir sur toute la galaxie.

Cet aspect est intéressant car il laisse voir que l’accès au transport est aussi une source de pouvoir politique. Le film montre alors comment le personnage principal, alors qu’il semble déterminé socialement à ne pas bouger, va s’approprier la mobilité en s’emparant d’un gros vaisseau pour partir dans l’espace puis affronter ceux qui s’accaparent le pouvoir.

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Rey, trop pauvre pour s’acheter un véhicule, s’est bricolé un ‘speeder’ à partir de pièces de la décharge.

Le film se focalise donc sur la trajectoire individuelle d’une héroïne échappant à sa condition en s’appropriant un moyen de transport de privilégié. Ainsi, l’hégémonie d’un certain type de mobilité n’est pas critiquée en tant que telle, puisque l’acquisition du pouvoir passe par le pilotage de gros vaisseaux (alors qu’on aurait pu par exemple avoir des représentations valorisant par exemple des actes de sabotages ou des types de transports alternatifs du côté des rebelles). Le film aurait pourtant pu être intéressant dans la mesure où le monde qu’il dépeint ressemble beaucoup au nôtre, où 85% de la population n’a jamais pris l’avion, et où les personnes les plus riches sont celles qui se déplacent le plus mais aussi celles qui polluent le plus et consomment donc le plus de ressources. Mais comme les producteurs, scénaristes et réalisateurs de Star Wars (comme de l’immense majorité des autres films) font partie de ces personnes les plus riches, le film ne se soucie pas une seconde de l’impact des véhicules mis en scène. Il occulte ainsi les problèmes posés par cette hégémonie d’un certain type de mobilité, notamment ceux liés à la pollution et à la destruction de ressources dues au transport. Par exemple les réacteurs des vaisseaux font de belles lumières bleues ou rouges. Pourtant dès qu’ils sont touchés, on voit de la fumée bien noire puis ils explosent en flammes. Ces vaisseaux utilisent donc bien du carburant. D’où vient le carburant ? Dans quel état sont les planètes dont il est extrait ? Où vont les résidus de la combustion du carburant? Les vaisseaux font aussi pas mal de bruit mais il se garent et décollent souvent près des habitations. Ceux qui habitent à proximité d’un aéroport savent très bien où est le problème.

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Rey s’extirpe de sa planète en volant le vaisseau d’une célébrité. Est-ce que ce genre de vaisseaux passe des tests anti-pollution? Est-ce que les membres de l’empire se permettent de tricher sur ces tests grâce a leur influence politique?

Si, contrairement à la grande majorité des films, il est suggéré ici un aspect politique du transport, il n’y a par contre aucune mention dans cet épisode d’un impact des véhicules utilisés en terme de sécurité, de consommation de ressources ou encore de pollution. Ce Star Wars est hélas pourtant le film le moins pire de notre série en terme de représentation du transport ! Pour les 4 prochains succès du box office à être commentés, l’action se passe sur terre et ça va aller crescendo dans l’apologie du tout-voiture..

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