La droite, la gauche et la route (2/3)

Deuxième partie – Les politiques régionales et départementales

Lors de l’élaboration des Contrats de Plan Etat-Régions (CPER) 2015-2020, les élus régionaux, y compris ceux d’Alsace et de Corse, seules Régions gérées par la droite à l’époque, se sont battus énergiquement pour sauvegarder les investissements ferroviaires alors que le gouvernement Valls les poussait à investir massivement sur la route. En moyenne, l’Etat dépensera deux fois plus pour les routes que pour le rail, les Régions trois fois plus pour le rail que pour les routes (les autres financeurs des CPER sont les départements et les établissements publics).

Les Régions Basse-Normandie, Bourgogne, Ile-de-France, Pays de la Loire, Picardie et Rhône-Alpes ont ainsi prévu de dépenser plus de dix fois plus pour le rail que pour la route. Les Régions Aquitaine, Auvergne, Centre et Corse ont même éliminé les crédits routiers.

Le nombre des Régions a été réduit à 13 par la loi du 16 janvier 2015 et, depuis les élections de décembre 2015, les exécutifs régionaux de droite sont maintenant majoritaires. Et on constate que l’obsession de Bruno Le Maire – « réhabiliter la route » – n’est pas isolée. Lors de la campagne de la fin 2015, Bruno Retailleau, candidat LR élu dans les Pays de la Loire, affirmait: « il faut mettre fin à la chasse aux automobilistes, je lancerai un plan routier régional et de nouveaux ponts sur la Loire pour lutter contre les bouchons« . Et Valérie Pécresse, élue en Ile-de-France: « il faut en finir avec l’idéologie anti-route et réhabiliter la route« .

Les promesses routières ne suffisent cependant pas pour se faire élire… Nicolas Dupont-Aignan, candidat DLF battu en Ile-de-France, souhaitait « réconcilier la voiture et l’Ile-de-France, réhabiliter l’automobile de manière intelligente« : « Paris est la ville symbole du racket fiscal dont sont victimes les automobilistes« . Virginie Calmels, candidate LR battue en Grande Aquitaine, promettait 514 millions d’économies sur le rail, la suppression de la taxe sur les permis de conduire et la baisse de la taxe sur les cartes grises et de la taxe régionale sur les carburants. Quant à Dominique Reynié, candidat LR battu en Occitanie, il promettait de consacrer 200 millions par an aux routes… alors qu’elles sont restées de la compétence des départements selon une disposition regrettable de la loi NOTRe du 7 août 2015.

Si la politique ferroviaire des Régions n’a pas fondamentalement changé malgré leurs contraintes budgétaires croissantes qui constituent une menace pour la pérennité des « petites lignes », il n’en est pas de même de leur politique routière.

Dans les Hauts-de-France, un chèque-carburant est attribué aux automobilistes habitant à plus de 30 km de leur lieu de travail et « obligés » d’utiliser leur voiture (alors que le prix des carburants est au plus bas suite à la chute du prix du pétrole). Le coût des cartes grises est abaissé: la perte de recettes sera de 10 millions d’euros. Dans les Pays de la Loire, Bruno Retailleau réduit les crédits pour les véloroutes et fait de l’A831 une priorité, comme son prédécesseur PS Jacques Auxiette: tous deux accusent Ségolène Royal d’avoir bloqué le projet et de « poignarder dans le dos le Sud Vendée« . Dans le Grand Est, on reparle de l’A31 bis. Réélu président du Conseil régional de La Réunion, Didier Robert (LR), soutenu par le gouvernement Valls, a confirmé le projet invraisemblable de Nouvelle Route du Littoral.

En Auvergne-Rhône-Alpes, un effort financier significatif est fait pour sauvegarder les petites lignes TER mais le président LR Laurent Wauquiez abandonne la section Boën-Thiers de la ligne Saint-Etienne – Clermont-Ferrand, et la ligne Oyonnax – Saint-Claude qu’un investissement de 8,5 millions d’euros aurait permis de maintenir en activité, ce qui condamne du même coup la ligne Saint-Claude – Dole dite « des hirondelles », qui traverse le Haut-Jura. Dans le même temps, il a décidé d’accorder plus de 100 millions d’euros à la réalisation de la deuxième autoroute Saint-Etienne – Lyon (A45) qui saccagera les monts du Lyonnais et dont personne ne sait où elle aboutira dans l’agglomération lyonnaise, 30 millions pour les canons à neige et… 10 millions pour le fret ferroviaire.

En Ile-de-France, Valérie Pécresse relance les rocades autoroutières et Stéphanie Von Euw, vice-présidente du Conseil régional et porte-parole de… Bruno Le Maire, s’oppose à la réouverture au trafic de fret de la ligne Serqueux-Gisors (indispensable à une bonne desserte ferroviaire du port du Havre) au motif que « le fret ferroviaire sera obsolète dans dix ans » (il a pourtant augmenté de 5,1 % en 2015 selon le Commissariat général au développement durable). Ceci étant, le financement des transports publics franciliens est difficile en raison de l’instauration du Pass Navigo à tarif unique par l’ancienne majorité de gauche à la veille des élections. Pour sortir de l’impasse (un déficit de 300 millions d’euros), Valérie Pécresse a obtenu du gouvernement différentes mesures dont le relèvement des taxes sur les carburants routiers en Ile-de-France au bénéfice des transport publics. Par ailleurs, le renouvellement et la rénovation du matériel roulant ferroviaire sont fortement accélérés.

Dans les régions restées à gauche (Bourgogne – Franche-Comté, Bretagne, Centre, Grande Aquitaine, Occitanie), la politique pro-ferroviaire est poursuivie, en particulier dans la région Centre où des réouvertures de lignes sont toujours prévues: Orléans-Chartres et Orléans – Châteauneuf-sur-Loire, et en Occitanie où la présidente PS Carole Delga défend activement la desserte ferroviaire de son territoire. Mais des Régions de droite – Normandie, Grand Est – ont elles aussi accepté la responsabilité des trains Intercités que le gouvernement était prêt à supprimer: l’accord obtenu pour la relation Paris-Mulhouse est de grande qualité. La Corse, gérée par la droite, a modernisé son réseau ferré, qui n’est plus exploité par la SNCF et le trafic a augmenté de 55 % en 5 ans!

Un tropisme routier très marqué est observé dans les départements passés à droite lors des élections de mars 2015. Dominique Bussereau, ancien ministre LR des transports aujourd’hui président du Conseil départemental de la Charente Maritime, réclame l’A831 qui doit traverser le Marais poitevin, comme Bruno Retailleau ou encore Olivier Falorni, député PS de La Rochelle, qui affirme: « sans l’A831, La Rochelle va rester un grand port desservi par une petite route« . Le président LR du Conseil départemental de l’Isère, Jean-Pierre Barbier, appuie le projet de l‘Etat de passer à 2 x 3 voies l’autoroute A 480 qui traverse l’agglomération grenobloise sur l’axe nord-sud, un projet combattu par les élus écologistes et socialistes dits « écolo-compatibles ». Le Conseil départemental de Haute-Savoie veut ressusciter l’ancien projet d’autoroute A400 Machilly-Thonon.

Jean Sivardière

A propos de Jean Sivardière

Contributeur de Carfree France

7 commentaires sur “La droite, la gauche et la route (2/3)

  1. marmotte27

    A moins de l’avoir manqué dans le texte, vous n’évoquez as le projet autoroutier ‘Grand Contournement Ouest’ de Strasbourg, relancé par Philippe Richert, alors qu’il était quasiment enterré, tellement il est nocif et dénué de sens.

  2. Jean Sivardière

    J’ai cité le GCO dans la première partie de mon analyse : « A Strasbourg, le maire PS Roland Ries défend aujourd’hui le projet de grand contournement autoroutier ouest (GCO) qu’il a longtemps combattu ». Les grands élus de droite et de gauche sont ici d’accord, comme dans d’autres régions sur l’autoroute A831, l’aéroport de Notre Dame des Landes, le canal Seine-Nord, les rocades routières de Lyon ou encore – il n’y a pas si longtemps – la défunte rocade autoroutière nord de Grenoble.

  3. zaph

    Alors que de plus en plus de ville tentent de redistribuer l’espace public plus équitablement sous la pression des populations et devant les problèmes de santé publique, c’est  affligeant de voir ces projets routiers alors que l’on a jamais été autant soumis aux effets de la pollution automobile.

    Les élus avec leur vue court-termiste resteront dans l’histoire comme collaborateurs d’un humanicide.

  4. WITTMANN CLEMENT

    ce qui est clair c’est qu’on va crever avec la croissance de gauche droite.  Le monde du 6 JANvier a publié une étude sur le lien entre démence et pollution de l’air. Dans ce même journal nous apprenons que le rail recul par rapport à la route. Crevons vite avec la croissance. Clement wittmann.fr

  5. Pédibuspedibus

    Encore merci à Jean Sivardière pour cette synthèse des politiques régionales et départementales.

    J’essaye d’ensemencer le terrain des architectes et des urbanistes sur PSS, avec les questions de politiques de déplacements « soutenables », mais je n’ai pas su quoi moufter au sujet du projet de super parking souterrain qui se trame à Nantes : http://www.pss-archi.eu/forum/viewtopic.php?pid=613683#p613683

    Il semblerait que ce soit en remplacement d’un autre ouvrage… Quel argumentaire opposer sinon le traditionnel effet d’aspirateur à bagnoles, quand même évoqué précédemment dans mon post…?

    Il faudrait absolument que les gens de Carfree, de la FNAUT et d’autres mouvements favorables aux questions socioenvironnementales y viennent croiser l’argument… Le site PSS contribue à fabriquer la façon de penser des professionnels de l’aménagement urbain – dès le stade des études théoriques – et tâcher d’y infléchir la réflexion ne peut qu’apporter du bon pour la ville et les mobilités de demain, enfin il me semble…

  6. WITTMANN CLEMENT

    Bien sur que les travaux du club de Rome échappent aux guignols de droite et de gauche. JE VOUS INVITE AUSSI A LIRE LE MONDE DU 6  JANVIER. Dans ce numéro il y a un article avec pour titre « La route recule par rapport au rail « .   Vive les pics de pollution. Le papier est sur le site clement-wittmann.fr

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