Biocarburant ?

Le terme manipulateur

Nul besoin d’aller fouiller bien loin pour trouver la raison de l’usage du terme « Biocarburant », Wikipédia le faisant très bien: « L’expression « biocarburant » (formée du grec bios, vie, vivant et de « carburant ») indique que ce carburant est obtenu à partir de matière organique (biomasse), par opposition aux carburants issus de ressources fossiles. L’appellation « biocarburant » a été promue par les industriels de la filière et certains scientifiques. Biocarburant est la dénomination retenue en 2003 par le Parlement européen. »

En clair, le bon filon a été trouvé pour faire passer ce marché dans le concept de l’écoblanchiment, qui consiste à surfer sur la vague de l’écologie pour promouvoir ce nouveau procédé de substitution au pétrole.

Sauf qu’en réalité, il s’agit de l’une des plus grosses arnaques qui puisse exister, en nous faisant miroiter l’usage d’un carburant plus écologique, et donc une satisfaction personnelle en tant que consommateur, alors qu’il n’en est rien.

Le « biocarburant » ne mérite donc pas son nom.

L’huile de palme, est-ce vraiment nouveau ?

Je me permets aujourd’hui d’écrire sur ce sujet dans cet article, car, bien que cela soit déjà devenu la norme depuis quelques années, l’importation de l’huile de palme par Total en France défoule les passions des agriculteurs.

Pourquoi la norme ? Tout simplement parce que la plus grande partie de l’huile de palme importée en Europe – qui comprend la France je le rappelle – est déjà utilisé dans les carburants, alors même que la future « bioraffinerie » de Total n’existe pas encore [1] !

D’un côté on nous rabâche sans cesse qu’il faut limiter notre consommation de Nutella et de tout autre produit alimentaire comprenant de l’huile de palme, pour une question sanitaire [2] certes mais aussi écologique [3], parallèlement on en injecte à outrance dans les carburants, ni vu ni connu…

On voit bien ici que l’aspect financier provenant du système capitaliste semi-mondial prévaut toujours sur la logique planétaire.

Les ressources biologiques sont-elles vraiment moins nocives pour notre planète que le pétrole ?

Taux de retour énergétique

Au-delà de la vision financière de l’extraction et transformation d’une matière, il y a toujours un gain d’énergie à attendre au final, sinon nous produisons à perte. Ce que je veux expliquer par là, c’est que toute production de matière qui a vocation à créer de l’énergie, nécessite elle-même de l’énergie pour être créée. En soi il faut que la matière produite consomme moins d’énergie que celle qu’elle va produire. C’est ce que l’on appelle le « Taux de retour énergétique » (TRE).

Ainsi en jetant un œil sur cette explication [4] à ce sujet, nous pouvons y visualiser des indications très révélatrices sur ce qui concerne les matières premières des carburants utilisées traditionnellement dans nos véhicules à explosion: le pétrole a un ratio d’environ 1:30 (donc il produit 30 fois plus d’énergie qu’il n’en nécessite pour être extrait), alors que l’éthanol et les huiles ont un ratio de 1:1 à 1:2.

On comprend donc que la production de carburants à base de ressources biologiques produit à peine davantage d’énergie qu’elle en consomme !

Les causes sont larges, la superficie des terres exploitées, les véhicules récoltant ces matières, les véhicules transportant ces matières, d’énormes installations industrielles transformant les matières, et surtout les produits utilisés pour y parvenir…

La face cachée du carburant à base de ressources biologiques françaises

Nous l’avons vu précédemment, l’éthanol et les huiles ayants un ratio TRE extrêmement faible, il faut alors leur réserver une quantité de surface exponentielle de nos terres cultivables. D’énormes machineries et engins agricoles pour les travailler, les extraire, d’autres pour les transporter, et enfin des raffineries pour les transformer.

Il ne faut pas oublier que de telles quantités de productions exigent l’agriculture monoculture: l’utilisation de produits chimiques en masse est alors inexorable. Des produits tels que le glyphosate tant décriés ces dernières années, restent de fait incontournables.

Ensuite, le travail en raffinerie demande l’utilisation de produits chimiques pour transformer la matière première récoltée en carburant. Qui dit usage de produits chimiques, dit rejets de produits chimiques, encore une fois dans la nature.

Conclusion

Alors que l’éthanol et les huiles sont perçus comme une solution intéressante pour limiter la consommation de pétrole, en réalité il n’en est rien.

Il s’agit d’une très mauvaise solution qui ne résout aucunement le problème majeur qui engendre la consommation ahurissante de pétole: l’usage intensif des véhicules motorisés à explosion.


Notes

[1] http://www.liberation.fr/futurs/2016/11/25/pres-de-la-moitie-de-l-huile-de-palme-consommee-en-europe-se-trouve-dans-le-diesel_1530733
[2] http://www.europe1.fr/sante/huile-de-palme-quels-effets-sur-la-sante-3671828
[3] https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/developpement-durable-huile-palme-catastrophe-ecologique-planetaire-13869/
[4] http://euanmearns.com/eroei-for-beginners/

Photo: CC-BY-SA David Wright, Crop Spraying near Saxby All Saints (Wikimedia)

Axelos

A propos de Axelos

Contributeur de Carfree France; défendeur du logiciel et de la culture du libre; contributeur assidu d'OpenStreetMap; cycliste urbain quotidien, bénévole d'un atelier de vélo-réparation et actif sur les événements/ateliers liées à la cyclabilité.

7 commentaires sur “Biocarburant ?

  1. Pédibuspedibus

    …oui, le « taux de retour énergétique » de beaucoup d’agri-carburants est extrêmement calamiteux ;  et beaucoup d’entre-eux exigent des engrais azotés pour leur croissance – particulièrement les céréales et le colza – lesquels consomment essentiellement des énergies fossiles pour leur fabrication…!

     

    https://image.noelshack.com/fichiers/2018/33/4/1534450685-capture.png

     

    et à propos du colza c’est pire encore que les céréales, avec une part de 6.5% de l’énergie finale de l’agricarburant devant être défalquée, correspondant à celle ayant servi à fabriquer l’engrais… :

     

    https://image.noelshack.com/fichiers/2018/33/4/1534451629-capture.png

    Source :

    https://tice.agroparistech.fr/coursenligne/courses/LAFERTILISATIONAZOTE/document/azote/besoin.htm#colza

     

    Cultivons donc le colza en bio – avec les effluents d’élevage, en remplacement de la pétrochimie énergivorace… – et gardons-le pour les artères de la circulation sanguine de nos contemporains, pas celles de la circulation routière…

     

     

    boaaaaaaaaaaa

     

     

     

  2. Prolo

    La belle arnaque du « biocarburant » qui ne devient rentable que grâce à la différence de taxe entre le gasoil des tracteurs qui le produisent, et le gasoil des véhicules routiers qui le brûlent.

     

     

  3. Letard

    Bonjour à tous,

    C’est dégoutant de prendre ce qui peut nourrir nos enfants pour faire du biocarburant.

    Les ressources vitales pour notre espèce sont limitées sur cette planète, si nous les empoisonnons ou les utilisons pour le gaspiller à faire du carburant nous nous suicidons et notre espèce disparaitra rapidement jusqu’au dernier qui pense encore survivre.

    A votre service

    Danny.

  4. Jol25

    Les énergies alternatives, comme le développement durable, ce sont des rêves markettés, et lavés plus verts… les énergies ne sont pas alternatives, dans le meilleur des cas, ellese s’ajoutent aux energies fossiles (cf https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_de_Jevons). La seule réelle alternative est une refonte sociétale et économique globale, pour diminuer drastiquement la consommation dans son ensemble et la consommation énergétique en particulier. Sommes nous prêts à l’entendre? Comment contrer le matraquage permanent des médias?

  5. vince

    Apparemment à entendre comment nous protestons pour un abaissement de la vitesse nous ne sommes toujours pas prêts à entendre que notre mode de déplacement participe ou cause accidents, maladies respiratoires, obésité, diminution de la biodiversité et réchauffement climatique.

    Rappelons que notre mode de déplacement motorisé est on ne peut plus luxueux : automobiles rutilantes, trajets pour un rien, on peut en soupçonner nombre d’avoir la sortie auto du jour pour passe-temps.

     

  6. AxelosAxelos Auteur

    Bonjour,

    Par ailleurs, que pensez-vous du projet Kerosalg de #biocarburant pour l’aviation à partir d’une huile extraite de micro-algues ?

    Le carburant à base de ressources biologiques de troisième génération est encore une technologie en pleine balbutiement, il est difficile de se faire une idée objective.

    Mais d’un point de vu totalement personnel, je pense que la finalité est égale à d’autre solutions – poudres aux yeux – tel que la « smart city », qui de part l’aspect extrêmement complexe d’un point de vu technologique, ne fait que reporter le gain des objectifs finaux sur les moyens mis en place pour y parvenir (matière pour créer les sondes, consommations énergétiques, data center immergés dans les pôles …).

    Cordialement.

     

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