Comment la France est devenue un pays cyclable

Pendant très longtemps, la France, comme la plupart des pays occidentaux, a connu une massification de l’automobile individuelle, avec tous les problèmes induits (pollution, accidents de la route, insécurité routière, détérioration de l’environnement, etc.). Au tournant des années 2018-2020, suite à la Grande augmentation du prix des carburants de 2018, la France a radicalement changé de perspectives pour se transformer en pays cyclable.

Au départ, cela a pris la forme de groupes de pression citoyenne destinés à stopper le massacre de la population dans les accidents de la route ou du fait de la pollution automobile. L’objectif: casser l’indifférence avec laquelle la société accepte la mort de milliers de gens tous les ans à cause de l’automobile.

Ces groupes de pression sont rapidement devenus un mouvement de protestation massif dans tout le pays. Des actions-choc ont été organisées.

L’écoute progressive des autorités a été accélérée subitement au moment de la Grande augmentation du prix de l’essence de 2018 qui a remis en cause le modèle de développement centré autour de la voiture jusqu’ici.

Le gouvernement Français de l’époque organise alors une sorte de consultation populaire afin de gérer toutes ces questions (mortalité routière, prix des carburants, pollution, etc.).

Et l’idée prend forme qu’il faut changer radicalement les choses. Cela va mettre une décennie à se mettre en place, mais le pays va se doter d’une véritable infrastructure cyclable de qualité. En plaçant le vélo au cœur de la mobilité, les Français font le choix d’une meilleure qualité de vie, d’un respect de l’environnement et d’une moindre dépendance aux monarchies pétrolières.

C’est ainsi que des pistes cyclables ont été aménagées petit à petit à partir de 2018 et que, graduellement, les habitants ont ré-enfourché leur vélo pour les utiliser.

Cette forte augmentation du prix du carburant a eu un écho retentissant en France puisque les décideurs ne se sont pas contentés d’aménager des infrastructures cyclables. Dès 2019, le gouvernement déclare le dimanche journée sans voiture afin de préserver les réserves de pétrole.

Les 36 millions de voitures individuelles du pays n’avaient tout simplement pas le droit de circuler sous peine d’amende. La mesure a participé à changer les mentalités alors très autocentrées.

C’était l’occasion de démontrer par les actes la viabilité d’une société moins dépendante du pétrole, de faire appel à la créativité pour réinventer les pratiques de l’espace public. Ça a donné des choses assez extraordinaires.

40 ans plus tard, en 2058, ce sont 30% de tous les trajets qui sont fait à vélo en France (contre 2% en 2018). La voiture n’a pas été bannie pour autant, les gens ne la prennent que pour les usages qui sont les plus pertinents. Les voitures sont systématiquement séparées des vélos grâce à un réseau de plusieurs dizaines de milliers de km de pistes cyclables afin de permettre à tout le monde de les utiliser en toute sécurité.

Désormais la mortalité sur les routes françaises est très faible et la qualité de l’air bien meilleure. Les gens ont appris, en utilisant le vélo, à se passer le plus souvent de l’automobile, ce qui leur a permis d’améliorer leur santé et leur pouvoir d’achat.

Librement inspiré de Comment les Pays-Pas ont développé le vélo et de Comment les Hollandais ont obtenu leur infrastructure cyclable.

Vélove

A propos de Vélove

Rédacteur du site Carfree France, spécialiste des questions relatives au vélo et aux aménagements cyclables.

5 commentaires sur “Comment la France est devenue un pays cyclable

  1. brubu le hérisson

    Exercice de style intéressant, c’est bien de rêver.

    En 2018, je note un progrès dans les esprits,  je ne me fais plus traité de « sportif », « bobo » ou « écolo »,  la victoire sera totale quand on me traitera de « pragmatique »  , »poète » ou « vagabond »

     

  2. Vincent

    Vélove > Cette forte augmentation du prix du carburant

    Par facilité et contrainte individuell€, on se focalise le plus souvent sur le prix du carburant/pétrole, mais il faudrait surtout penser à la contrainte physique (volume).

    Contrairement à un mythe très répandu, le pétrole non-conventionnel, dont le pétrole de schiste, n’a que très peu repoussé la date du pic, qui nous pend au nez.

    C’est particulièrement vrai pour l’Europe, qui est depuis toujours très dépendante des importations d’énergie fossile et subit depuis ~ 2005 une baisse de son approvisionnement.

    Si le gouvernement comprenait vraiment le problème, il imposerait un rationnement du carburant plutôt qu’une taxe. Ça serait peut-être même moins impopulaire.

    « Incompréhension énergétique »

  3. PMeBC

    À mon avis la victoire sera totale quand on ne nous traitera d’aucun qualificatif en particulier. À ce moment la personne à vélo ne sera pas considérée comme spéciale tout simplement.

  4. Prolo

    @Vincent :

     

    « Si le gouvernement comprenait vraiment le problème, il imposerait un rationnement du carburant plutôt qu’une taxe. »

     

    Exactement. Un quota : tant de litres par mois et par personne ayant un véhicule assuré à son nom.

     

    Ça remplacerait avantageusement l’hypocrisie des taxes sur les véhicules puissants et consommateurs. Avec un quota de carburant, libre aux frimeurs d’acheter un SUV de 2 tonnes avec un moteur V8. S’ils ont envie de marcher à pied à partir du 10 jusqu’à la fin du mois, c’est leur droit le plus strict 🙂

     

    Et j’imagine que ça pacifierait énormément la circulation : quand on a droit à 30 litres pour le mois, on roule cool.

     

    Bien sûr il ne faut pas espérer que le gouvernement veuille résoudre le problème : ils sont une partie du problème, et au top pour ce qui est de sa compréhension.

     

    Pour en revenir à l’article, je doute fortement qu’on puisse modifier le paramètre « mode de transport » d’une société, sans toucher au reste.

     

    Il faudra un changement profond pour faire travailler à la campagne les gens qui y vivent, ou bien faire vivre en ville les gens qui y travaillent. Et ce n’est pas une mince affaire.

     

    Chaque fois que je me dis « merde, c’est vrai, si je vivais en ville je pourrais aller bosser à pied », je me rends compte que mon mode de vie n’est juste pas compatible avec la ville.

     

    Si je déménage et que je pose mes tas de palettes, mon bricolage, mes ferrailles et mes envies de jouer du marteau à 23H, en plein milieu d’un lotissement urbain, je vais me faire jeter à coups de pieds. Les gens auraient raison : si je vis à côté d’eux, je vais les emmerder, et eux vont m’emmerder (avec leur tondeuse, leur monoculture de gazon de merde, et leurs airs effarouchés dès qu’un événement ou une activité du voisin n’a pas été déjà vu à la TV). Pire encore en immeuble, avec une liste longue comme le bras de trucs qu’on n’a pas le droit de faire dans la cage d’escalier, pas le droit de faire devant sa porte, ni à sa fenêtre.. la dernière copropriété où j’ai habité insistait même pour qu’on ait une plaque avec son nom sur la porte, et pas juste une étiquette papier. Le petit fascisme ordinaire des cons à l’esprit étroit, en somme. La ville ce n’est pas que des taux de monoxyde d’azote et des km à parcourir, c’est surtout et avant tout une mentalité, un état d’esprit. Dont l’humanité ne sort pas grandie, généralement. (Même s’il y a beaucoup à dire sur la xénophobie et le traditionnalisme des ruraux).

     

    L’incompatibilité avec la ville est le cas de la plupart des ruraux que je connais. Il y a lui qui a des chevaux, et elle qui a un jardin, et ceux qui sont restés un peu paysans : ils ont tous une façon de vivre qui ne colle pas du tout avec la ville.

     

    Et, je dirais : qui colle de moins en moins à la ville, laquelle se veut de plus en plus panoptique, lisse, organisée par le haut, découpée en quartiers, consumériste et tertiaire.

     

    C’est peut-être un cercle vicieux et c’est justement parce que la ville est un ensemble d’intersections qui se trouve être urbanisé, qu’elle ne fait pas envie…

     

    On y ferme des usines, et on y ouvre des magasins de luxe (smartphones et autres fringues hors de prix).

     

    Une société sans voitures ne pourrait selon moi qu’être une société moins inégalitaire. Une société dans laquelle la répartition des tâches dangereuses et usantes est plus équitable. On ne peut pas aller voir des gens qui ont une différence d’espérance de vie de 10 ans, un ouvrier et un cadre, et leur expliquer qu’ils feront toujours le même boulot, sauf que celui qui use déjà son organisme par l’effort musculaire devra se déplacer en utilisant ce que l’autre perçoit comme un loisir. On ne peut pas attendre des paysans que leur activité dégage moins de CO2, alors qu’ils sont de moins en moins nombreux (on est passés d’une majorité, à une infime minorité qui disparait peu à peu), pour produire toujours autant. Et c’est un problème mondial. Si on veut manger, il faut gratter la terre. Si on délègue le soin de la gratter à d’autres, il faut se sentir responsable de leur outil. Ou ne plus manger.

     

    Je vois une évolution similaire dans le bûcheronnage. Mon père était bûcheron et regrettait de devoir utiliser une tronçonneuse. S’il avait pu se passer de payer des charges aux voleurs de la MSA, il aurait pu se permettre d’aller travailler avec une hache et une scie. Aujourd’hui on a franchit un nouveau cran : le bûcheron n’a plus une tronçonneuse mais une énorme machine (dite « abatteuse ») qui fait un travail de merde.

     

    Et la machine fait encore vivre plus de monde : des banquiers pour la financer, des ingénieurs pour la dessiner, des fonctionnaires technocrates pour la réglementer, la taxer, l’interdire et la rendre obligatoire, l’immatriculer et la catégoriser… Le gus dans la machine est seul, il fait un nuage de CO2, et produit autant de bois que 100 personnes avec une hache. Et il y a 99 autres personnes qui vivent du produit de sa machine.

     

    Puisque tous ces gens vivent du bûcheronnage, il faudra bien dans une société sans pétrole qu’ils s’y mettent pour de vrai, qu’ils prennent une hache et laissent tomber leur job à la con :

     

    https://www.liberation.fr/debats/2018/09/15/et-vous-avez-vous-un-job-a-la-con-faites-le-test_1678714

     

    Si c’est pour laisser le gus dans une machine dans la même situation, lui reprocher de polluer avec sa machine, le traiter d’assassin parce qu’il rejoint la machine en voiture, et applaudir les 99 autres parce qu’ils ont la possibilité d’aller faire leur « travail » à vélo et d’en revenir sans avoir l’impression d’avoir fait 2 journées en une, non merci.

     

    Je ne prône pas un retour pur et dur à la terre et aux carrioles à cheval, et je crois qu’il y a des avancées technologiques (comme l’électricité) qu’on peut utiliser pour manipuler les énergies renouvelables afin de diminuer la fatigue et le travail humains. Mais il faudra tout de même que le plus grand nombre se réhabitue à être un peu plus proche de l’outil de production. Avec des outils de production plus petits, plus nombreux, générateurs de moins de structures administratives, et dont le contrôle revient à ceux qui savent les faire marcher (et non à ceux qui les financent et les réglementent).

     

  5. Monsieur Ours

    Je me disais bien que j’avais lu quelque chose comme ça quelque part… c’était de moi 🙂

    Merci de nous faire entrevoir le visage d’une France qui accepte le vélo comme un mode de déplacement. Même s’il faut passer par un moment de crise (pétrolière évidemment) et de remise en cause de son mode de vie, ça vaut le coup.

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