« Comment saboter un pipeline »

Dans un manifeste intitulé « Comment saboter un pipeline, » le chercheur suédois Andreas Malm défend une radicalisation des modes d’action contre le changement climatique.

Face à l’aggravation du réchauffement climatique, tous les moyens sont-ils bons? C’est en substance la question que pose l’ouvrage du géographe écologiste Andreas Malm, Comment saboter un pipeline, qui fait l’objet d’une recension dans le journal Le Monde. Le chercheur et militant suédois pose le problème par l’absurde: si le changement climatique est une menace aussi importante que ce qu’expliquent depuis des années les climatologues, alors pourquoi le mouvement écologiste se contente-t-il de manifestations et de blocages très ponctuels de grandes avenues londoniennes ? Autrement dit: « Comment cesser d’être à ce point inoffensif? » interroge Malm.

Ce questionnement fait écho au philosophe allemand Günther Anders qui, vers la fin de sa vie en 1987, se demandait si une contestation non-violente est suffisante

Selon le journal Le Monde, malgré la multiplication des engagements des Etats en matière climatique, la hausse continue des émissions de CO2 se poursuit. Seules des mesures de confinement mondiales extrêmement radicales liées au Covid-19 ont permis de les faire baisser, et ce de manière très temporaire. Un chiffre suffit à le constater: en trente ans, malgré les déclarations d’intention et les efforts réalisés, la part des énergies fossiles dans le mix énergétique mondial est toujours peu ou prou la même…

Les « émissions de luxe »

Au-delà des modes d’action, Malm ajoute une lecture des inégalités face au danger climatique. Il distingue les « émissions de luxe, » celles qui seraient les plus facilement évitables, et les émissions dues à l’accès à l’énergie dans les pays en développement. Et de donner en exemple celles causées par les SUV, nouveaux chouchous de l’industrie automobile.

De fait, selon les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), ces véhicules gourmands en pétrole représentent le deuxième facteur de croissance des émissions de CO2 dans le monde depuis 2010 – derrière le développement du charbon. Malm note ici une accélération de l’histoire. Au début du XXe siècle, les émissions réalisées par les habitants les plus fortunés de la planète avaient peu d’impact immédiat, compte tenu de la faible concentration de CO2 dans l’atmosphère.

Il en va tout autrement aujourd’hui : contribuer au réchauffement pour des raisons de luxe ou de plaisir personnel a des conséquences directes, en provoquant des sécheresses ou des ouragans, qui touchent plus durement les plus défavorisés.

« Les émissions de luxe sont l’équivalent de projectiles balancés dans les airs qui retombent au hasard sur les pauvres. Les riches pouvaient plaider l’ignorance en 1913. Plus maintenant, » prévient l’auteur. Il note par ailleurs le risque à vouloir imposer des limites aux plus pauvres, tout en ne s’attaquant pas aux « émissions de luxe » – évoquant notamment le début du mouvement des « gilets jaunes » en France…


Andreas Malm
Comment saboter un pipeline
éd. La Fabrique
Sortie : 19 juin 2020
216 pages
ISBN : 9782358721950

Source: Le Monde

2 commentaires sur “« Comment saboter un pipeline »

  1. HdkwHdkw

    Il y a 30 ans les effets futurs du réchauffement étaient déjà assez clairs (à part dans les médias financés par la pub) mais la vitesse des changements était difficile à estimer. Aujourd’hui il devient très clair que des changements dramatiques sont en cours à court terme et que leurs effets ne laisseront pas la planète habitable pour le nombre de personnes actuel.

    Émettre moins de CO2 ralenti ces changements: lutter contre les émissions de CO2 aujourd’hui est donc sans ambiguïté une question de vie ou de mort.

  2. Pédibuspedibus

    ça renvoie sans doute à « l’activisme fractal » d’un certain Aurélien Barrau, ou plus loin encore… :

    https://www.linfodurable.fr/culture/aurelien-barrau-je-plaide-pour-un-activisme-fractal-des-micro-resistances-disseminees-13315

    … et au principe général du droit qu’est l’état de nécessité pour motiver certains de nos actes :

    https://actu.dalloz-etudiant.fr/focus-sur/article/letat-de-necessite/h/f9462bbc5d260fc1ed4250909cc2544a.html#:~:text=Aux%20termes%20de%20l'article,s'il%20y%20a%20disproportion

     

    une fiche de lecture bien intéressante concernant le géographe suédois Andreas Malm, au sujet du capitalisme fossile, et de façon plus large aux mobiles différents du capitalisme selon la période historique, particulièrement ce qui nous anime ici : 

    […] il [A. Malm] est particulièrement sensible au caractère à la fois construit et constitutif de l’espace, à son rôle dans la production et l’intelligibilité des phénomènes sociaux. La transition ne se matérialise que dans l’espace et par l’espace : elle doit donc être pensée comme un agencement spatio-temporel, et pas simplement comme une césure/rupture chronologique.

    Avec ici deux générateurs socio-spatiaux évidents, particulièrement les territoires urbains, désormais majoritaires sur la planète : la bagnole et la rente foncière… après la recherche de « nature », dès les villégiatures romaines fuyant les embarras de la Rome antique…

     

    http://www.garcier.net/2018/03/note-de-lecture-andreas-malm-fossil-capital-the-rise-of-steam-power-and-the-roots-of-global-warming/

     

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