Un voyage à vélo jusqu’au pays où le soleil ne se couche jamais

Marre de cette société grise et étriquée ! Mon rêve est esquissé. C’est décidé : loin de l’air pollué des cités bétonnées, je partirai. Sur mon vieux vélo, avec ma tente et mes sacoches, je traverserai la France, l’Allemagne, puis le Danemark. Je franchirai ensuite un petit bout de mer. Commencera alors l’aventure du Grand Nord. Au fil des fjords de Norvège, je découvrirai mes immensités rêvées, et j’irai si loin que les jours n’auront plus de fin.

En cette période peu propice aux vagabondages, je vous propose de découvrir deux extraits de mon petit livre – plutôt militant – sur un voyage à vélo :

« Alors que les grues commencent à se perdre dans les nuages, l’ennui, telle une marée montante, engloutit peu à peu les quais déserts du port. Plongées dans la bruine, balayées par les vents, les trois rues d’Hirtshals semblent tout aussi abandonnées. Soufflant dans le creux de mes mains engourdies, j’entre dans un petit magasin pour y dépenser mes dernières couronnes danoises. Rien de très alléchant, mais au fond, tout ce qui compte, c’est de faire le plein de calories. N’osant pas abuser du confort de ce Rema 1000 (seul lieu chauffé accessible aux vagabonds), je m’assois dehors près des caddies. En mangeant une énorme brioche à la crème industrielle, je débute mon étude de la carte du monde d’en face, perdu au loin dans les brumes. Et je me souviens de ce moment où, quelques minutes avant de changer d’année, fatigué par le bruit (et songeant déjà à dérouler mon duvet sous un bel épicéa), je m’éclipsai discrètement dans la Nature. Plutôt que d’affronter les effusions de joie, les danses traditionnelles et toutes ces choses, je préférai partir rêvasser dans les immensités glacées. Seul, les pieds dans la neige, sous une lune naissante, bleutée, contemplant le grand ciel étoilé sur lequel se dessinait la belle silhouette du mont Charvet, je me promis, sans trop y croire, de reprendre mon vieux vélo pour m’enfuir jusqu’au soleil de minuit…
[…]
À la manière de ces alpinistes anglais d’un autre siècle qui s’évertuaient à résister aux assauts de la modernité en s’attaquant à une montagne uniquement à la force de leurs muscles, le déplacement by fair means est mon code de déontologie. Autant que possible, je m’obstine à avancer en faisant travailler mes mollets, sans dépouiller la Nature de ses ressources, sans exploiter d’animaux, sans brûler de carburant, sans consommer d’électricité. C’est donc toujours avec amertume que je monte dans un véhicule à moteur. Toutefois, n’ayant sous la main ni radeau ni pédalo, je m’autorise une petite entrave, aussi regrettable soit-elle, à mes principes. Bref, après des heures d’attente, le guichet finit par ouvrir. Et j’apprends que je n’aurai pas besoin de planter ma tente près de ce triste port, car il y a encore des places sur le Viking III qui part ce soir vers Kristiansand – à l’extrême sud de la Norvège. »

Autre extrait :

« Le regard a besoin de temps pour percevoir les détails d’un paysage. La vitesse appauvrit le monde autant que la lenteur l’enrichit. Et j’en veux à cette société moderne qui substitue à la rêverie le besoin de performance, qui pousse les êtres humains à courir partout, constamment. Désormais, même en montagne, territoire de contemplation par excellence, les rubans publicitaires fleurissent, et des sportifs se mettent à courir, à se chronométrer, à bousculer les randonneurs, allant parfois jusqu’à effrayer de fragiles chamois pour gagner une poignée de secondes ou doubler un adversaire. Entourés de merveilles, ils préfèrent regarder pendant des heures leurs pieds et leur montre, et ne prennent même plus le temps de se poser dix secondes pour admirer un paysage méritant des heures d’attention. Cette insensibilité est le fruit d’une société qui régresse. Le dix-neuvième siècle a vu naître la douceur de l’impressionnisme ; le vingt et unième siècle a eu le mauvais goût de transformer des montagnes entières en stades publicitaires… Les assiettes ont changé ; les enfants grandissent différemment ; et chaque époque engendre les citoyens qu’elle mérite. Comme un leitmotiv contemporain, le toujours plus épuise l’humanité, entre autres choses. Et plutôt que de comparer nos muscles et nos chronos, nous ferions mieux de nous arrêter, et de contempler la Nature qui nous entoure. À la compétition, préférons la rêverie ; le monde en sortira grandi. »

Les Immensités secrètes – Voyage jusqu’au pays où le soleil ne se couche jamais

Dans ces immensités norvégiennes préservées de la cupidité humaine, je partage mes sensations de voyageur, mes rencontres, ainsi que mes réflexions autour de l’avenir d’une nature que je refuse de voir disparaître. Loin du monde de la bagnole, le paradis existe encore… Le plus dur, ce n’est pas de pédaler pendant des semaines (même sous la pluie et dans le brouillard), c’est de revenir et de replonger dans cette société grise et bétonnée… Bref, j’ai éprouvé le besoin d’écrire un petit livre pour parler de tout ça, et j’espère que ça vous intéressera…

Plus d’infos sur cette page : https://mstelvio.blogspot.com/

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