{"id":13323,"date":"2011-04-19T08:20:46","date_gmt":"2011-04-19T07:20:46","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=13323"},"modified":"2022-05-20T08:33:16","modified_gmt":"2022-05-20T07:33:16","slug":"la-seule-issue-est-la-violence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2011\/04\/19\/la-seule-issue-est-la-violence\/","title":{"rendered":"La seule issue est la violence"},"content":{"rendered":"<p><em>Gewalt \u2013 ja oder nein ? Eine notwendige Diskussion<\/em>. Tel est le titre d\u2019un petit volume du philosophe allemand <a title=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/author\/gunther-anders\/\" href=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/author\/gunther-anders\/\">G\u00fcnther Anders<\/a> qui a ouvert en 1987 une pol\u00e9mique philosophique et culturelle que n\u2019attendaient plus des intellectuels europ\u00e9ens r\u00e9sign\u00e9s qui se souvenaient de 1968 comme on se souvient de quelque chose qui ne se reproduira pas, qui ne voulaient pas regarder en arri\u00e8re vers la violence d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e du groupe Baader-Meinhof et avaient fini par se lasser d\u2019entreprendre toutes sortes d\u2019actions pacifistes contre l\u2019\u00c9tat atomique et la soci\u00e9t\u00e9 anti-\u00e9cologique de la consommation et du gaspillage. Pourquoi cette pol\u00e9mique a-t-elle surgi \u00e0 ce moment-l\u00e0 ? Parce que, dans ce petit volume, Anders, le penseur pacifiste par excellence, le moraliste, avait \u00e9crit, \u00e0 quatre-vingt-cinq ans, alors qu\u2019il pouvait \u00e0 peine encore bouger ses doigts \u00e0 cause de la polyarthrite, que la seule issue \u00e9tait la violence. <!--more--><\/p>\n<p>N\u00e9 en 1902, Anders a voyag\u00e9 en France \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quinze ans avec un groupe paramilitaire pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale (ESD, 30). Il est devenu plus tard l\u2019\u00e9l\u00e8ve de Husserl et de Heidegger, puis a d\u00e9nonc\u00e9 avec audace l\u2019hitl\u00e9risme comme produit du capitalisme allemand d\u00e8s 1928 avant de s\u2019exiler en 1933 avec sa femme, Hannah Arendt. Aux \u00c9tats-Unis, il a travaill\u00e9 comme ouvrier et a exp\u00e9riment\u00e9 \u00e0 quel point l\u2019homme d\u00e9pendait d\u00e9sormais de la technique. En 1950, il est rentr\u00e9 en Europe o\u00f9, six ans plus tard, il a publi\u00e9 son <em>opus magnum<\/em> : <em>L\u2019Obsolescence de l\u2019homme<\/em>. Plus tard, il est all\u00e9 visiter le camp d\u2019Auschwitz et a dit \u00e0 cette occasion : \u00ab Si vous me demandiez quand j\u2019ai ressenti la plus grande honte de ma vie [je r\u00e9pondrais] : ce fut ce jour d\u2019\u00e9t\u00e9 o\u00f9, \u00e0 Auschwitz, je me suis retrouv\u00e9 devant les monceaux de montures de lunettes, de chaussures, de dents arrach\u00e9es, de cheveux coup\u00e9s et de valises abandonn\u00e9es. Mes lunettes, mes dents, mes chaussures, ma valise auraient d\u00fb \u00eatre l\u00e0. N\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9 \u00e0 Auschwitz parce que, par hasard, j\u2019avais r\u00e9ussi \u00e0 passer \u00e0 travers, j\u2019ai eu alors le sentiment d\u2019\u00eatre un d\u00e9serteur \u00bb (GJN, 13 sq. ; voir aussi MJ, 63).<\/p>\n<p>En allemand, un m\u00eame mot dit le pouvoir et la violence: <em>Gewalt<\/em>. Anders a \u00e9tudi\u00e9 sans rel\u00e2che comment la technique gagne sans cesse en pouvoir (c\u2019est-\u00e0-dire en violence) sur l\u2019homme. Avant d\u2019aller visiter le camp d\u2019Auschwitz, il s\u2019\u00e9tait rendu \u00e0 Hiroshima. Pour lui, Hiroshima est la nouvelle \u00e9tape, apr\u00e8s Auschwitz, de l\u2019\u00e9quation \u00ab pouvoir = violence \u00bb. Il a \u00e9crit \u00e0 Claude Eatherly, le pilote de l\u2019avion de reconnaissance m\u00e9t\u00e9orologique qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 Enola Gay, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 ce dernier, \u00e0 la fois paria et victime, \u00e9tait intern\u00e9 aux \u00c9tats-Unis dans un h\u00f4pital de v\u00e9t\u00e9rans. La correspondance entre le philosophe allemand pacifiste et le pilote nord-am\u00e9ricain a \u00e9t\u00e9 traduite en fran\u00e7ais d\u00e8s 1962 sous le titre <em>Avoir d\u00e9truit Hiroshima<\/em>. C\u2019est un document plein de peur, de d\u00e9raison et de d\u00e9sespoir qui valut \u00e0 Anders d\u2019\u00eatre d\u00e9clar\u00e9 <em>persona non grata <\/em>aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 on le qualifia \u00e0 l\u2019\u00e9poque de \u00ab communiste \u00bb (GJN, 17).<\/p>\n<p>Pour Anders, la mont\u00e9e du pouvoir-violence ne concerne pas seulement Auschwitz et Hiroshima. Une troisi\u00e8me \u00e9tape est marqu\u00e9e par le syst\u00e8me de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, un syst\u00e8me qui ne se contente pas de polluer le milieu ambiant, les rivi\u00e8res, la mer, les for\u00eats, mais divise \u00e9galement le monde en pays de l\u2019opulence et pays de la mis\u00e8re. Cette soci\u00e9t\u00e9 de consommation a recours \u00e0 l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire afin de produire plus de voitures, d\u2019armes, de b\u00e9ton, de tourisme ainsi que de nombreux produits superflus \u00e0 chaque fois plus abrutissants dans les pays industrialis\u00e9s et, en m\u00eame temps, plus de violence, de faim et de sous-d\u00e9veloppement dans les pays non industrialis\u00e9s. Par peur d\u2019\u00eatre d\u00e9finitivement en retard du point de vue technologique \u2014 et par idol\u00e2trie de la technique \u2014, le monde du \u00ab socialisme r\u00e9el \u00bb a, lui aussi, vendu son \u00e2me \u00e0 l\u2019\u00c9tat atomique. Pour Anders, les \u00e9tapes qui m\u00e8nent \u00e0 la fin de l\u2019humanit\u00e9 auront donc \u00e9t\u00e9 Auschwitz (le moment de la destruction syst\u00e9matique et anonyme de l\u2019homme par l\u2019homme), Hiroshima (le moment o\u00f9\u00a0 l\u2019homme s\u2019est aper\u00e7u qu\u2019il suffisait pour y parvenir d\u2019appuyer sur un bouton) puis Tchernobyl, nom symbolique qui vaut pour toutes les catastrophes \u00e9cologiques r\u00e9centes (le moment o\u00f9 l\u2019homme a perdu le contr\u00f4le du pouvoir-violence et se tue lui-m\u00eame dans un holocauste d\u2019irrationalit\u00e9, de stupidit\u00e9 obstin\u00e9e et d\u2019envie).<\/p>\n<p>Citons Manfred Bissinger, le journaliste avec qui Anders a commenc\u00e9 \u00e0 th\u00e9matiser la question de la violence et qui a par la suite \u00e9dit\u00e9 <em>Gewalt \u2013 ja oder nein?<\/em>: \u00ab Les th\u00e8mes d\u2019Anders tournent toujours autour de la question de savoir comment la technique gagne sans cesse en pouvoir-violence sur l\u2019homme. Pour lui, aujourd\u2019hui, \u201cles trois th\u00e8ses fondamentales selon lesquelles 1. nous ne sommes pas \u00e0 la hauteur de la perfection de nos produits, 2. nous produisons des choses qui exc\u00e8dent notre imagination et notre responsabilit\u00e9 et 3. nous croyons que nous pouvons, non: nous devons, non: nous devons absolument faire ce que nous sommes capables de faire, ces trois th\u00e8ses ont malheureusement gagn\u00e9 en pertinence et en actualit\u00e9 compte tenu des risques \u00e9vidents qu\u2019encourt l\u2019environnement depuis maintenant un quart de si\u00e8cle \u00bb (GJN, 16).<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, Anders a pris, avec Heinrich B\u00f6ll, l\u2019\u00e9v\u00eaque Scharf, le th\u00e9ologien Gollwitzer et d\u2019autres encore, la t\u00eate du grand mouvement pacifiste qui luttait contre l\u2019installation des missiles nucl\u00e9aires nord-am\u00e9ricains sur le territoire allemand. Ils ont \u00e9galement particip\u00e9 aux grandes actions pacifiques contre les centrales nucl\u00e9aires. Pendant vingt ans, le travail th\u00e9orique d\u2019Anders a trouv\u00e9 son prolongement dans une action de nature pacifiste. En 1983, il a re\u00e7u le Prix Theodor W. Adorno \u2014 la plus prestigieuse r\u00e9compense qu\u2019un philosophe puisse recevoir en Allemagne \u2014 dans la <em>Paulskirche<\/em>, symbole de la r\u00e9volution de 1848. Il a \u00e9chu au maire de cette ville, un d\u00e9mocrate chr\u00e9tien, Walter Wallmann \u2014 par ailleurs ennemi mortel des id\u00e9es du philosophe \u2014 de lui remettre ce prix. \u00c0 cette occasion, l\u2019homme politique a d\u00e9clar\u00e9: \u00ab Nous rendons hommage ici au philosophe G\u00fcnther Anders parce qu\u2019il nous contredit, nous avertit constamment et nous bouscule. \u00bb \u00c0 quoi Anders qui, lui, n\u2019est conservateur qu\u2019au sens o\u00f9 il cherche \u00e0 faire en sorte \u00ab qu\u2019il reste un monde pour qu\u2019on puisse le changer \u00bb [da\u00df die Welt bleibe, damit man sie ver\u00e4ndern k\u00f6nne] (GJN, 13) a r\u00e9pondu: \u00ab Monsieur le Maire, le fait que vous n\u2019ayez rien fait pour emp\u00eacher ma nomination me prouve qu\u2019il est encore possible de s\u2019interpeller d\u2019un camp \u00e0 l\u2019autre et de se comprendre entre hommes de bonne volont\u00e9 \u00bb (GNEN, 5 et 13).<\/p>\n<p>En 1987, \u00e2g\u00e9 de quatre-vingt-cinq ans, Anders a publi\u00e9 un nouveau livre sur le th\u00e8me qui a toujours \u00e9t\u00e9 le sien: le monopole de la violence (du pouvoir), la non-violence (le non-pouvoir) et les fa\u00e7ons de combattre la violence (le pouvoir). Ce livre contient l\u2019entretien d\u2019o\u00f9 tout est parti. D\u00e9pouill\u00e9 de tout rituel et de tout ornement, celui-ci porte le titre de \u00ab Notstand und Notwehr \u00bb [\u00c9tat d\u2019urgence et l\u00e9gitime d\u00e9fense]. Le d\u00e9bat tout entier est contenu dans ce titre: le pouvoir de l\u2019\u00c9tat contre le droit naturel qu\u2019a l\u2019individu de se d\u00e9fendre : la violence de l\u2019\u00c9tat contre la violence individuelle; la d\u00e9mocratie des majorit\u00e9s et celle de la base.<\/p>\n<p>Anders se pr\u00e9sente lui-m\u00eame comme un \u00ab philosophe de la barbarie \u00bb (GJN, 17), de la barbarie du monde actuel: Auschwitz, Hiroshima et Tchernobyl. Son slogan des ann\u00e9es 1950: <em>Hiroshima est partout<\/em> [Hiroshima ist \u00fcberall] est devenu : <em>Tchernobyl est partout<\/em>. Comment emp\u00eacher la mort de la plan\u00e8te ? Pour lui \u2014 qui a essay\u00e9 toutes les armes de la r\u00e9sistance non-violente \u2014, il n\u2019en reste plus qu\u2019une: la violence. Anders renie son ami Ernst Bloch et son <em>Principe Esp\u00e9rance<\/em>. On n\u2019a plus le temps d\u2019esp\u00e9rer. L\u2019esp\u00e9rance n\u2019est qu\u2019un pr\u00e9texte pour ne pas agir, c\u2019est une forme de l\u00e2chet\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019incompr\u00e9hension des hommes politiques, qui sont cens\u00e9s \u00eatre des \u00ab hommes intelligents et \u00e9clair\u00e9s \u00bb, lui est incompr\u00e9hensible (GJN, 22). \u00ab La terre n\u2019est pas menac\u00e9e par des gens qui veulent tuer les hommes mais par des gens qui risquent de le faire en ne pensant que techniquement [\u2026], \u00e9conomiquement et commercialement. Nous sommes donc dans une situation qui correspond \u00e0 ce que, d\u2019un point de vue juridique, on appelle un \u201c\u00e9tat d\u2019urgence\u201d. Dans une telle situation, toutes les l\u00e9gislations du monde \u2014 y compris le droit canon \u2014 non seulement permettent mais vont jusqu\u2019\u00e0 encourager l\u2019usage de la violence. C\u2019est le cas, par exemple, du code p\u00e9nal allemand, paragraphe 53, alin\u00e9as 1 \u00e0 3. Il faut que cela soit bien clair. Il n\u2019est pas possible d\u2019exercer une r\u00e9sistance efficace avec des m\u00e9thodes gentilles, en offrant des myosotis aux policiers qui ne peuvent les accepter parce qu\u2019ils ont les mains prises par leurs matraques. Il est tout aussi insuffisant, non: absurde, de je\u00fbner pour obtenir la paix nucl\u00e9aire. On n\u2019obtient qu\u2019un seul effet en je\u00fbnant: on a faim. Peu importe \u00e0 Reagan et au lobby nucl\u00e9aire que nous ne mangions qu\u2019un sandwich au jambon. Ce ne sont que des \u201chappenings\u201d. Aujourd\u2019hui, nos pr\u00e9tendues actions politiques ressemblent d\u2019une fa\u00e7on vraiment effrayante \u00e0 ces apparences d\u2019actions qui ont fait leur apparition dans les ann\u00e9es 1960 [\u2026]. Avec ces actions, nous croyions avoir franchi la fronti\u00e8re de la simple th\u00e9orie, mais nous n\u2019\u00e9tions en fait que des \u201cacteurs\u201d au sens th\u00e9\u00e2tral. Nous faisions du th\u00e9\u00e2tre par peur d\u2019agir vraiment [\u2026]. Le th\u00e9\u00e2tre et la non-violence sont des parents tr\u00e8s proches \u00bb (GJN, 23 sq.).<\/p>\n<p>Cette d\u00e9claration est tr\u00e8s dure. D\u00e9sespoir ou honn\u00eatet\u00e9 envers soi-m\u00eame? Anders connaissait le risque qu\u2019il y a \u00e0 tenir de tels propos. Pas seulement le risque l\u00e9gal \u2014 ils incitent \u00e0 la violence \u2014 mais aussi social et intellectuel \u2014 ils r\u00e9veillent les r\u00e9flexes d\u2019auto-d\u00e9fense de l\u2019ordre \u00e9tabli. Il approfondit la question sans d\u00e9tour au cours d\u2019un entretien aux allures socratiques: \u00ab La violence est non seulement permise mais aussi moralement l\u00e9gitim\u00e9e tant qu\u2019elle est utilis\u00e9e par un pouvoir reconnu comme tel. Le pouvoir repose en permanence sur la possibilit\u00e9 d\u2019exercer la violence. En 1939, il \u00e9tait \u00e9vident pour tout homme qu\u2019il partait \u00e0 la guerre avec d\u2019autres pour y co-agir violemment [\u201cmit-gewaltt\u00e4tig\u201d zu werden]. Ceux qui y ont pris part avec d\u2019autres n\u2019ont fait [\u2026] qu\u2019\u201caccomplir leur devoir\u201d. Lorsqu\u2019on agit sur ordre du pouvoir, il est non seulement permis d\u2019agir violemment, mais il est m\u00eame recommand\u00e9 d\u2019agir violemment. \u00c0 nous qui aujourd\u2019hui n\u2019avons rien d\u2019autre en vue que d\u2019emp\u00eacher d\u00e9finitivement toute violence, on nous reproche de ne penser qu\u2019\u00e0 l\u2019exercer. Nous ne poursuivons pourtant qu\u2019un \u00e9tat de non-violence, l\u2019\u00e9tat que Kant a appel\u00e9 la \u201cpaix perp\u00e9tuelle\u201d. Il est bien clair pour nous que nous ne devons jamais nous proposer la violence comme fin mais que, lorsqu\u2019elle peut aider \u00e0 imposer la non-violence et qu\u2019elle seule le peut, personne ne peut nous contester le droit d\u2019y recourir comme \u00e0 une m\u00e9thode \u00bb (GJN, 25).<\/p>\n<p>\u00c0 cela, Anders a ajout\u00e9 les d\u00e9clarations inattendues qui ont donn\u00e9 lieu \u00e0 tant de discussions: \u00ab En tout cas, je tiens pour in\u00e9vitable que nous (un \u201cnous\u201d constitu\u00e9 de millions de \u201cje\u201d), nous intimidions ceux qui ont le pouvoir et nous menacent. Nous n\u2019avons pas d\u2019autre issue que de r\u00e9pondre \u00e0 leurs menaces par d\u2019autres menaces et de neutraliser ces hommes politiques qui, d\u2019une fa\u00e7on totalement inconsciente, se r\u00e9signent \u00e0 la catastrophe ou contribuent m\u00eame activement \u00e0 la pr\u00e9parer. Esp\u00e9rons que la simple menace suffira \u00e0 les intimider \u00bb (GJN, 24).<\/p>\n<p>G\u00fcnther Anders ne croit plus dans les moyens pacifiques, il ne croit plus dans la d\u00e9mocratie de partis: \u00ab Je conteste l\u2019id\u00e9e selon laquelle, apr\u00e8s la victoire des mass m\u00e9dias, il y aurait encore de la d\u00e9mocratie \u2014 je l\u2019ai d\u00e9montr\u00e9 avec pr\u00e9cision [\u2026] dans le premier tome de <em>L\u2019Obsolescence de l\u2019homme<\/em>. La substance de la d\u00e9mocratie, c\u2019est de pouvoir se faire une opinion propre et, en m\u00eame temps, de pouvoir l\u2019exprimer. Je n\u2019ai, par exemple, jamais pu exprimer mon opinion propre aux \u00c9tats-Unis, o\u00f9 j\u2019ai v\u00e9cu pendant quatorze ans. Depuis qu\u2019il existe des <em>mass media<\/em> et que la population du monde est assise comme envo\u00fbt\u00e9e face aux t\u00e9l\u00e9viseurs, on nourrit son opinion cuiller\u00e9e apr\u00e8s cuiller\u00e9e. L\u2019expression \u201cavoir une opinion propre\u201d n\u2019a d\u00e9sormais plus de sens. Ceux qui sont nourris de force n\u2019ont plus aucune chance d\u2019avoir une opinion propre. C\u2019est \u00e0 peine s\u2019ils consomment encore d\u2019autres opinions. On les gave. On ne peut pas dire d\u2019oies qu\u2019on gave qu\u2019elles \u201cconsomment\u201d et la t\u00e9l\u00e9vision est une forme de gavage. Si la d\u00e9mocratie est le r\u00e9gime dans lequel on a le droit d\u2019exprimer son opinion propre, elle est d\u00e9sormais impossible \u00e0 cause des <em>mass media<\/em>, dans la mesure o\u00f9 l\u2019on n\u2019a d\u00e9sormais plus d\u2019opinion propre et, ce faisant, plus rien \u00e0 exprimer \u00bb (GJN, 30 sq.).<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019homme, poursuit Anders, n\u2019est plus un \u00eatre \u201cmajeur\u201d dou\u00e9 de la parole [m\u00fcndig]. Ce n\u2019est plus un \u00eatre qui pourrait exprimer une opinion propre par sa bouche [mit seinem Munde]. Ce n\u2019est plus qu\u2019un serf [h\u00f6rig] capable seulement d\u2019entendre [h\u00f6ren]. Il entend ce que la radio ou la t\u00e9l\u00e9vision lui font ingurgiter, mais n\u2019est en revanche pas capable de leur r\u00e9pondre. Cette relation reste unilat\u00e9rale. Une telle servitude est caract\u00e9ristique du manque de libert\u00e9 que l\u2019homme a engendr\u00e9 avec sa technique et qui se retourne contre lui [\u2026]. Avec les <em>mass media<\/em> a vu le jour la figure de l\u2019\u201cermite de masse\u201d (OH, 121). Il est assis, isol\u00e9 face \u00e0 sa radio ou \u00e0 son t\u00e9l\u00e9viseur et re\u00e7oit la m\u00eame nourriture auditive ou visuelle que les autres. Il ne se rend pas compte que ce qu\u2019il mange solitairement est l\u2019aliment de millions d\u2019autres personnes en m\u00eame temps \u00bb (GJN, 31).<\/p>\n<p>Enfin, reniant son admirable ami Ernst Bloch, Anders d\u00e9clare: \u00ab Je crois qu\u2019\u201cesp\u00e9rance\u201d n\u2019est qu\u2019un autre mot pour \u201cl\u00e2chet\u00e9\u201d. Qu\u2019est-ce que l\u2019esp\u00e9rance? Est-ce la croyance que les choses peuvent aller mieux? Est-ce la volont\u00e9 que les choses aillent mieux? Personne n\u2019a jamais analys\u00e9 l\u2019esp\u00e9rance. Pas m\u00eame Bloch. Non, il ne faut pas donner espoir, il faut emp\u00eacher d\u2019esp\u00e9rer. Car personne n\u2019agit guid\u00e9 par l\u2019espoir. Toute personne qui esp\u00e8re abandonne la t\u00e2che d\u2019am\u00e9liorer le monde \u00e0 une autre instance \u00bb (GJN, 32 sq.).<\/p>\n<p>Dans un essai publi\u00e9 dans le magazine autrichien <em>Forvm<\/em>, Anders a r\u00e9pondu encore plus clairement \u00e0 la question: \u00ab <a title=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2011\/04\/14\/une-contestation-non-violente-est-elle-suffisante\/\" href=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2011\/04\/14\/une-contestation-non-violente-est-elle-suffisante\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Une contestation non-violente est-elle suffisante?<\/a> \u00bb Voici ce qu\u2019il y a \u00e9crit: \u00ab Si nous voulons assurer la survie de notre g\u00e9n\u00e9ration et celle des g\u00e9n\u00e9rations futures [\u2026], il n\u2019y a pas d\u2019alternative; il n\u2019y a pas d\u2019autre moyen que d\u2019informer clairement ceux qui persistent \u00e0 mettre en danger la vie sur terre par leur utilisation de l\u2019atome \u2014 peu importe qu\u2019elle soit \u201cguerri\u00e8re\u201d ou \u201cpacifique\u201d \u2014 et continuent \u00e0 refuser syst\u00e9matiquement tout pourparler en vue d\u2019y mettre un terme, qu\u2019ils vont d\u00e9sormais tous autant qu\u2019ils sont devoir se consid\u00e9rer comme notre cible. C\u2019est pourquoi je d\u00e9clare avec douleur mais d\u00e9termination que nous n\u2019h\u00e9siterons pas \u00e0 tuer les hommes qui, par manque d\u2019imagination ou de c\u0153ur, n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 mettre l\u2019humanit\u00e9 en danger et \u00e0 se rendre ainsi coupables de crimes contre elle [1]. \u00bb<\/p>\n<p>Le philosophe sentinelle savait-il qu\u2019en tenant des propos aussi extr\u00eames, il serait possible d\u2019inscrire \u00e0 l\u2019ordre du jour une r\u00e9vision des m\u00e9thodes? Savait-il que le mouvement antinucl\u00e9aire, anti-armement, anti-consommation et \u00e9cologiste devrait renoncer \u00e0 jouer de la guitare, \u00e0 offrir des fleurs et \u00e0 faire signer des p\u00e9titions pour chercher d\u2019autres moyens d\u2019action?<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, il ne s\u2019est pas tromp\u00e9 : la pol\u00e9mique a commenc\u00e9. Les r\u00e9ponses sont arriv\u00e9es. Certains se sont indign\u00e9s, d\u2019autres ont approuv\u00e9. Certaines r\u00e9ponses \u00e9taient marqu\u00e9es par la rage de l\u2019impuissance, d\u2019autres surprises par le d\u00e9fi du vieux sage, d\u2019autres encore indign\u00e9es par cette provocation. Elles se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es incapables en tout cas de proposer des alternatives qu\u2019on n\u2019ait pas d\u00e9j\u00e0 essay\u00e9es.<\/p>\n<p>(La social-d\u00e9mocratie allemande a d\u00e9finitivement mis un terme aux r\u00eaves des ann\u00e9es 1970. C\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 elle a gouvern\u00e9 qu\u2019on a fabriqu\u00e9 le plus d\u2019armes et que l\u2019int\u00e9gration \u00e0 l\u2019industrialisme consum\u00e9riste a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e \u00e0 la perfection. Cela vaut aussi bien pour Brandt que pour Schmidt, dont les alternatives radicales sont rest\u00e9es c\u00e9l\u00e8bres: ou bien l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire pour rester comp\u00e9titifs, ou bien le d\u00e9sastre \u00e9conomique parce qu\u2019on aura perdu des march\u00e9s; ou bien la vente d\u2019armes, ou bien le ch\u00f4mage (plus pr\u00e9cis\u00e9ment: ou bien la vente de sous-marins \u00e0 la dictature des g\u00e9n\u00e9raux argentins, ou bien des licenciements dans les arsenaux d\u2019Emden). On a bien s\u00fbr toujours choisi le \u00ab moindre mal \u00bb, \u00e0 savoir l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire et la vente d\u2019armes (ce qui a permis, \u00e0 chaque fois, de faire un pas irr\u00e9versible vers un plus grand mal). Qu\u2019a fait le socialisme fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il a gouvern\u00e9? Il a organis\u00e9 autant sinon plus d\u2019explosions dans l\u2019atoll de Mururoa (loin de Paris) que le gouvernement pr\u00e9c\u00e9dent et produit, lui aussi, plus d\u2019armes que jamais. Anim\u00e9 par le souci de modernit\u00e9 de Felipe Gonz\u00e1lez, le socialisme espagnol a, quant \u00e0 lui, tout pr\u00e9par\u00e9 pour r\u00e9ussir sa connexion d\u00e9finitive \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de consommation et au march\u00e9 commun europ\u00e9en: les lois sociales ne doivent pas nuire \u00e0 la comp\u00e9titivit\u00e9. L\u2019industrie de l\u2019armement espagnole dispute d\u00e9sormais des march\u00e9s. Bref, dans l\u2019opposition, les sociaux-d\u00e9mocrates ont incarn\u00e9 l\u2019espoir, fait de grandes d\u00e9clarations; au pouvoir, ils se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s \u00eatre les meilleurs \u00e9l\u00e8ves des conservateurs et des lib\u00e9raux.)<\/p>\n<p>La r\u00e9action du th\u00e9ologien protestant et homme politique social-d\u00e9mocrate Heinrich Albertz (ancien maire de Berlin qui a renonc\u00e9 \u00e0 son mandat lorsque sa police a tu\u00e9 l\u2019\u00e9tudiant Benno Ohnesorge) aux d\u00e9clarations d\u2019Anders fut une col\u00e8re irr\u00e9pressible: \u00ab Celui qui appelle publiquement \u00e0 la violence doit \u00eatre pr\u00eat \u00e0 aller lui-m\u00eame au feu. Or, cela, G\u00fcnther Anders \u2014 que je prends par ailleurs tr\u00e8s au s\u00e9rieux \u2014 ne pourra pas le faire. Il doit assumer la responsabilit\u00e9 du fait que chaque terroriste justifiera son action en s\u2019autorisant de lui \u00bb (GJN, 37).<\/p>\n<p>Le r\u00e9alisateur Hark Bohm, qui habitait \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 trente cinq kilom\u00e8tres de la centrale nucl\u00e9aire de Stade, la premi\u00e8re centrale nucl\u00e9aire de la R\u00e9publique F\u00e9d\u00e9rale, a r\u00e9agi ainsi aux propos d\u2019Anders: \u00ab La l\u00e9gitime d\u00e9fense est n\u00e9cessaire. Mais dois-je tuer le pr\u00e9sident du Land de Basse-Saxe? Le plus haut magistrat de la ville de Stade? Apr\u00e8s Kennedy, il y a eu Johnson; apr\u00e8s Johnson, il y a eu Nixon. Je tiens le conseil de Monsieur Anders pour extr\u00eamement dangereux [\u2026]. Avec sa recommandation, il fait le jeu de ce qu\u2019il combat. Il l\u00e9gitime la terreur d\u2019\u00c9tat \u00bb (GJN, 38).<\/p>\n<p>Le politologue J\u00fcrgen Dahl partage le pessimisme d\u2019Anders mais pas son appel d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 \u00e0 la violence. \u00ab Que pouvons-nous esp\u00e9rer \u2014 en donnant au verbe \u201cesp\u00e9rer\u201d un sens uniquement terrestre et rationnel? Que pouvons-nous esp\u00e9rer face \u00e0 la menace nucl\u00e9aire des r\u00e9acteurs et des missiles, face \u00e0 une catastrophe climatique d\u00e9sormais totalement in\u00e9vitable, face \u00e0 la disparition d\u2019esp\u00e8ces animales partout dans le monde, face \u00e0 une vague globale de pollution qui ne cesse de grandir et face \u00e0 une technique puissante qui ne cesse d\u2019assurer que tout ira mieux si on la laisse devenir un peu plus puissante encore. Une juste col\u00e8re s\u2019empare de nous lorsque nous voyons qu\u2019il y a peu de choses \u00e0 esp\u00e9rer parce que l\u2019industrie, la politique, le commerce et l\u2019\u00e9go\u00efsme s\u2019emp\u00eatrent \u00e0 chaque fois plus profond\u00e9ment dans des choses dont ils se sont \u00e0 chaque fois rendus plus d\u00e9pendants et dans des contraintes dont ne r\u00e9sultent \u00e0 chaque fois que de nouveaux d\u00e9sastres auxquels on ne peut rem\u00e9dier sans risquer sa vie. La grande entreprise Monde, telle qu\u2019elle est organis\u00e9e actuellement, tol\u00e8re et supporte au mieux de petits changements dans ses membres mais aucune modification d\u2019envergure \u00e0 sa t\u00eate. Les \u00e9quipes de r\u00e9paration sont toujours sur la br\u00e8che, c\u2019est vrai, mais elles ne font, par leurs interventions, que renforcer les m\u00e9canismes de protection. Elles ne disent pas que chaque m\u00e9canisme de protection ne fait qu\u2019annoncer ce qui va arriver ensuite. Faut-il alors imaginer une nouvelle forme d\u2019organisation pour l\u2019entreprise Monde et la lui imposer? Mais tout ce que nous pouvons faire dans cette direction n\u2019a, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du Tout, qu\u2019un effet ridicule, aussi spectaculaire cela puisse-t-il sembler \u00e0 ceux qui y prennent part directement. Placer son espoir dans l\u2019addition progressive de petites am\u00e9liorations, c\u2019est se mentir \u00e0 soi-m\u00eame aussi longtemps que continue la destruction quotidienne \u00bb (GJN, 43 sq.). (Les d\u00e9mocrates-chr\u00e9tiens et les lib\u00e9raux continuent \u00e0 rouler, optimistes, dans leurs Mercedes et leurs BMW au milieu de for\u00eats qui d\u00e9p\u00e9rissent et de monceaux d\u2019ordures qui croissent en continuant \u00e0 croire que l\u2019\u00e9conomie de libre \u00e9change est le rem\u00e8de \u00e0 tous ces maux; les sociaux-d\u00e9mocrates croient, eux, que la grande solution est dans le recyclage des d\u00e9chets; quant aux Verts, ils pr\u00eachent dans le d\u00e9sert dans la mesure o\u00f9 la jungle des <em>mass media<\/em> continue \u00e0 les pr\u00e9senter comme les membres d\u2019une secte coup\u00e9e de toute r\u00e9alit\u00e9.)<\/p>\n<p>\u00ab Tenter de sauver le monde en recyclant le verre, poursuit Dahl, a, dans le meilleur des cas, une valeur didactique limit\u00e9e; dans le pire des cas, cela fournit l\u2019alibi dont ils ont besoin \u00e0 ceux qui produisent des d\u00e9chets [&#8230;]. On se moque des arguments les plus rationnels; on passe rapidement sur les propositions les plus convaincantes; les demandes les plus insistantes sont rejet\u00e9es et, lorsqu\u2019une col\u00e8re d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e finit par exploser, la police appara\u00eet et fait savoir, par sa seule pr\u00e9sence, que les formes de vie qu\u2019on juge correctes en haut lieu peuvent \u00eatre impos\u00e9es \u00e0 l\u2019aide de canons \u00e0 eau et de simples pistolets \u00bb (GJN, 45). (C\u2019est le m\u00eame pouvoir qui a condamn\u00e9 \u00e0 deux mois un jeune homme qui a lanc\u00e9 une pierre lors d\u2019une manifestation contre Reagan mais laiss\u00e9 libre de toute condamnation les dirigeants d\u2019une entreprise chimique qui, en rejetant des acides dans le Rhin, ont produit un d\u00e9sastre \u00e9cologique entra\u00eenant la mort de milliers de poissons ainsi que d\u2019autres dommages incalculables pour la nature et la population.)<\/p>\n<p>Dahl termine en disant qu\u2019il n\u2019a pas de recettes, mais que la violence \u00e0 laquelle invite Anders ne ferait que renforcer la violence de l\u2019\u00c9tat. La seule fa\u00e7on de r\u00e9sister, pour l\u2019individu, c\u2019est de continuer \u00e0 d\u00e9noncer cet \u00e9tat de choses, d\u2019essayer d\u2019\u00e9clairer l\u2019opinion publique et de lui donner forme. Dahl appelle cela son \u00ab petit espoir \u00bb. \u00ab Je dois avouer, conclut-il, que j\u2019ai moi-m\u00eame fini par perdre ce petit espoir mais peut-\u00eatre quelqu\u2019un l\u2019a-t-il trouv\u00e9: si c\u2019est le cas, qu\u2019il le garde et qu\u2019il le partage avec d\u2019autres. Nous ne savons pas avec une certitude absolue ce qui va arriver mais, m\u00eame si nous n\u2019avons plus aucun espoir, nous devons faire quelque chose \u2014 par d\u00e9cence en quelque sorte \u00bb (GJN, 47).<\/p>\n<p>Au \u00ab petit espoir \u00bb de J\u00fcrgen Dahl, Anders s\u2019est content\u00e9 d\u2019opposer, en guise d\u2019argument, l\u2019ironie de l\u2019Histoire: \u00ab En 1986, l\u2019\u201cann\u00e9e de la paix\u201d des Nations Unies, on a d\u00e9pens\u00e9 900.000 millions de dollars en armement, ce qui signifie qu\u2019on d\u00e9pense 1,7 million de dollars par minute en armes, \u00e9quipements militaires et r\u00e9pressifs. Dans le monde entier, cent millions de personnes travaillent aujourd\u2019hui dans les usines d\u2019armement. \u00bb<\/p>\n<p>Robert Jungk \u2014 l\u2019un des adversaires les plus d\u00e9cid\u00e9s de l\u2019\u00c9tat atomique [2] \u2014 a donn\u00e9 raison \u00e0 Anders et interpr\u00e9t\u00e9 son pas vers la violence comme un appel \u00e0 rendre plus \u00e9nergique le mouvement anti-nucl\u00e9aire et le mouvement pacifiste, ce qui est effectivement n\u00e9cessaire. Il propose de commencer par exiger le \u00ab d\u00e9sarmement interne \u00bb de la R\u00e9publique F\u00e9d\u00e9rale, c\u2019est-\u00e0-dire que les forces de la r\u00e9pression et \u00ab de l\u2019ordre \u00bb commencent \u00e0 se d\u00e9sarmer progressivement pendant qu\u2019on travaillerait parall\u00e8lement \u00e0 \u00e9liminer toutes les techniques industrielles mena\u00e7ant et la libert\u00e9 et la vie. \u00ab Actuellement, le mouvement \u00e9cologiste et le mouvement de la paix ne sont pas arm\u00e9s, \u00e9crit-il. Si l&rsquo; \u201cautre camp\u201d ne tient pas compte de leurs appels mais, comme il semble bien en avoir le projet, agit de fa\u00e7on encore plus r\u00e9pressive, il se rendra responsable d\u2019une mont\u00e9e de la violence qui peut aller jusqu\u2019\u00e0 la guerre civile \u00bb (GJN, 54).<\/p>\n<p>Petra Kelly, d\u00e9put\u00e9e du parti vert et l\u2019une de ses t\u00eates pensantes, a accept\u00e9 tous les concepts forg\u00e9s par Anders mais n\u2019a pourtant pas approuv\u00e9 son invitation \u00e0 l\u2019action violente. Elle lui a oppos\u00e9 l\u2019id\u00e9e que la non-violence et la d\u00e9sob\u00e9issance civile \u00e9taient les seules m\u00e9thodes possibles et r\u00e9elles. \u00ab Non-violence et l\u00e2chet\u00e9 ne vont pas de pair. Voici ce qu\u2019a dit le Mahatma Ghandi: \u201cNon-violence et l\u00e2chet\u00e9 vont mal ensemble. Je peux parfaitement m\u2019imaginer un homme arm\u00e9 jusqu\u2019aux dents et qui, au plus profond de son c\u0153ur, est un l\u00e2che. Ses armes lui permettent de cacher sa peur, mais pas sa l\u00e2chet\u00e9. En revanche, la non-violence est impossible si l\u2019on a peur\u201d [\u2026]. Nous manquons encore d\u2019imagination sociale, nous manquons de m\u00e9thodes d\u2019action, des m\u00e9thodes d\u2019action que nous n\u2019avons pas encore essay\u00e9es et il nous faut convaincre encore beaucoup d\u2019hommes \u00bb (GJN, 57 sq.).<\/p>\n<p>Dans \u00ab La Fin du pacifisme \u00bb, une \u00ab interview imaginaire \u00bb, Anders a r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019argument de Petra Kelly sur la non-violence de Gandhi. \u00ab Ce que Gandhi a fait se r\u00e9sume-t-il \u00e0 des happenings? \u00bb \u00ab Du point de vue de l\u2019histoire du monde, je crains bien que oui. Consid\u00e9rez-vous que Gandhi nu en train de tisser avec un m\u00e9tier manuel \u2014 une sc\u00e8ne qui a \u00e9t\u00e9 photographi\u00e9e des millions de fois \u2014 soit autre chose qu\u2019un happening comparable \u00e0 ceux des briseurs de machines? Il n\u2019a r\u00e9ussi ni \u00e0 emp\u00eacher le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie textile en Inde ni \u00e0 toucher au terrible syst\u00e8me des castes. S\u00e9rieusement, si Gandhi a appel\u00e9 \u00e0 r\u00e9sister sans violence, c\u2019est \u201cfaute de mieux\u201d [\u2026]. Voil\u00e0 ce qu\u2019il voulait dire: \u201cNous pouvons peut-\u00eatre opposer quelque r\u00e9sistance m\u00eame si ce faisant nous n\u2019obtenons pas le pouvoir et, avec ce dernier, la puissance d\u2019agir.\u201d C\u2019est dire que l\u2019important pour lui, ce n\u2019\u00e9tait pas la non-violence en tant que telle (comme seule m\u00e9thode, seul principe ou seule fin moralement autoris\u00e9s), mais l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 tr\u00e8s faible de pouvoir aussi opposer une r\u00e9sistance <em>m\u00eame si<\/em> l\u2019on n\u2019a pas d\u2019armes. Ce qui est fondamental chez lui, ce n\u2019est pas le \u201csans\u201d (\u201csans armes\u201d) mais le \u201cm\u00eame si\u201d (\u201cm\u00eame si l\u2019on n\u2019a pas d\u2019armes\u201d) \u00bb (GJN, 100 sq [3].).<\/p>\n<p>L\u2019historien et essayiste Erich Kuby est l\u2019un des rares \u00e0 avoir soutenu Anders. \u00c0 vrai dire, il est m\u00eame all\u00e9 plus loin que lui. \u00ab Quand j\u2019\u00e9tais enfant, la guerre \u00e9tait l\u2019unique forme d\u2019assassinat de masse l\u00e9gitime, c\u2019est-\u00e0-dire approuv\u00e9e par la loi. Aujourd\u2019hui, on n\u2019a plus besoin d\u2019une guerre pour an\u00e9antir des hommes \u00e0 une bien plus grande \u00e9chelle qu\u2019autrefois. Mais les ma\u00eetres du pouvoir ne font rien contre le danger absolu; au contraire, ils font tout ce qu\u2019ils peuvent pour sans cesse l\u2019augmenter. Ils construisent de nouvelles centrales nucl\u00e9aires [\u2026] et d\u00e9tournent au profit de l\u2019industrie nucl\u00e9aire les milliards qui pourraient servir \u00e0 d\u00e9velopper des \u00e9nergies alternatives. Ils sont et restent en outre solidaires d\u2019une puissance mondiale incontr\u00f4lable qui continue \u00e0 se pr\u00e9parer pour la guerre atomique. Les assassins en puissance ne sont plus parmi nous mais au-dessus de nous et cela juste parce que des milliers de moutons \u2014 un troupeau compos\u00e9 de chr\u00e9tiens sociaux, de lib\u00e9raux et de sociaux-d\u00e9mocrates \u2014 les ont \u00e9lus. Comme ils jouent avec des principes d\u00e9mocratiques \u00e0 des fins de propagande, ils n\u2019ont rien contre le fait que, de temps en temps, certains s\u2019\u00e9crient : \u201cNous ne sommes pas du tout d\u2019accord !\u201d Au contraire. Cela fait bien et ne g\u00eane en rien leurs agissements. En attendant, le premier manifestant qui dissimule son visage et lance une pierre est qualifi\u00e9 de criminel et file en prison. Si l\u2019on construit un r\u00e9acteur comparable \u00e0 celui de Tchernobyl dans la R\u00e9publique F\u00e9d\u00e9rale \u2014 pas avant \u2014, il n\u2019est peut-\u00eatre pas totalement exclu que des centaines de milliers de ces criminels marchent sur la capitale pour exiger un ch\u00e2timent, voire pour l\u2019ex\u00e9cuter. L\u2019arm\u00e9e entrera sans doute en action, si elle le peut encore mais, au moins, cette discussion sur la violence finira-t-elle par quitter le niveau hypocrite, pu\u00e9ril et pervers o\u00f9 elle se maintient actuellement. \u00c9tant donn\u00e9 les circonstances actuelles, il est \u00e9vident que quiconque, ob\u00e9issant \u00e0 sa conscience, commet aujourd\u2019hui des actes de violence individuels ne changera rien \u00e0 rien. Je ne suis pas s\u00fbr n\u00e9anmoins qu\u2019on ne donnera pas son nom \u00e0 des rues \u00e0 l\u2019avenir. Je suis malheureusement trop vieux pour cela, mais je parierais bien et je parierais gros qu\u2019il y aura en 2050 des lieux consacr\u00e9s \u00e0 la m\u00e9moire d\u2019Ulrike Meinhof [Ulrike-Meinhof-Gedenkst\u00e4tten] \u00bb (GJN, 61 sq.). (Ulrike Meinhof est une gu\u00e9rillera du groupe Baader-Meinhof qui a particip\u00e9 \u00e0 diverses actions terroristes pour protester contre l\u2019aide apport\u00e9e aux \u00c9tats-Unis par la R\u00e9publique F\u00e9d\u00e9rale et contre le capitalisme en g\u00e9n\u00e9ral.)<\/p>\n<p>Klaus Vack, secr\u00e9taire du comit\u00e9 pour les droits de l\u2019homme et la d\u00e9mocratie, repousse, lui, la m\u00e9thode d\u2019Anders selon laquelle \u00ab on ne pourrait arriver \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 non-violente que par la violence \u00bb. Il d\u00e9clare que la seule m\u00e9thode permettant d\u2019atteindre cette fin serait une \u00ab escalade non-violente de la d\u00e9sob\u00e9issance civile \u00bb (GJN, 83 sq.), mais il ne dit pas comment faire passer ce mot d\u2019ordre sans avoir recours aux <em>mass media<\/em>. Pour convertir \u00e0 la d\u00e9sob\u00e9issance civile une soci\u00e9t\u00e9 habitu\u00e9e \u00e0 ne renoncer \u00e0 rien, il faut que celle-ci ait v\u00e9cu une grande catastrophe, perdu une guerre ou bien qu\u2019elle soit en danger de mort.<\/p>\n<p>Un disciple d\u2019Anders lui a r\u00e9pondu en se fondant sur la devise suivante: \u00ab Que ce soit pour exercer une contre-violence ou pour arriver \u00e0 la non-violence, nous avons besoin de la raison. \u00bb Et le m\u00eame de citer Karl Jaspers qui, dans les ann\u00e9es 1950, d\u00e9clarait: \u00ab Quel malheur lorsque des hommes de bonne foi renoncent \u00e0 la violence parce qu\u2019ils croient en la non-violence ! Le seul r\u00e9sultat de ce choix, c\u2019est qu\u2019ils seront d\u00e9pass\u00e9s d\u2019une fa\u00e7on bien plus radicale par la violence ! \u00bb (GJN, 130).<\/p>\n<p>Dans une longue analyse intitul\u00e9e \u00ab La V\u00e9rit\u00e9 dans l\u2019erreur de G\u00fcnther Anders [4]\u00bb, le Professeur Klaus Meyer-Abich signale enfin que, \u00ab si l\u2019appel de d\u00e9tresse d\u2019Anders, son appel \u00e0 la violence n\u2019est pas une issue pour l\u2019humanit\u00e9, il aiguise tout de m\u00eame notre conscience [&#8230;]. Son erreur contient la v\u00e9rit\u00e9 comme la pierre contient la sculpture que l\u2019artiste va en faire na\u00eetre \u00bb. Peut-\u00eatre Anders a-t-il magnifi\u00e9 le danger? Il n\u2019en est rien. Personne ne peut se sentir en s\u00e9curit\u00e9 dans un monde o\u00f9 la vie est quotidiennement \u00ab menac\u00e9e par les armes nucl\u00e9aires, les catastrophes que peuvent produire les r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires, les accidents chimiques et, plus que par toute autre chose, par le fonctionnement normal de l\u2019\u00e9conomie qu\u2019autorise l\u2019\u00c9tat \u00bb. (Pendant que, dans la R\u00e9publique F\u00e9d\u00e9rale, les for\u00eats d\u00e9p\u00e9rissent \u00e0 cause des gaz d\u2019\u00e9chappement, on bat des records de production dans le secteur de l\u2019automobile.) La d\u00e9mocratie parlementaire s\u2019est montr\u00e9e incapable de r\u00e9soudre le probl\u00e8me. La moiti\u00e9 plus un de ses repr\u00e9sentants a toujours derri\u00e8re elle un puissant lobby. Avec elle, il semble impossible d\u2019arriver \u00ab \u00e0 un \u201cdroit du territoire\u201d [nach einem Recht auf Heimat] qui transcende les rapports de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e \u00bb. (Il y a quelques ann\u00e9es, deux cents tonnes de poissons \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire plusieurs centaines de milliers de poissons \u2014 sont morts dans l\u2019Elbe inf\u00e9rieur \u00e0 cause de la centrale nucl\u00e9aire qui se trouve l\u00e0 et produit l\u2019\u00e9nergie servant \u00e0 fabriquer des articles destin\u00e9s \u00e0 la consommation dont la plupart sont inutiles. La loi d\u00e9fend la voiture qui m\u2019appartient, mais pas le poisson qui appartient \u00e0 tous. Dans les d\u00e9mocraties industrielles, le vote populaire va \u00e0 la voiture. Les parlements votent, eux aussi, pour la voiture, pour l\u2019\u00e9go\u00efsme.)<\/p>\n<p>Devons-nous nous r\u00e9signer \u00e0 l\u2019impuissance? Pour Klaus Meyer-Abich, l\u2019unique issue est d\u2019\u00ab adoucir \u00bb le syst\u00e8me, la soci\u00e9t\u00e9 industrielle. Avec la violence, on n\u2019arrive qu\u2019\u00e0 rendre le syst\u00e8me plus dur. Il ne reste \u2014 pour lui \u2014 que l\u2019\u00ab action extrapartisane\u00bb [das au\u00dferparteiliche Handeln]. Ne pas laisser tout le pouvoir aux \u00ab repr\u00e9sentants \u00bb, mais aller vers plus de d\u00e9mocratie. Accorder plus de cr\u00e9ance \u00e0 ce que dit le voisin qu\u2019\u00e0 ce que disent les \u00ab notables \u00bb. Le changement doit commencer dans les quartiers et non dans les parlements.<\/p>\n<p>Autant dire que Meyer-Abich revient aux th\u00e8ses que soutenait Anders dans les ann\u00e9es 1960. La discussion prend fin l\u00e0 o\u00f9 elle avait commenc\u00e9. L\u00e0 o\u00f9, au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, les positivistes, les lib\u00e9raux, les conservateurs, les anarchistes et les marxistes l\u2019avaient interrompue. Avec moins de perspectives bien s\u00fbr puisque nous sommes beaucoup plus pr\u00e8s du pr\u00e9cipice et vivons dans un monde infiniment plus petit.<\/p>\n<p>Le vieux philosophe n\u2019a pas voulu r\u00e9essayer ce qui a \u00e9chou\u00e9. Il savait bien qu\u2019il ne pourrait pas prendre la Bastille ou le Palais d\u2019hiver. Mais il a au moins r\u00e9ussi \u00e0 rendre toute sa dignit\u00e9 au droit \u00e0 la r\u00e9bellion, au droit \u00e0 la violence sacr\u00e9e des opprim\u00e9s qui a \u00e9t\u00e9 victime ces derni\u00e8res ann\u00e9es d\u2019une propagande \u00e9crasante de la part de l\u2019<em>establishment<\/em>. Le moment est venu de d\u00e9serter le troupeau de ceux qui sourient et de tenir aux loups un langage diff\u00e9rent.<\/p>\n<p>Quel r\u00f4le joue dans tout cela le Tiers-Monde? C\u2019est un troupeau maigre et malheureux qui, pour pouvoir manger ce que lui laisse le troupeau gras, court derri\u00e8re lui mais ne le rattrapera jamais malgr\u00e9 les mirages qui lui donnent \u00e0 voir tant\u00f4t des loups sanguinaires en uniformes et tant\u00f4t d\u2019aimables chiens en livr\u00e9e. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, ce sont toujours ceux qui arrivaient les premiers qui mangeaient les restes. Aujourd\u2019hui, ils sont \u00e0 chaque fois plus nombreux et mangent donc \u00e0 chaque fois moins. Les choses changeront lorsqu\u2019ils se d\u00e9tourneront et suivront leur propre chemin.<\/p>\n<p>G\u00fcnther Anders a renonc\u00e9 au r\u00eave de parvenir \u00e0 un socialisme anti-autoritaire et \u00e9cologiste en suivant le chemin de la raison. \u00c0 quatre-vingt-cinq ans, il n\u2019est pas all\u00e9 poser de bombes, mais il aura au moins donn\u00e9 un bon coup de pied dans le conformisme.<\/p>\n<p>Osvaldo Bayer<br \/>\nHistorien<\/p>\n<p>Traduit de l\u2019espagnol par Christophe David<br \/>\nTumultes, 2007\/1 n\u00b0 28-29, p. 239-253.<\/p>\n<ol>\n<li>Voir supra, p. 221.<\/li>\n<li>Voir, entre autres, Robert Jungk, L\u2019\u00c9tat atomique. Les retomb\u00e9es politiques du d\u00e9veloppement nucl\u00e9aire, Robert Laffont, 1979 (N.d.T.).<\/li>\n<li>Voir supra p. 209.<\/li>\n<li>Klaus Meyer-Abich, \u00ab Die Wahrheit in G\u00fcnther Anders Irrtum \u00bb, Die Zeit, 16 juin 1987, p. 43 (N.d.T.).<\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gewalt \u2013 ja oder nein ? Eine notwendige Diskussion. 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