{"id":1340,"date":"2009-02-18T17:54:06","date_gmt":"2009-02-18T16:54:06","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2009\/02\/18\/vivre-et-penser-comme-des-porcs\/"},"modified":"2016-05-18T14:13:59","modified_gmt":"2016-05-18T13:13:59","slug":"vivre-et-penser-comme-des-porcs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2009\/02\/18\/vivre-et-penser-comme-des-porcs\/","title":{"rendered":"Vivre et penser comme des porcs"},"content":{"rendered":"<p>Vivre et penser comme des porcs est un livre de Gilles Ch\u00e2telet au titre-choc destin\u00e9 \u00e0 percuter le lectorat dans ses tripes, \u00e0 l&rsquo;interpeller dans sa bestialit\u00e9 originelle, tellement excitante et flatteuse ! Il y a des livres sains, salutaires, qu\u2019il est conseill\u00e9, et m\u00eame recommand\u00e9, de mettre entre toutes les mains. Y compris celles du lecteur moyen. <!--more--><\/p>\n<p>A fortiori les siennes, au lecteur moyen : celui qui lit peu, pas grand chose, un peu de tout, quelques romans, quelques essais, en particulier ceux de Guy Sorman, d\u2019Alain Minc, de Fran\u00e7ois de Closets, les supp\u00f4ts du consensus mou, ceux dont les livres insipides et insultants pour l\u2019intelligence du citoyen lambda (b\u00eata, gamma\u2026 il y en a tant), justifient l\u2019injustice et les aberrations d\u2019un syst\u00e8me auquel on s\u2019est trop vite accoutum\u00e9. (Nous parlons naturellement des \u00ab\u00a0d\u00e9mocraties\u00a0\u00bb lib\u00e9rales dont s\u2019enorgueillit le monde occidental.)<\/p>\n<p><em>Vivre et penser comme des porcs<\/em> (sous-titr\u00e9 <em>De l\u2019incitation \u00e0 l\u2019ennui et \u00e0 l\u2019envie dans les d\u00e9mocraties- march\u00e9s<\/em> \u2013 notons la formule, qui ne manque pas d\u2019\u00e0 propos) rel\u00e8ve de la premi\u00e8re cat\u00e9gorie et s\u2019\u00e9l\u00e8ve avec humeur, et bonheur, contre la seconde. Gilles Ch\u00e2telet est math\u00e9maticien, enseigne \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Paris VIII et a publi\u00e9 en 1993 un ouvrage de math\u00e9matiques et de philosophie : L<em>es enjeux du mobile : math\u00e9matique, physique, philosophie<\/em>. La rigueur d\u2019un math\u00e9maticien rompu \u00e0 l\u2019exercice de la philosophie (et vice-versa) jointe \u00e0 l\u2019\u00e9nergie d\u2019un pamphl\u00e9taire : il existait, dans la litt\u00e9rature dite \u00ab\u00a0d\u2019id\u00e9es\u00a0\u00bb, un genre nomm\u00e9 fi\u00e8rement la \u00ab\u00a0litt\u00e9rature de combat\u00a0\u00bb, Ch\u00e2telet propose aujourd\u2019hui une philosophie de combat qui fasse \u00ab\u00a0plus de vagues et moins de vogue\u00a0\u00bb. Il invoque ainsi le patronage de Deleuze, Guattari et Gu\u00e9rin, auxquels il d\u00e9die, avec quelques autres, son livre.<\/p>\n<p>Mais ces r\u00e9f\u00e9rences ne doivent pas intimider ceux que la philosophie ou le simple nom de Deleuze peuvent rebuter. S\u2019il est vrai que par endroits l\u2019auteur se comprend mieux qu\u2019il n\u2019arrive \u00e0 se faire comprendre d\u2019autrui (en op\u00e9rant, par exemple, certains raccourcis dans un raisonnement qu\u2019il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 bon, parfois, de mettre \u00e0 plat), ses id\u00e9es sont dans l\u2019ensemble tr\u00e8s claires et leur exposition pose peu de probl\u00e8mes.<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage, assez court (192 pages), se veut une r\u00e9flexion sur la \u00ab\u00a0Contre-R\u00e9forme n\u00e9o-lib\u00e9rale\u00a0\u00bb, une d\u00e9mystification, l\u2019analyse des pr\u00e9suppos\u00e9s scientistes (et \u00f4 combien \u00ab\u00a0r\u00e9alistes\u00a0\u00bb) d\u2019une id\u00e9ologie dont la pens\u00e9e n\u2019est pas le point fort. Comment en est-on arriv\u00e9 l\u00e0 ? Comment, aujourd\u2019hui, justifier l\u2019injustifiable, sortir sans le moindre cynisme que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, que tout est normal dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019humain, l\u2019\u00eatre humain, est peu \u00e0 peu n\u00e9glig\u00e9, m\u00e9pris\u00e9, vid\u00e9 de toute substance ? toutes les impostures d\u2019une id\u00e9ologie latente \u2013 parce que voil\u00e9e, non \u00e9crite et non d\u00e9clar\u00e9e (quoiqu\u2019il est de bon ton, chez un patron, ou un Madelin, de se proclamer lib\u00e9ral\u2026 mais il ne s\u2019agirait que d\u2019\u00e9conomie, para\u00eet-il, du pragmatisme le plus \u00e9l\u00e9mentaire) \u2013 sont ici d\u00e9mont\u00e9es, analys\u00e9es, mises \u00e0 plat. Hobbes et l\u2019arithm\u00e9tique politique d\u2019un Lambert-Adolphe Qu\u00e9telet, l\u2019inventeur de la statistique, la th\u00e9orie du chaos et l\u2019autor\u00e9gulation (qui autorisent bien des errements sur un plan \u00e9thique ou social, et rajeunissent du m\u00eame coup \u00ab\u00a0la main invisible\u00a0\u00bb d\u2019Adam Smith), le populisme et le snobisme de masse, les illusions de la cybern\u00e9tique (l\u2019utopie de la transparence dans une communication totale et plan\u00e9taire \u2013 inter-urbaine, surtout), le rejet de la politique et la perte progressive \u2013 mais euphorique \u2013 du sens civique chez les jeunes, et les moins jeunes, g\u00e9n\u00e9rations, tout cela est expos\u00e9 avec un sens certain de la p\u00e9dagogie et un bonheur de style qui fait plaisir \u00e0 lire. Si certaines notions peuvent para\u00eetre floues, l\u2019auteur nous gratifie \u00e0 la fin d\u2019un \u00ab\u00a0<em>Glossaire pour lecteur peu vers\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9conomie politique<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019auteur ne se contente pas de d\u00e9mystifier le discours ambiant, et dominant, des politiques et des \u00e9conomistes, nouveaux gourous de nations fatigu\u00e9es d\u2019un si\u00e8cle de luttes id\u00e9ologiques, il s\u2019interroge aussi sur le devenir de l\u2019homme dans la soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente et \u00e0 venir, devenir qui ne laisse pas d\u2019inqui\u00e9ter.<\/p>\n<p>Et l&rsquo;un de ses sujets de pr\u00e9dilection est la bagnole, la sacro-sainte bagnole de l&rsquo;homo automobilus. Par glissement s\u00e9mantique acerbe, Gilles Ch\u00e2telet s&rsquo;en prend au <em>Robinson \u00e0 roulettes<\/em>, cet homme qui est le fruit d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement tourn\u00e9e vers la bagnole, \u00e0 ce qu&rsquo;il faudrait appeler le \u00ab\u00a0p\u00e9tro-nomadisme\u00a0\u00bb qui tourne souvent, ajoute-t-il, au \u00ab\u00a0<em>p\u00e9tainisme \u00e0 roulettes<\/em>\u00a0\u00bb. La vision utopique d&rsquo;automobilistes occidentaux hyper-fluides circulant dans des tunnels transcontinentaux libres de tout embouteillage (la fameuse social-fiction du r\u00e9v\u00e9rend Moon ; d&rsquo;autres ont imagin\u00e9 des autoroutes suspendues dans l&rsquo;atmosph\u00e8re ou un Japon \u00e0 sept \u00e9tages, projets irr\u00e9alisables sauf \u00e0 une \u00e9chelle financi\u00e8re astronomique et qui t\u00e9moignent de toute fa\u00e7on d&rsquo;une tr\u00e8s grande na\u00efvet\u00e9 quant \u00e0 la n\u00e9cessaire gestion des pestilences et des viscosit\u00e9s socio-\u00e9conomiques), cette architecture \u00e0 la Piran\u00e8se est chass\u00e9e par une exp\u00e9rience de pens\u00e9e \u00e9vidente, par une vision plate et laide, qu&rsquo;inspire la connaissance concr\u00e8te du boulevard p\u00e9riph\u00e9rique parisien :<\/p>\n<blockquote><p>On pourrait craindre le pire : imaginez nos millions de petits rhinoc\u00e9ros coinc\u00e9s dans un des grands boyaux de M. Moon ! Ils beuglent fort leur \u00ab\u00a0libert\u00e9\u00a0\u00bb et, de pr\u00e8s, ont l&rsquo;air un peu hargneux dans leurs carrosseries, mais vus du sommet du \u00ab\u00a0grand alambic\u00a0\u00bb, forment une masse fluide parfaitement docile, qui ne demande qu&rsquo;une chose : rouler sans probl\u00e8me. [p. 78]<\/p><\/blockquote>\n<p>Le lexique de l&rsquo;animalit\u00e9 (r\u00e9f\u00e9rence \u00e9vidente \u00e0 Ionesco) et l&rsquo;accumulation de m\u00e9taphores d\u00e9gradantes accentuent la causticit\u00e9 satirique. L&rsquo;autoroute fantastique souterraine et ne polluant pas se transfigure. Elle devient un boyau pollu\u00e9 qu&rsquo;engorgent des millions de citoyens liqu\u00e9fi\u00e9s, ramollis, emp\u00e2t\u00e9s, \u00e0 qui il ne reste plus que le plaisir de ne pas ralentir au volant de leur petit bolide. Et quelle ironie satirique dans la structure de la deuxi\u00e8me phrase : de pr\u00e8s seulement, ces rhinoc\u00e9ros (l&rsquo;image est tr\u00e8s p\u00e9jorative) qui klaxonnent comme des b\u0153ufs, sont un peu rugueux certes, prennent des col\u00e8res ridicules et parlent comme des charretiers, mais ces viscosit\u00e9s-l\u00e0, ce frottement social dans les m\u00e9tros, cette promiscuit\u00e9 du p\u00e9tro-nomadisme, tout cela ne les concerne qu&rsquo;eux ; ils peuvent bien en souffrir, cela ne concernera jamais la Main invisible et le Grand Alambic distillant l&rsquo;ennui qui les contempleront toujours comme une masse fluide parfaitement docile et bien domin\u00e9e, comme une p\u00e2te \u00e0 vomir dans les tuyaux.<\/p>\n<p>La parole pamphl\u00e9taire de Gilles Ch\u00e2telet est \u00e0 mille lieues des satires professionnelles et consensuelles. En v\u00e9rit\u00e9, il est difficile de discerner, de d\u00e9couvrir par soi-m\u00eame le lieu d&rsquo;o\u00f9 il parle, de mesurer le magn\u00e9tisme de ses gerbes explosives. En tout cas, la satire est cruelle, elle profile des visions implacables et nullement r\u00e9p\u00e9titives. C&rsquo;est de d\u00e9rives inexorables qu&rsquo;il est le plus difficile de prendre conscience. Aussi, la parole, comme le style, manifeste de l&rsquo;inflexibilit\u00e9. La pens\u00e9e se fait acharn\u00e9e dans la d\u00e9nonciation de l&rsquo;absurde. Ce qui est crucial ici, c&rsquo;est l&rsquo;engagement absolu dans la guerre politique et rh\u00e9torique. En t\u00e9moigne ce passage anti-automobile tr\u00e8s appuy\u00e9 qui s&rsquo;entame dans la fureur et fait usage &#8211; chose rare dans l&rsquo;ouvrage &#8211; d&rsquo;un terme grossier:<\/p>\n<blockquote><p>Qu&rsquo;importe si la bagnole tue, pollue et rend souvent parfaitement con, sa prolif\u00e9ration d\u00e9truit tout espace urbain digne de ce nom, puisque l&rsquo;enjeu est d&rsquo;assurer la domestication de gigantesques masses humaines [&#8230;]. [p. 79]<\/p><\/blockquote>\n<p>Vivre et penser comme des porcs abonde giboyeusement en figures de l&rsquo;interversion. Int\u00e9ressons-nous au chapitre 7. Tout l&rsquo;enjeu y est d&rsquo;exhiber, cartes sur tables, le consensus post-industriel qui produit cette s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9quations captieuses qui fait admettre n&rsquo;importe quoi sur la divinit\u00e9 de la bagnole : d\u00e9mocratie = p\u00e9trole = circulation = automobile. Gilles Ch\u00e2telet ne conduisait pas, mais dans notre soci\u00e9t\u00e9, l&rsquo;exp\u00e9rience du p\u00e9tro-nomadisme est tellement universelle &#8212; on pense \u00e0 la submersion publicitaire sans quoi le \u00ab\u00a0plaisir\u00a0\u00bb de racheter un nouveau \u00ab\u00a04\u00d7 4 de ville\u00a0\u00bb tous les deux ans n&rsquo;aurait aucune chance d&rsquo;exciter les surclasses ais\u00e9es -, que l&rsquo;on peut tr\u00e8s bien voir de quoi il s&rsquo;agit en traversant les rues et en regardant la t\u00e9l\u00e9vision &#8211; pas besoin d&rsquo;\u00eatre pris en sandwich tous les ans dans le chass\u00e9-crois\u00e9 entre les juillettistes et les ao\u00fbtiens !<\/p>\n<blockquote><p>Tu bouges ou tu cr\u00e8ves ! Les plus audacieux des socio-politistes ont m\u00eame os\u00e9 comparer le Grand Alambic de la soci\u00e9t\u00e9 tertiaire de services \u00e0 une immense autoroute. Mais c&rsquo;est surtout l&rsquo;inverse qui est vrai : pas d&rsquo;autoroute, pas de Grand Alambic ! [p. 77]<\/p><\/blockquote>\n<p>Deux formules brusques et courtes qui sont en relation d&rsquo;homologie encadrent ce passage. Ici, Gilles Ch\u00e2telet semble renverser facilement et gratuitement la relation de d\u00e9pendance entre une d\u00e9mocratie-march\u00e9 et les n\u00e9buleuses d&rsquo;hommes moyens au volant de leur voiture, mais il n&rsquo;en est rien : l&rsquo;autoroute et sa symbolique de circulation sont indispensables au bon fonctionnement de la thermocratie. Tout le chapitre 7 va d&rsquo;ailleurs broder autour de ce renversement en accentuant progressivement l&rsquo;effet d&rsquo;absurde. Une nouvelle formule fait \u00e9cho au paragraphe d&rsquo;ouverture :<\/p>\n<blockquote><p>Pas de bagnoles, pas de d\u00e9mocratie-march\u00e9 ! [p. 79]<\/p><\/blockquote>\n<p>Le parall\u00e8le entre automobilisme et soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb de la consommation est saisissant. Au passage la d\u00e9mocratie appara\u00eet pour ce qu&rsquo;elle est, une affaire de gros sous: consommez, consommez!<\/p>\n<blockquote><p>C&rsquo;est qu&rsquo;il faut beaucoup de place, de sacrifice, d&rsquo;\u00e9nergie, de mutilation et de cadavres pour que l'\u00a0\u00bbhomme moyen\u00a0\u00bb devienne automobile et se prenne pour un nomade. (&#8230;) L&rsquo;automobile, c&rsquo;est d&rsquo;abord le travail, la famille et la b\u00eatise mont\u00e9s sur pneus. [p. 96]<\/p><\/blockquote>\n<p>La fulgurance p\u00e9tainiste appara\u00eet ici dans toute sa splendeur: Ch\u00e2telet parodie la devise du r\u00e9gime de Vichy \u00ab\u00a0Travail, Famille, Patrie\u00a0\u00bb pour l&rsquo;appliquer \u00e0 l&rsquo;automobile. En l&rsquo;occurence, l&rsquo;automobile devient la nouvelle patrie du \u00ab\u00a0<em>p\u00e9tainiste \u00e0 roulettes<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<blockquote><p>L&#8217;embouteillage r\u00e9anime la \u00abvocation d\u00e9mocratique\u00bb de la bagnole en gratifiant tout le monde de la vitesse z\u00e9ro! (&#8230;) C&rsquo;est la fameuse \u00absolidarit\u00e9\u00bb des hommes moyens \u00e0 roulettes qui culmine toujours quand les roulettes ne servent plus \u00e0 rien, et qu&rsquo;ils sont r\u00e9duits \u00e0 ce qu&rsquo;ils sont : des unit\u00e9s de d\u00e9tresse. [p. 99]<\/p><\/blockquote>\n<p>A peine abandonn\u00e9e, voici la d\u00e9mocratie-march\u00e9 revenir comme symbole de la pratique automobilistique. Pourrait-on oser le n\u00e9ologisme de \u00ab\u00a0<em>P\u00e9tainisme de march\u00e9<\/em>\u00ab\u00a0?<\/p>\n<p>L&rsquo;auteur se penche sur la sottise universelle. La notre, bip\u00e8des. Comment nous sommes r\u00e9duit \u00e0 pass\u00e9 notre petite vie furtive \u00e0 s\u2019enrubanner d\u2019honneurs pu\u00e9rils, de s\u2019uniformiser dans la bouffe, la dorme, le boire, la baise faut que tout soit du m\u00eame emballage, avec le m\u00eame gout, la m\u00eame couleur, le m\u00eame pr\u00e9servatif. C\u2019est notre seule richesse, notre id\u00e9al. Et puis on se politiquement correct, on humanitarise, on se scandalise, on civilisationnise, on lib\u00e9ralise, on s\u2019am\u00e9ricanise, on fait le monde \u00e0 notre image\u2026 bref on enchie la vie des autres. Mais quel bonheur ! Un complexe d\u2019arm\u00e9 qu\u2019on fait ! \u00c7a nous distingue des autres. L\u2019uniforme reste notre r\u00eave secret. Alors, on ach\u00e8te des bagnoles (meilleure que celle du voisin, quand m\u00eame) qui se ressemblent toutes, on brosse les m\u00eames dames, on ach\u00e8te les m\u00eames maisons dans des lotissements de concentration, avec piscine, tennis et miradors. On s\u2019encule sto\u00efque emport\u00e9 dans les abimes de notre pr\u00e9tention, nos illusions. Il pr\u00f4ne une dialectique; antith\u00e8se de nos superficialit\u00e9s. Un seul reproche\u2026 c\u2019est d\u2019avoir rabaiss\u00e9 le porc \u00e0 notre image.<\/p>\n<p>Gilles Ch\u00e2telet, <em>Vivre et penser comme des porcs, De l\u2019incitation \u00e0 l\u2019envie et \u00e0 l\u2019ennui dans les d\u00e9mocraties-march\u00e9s.<\/em><br \/>\nFolio Gallimard (Actuel) 1998, 192 pages<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vivre et penser comme des porcs est un livre de Gilles Ch\u00e2telet au titre-choc destin\u00e9 \u00e0 percuter le lectorat dans ses tripes, \u00e0 l&rsquo;interpeller dans sa bestialit\u00e9 originelle, tellement excitante <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2009\/02\/18\/vivre-et-penser-comme-des-porcs\/\">Lire la suite&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":206,"featured_media":36506,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[17,72],"tags":[1709,180,224,112,185,110,129,188,132,60,245,68,59,115,81,367,1665,121,61,278,123,45,297,172,19,246,38,34,144],"views":18002,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1340"}],"collection":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/206"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1340"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1340\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/36506"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1340"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1340"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1340"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}