{"id":13465,"date":"2011-04-21T08:32:53","date_gmt":"2011-04-21T07:32:53","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=13465"},"modified":"2016-05-27T13:39:00","modified_gmt":"2016-05-27T12:39:00","slug":"la-planete-malade","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2011\/04\/21\/la-planete-malade\/","title":{"rendered":"La plan\u00e8te malade"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" title=\"planete-malade\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/images\/planete-malade.jpg\" alt=\"\" width=\"420\" height=\"200\" \/><\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0pollution\u00a0\u00bb est aujourd\u2019hui \u00e0 la mode, exactement de la m\u00eame mani\u00e8re que la r\u00e9volution: elle s\u2019empare de toute la vie de la soci\u00e9t\u00e9, et elle est repr\u00e9sent\u00e9e illusoirement dans le spectacle. Elle est bavardage assommant dans une pl\u00e9thore d\u2019\u00e9crits et de discours erron\u00e9s et mystificateurs, et elle prend tout le monde \u00e0 la gorge dans les faits. Elle s\u2019expose partout en tant qu\u2019id\u00e9ologie, et elle gagne du terrain en tant que processus r\u00e9el. Ces deux mouvements antagonistes, le stade supr\u00eame de la production marchande et le projet de sa n\u00e9gation totale, \u00e9galement riches de contradictions en eux-m\u00eames, grandissent ensemble. Ils sont les deux c\u00f4t\u00e9s par lesquels se manifeste un m\u00eame moment historique longtemps attendu, et souvent pr\u00e9vu sous des figures partielles inad\u00e9quates: l\u2019impossibilit\u00e9 de la continuation du fonctionnement du capitalisme. <!--more--><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9poque qui a tous les moyens techniques d\u2019alt\u00e9rer absolument les conditions de vie sur toute la Terre est \u00e9galement l\u2019\u00e9poque qui, par le m\u00eame d\u00e9veloppement technique et scientifique s\u00e9par\u00e9, dispose de tous les moyens de contr\u00f4le et de pr\u00e9vision math\u00e9matiquement indubitable pour mesurer exactement par avance o\u00f9 m\u00e8ne et vers quelle date \u2013 la croissance automatique des forces productives ali\u00e9n\u00e9es de la soci\u00e9t\u00e9 de classes: c\u2019est-\u00e0-dire pour mesurer la d\u00e9gradation rapide des conditions m\u00eames de la survie, au sens le plus g\u00e9n\u00e9ral et le plus trivial du terme.<\/p>\n<p>Tandis que des imb\u00e9ciles pass\u00e9istes dissertent encore sur, et contre, une critique esth\u00e9tique de tout cela, et croient se montrer lucides et modernes en affectant d\u2019\u00e9pouser leur si\u00e8cle, en proclamant que l\u2019autoroute ou Sarcelles ont leur beaut\u00e9 que l\u2019on devrait pr\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019inconfort des \u00ab\u00a0pittoresques\u00a0\u00bb quartiers anciens, ou en faisant gravement remarquer que l\u2019ensemble de la population mange mieux, en d\u00e9pit des nostalgiques de la bonne cuisine, d\u00e9j\u00e0 le probl\u00e8me de la d\u00e9gradation de la totalit\u00e9 de l\u2019environnement naturel et humain a compl\u00e8tement cess\u00e9 de se poser sur le plan de la pr\u00e9tendue qualit\u00e9 ancienne, esth\u00e9tique ou autre, pour devenir radicalement le probl\u00e8me m\u00eame de la possibilit\u00e9 mat\u00e9rielle d\u2019existence du monde qui poursuit un tel mouvement. L\u2019impossibilit\u00e9 est en fait d\u00e9j\u00e0 parfaitement d\u00e9montr\u00e9e par toute la connaissance scientifique s\u00e9par\u00e9e, qui ne discute plus que de l\u2019\u00e9ch\u00e9ance; et des palliatifs qui pourraient, si on les appliquait fermement, la reculer l\u00e9g\u00e8rement. Une telle science ne peut qu\u2019accompagner vers la destruction le monde qui l\u2019a produite et qui la tient; mais elle est forc\u00e9e de le faire avec les yeux ouverts. Elle montre ainsi, \u00e0 un degr\u00e9 caricatural, l\u2019inutilit\u00e9 de la connaissance sans emploi.<\/p>\n<p>On mesure et on extrapole avec une pr\u00e9cision excellente l\u2019augmentation rapide de la pollution chimique de l\u2019atmosph\u00e8re respirable; de l\u2019eau des rivi\u00e8res, des lacs et d\u00e9j\u00e0 des oc\u00e9ans, et l\u2019augmentation irr\u00e9versible de la radioactivit\u00e9 accumul\u00e9e par le d\u00e9veloppement pacifique de l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire; des effets du bruit; de l\u2019envahissement de l\u2019espace par des produits en mati\u00e8res plastiques qui peuvent pr\u00e9tendre \u00e0 une \u00e9ternit\u00e9 de d\u00e9potoir universel; de la natalit\u00e9 folle; de la falsification insens\u00e9e des aliments; de la l\u00e8pre urbanistique qui s\u2019\u00e9tale toujours plus \u00e0 la place de ce que furent la ville et la campagne; ainsi que des maladies mentales \u2013 y compris les craintes n\u00e9vrotiques et les hallucinations qui ne sauraient manquer de se multiplier bient\u00f4t sur le th\u00e8me de la pollution elle-m\u00eame, dont on affiche partout l\u2019image alarmante \u2013 et du suicide, dont les taux d\u2019expansion recoupent d\u00e9j\u00e0 exactement celui de l\u2019\u00e9dification d\u2019un tel environnement (pour ne rien dire des effets de la guerre atomique ou bact\u00e9riologique, dont les moyens sont en place comme l\u2019\u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s, mais restent \u00e9videmment \u00e9vitables). Bref, si l\u2019ampleur et la r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame des \u00ab\u00a0terreurs de l\u2019An Mil\u00a0\u00bb sont encore un sujet controvers\u00e9 parmi les historiens, la terreur de l\u2019An Deux Mille est aussi patente que bien fond\u00e9e ; elle est d\u00e9s \u00e0 pr\u00e9sent certitude scientifique. Cependant, ce qui se passe n\u2019est rien de fonci\u00e8rement nouveau : c\u2019est seulement la fin forc\u00e9e du processus ancien. Une soci\u00e9t\u00e9 toujours plus malade, mais toujours plus puissante, a recr\u00e9\u00e9 partout concr\u00e8tement le monde comme environnement et d\u00e9cor de sa maladie, en tant que plan\u00e8te malade. Une soci\u00e9t\u00e9 qui n\u2019est pas encore devenue homog\u00e8ne et qui n\u2019est pas d\u00e9termin\u00e9e par elle-m\u00eame, mais toujours plus par une partie d\u2019elle-m\u00eame qui se place au-dessus d\u2019elle, qui lui est ext\u00e9rieure, a d\u00e9velopp\u00e9 un mouvement de domination de la nature qui ne s\u2019est pas domin\u00e9 lui-m\u00eame. Le capitalisme a enfin apport\u00e9 la preuve, par son propre mouvement, qu\u2019il ne peut plus d\u00e9velopper les forces productives; et ceci non pas quantitativement, comme beaucoup avaient cru le comprendre, mais qualitativement.<\/p>\n<p>Cependant, pour la pens\u00e9e bourgeoise, m\u00e9thodologiquement, seul le quantitatif est le s\u00e9rieux, le mesurable, l\u2019effectif; et le qualitatif n\u2019est que l\u2019incertaine d\u00e9coration subjective ou artistique du vrai r\u00e9el estim\u00e9 \u00e0 son vrai poids. Pour la pens\u00e9e dialectique au contraire, donc pour l\u2019histoire et pour le prol\u00e9tariat, le qualitatif est la dimension la plus d\u00e9cisive du d\u00e9veloppement r\u00e9el. Voil\u00e0 bien ce que, le capitalisme et nous, nous aurons fini par d\u00e9montrer. Les ma\u00eetres de la soci\u00e9t\u00e9 sont oblig\u00e9s, maintenant de parler de la pollution, et pour la combattre (car ils vivent, apr\u00e8s tout, sur la m\u00eame plan\u00e8te que nous; voil\u00e0 le seul sens auquel on peut admettre \u2013 que le d\u00e9veloppement du capitalisme a r\u00e9alis\u00e9 effectivement une certaine fusion des classes) et pour la dissimuler: car la simple v\u00e9rit\u00e9 des \u00ab\u00a0nuisances\u00a0\u00bb et des risques pr\u00e9sents suffit pour constituer un immense facteur de r\u00e9volte, une exigence mat\u00e9rialiste des exploit\u00e9s, tout aussi vitale que l\u2019a \u00e9t\u00e9 la lutte des prol\u00e9taires du XIXe si\u00e8cle pour la possibilit\u00e9 de manger. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec fondamental de tous les r\u00e9formismes du pass\u00e9 \u2013 qui tous aspiraient \u00e0 la solution d\u00e9finitive du probl\u00e8me des classes \u2013, un nouveau r\u00e9formisme se dessine, qui ob\u00e9it aux m\u00eames n\u00e9cessit\u00e9s que les pr\u00e9c\u00e9dents: huiler la machine et ouvrir de nouvelles occasions de profit aux entreprises de pointe. Le secteur le plus moderne de l\u2019industrie se lance sur les diff\u00e9rents palliatifs de la pollution, comme sur un nouveau d\u00e9bouch\u00e9, d\u2019autant plus rentable qu\u2019une bonne part du capital monopolis\u00e9 par l\u2019Etat y est \u00e0 employer et man\u0153uvrer. Mais si ce nouveau r\u00e9formisme a d\u2019avance la garantie de son \u00e9chec, exactement pour les m\u00eames raisons que les r\u00e9formismes pass\u00e9s, il entretient vis-\u00e0-vis d\u2019eux cette radicale diff\u00e9rence qu\u2019il n\u2019a plus le temps devant lui.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement de la production s\u2019est enti\u00e8rement v\u00e9rifi\u00e9 jusqu\u2019ici en tant qu\u2019accomplissement de l\u2019\u00e9conomie politique: d\u00e9veloppement de la mis\u00e8re, qui a envahi et ab\u00eem\u00e9 le milieu m\u00eame de la vie. La soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les producteurs se tuent au travail, et n\u2019ont qu\u2019\u00e0 en contempler le r\u00e9sultat, leur donne maintenant franchement \u00e0 voir, et \u00e0 respirer, le r\u00e9sultat g\u00e9n\u00e9ral du travail ali\u00e9n\u00e9 en tant que r\u00e9sultat de mort. Dans la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie surd\u00e9velopp\u00e9e, tout est entr\u00e9 dans la sph\u00e8re des biens \u00e9conomiques, m\u00eame l\u2019eau des sources et l\u2019air des villes, c\u2019est-\u00e0-dire que tout est devenu le mal \u00e9conomique, \u00ab\u00a0reniement achev\u00e9 de l\u2019homme\u00a0\u00bb qui atteint maintenant sa parfaite conclusion mat\u00e9rielle. Le conflit des forces productives modernes et des rapports de production, bourgeois ou bureaucratiques, de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste est entr\u00e9 dans sa phase ultime. La production de la non-vie a poursuivi de plus en plus vite son processus lin\u00e9aire et cumulatif; venant de franchir un dernier seuil dans son progr\u00e8s, elle produit maintenant directement la mort. La fonction derri\u00e8re, avou\u00e9e, essentielle, de l\u2019\u00e9conomie d\u00e9velopp\u00e9e aujourd\u2019hui, dans le monde entier o\u00f9 r\u00e8gne le travail-marchandise, qui assure tout le pouvoir \u00e0 ses patrons, c\u2019est la production des emplois. On est donc bien loin des id\u00e9es \u00ab\u00a0progressistes\u00a0\u00bb du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent sur la diminution possible du travail humain par la multiplication scientifique et technique de la productivit\u00e9, qui \u00e9tait cens\u00e9e assurer toujours plus ais\u00e9ment la satisfaction des besoins ant\u00e9rieurement reconnus par tous comme r\u00e9els, et sans alt\u00e9ration fondamentale de la qualit\u00e9 m\u00eame des biens qui se trouveraient disponibles. C\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent pour \u00ab\u00a0produire des emplois\u00a0\u00bb jusque dans les campagnes vid\u00e9es de paysans, c\u2019est-\u00e0-dire pour utiliser du travail humain en tant que travail ali\u00e9n\u00e9, en tant que salariat, que l\u2019on fait tout le reste; et donc que l\u2019on menace stupidement les bases, actuellement plus fragiles encore que la pens\u00e9e d\u2019un Kennedy ou d\u2019un Brejnev, de la vie de l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>Le vieil oc\u00e9an est en lui-m\u00eame indiff\u00e9rent \u00e0 la pollution; mais l\u2019histoire ne l\u2019est pas. Elle ne peut \u00eatre sauv\u00e9e que par l\u2019abolition du travail-marchandise. Et jamais la conscience historique n\u2019a eu tant besoin de dominer de toute urgence son monde, car l\u2019ennemi qui est \u00e0 sa porte n\u2019est plus l\u2019illusion, mais sa mort. Quand les pauvres ma\u00eetres de la soci\u00e9t\u00e9 dont nous voyons le d\u00e9plorable aboutissement, bien pire que toutes les condamnations que purent fulminer autrefois les plus radicaux des utopistes, doivent pr\u00e9sentement avouer que notre environnement est devenu social; que la gestion de tout est devenue une affaire directement politique, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019herbe des champs et la possibilit\u00e9 de boire, jusqu\u2019\u00e0 la possibilit\u00e9 de dormir sans trop de somnif\u00e8res ou de se laver sans souffrir de trop d\u2019allergies, dans un tel moment on voit bien aussi que la vieille politique sp\u00e9cialis\u00e9e doit avouer qu\u2019elle est compl\u00e8tement finie.<\/p>\n<p>Elle est finie dans la forme supr\u00eame de son volontarisme: le pouvoir bureaucratique totalitaire des r\u00e9gimes dits socialistes, parce que les bureaucrates au pouvoir ne se sont m\u00eame pas montr\u00e9s capables de g\u00e9rer le stade ant\u00e9rieur de l\u2019\u00e9conomie capitaliste. S\u2019ils polluent beaucoup moins \u2013 les Etats Unis \u00e0 eux seuls produisent 50% de la pollution mondiale \u2013, c\u2019est parce qu\u2019ils sont beaucoup plus pauvres. Ils ne peuvent, comme par exemple la Chine, en y bloquant une part disproportionn\u00e9e de son budget de mis\u00e8re, que se payer la part de pollution de prestige des puissances pauvres; quelques red\u00e9couvertes et perfectionnements dans les techniques de la guerre thermonucl\u00e9aire, ou plus exactement de son spectacle mena\u00e7ant. Tant de pauvret\u00e9, mat\u00e9rielle et mentale, soutenue par tant de terrorisme, condamne les bureaucraties au pouvoir. Et ce qui condamne le pouvoir bourgeois le plus modernis\u00e9, c\u2019est le r\u00e9sultat insupportable de tant de richesse effectivement empoisonn\u00e9e. La gestion dite d\u00e9mocratique du capitalisme, dans quelque pays que ce soit, n\u2019offre que ses \u00e9lections-d\u00e9missions qui, on l\u2019a toujours vu, ne changeaient jamais rien dans l\u2019ensemble, et m\u00eame fort peu dans le d\u00e9tail, \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 de classes qui s\u2019imaginait qu\u2019elle pourrait durer ind\u00e9finiment. Elles n\u2019y changent rien de plus au moment o\u00f9 cette gestion elle-m\u00eame s\u2019affole et feint de souhaiter, pour trancher certains probl\u00e8mes secondaires mais urgents, quelques vagues directives de l\u2019\u00e9lectorat ali\u00e9n\u00e9 et cr\u00e9tinis\u00e9 (U.S.A., Italie, Angleterre, France). Tous les observateurs sp\u00e9cialis\u00e9s avaient toujours relev\u00e9 \u2013 sans trop s\u2019embarrasser \u00e0 l\u2019expliquer \u2013 ce fait que l\u2019\u00e9lecteur ne change presque jamais d\u2019\u00a0\u00bbopinion\u00a0\u00bb: c\u2019est justement parce qu\u2019il est l\u2019\u00e9lecteur, celui qui assume, pour un bref instant, le r\u00f4le abstrait qui est pr\u00e9cis\u00e9ment destin\u00e9 \u00e0 l\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00eatre par lui-m\u00eame, et de changer (le m\u00e9canisme a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mont\u00e9 cent fois, tant par l\u2019analyse politique d\u00e9mystifi\u00e9e que par les explications de la psychanalyse r\u00e9volutionnaire). L\u2019\u00e9lecteur ne change pas davantage quand le monde change toujours plus pr\u00e9cipitamment autour de lui et, en tant qu\u2019\u00e9lecteur, il ne changerait m\u00eame pas \u00e0 la veille de la fin du monde. Tout syst\u00e8me repr\u00e9sentatif est essentiellement conservateur, alors que les conditions d\u2019existence de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste n\u2019ont jamais pu \u00eatre conserv\u00e9es: elles se modifient sans interruption, et toujours plus vite, mais la d\u00e9cision \u2013 qui est toujours finalement d\u00e9cision de laisser faire le processus m\u00eame de la production marchande \u2013 est enti\u00e8rement laiss\u00e9e \u00e0 des sp\u00e9cialistes publicist\u00e9s; qu\u2019ils soient seuls dans la course ou bien en concurrence avec ceux qui vont faire la m\u00eame chose, et d\u2019ailleurs l\u2019annoncent hautement. Cependant, l\u2019homme qui vient de voter \u00ab\u00a0librement\u00a0\u00bb pour les gaullistes ou le P.C.F., tout autant que l\u2019homme qui vient de voter, contraint et forc\u00e9, pour un Gomulka, est capable de montrer ce qu\u2019il est vraiment, la semaine d\u2019apr\u00e8s, en participant \u00e0 une gr\u00e8ve sauvage ou \u00e0 une insurrection.<\/p>\n<p>La soi-disant \u00ab\u00a0lutte contre la pollution\u00a0\u00bb, par son c\u00f4t\u00e9 \u00e9tatique et r\u00e9glementaire, va d\u2019abord cr\u00e9er de nouvelles sp\u00e9cialisations, des services minist\u00e9riels, des jobs, de l\u2019avancement bureaucratique. Et son efficacit\u00e9 sera tout \u00e0 fait \u00e0 la mesure de tels moyens. Elle ne peut devenir une volont\u00e9 r\u00e9elle, qu\u2019en transformant le syst\u00e8me productif actuel dans ses racines m\u00eames. Et elle ne peut \u00eatre appliqu\u00e9e fermement qu\u2019\u00e0 l\u2019instant o\u00f9 toutes ses d\u00e9cisions, prises d\u00e9mocratiquement en pleine connaissance de cause, par les producteurs, seront \u00e0 tout instant contr\u00f4l\u00e9es et ex\u00e9cut\u00e9es par les producteurs eux-m\u00eames (par exemple les navires d\u00e9verseront immanquablement leur p\u00e9trole en mer tant qu\u2019ils ne seront pas sous l\u2019autorit\u00e9 de r\u00e9els soviets de marins). Pour d\u00e9cider et ex\u00e9cuter tout cela, il faut que les producteurs deviennent adultes: il faut qu\u2019ils s\u2019emparent tous du pouvoir.<\/p>\n<p>L\u2019optimisme scientifique du XIXe si\u00e8cle s\u2019est \u00e9croul\u00e9 sur trois points essentiels. Premi\u00e8rement, la pr\u00e9tention de garantir la r\u00e9volution comme r\u00e9solution heureuse des conflits existants (c\u2019\u00e9tait l\u2019illusion h\u00e9g\u00e9logauchiste et marxiste; la moins ressentie dans l\u2019intelligentsia bourgeoise, mais la plus riche, et finalement la moins illusoire). Deuxi\u00e8mement, la vision coh\u00e9rente de l\u2019univers, et m\u00eame simplement de la mati\u00e8re. Troisi\u00e8mement, le sentiment euphorique et lin\u00e9aire du d\u00e9veloppement des forces productives. Si nous dominons le premier point, nous aurons r\u00e9solu le troisi\u00e8me; et nous saurons bien plus tard faire du second notre affaire et notre jeu. Il ne faut pas soigner les sympt\u00f4mes mais la maladie m\u00eame. Aujourd\u2019hui la peur est partout, on n\u2019en sortira qu\u2019en se confiant \u00e0 nos propres forces, \u00e0 notre capacit\u00e9 de d\u00e9truire toute ali\u00e9nation existante, et toute image du pouvoir qui nous a \u00e9chapp\u00e9. En remettant tout, except\u00e9 nous-m\u00eames, au seul pouvoir des Conseils de travailleurs poss\u00e9dant et reconstruisant \u00e0 tout instant la totalit\u00e9 du monde, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la rationalit\u00e9 vraie, \u00e0 une l\u00e9gitimit\u00e9 nouvelle. En mati\u00e8re d\u2019environnement \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb et construit, de natalit\u00e9, de biologie, de production, de \u00ab\u00a0folie\u00a0\u00bb, etc., il n\u2019y aura pas \u00e0 choisir entre la f\u00eate et le malheur mais consciemment et \u00e0 chaque carrefour, entre mille possibilit\u00e9s heureuses ou d\u00e9sastreuses, relativement corrigibles et, d\u2019autre part, le n\u00e9ant. Les choix terribles du futur proche laissent cette seule alternative: d\u00e9mocratie totale ou bureaucratie totale. Ceux qui doutent de la d\u00e9mocratie totale doivent faire des efforts pour se la prouver \u00e0 eux-m\u00eame, en lui donnant l\u2019occasion de se prouver en marchant; ou bien il ne leur reste qu\u2019\u00e0 acheter leur tombe \u00e0 temp\u00e9rament, car \u00ab\u00a0l\u2019autorit\u00e9, on l\u2019a vue \u00e0 l\u2019\u0153uvre, et ses \u0153uvres la condamnent\u00a0\u00bb (Joseph D\u00e9jacque).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La r\u00e9volution ou la mort\u00a0\u00bb, ce slogan n\u2019est plus l\u2019expression lyrique de la conscience r\u00e9volt\u00e9e, c\u2019est le dernier mot de la pens\u00e9e scientifique de notre si\u00e8cle. Ceci s\u2019applique aux p\u00e9rils de l\u2019esp\u00e8ce comme l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019adh\u00e9sion pour les individus. Dans cette soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le suicide progresse comme on sait, les sp\u00e9cialistes ont d\u00fb reconna\u00eetre, avec un certain d\u00e9pit, qu\u2019il \u00e9tait retomb\u00e9 \u00e0 presque rien en France en mai 1968. Ce printemps obtint aussi, sans pr\u00e9cis\u00e9ment y monter \u00e0 l\u2019assaut, un beau ciel, parce que quelques voitures avaient br\u00fbl\u00e9 et que toutes les autres manquaient d\u2019essence pour polluer. Quand il pleut, quand il y a de faux nuages sur Paris, n\u2019oubliez jamais que c\u2019est la faute du gouvernement. La production industrielle ali\u00e9n\u00e9e fait la pluie. La r\u00e9volution fait le beau temps.<\/p>\n<p><strong>Guy Debord (1971) <\/strong><\/p>\n<p><a title=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Guy_Debord\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Guy_Debord\" target=\"_blank\">Guy Debord<\/a> (1931-1994) est un \u00e9crivain, essayiste, cin\u00e9aste et r\u00e9volutionnaire fran\u00e7ais, qui a conceptualis\u00e9 ce qu&rsquo;il a appel\u00e9 le \u00ab\u00a0spectacle\u00a0\u00bb dans son \u0153uvre majeure <em>La Soci\u00e9t\u00e9 du spectacle<\/em> (1967). Il a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;un des fondateurs de l&rsquo;Internationale lettriste (1952-1957) puis de l&rsquo;Internationale situationniste (1957-1972), dont il a dirig\u00e9 la revue fran\u00e7aise.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La \u00ab\u00a0pollution\u00a0\u00bb est aujourd\u2019hui \u00e0 la mode, exactement de la m\u00eame mani\u00e8re que la r\u00e9volution: elle s\u2019empare de toute la vie de la soci\u00e9t\u00e9, et elle est repr\u00e9sent\u00e9e illusoirement dans <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2011\/04\/21\/la-planete-malade\/\">Lire la suite&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":299,"featured_media":13474,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[127,52],"tags":[1050,477,11,84,60,308,198,81,61,578,830,54,287,33,836,82,1051,1054,19,829,164],"views":7636,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13465"}],"collection":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/299"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13465"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13465\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13465"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13465"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13465"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}