{"id":135,"date":"2005-02-23T06:43:00","date_gmt":"2005-02-23T05:43:00","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2005\/02\/23\/automobile-et-dcroissance\/"},"modified":"2023-11-13T16:36:34","modified_gmt":"2023-11-13T15:36:34","slug":"automobile-et-dcroissance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2005\/02\/23\/automobile-et-dcroissance\/","title":{"rendered":"Automobile et d\u00e9croissance"},"content":{"rendered":"<p>Si l&rsquo;on consid\u00e8re que notre bonheur, nos relations avec les autres, sont plus importants que l&rsquo;accumulation de biens pour stimuler la croissance \u00e9conomique, alors la remise en cause de l&rsquo;automobile devrait \u00eatre un des premiers enjeux de la d\u00e9croissance. L&rsquo;automobile est en effet un outil majeur de la conception \u00e9conomique actuelle du monde. <!--more--><\/p>\n<p>Bien que maintes et maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, les m\u00e9faits de l\u2019automobile ne sont jamais entendus et sont \u00e9touff\u00e9s par une id\u00e9ologie qui ne veut absolument pas en entendre parler. Dans notre monde qui se veut rationnel et logique, l\u2019automobile est l\u2019outil le plus passionnel et le plus aberrant qui soit. La croissance automobile ne peut pas s\u2019inscrire dans le long terme et n\u2019est encore possible aujourd\u2019hui que parce que seule une minorit\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e de l\u2019humanit\u00e9 en a fait l\u2019outil de son d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Si nous voulons que la vie puisse \u00eatre possible sur Terre dans les d\u00e9cennies \u00e0 venir, notre seule issue est donc d\u2019abandonner ce fl\u00e9au en remettant en question, de mani\u00e8re radicale et profonde, les causes qui font que l\u2019id\u00e9ologie automobile est devenue dominante dans les pays industrialis\u00e9s. La sortie de l\u2019automobile doit se faire par une r\u00e9duction de notre consommation mat\u00e9rielle et \u00e9nerg\u00e9tique, une diminution des flux de transports, une r\u00e9organisation de nos soci\u00e9t\u00e9s et une remise en cause de nos objectifs.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">L\u2019automobile est une aberration, un fl\u00e9au<\/span><\/p>\n<p>Le slogan \u201cLa bagnole, \u00e7a pue, \u00e7a tue et \u00e7a pollue\u201d est encore loin de mobiliser les foules. Pourtant, il n\u2019est pas besoin d\u2019\u00eatre un expert scientifique pour se rendre compte des innombrables d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par l\u2019automobile. Que ce soit \u00e0 travers la pollution visuelle, sonore, atmosph\u00e9rique ou sociale, l\u2019automobile fait de nos villes un v\u00e9ritable enfer m\u00e9canique sale et malodorant. Si la pollution de l\u2019air est souvent \u00e9voqu\u00e9e et que les constructeurs automobiles nous promettent des avanc\u00e9es technologiques pour y rem\u00e9dier (dans un contexte, o\u00f9 paradoxalement, la proportion de 4&#215;4 et autres v\u00e9hicules de grosses cylindr\u00e9es ne cesse d\u2019augmenter), les autres sources de pollutions sont laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9, car trop embarrassantes et n\u00e9cessitant un rem\u00e8de plus profond que de simples r\u00e9ponses techniques.<\/p>\n<p>Les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s \u00e0 nos paysages par l\u2019automobile sont rarement \u00e9voqu\u00e9s. Ils constituent pourtant une source de d\u00e9gradation de notre environnement que nous oublions par habitude, mais que la revue Casseurs de pub nous rappelle, photo d\u2019un \u00e9changeur routier \u00e0 l\u2019appui (1). Il convient parfois de prendre du recul ou d\u2019avoir pass\u00e9 quelques jours dans un endroit pr\u00e9serv\u00e9 pour se rendre compte \u00e0 quel point cet enchev\u00eatrement d\u2019autoroutes et de voies bitum\u00e9es peut \u00eatre inhumain. Les zones commerciales, dont la laideur n\u2019a d\u2019\u00e9gal que les blockhaus de la seconde guerre mondiale, s\u2019immiscent jusqu\u2019autour des plus petites villes de campagne en emp\u00eachant au regard de pouvoir se poser sur quelque chose qui ressemble \u00e0 de l\u2019architecture ou \u00e0 de la verdure. Dans le film Le Fabuleux destin d&rsquo;Am\u00e9lie Poulain qui d\u00e9peint une image de Paris idyllique et agr\u00e9able, la voiture est \u2014 sauf au moment d\u2019une apparition publicitaire \u2014 absente du tableau. Jean-Pierre Jeunet n\u2019aurait jamais pu nous transmettre une image du bonheur simple dans une ville aux rues remplies d\u2019automobiles, dans un espace sillonn\u00e9 par les autoroutes ou dans un quartier bord\u00e9 par un d\u00e9dale de voies d\u2019acc\u00e9l\u00e9rations, de ponts routiers et de deux fois trois voies.<\/p>\n<p>L\u2019automobile enlaidit l\u2019espace public, et se l\u2019accapare au d\u00e9triment des autres usagers. A Paris, par exemple, la voirie est occup\u00e9e \u00e0 60 % par les voitures en stationnement. Une voiture consomme 12 fois plus d\u2019espace par personne transport\u00e9e qu\u2019un bus et le taux moyen d\u2019occupation des voitures est de 1,25 personne par voiture dans la r\u00e9gion parisienne (2). L\u2019automobile s\u2019est appropri\u00e9 les rues des villes, les places des villages et les routes de campagne. Dans la vall\u00e9e de la Maurienne, l\u2019espace est si exigu qu\u2019il n\u2019y a parfois pas la place pour la rivi\u00e8re Arc, la nationale 6, la ligne de chemin de fer Lyon-Turin et l\u2019autoroute. Pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me, on a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9, soit de creuser des tunnels, soit de faire passer litt\u00e9ralement l\u2019autoroute au-dessus des habitations. En ville, les enfants n\u2019ont pas d\u2019espace pour jouer et ont d\u00e9sert\u00e9 les rues au profit de leur console de jeux gr\u00e2ce \u00e0 laquelle ils peuvent se prendre pour Shumacher ou un membre d\u2019un commando arm\u00e9. Dans les comit\u00e9s de quartier, lors des r\u00e9unions de discussion avec la mairie de Lyon, le probl\u00e8me du stationnement est inlassablement \u00e9voqu\u00e9. Mais quoi que l\u2019on fasse, il ne sera jamais possible de concilier espaces publics et parkings, respect du stationnement et augmentation incessante du nombre de v\u00e9hicules, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit des centres urbains ou l\u2019un des quartiers les plus dens\u00e9ment peupl\u00e9s d\u2019Europe tel que celui des pentes de la Croix Rousse \u00e0 Lyon.<\/p>\n<p>Si nous voulons vivre dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019on continue \u00e0 avoir chaque ann\u00e9e plus d\u2019automobiles que l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, o\u00f9 chacun peut se garer devant sa porte, se rendre au travail et faire ses courses en voiture, alors nous devons faire tables rase du pass\u00e9, d\u00e9truire tous nos centres urbains et reconstruire des villes immenses qui s\u2019\u00e9tendront sur des dizaines de kilom\u00e8tres et ressembleront \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 ce qui se fait aux Etats-Unis.<\/p>\n<p>Les villes europ\u00e9ennes, de par leur forte densit\u00e9, sont incompatibles avec l\u2019afflux d\u2019automobiles que nous leur imposons et sont sujettes \u00e0 une pollution sonore inacceptable. \u201c Un tiers des m\u00e9nages d\u00e9clare \u00eatre g\u00ean\u00e9 par le bruit de la circulation, au moins de temps en temps, lorsqu\u2019ils sont dans leur logement. Ils sont 40 % en banlieue parisienne et 46 % dans Paris. On estime que 7 millions de personnes, soit 12,3 % de la population, sont particuli\u00e8rement concern\u00e9s \u201d (3). M\u00eame la mairie de Marseille le reconna\u00eet : \u201c Mais la meilleure fa\u00e7on de lutter contre le bruit reste de limiter la circulation automobile elle-m\u00eame. \u201d (4). Ne nous leurrons pas, des automobiles fonctionnant \u00e0 l\u2019aide d\u2019un moteur plus silencieux que le moteur \u00e0 explosion (\u00e9lectrique, \u00e0 air comprim\u00e9 ou autre) continueront \u00e0 \u00eatre une nuisance sonore en ville ou sur les routes, car la majorit\u00e9 du bruit provient des frottements de l\u2019air et des roues sur la chauss\u00e9e d\u00e8s 50 km\/h. La limitation de vitesse et l\u2019interdiction de klaxonner n\u2019\u00e9tant pas respect\u00e9es en ville, le bruit d\u2019une autoroute sur laquelle circuleraient des v\u00e9hicules au moteur silencieux \u00e9tant identique au bruit d\u2019une autoroute actuelle, le probl\u00e8me du bruit automobile ne peut \u00eatre r\u00e9solu qu\u2019en substituant \u00e0 ce mode de transport des moyens plus coh\u00e9rents (v\u00e9lo, marche \u00e0 pied, tramways \u2026).<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Une pollution sociale<\/span><\/p>\n<p>Bien que les constructeurs automobiles ne puissent plus se permettre de nier la pollution engendr\u00e9e par l\u2019automobile, je n\u2019ai jamais entendu aucun d\u2019entre eux parler de pollution sociale. Pourtant, l\u2019organisation de nos soci\u00e9t\u00e9s telle qu\u2019impos\u00e9e par l\u2019automobile implique une d\u00e9structuration forte de l\u2019organisation des villes et des villages. Les petits commerces ont \u00e9t\u00e9 an\u00e9antis par les multinationales de la grande distribution. Les villages se sont vid\u00e9s de leurs artisans au profit de zones commerciales lointaines o\u00f9 les familles se rendent deux fois par mois pour acheter de quoi remplir leur cong\u00e9lateur. Dans ce contexte, vivre sans voiture devient de plus en plus dur, l\u2019exclusion sociale de ceux qui ne peuvent pas conduire (personnes \u00e2g\u00e9es, personnes n\u2019ayant pas le permis, personnes n\u2019ayant pas les moyens de poss\u00e9der une voiture \u2026) ou de ceux qui ne veulent pas conduire (vus par la population comme de dangereux extr\u00e9mistes \u00e9colo) va grandissante. Roule ou cr\u00e8ve, telle est la devise de la soci\u00e9t\u00e9 du tout automobile qui ne supporte pas que l\u2019on puisse avoir envie de vivre autrement.Nous ne nous attarderons pas trop longtemps sur la pollution atmosph\u00e9rique qui est la facette la plus m\u00e9diatis\u00e9e du probl\u00e8me de la pollution automobile. \u201cEn ce qui concerne la consommation \u00e9nerg\u00e9tique et la pollution atmosph\u00e9rique, l&rsquo;impact du mode routier avoisine, voire d\u00e9passe, les 90 % de la contribution du secteur des transports\u201d (5). Bien que la voiture soit responsable, en France de 15% des \u00e9missions d\u2019oxyde de soufre, de 60% des oxydes d\u2019azote, de 55% des monoxydes de carbone, de 40% des particules en suspension, les mesures prises pour renouveler le parc automobile et les progr\u00e8s techniques sont cens\u00e9s apporter des solutions \u00e0 ce probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019ind\u00e9niables, mesurables et chiffrables, les diverses pollutions caus\u00e9es par l\u2019automobile sont, dans le pire des cas, pass\u00e9es sous silence et ignor\u00e9es et, dans le meilleur des cas, accept\u00e9es sans qu\u2019aucune mesure efficace ne soit prise pour y rem\u00e9dier. Tout se passe comme si notre soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait atteinte d\u2019un mal parfaitement identifi\u00e9, mais pr\u00e9f\u00e9rait continuer comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait, les cons\u00e9quences de l\u2019acceptation de ce mal \u00e9tant trop douloureuses et remettant en cause de mani\u00e8re trop profonde nos modes de vie.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Un outil de violences<\/span><\/p>\n<p>On se serait bien content\u00e9 des nuisances provoqu\u00e9es par les automobiles, mais ce serait sans compter sur les nuisances provoqu\u00e9es par le comportement violent des automobilistes. En 2001, 8159 personnes sont mortes sur les routes de France, soit pr\u00e8s de 21 morts par jour, 200 000 personnes ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9es, dont 45 000 gravement (6). Au niveau mondial, ce sont huit millions de personnes qui ont perdu la vie jusqu&rsquo;en 1994 (7). En France encore, les jeunes de 15 \u00e0 24 ans ont 38% de chances de mourir dans un accident de la route, premi\u00e8re cause de mortalit\u00e9 pour cette tranche d\u2019\u00e2ge, devant le suicide (17%)(8).Ces statistiques effrayantes montrent clairement que l\u2019automobile est un outil de violences physiques intol\u00e9rable de par le nombre de morts que son utilisation provoque. Si l\u2019on consid\u00e8re qu\u2019environ 10% de l\u2019humanit\u00e9 roule en voiture et que le nombre de v\u00e9hicules augmente de mani\u00e8re incessante dans le monde, il faut s\u2019attendre \u00e0 voir ces chiffres d\u00e9cupl\u00e9s dans les prochaines ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Comment l\u2019\u00eatre humain peut-il se transformer aussi radicalement au volant d\u2019une automobile, au point de devenir une b\u00eate f\u00e9roce, dangereuse et mortelle ? A partir du moment o\u00f9 l\u2019automobiliste rentre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la bo\u00eete de t\u00f4le constitu\u00e9e par sa voiture, il se d\u00e9poss\u00e8de de son enveloppe charnelle pour s\u2019identifier \u00e0 celle de son v\u00e9hicule. Ainsi, si vous vous en prenez \u00e0 la carrosserie du v\u00e9hicule, son conducteur ressentira cela comme une agression port\u00e9e directement sur sa personne. Imaginons un instant que les pi\u00e9tons se conduisent de la m\u00eame mani\u00e8re que les automobilistes. Si vous marchiez trop lentement sur un trottoir, le pi\u00e9ton suivant vous hurlerait des insultes pour que vous le laissiez passer. Lorsque le feu pi\u00e9ton passerait au vert, votre moindre h\u00e9sitation serait punie par de grands coups de corne de brume dans vos oreilles. Un tel comportement, qui appara\u00eetrait comme incroyablement agressif et irrespectueux est pourtant celui de beaucoup d\u2019automobilistes.<\/p>\n<p>Non contents de s\u2019\u00eatre accapar\u00e9 la quasi-totalit\u00e9 de l\u2019espace, les automobilistes occupent, de mani\u00e8re totalement illicite, le peu d\u2019espace public restant aux pi\u00e9tons, aux cyclistes, aux handicap\u00e9s, aux autres usagers de la route. Comme une force arm\u00e9e, les automobiles occupent des territoires qui ne leur appartiennent pas, sur lesquels ils n\u2019ont aucun droit et dont les occupants poss\u00e8dent moins de force physique. L\u2019automobile s\u2019attaque pr\u00e9f\u00e9rentiellement aux plus faibles (pi\u00e9tons, cyclistes) dont la masse physique ne peut rien contre la tonne d\u2019acier dont elle est constitu\u00e9e. Elle s\u2019inscrit dans une logique de domination et de violence envers ceux qui voudraient un meilleur partage de la chauss\u00e9e. La recrudescence du nombre de 4&#215;4 et \u201cv\u00e9hicules utilitaires de sport\u201d comme les appellent les Nord-Am\u00e9ricains est li\u00e9 \u00e0 ce processus de domination par la force.Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre impos\u00e9e en force dominante et avoir tu\u00e9, de mani\u00e8re directe, des millions de personnes, l\u2019automobile continue son travail de destruction massive en imposant la loi de la terreur et en ravageant des populations pour assouvir sa soif de p\u00e9trole. Comme le dit Marie-H\u00e9l\u00e8ne Aubert, \u201cLe carburant que nous mettons dans nos voitures a parfois l\u2019odeur de sang, de malversations et d\u2019encouragements \u00e0 des gouvernements dictatoriaux\u201d (9). A l\u2019heure o\u00f9 nous nous insurgeons contre la guerre en Irak, Total b\u00e9n\u00e9ficie du travail forc\u00e9 des populations birmanes et du soutien de la dictature en place, le pr\u00e9sident gabonais, Omar Bongo, s\u2019enrichit au d\u00e9triment de la population, les Pygm\u00e9es sont d\u00e9plac\u00e9s et pers\u00e9cut\u00e9s car ayant le malheur de se trouver sur la route d\u2019un ol\u00e9oduc entre le Tchad et le Cameroun&#8230;<\/p>\n<p>L\u2019automobile induit une violence aussi bien au niveau individuel qu\u2019au niveau collectif, au niveau local qu\u2019au niveau international. L\u2019\u00eatre humain n\u2019est s\u00fbrement pas assez \u00e9volu\u00e9 pour ma\u00eetriser un outil qui d\u00e9passe ses capacit\u00e9s \u00e0 se conduire en citoyen du monde. Puisque les armes sont interdites en France et que l\u2019on reproche souvent aux Nord-Am\u00e9ricains de ne pas faire de m\u00eame, pourquoi ne pas interdire les automobiles qui repr\u00e9sentent un danger au moins aussi grand et dont l\u2019utilisation nous \u00e9chappe tout autant.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">L\u2019automobile est irrationnelle<\/span><\/p>\n<p>Si nous analysions rationnellement le rapport entre avantages et inconv\u00e9nients li\u00e9s \u00e0 l\u2019utilisation de l\u2019automobile, nous abandonnerions imm\u00e9diatement ce mode de transport. Malheureusement, l\u2019utilit\u00e9 pr\u00eat\u00e9e \u00e0 l\u2019automobile est compl\u00e8tement d\u00e9connect\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9 et n\u2019est m\u00eame pas justifi\u00e9e par des raisons \u00e9conomiques. Il est d\u2019ailleurs paradoxal de voir des donn\u00e9es de rentabilit\u00e9 financi\u00e8re venir au secours des \u00e9cologistes qui militent contre la construction de certaines autoroutes (10).<\/p>\n<p>Dans Energie et Equit\u00e9, Ivan Illich calculait la vitesse r\u00e9elle d\u2019une automobile en incluant le temps pass\u00e9 \u00e0 travailler pour supporter le co\u00fbt de cette automobile. Avec vitesse = distance \/ temps, actualisons ce calcul au niveau de la France. La distance parcourue par an est de 14 000 km par v\u00e9hicule en France. Le temps pass\u00e9 doit inclure le temps pass\u00e9 dans la voiture plus le temps pass\u00e9 \u00e0 construire l\u2019automobile, entretenir les routes et les autoroutes, \u00e0 soigner les bless\u00e9s et enterrer les morts. Bref, la vitesse r\u00e9elle d\u2019une automobile doit \u00eatre calcul\u00e9 en divisant la distance parcourue par l\u2019ensemble des temps n\u00e9cessaires \u00e0 son fonctionnement et \u00e0 son utilisation.<\/p>\n<p>Retenons les faits suivants :<\/p>\n<ul>\n<li>Distance moyenne parcourue par v\u00e9hicule en France : 14 000 km<\/li>\n<li>Nombre de v\u00e9hicules particuliers en France : 26 800 000,<\/li>\n<li>Budget du secteur automobile : 150 milliards d\u2019euros (11),<\/li>\n<li>Co\u00fbt ins\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re : 27,8 milliards d\u2019euros (12),<\/li>\n<li>Salaire moyen : 19 938,00 euros par an et par actif.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cela signifie qu&rsquo;en moyenne chaque v\u00e9hicule co\u00fbte 6635 euros \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 (150 milliards + 27,8 milliards \/ 26,8 millions de v\u00e9hicules).<br \/>\nEn moyenne un actif travaille 1650 heures par an, ce qui signifie qu&rsquo;il gagne (19 938 \/ 1650) environ 12 euros de l&rsquo;heure.<br \/>\nPour payer ces 6635 euros, en moyenne chaque actif va donc travailler 553 heures.<br \/>\nS&rsquo;il roule \u00e0 une moyenne au compteur de 50 km\/h, il passe alors 280 heures dans sa voiture (14 000 \/ 50). Pour se d\u00e9placer, il met donc 280 heures de voiture et 553 heures de travail, soit 833 heures. Et sa vitesse r\u00e9elle est alors de (14 000 \/ 833) 16,8 km\/h.<br \/>\nS&rsquo;il essaie d&rsquo;aller plus vite, avec 100 km\/h (ce qui en fait un v\u00e9ritable chauffard !), il ne passe plus que 140 heures dans sa voiture mais travaille toujours 553 heures et donc il se d\u00e9place r\u00e9ellement \u00e0 20 km\/h (14 000 km\/140 + 553 heures).<br \/>\nM\u00eame en roulant \u00e0 une vitesse infinie, il ne se d\u00e9placerait r\u00e9ellement jamais \u00e0 plus de 25,3 km\/h (14 000 km\/553 heures).<\/p>\n<p>La vitesse des automobiles appara\u00eet soudainement comme extr\u00eamement relative. Il est int\u00e9ressant de remarque que la vitesse r\u00e9elle augmente beaucoup moins vite que la vitesse moyenne affich\u00e9e au compteur. Ainsi, une acc\u00e9l\u00e9ration de 50 \u00e0 100 km\/h ne permet de gagner que 3 km\/h r\u00e9els!<\/p>\n<p>L\u2019adage \u201cIl ne sert \u00e0 rien de rouler vite\u201d n\u2019aura jamais \u00e9t\u00e9 aussi vrai. A 50 km\/h de moyenne au compteur, la vitesse r\u00e9elle d\u2019une automobile est identique \u00e0 la vitesse instantan\u00e9e d\u2019un v\u00e9lo. De plus, ces co\u00fbts ne sont pas exhaustifs (prix du soutien des dictatures, de la guerre en Irak\u2026) et sont men\u00e9s \u00e0 augmenter irr\u00e9m\u00e9diablement avec l\u2019augmentation du prix du p\u00e9trole.<\/p>\n<p>L\u2019utilisation de l\u2019automobile est totalement irrationnelle car elle ne fait pas gagner plus de temps qu\u2019elle n\u2019en fait perdre, parce qu\u2019il faut une tonne pour transporter une personne en voiture contre 10 \u00e0 15 kg \u00e0 v\u00e9lo. L\u2019automobile permet de profiter du bon air de la campagne et de fuir l\u2019atmosph\u00e8re irrespirable des villes\u2026 caus\u00e9 par toutes ces automobiles qui se rendent \u00e0 la campagne pour fuir l\u2019atmosph\u00e8re caus\u00e9 par toutes ces automobiles qui se rendent \u00e0 la campagne, etc. etc.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">L\u2019automobile n\u2019est pas g\u00e9n\u00e9ralisable \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te<\/span><\/p>\n<p>Il y a actuellement sur Terre environ 600 millions d\u2019automobiles, soit une voiture pour 10 habitants. Malgr\u00e9 cela, la situation est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s pr\u00e9occupante, que ce soit pour les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re et l\u2019augmentation des temp\u00e9ratures li\u00e9e \u00e0 l\u2019effet de serre ou l\u2019\u00e9puisement des ressources p\u00e9troli\u00e8res. Etendre l\u2019utilisation de la voiture \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019humanit\u00e9 serait tout simplement impossible. En comptant 22 tonnes de p\u00e9trole par habitant de la Terre, et au rythme de consommation actuel d\u2019un Fran\u00e7ais moyen, cela se traduirait par un \u00e9puisement total des ressources p\u00e9troli\u00e8res dans moins de 13 ans (13), sans tenir compte des nombreuses autres utilisations du p\u00e9trole dont ont besoin l\u2019industrie p\u00e9trochimique, les engrais, la fabrication des m\u00e9dicaments\u2026 Le p\u00e9trole est une ressource qui ne nous appartient pas plus qu\u2019\u00e0 ceux qui viendront derri\u00e8re nous et que nous n\u2019avons pas le droit d\u2019hypoth\u00e9quer sur la vie des g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n<p>Les probl\u00e8mes \u00e9cologiques sont comme une \u00e9norme roue \u00e0 inertie que nous ferions tourner chaque jour un peu plus vite. Cette roue tourne d\u00e9j\u00e0 beaucoup trop vite et beaucoup des d\u00e9g\u00e2ts sont d\u00e9j\u00e0 irr\u00e9versibles. Alors que nous devrions, de mani\u00e8re urgente, nous demander de quelle mani\u00e8re ralentir cette roue, nous ne sommes m\u00eame pas capables de ralentir son acc\u00e9l\u00e9ration et continuons, au contraire, \u00e0 la faire tourner de plus en plus vite. Alors que les 10% d\u2019humains privil\u00e9gi\u00e9s qui utilisent les automobiles ont d\u00e9j\u00e0 \u00e0 eux seuls, d\u00e9pass\u00e9 les seuils critiques et mis en p\u00e9ril les \u00e9quilibres \u00e9cologiques, nous parlons de la Chine comme d\u2019un formidable march\u00e9 pour l\u2019industrie automobile et d\u2019une promesse de d\u00e9veloppement \u00e9conomique extraordinaire. Comment pouvons-nous tenir un raisonnement aussi aberrant, totalement d\u00e9nu\u00e9 de raison et de bon sens dans notre soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la preuve scientifique est reine, o\u00f9 le raisonnement rationnel est sens\u00e9 nous sauver de l\u2019obscurantisme ? Si nous acceptons de regarder la r\u00e9alit\u00e9 en face, si nous mettons de c\u00f4t\u00e9 un instant nos pulsions et nos r\u00eaves utopiques, nous nous apercevons que l\u2019automobile n\u2019est tout simplement pas compatible avec la vie humaine sur Terre, un point c\u2019est tout.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">L\u2019automobile est une id\u00e9ologie<\/span><\/p>\n<p>Si nous continuons \u00e0 rouler en automobile, malgr\u00e9 tous les probl\u00e8mes que cela pose, malgr\u00e9 la violence et l\u2019incoh\u00e9rence qui en d\u00e9coulent, c\u2019est parce que notre rapport \u00e0 l\u2019automobile est bien plus passionnel que rationnel. C\u2019est parce que l\u2019automobile est une id\u00e9ologie dominante v\u00e9hicul\u00e9e par la publicit\u00e9 et la majorit\u00e9 des m\u00e9dias.<\/p>\n<p>Nous commen\u00e7ons notre vie en jouant avec une voiture en plastique et un gros bonhomme rigolo pour la conduire. Nous poursuivons avec une voiture aux contours un peu plus pr\u00e9cis en avan\u00e7ant dans l\u2019enfance. Puis vient la voiture en mod\u00e8le r\u00e9duit qui reproduit le plus fid\u00e8lement possible celle qui se trouve dans le garage familial. Lass\u00e9 par ces jouets inertes, nous nous tournons alors vers un circuit de voitures \u00e9lectriques ou une voiture radio-command\u00e9e qui apporte enfin un semblant de sensation de vitesse et de puissance par procuration. Tout en jouant, nous r\u00eavons du plaisir que pourrait procurer la conduite d\u2019un tel bolide, \u201cpour de vrai\u201d. Les dimanches \u00e0 regarder la formule 1 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision sont des moments privil\u00e9gi\u00e9s o\u00f9 p\u00e8re et fils peuvent \u00e9changer sur une passion commune, sur le changement de pneus ou le nouveau moteur \u00e0 12 cylindres.<\/p>\n<p>Pendant toute notre enfance, nous sommes berc\u00e9s par cette id\u00e9ologie, nous glorifions le champion de formule 1 et le vainqueur du dernier rallye. L\u2019automobile est un \u00e9l\u00e9ment structurant de la vie et marque l\u2019\u00e9tape du passage \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte par l\u2019obtention du permis de conduire. A part pour les rares enfants dont l\u2019\u00e9ducation aura inclus une part plus ou moins grande de remise en cause, refuser l\u2019id\u00e9ologie dominante de l\u2019automobile revient \u00e0 rejeter une part importante de son \u00e9ducation, \u00e0 s\u2019opposer \u00e0 ses copains, \u00e0 s\u2019exclure de nombreuses discussions, voire s\u2019exclure totalement de certains groupes d\u2019amis.<\/p>\n<p>La t\u00e9l\u00e9vision, la publicit\u00e9, les copains, les coll\u00e8gues, les aides fiscales, tout est mis en \u0153uvre pour vous d\u00e9montrer que vous avez absolument besoin d\u2019une automobile et que le bonheur est impossible sans en poss\u00e9der une. Les publicitaires, qui se veulent incarner la modernit\u00e9 et le dynamisme utilisent des proc\u00e9d\u00e9s totalement r\u00e9trogrades et machistes pour arriver \u00e0 leurs fins. Ainsi, une banque a r\u00e9cemment diffus\u00e9 une publicit\u00e9 o\u00f9 l\u2019on voit deux jeunes \u00e9tudiants \u00e9pris d\u2019une magnifique jeune femme. Le premier roule dans une vieille guimbarde. Le deuxi\u00e8me se rend \u00e0 la banque pour emprunter de l\u2019argent et acqu\u00e9rir une auto d\u00e9capotable toute neuve. Qui des deux s\u00e9duira belle fille ? Le deuxi\u00e8me bien s\u00fbr. Pas besoin de chercher plus loin pour ces publicitaires qui s\u2019appuient sur l\u2019\u00e9quation \u201c Belle voiture = jolie fille \u201d maintes fois \u00e9prouv\u00e9e.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019ils font preuve d\u2019un tout petit plus de finesse, les publicitaires associent la voiture \u00e0 un m\u00e9lange de puissance, de domination (sexuelle et sociale) et de libert\u00e9. L\u2019automobile devient l\u2019objet qui permet de s\u2019affirmer dans le monde et de s\u2019affranchir des contraintes mat\u00e9rielles en s\u2019extrayant de la lenteur naturelle de notre condition d\u2019humain. Malheureusement, la pseudo-libert\u00e9 que permet l\u2019automobile se fait tr\u00e8s souvent aux d\u00e9pends de la libert\u00e9 commune de respirer un air propre, de vivre dans le calme, de rester en vie ou de vivre dans un Etat d\u00e9mocratique. Dans un bar, une affiche m\u2019a marqu\u00e9. On y voyait Jean Gabin, au volant d\u2019une d\u00e9capotable et la citation suivante : \u201c Vive la libert\u00e9, surtout la mienne \u201d. Cette version de la libert\u00e9 automobile, \u00e9go\u00efste, est le reflet de ce qui se cache derri\u00e8re les promesses de bonheur publicitaire.<\/p>\n<p>La n\u00e9cessit\u00e9 de conduire une voiture est impos\u00e9e de plus en plus t\u00f4t. Alors qu\u2019il y a de \u00e7a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es la facult\u00e9 \u00e9tait synonyme de v\u00e9lo, de v\u00e9lomoteur ou de transport en commun, les \u00e9tudiants poss\u00e9dant une automobile sont de plus en plus nombreux. Les parents se saignent aux quatre veines pour permettre \u00e0 leurs chers bambins de pouvoir se d\u00e9placer d\u00e9cemment. L\u2019id\u00e9e que les \u00e9tudiants roulent tous en voiture est tellement commun\u00e9ment admise que lorsqu\u2019elle a ouvert ses portes en 1996, l\u2019Universit\u00e9 de technologie de Troyes avait pr\u00e9vu des centaines d\u2019emplacement pour les voitures, mais avait tout simplement oubli\u00e9 que certains \u00e9tudiants roulaient encore \u00e0 v\u00e9lo. Ainsi, une trentaine d\u2019\u00e9tudiants cyclistes se sont retrouv\u00e9s sans endroit pr\u00e9vu pour stationner leur bicyclette l\u00e0 o\u00f9 le nombre de places de parking avait \u00e9t\u00e9 amplement dimensionn\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019automobile est impos\u00e9e par la vie sociale, mais aussi par la vie professionnelle. Pour certains m\u00e9tiers tels que le conseil ou le service aux entreprises, la possession d\u2019un permis de conduire est une condition sine qua non d\u2019embauche. Toute personne ne pouvant pas ou ne voulant pas conduire se verra irr\u00e9m\u00e9diablement \u00e9cart\u00e9e de ces postes. L\u2019hyper mobilit\u00e9 professionnelle peut s\u2019expliquer par une sp\u00e9cialisation forte des professions. Plus le nombre de sp\u00e9cialistes d\u2019un domaine donn\u00e9 est faible, plus leur champ d\u2019action doit \u00eatre important. Nous \u00e9voluons vers une organisation du travail o\u00f9 l\u2019utilisation de l\u2019automobile devient obligatoire dans de plus en plus de cas.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9ologie automobile s\u2019impose dans tous les aspects de nos vies, que ce soit \u00e0 travers nos loisirs ou l\u2019organisation \u00e9conomique de nos soci\u00e9t\u00e9s. Ce mode de fonctionnement nous appara\u00eet irr\u00e9futable et naturel. Pourtant, l\u2019id\u00e9ologie automobile est une id\u00e9ologie minoritaire puisque 90 % des habitants de notre petite plan\u00e8te n\u2019en poss\u00e8dent pas et que nous ne sommes que quelques privil\u00e9gi\u00e9s \u00e0 ne pas pouvoir nous en passer et penser que l\u2019organisation de la vie est impossible autrement.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Sortir de l\u2019automobile par la d\u00e9croissance.<\/span><\/p>\n<p>Face aux probl\u00e8mes cr\u00e9\u00e9s par l\u2019automobile, les chevaliers vaillants de la technique nous promettent tout un arsenal de solutions qui nous permettront de r\u00e9soudre, scientifiquement, chacun de ces maux sans avoir \u00e0 remettre en cause une seule seconde le mode de vie sur lequel l\u2019automobile est bas\u00e9e. La violence automobile sera r\u00e9duite gr\u00e2ce au d\u00e9veloppement du t\u00e9l\u00e9guidage, des syst\u00e8mes de r\u00e9gulations automatiques de conduite, de la g\u00e9n\u00e9ralisation des coussins gonflables de s\u00e9curit\u00e9, des freins plus puissants et plus efficaces, des ceintures \u00e0 pr\u00e9 tenseurs, de tous les \u00e9quipements de s\u00e9curit\u00e9 pour lesquels la recherche avance et contribue \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration g\u00e9n\u00e9rale de notre bien-\u00eatre. La pollution sera r\u00e9duite gr\u00e2ce \u00e0 la suppression des v\u00e9hicules v\u00e9tustes, \u00e0 l\u2019instauration de normes draconiennes sur les \u00e9manations gazeuses. Le probl\u00e8me de l\u2019\u00e9puisement des r\u00e9serves p\u00e9troli\u00e8res et gazeuses sera r\u00e9solu gr\u00e2ce au remplacement du moteur \u00e0 explosion par un moteur \u201c propre \u201d \u00e9lectrique ou \u00e0 l\u2019hydrog\u00e8ne. Remarquons au passage que la pollution sonore n\u2019est que rarement \u00e9voqu\u00e9e, la pollution visuelle encore moins et la pollution sociale pas du tout.<\/p>\n<p>Toutes ces solutions techniques sont totalement inefficaces pour plusieurs raisons. Le nombre de v\u00e9hicules augmente plus rapidement que les progr\u00e8s techniques mis en avant. Ceux-ci ne suffisent pas pour rendre l\u2019automobile mondialement soutenable et sont bien trop insuffisants pour faire en sorte que chaque femme ou chaque homme sur Terre soit en mesure de poss\u00e9der une automobile. M\u00eame en r\u00e9duisant de moiti\u00e9 les effets n\u00e9gatifs, la voiture continuera \u00e0 tuer, polluer, \u00e9puiser les ressources et rendre la vie impossible \u00e0 des millions d\u2019humains et ce, de mani\u00e8re beaucoup plus importante que ce qui est soutenable par la biosph\u00e8re et l\u2019avenir de la vie humaine. La voiture \u201cpropre\u201d n\u2019existe pas et ne pourra jamais exister. Il n\u2019y a \u00e0 ce jour aucune source d\u2019\u00e9nergie non polluante. L\u2019\u00e9lectricit\u00e9 est produite soit \u00e0 partir d\u2019\u00e9nergie fossile, soit \u00e0 partir d\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire. L\u2019\u00e9lectricit\u00e9 est d\u00e9pendante des r\u00e9serves en p\u00e9trole, gaz, charbon ou uranium. L\u2019\u00e9lectricit\u00e9 produit des gaz \u00e0 effet de serre ou des d\u00e9chets radioactifs. L\u2019hydrog\u00e8ne est produit soit \u00e0 partir d\u2019hydrocarbures, soit \u00e0 partir \u2026 d\u2019\u00e9nergie \u00e9lectrique.<\/p>\n<p>Certains scientifiques nous r\u00e9torquent que \u201cl\u2019on trouvera bien quelque chose\u201d, que \u201cl\u2019humain poss\u00e8de une capacit\u00e9 d\u2019\u00e9volution hors du commun\u201d et que \u201cles progr\u00e8s techniques permettront de trouver une source d\u2019\u00e9nergie totalement non polluante et infinie\u201d. Cela est tr\u00e8s beau, mais rel\u00e8ve plus de la croyance que d\u2019une v\u00e9ritable acuit\u00e9 scientifique \u00e0 analyser les donn\u00e9es de mani\u00e8re rationnelle.<\/p>\n<p>Les probl\u00e8mes que pose la g\u00e9n\u00e9ralisation des v\u00e9hicules individuels doivent \u00eatre r\u00e9solus de mani\u00e8re philosophique et politique. Nous devons accepter nos responsabilit\u00e9s d\u2019humains \u00e0 faire face \u00e0 notre destin et arr\u00eater de nous en remettre sans cesse \u00e0 la bonne f\u00e9e technique. Prenons l\u2019exemple de l\u2019utilisation de la bicyclette en ville. Pour promouvoir son utilisation, on peut s\u2019y prendre de deux mani\u00e8res.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re, la solution technique, consiste \u00e0 construire de nombreuses pistes cyclables sans remettre en cause la place r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019automobile. Cette solution aura pour f\u00e2cheuse tendance d\u2019habituer les automobilistes \u00e0 \u00eatre les seuls utilisateurs de la chauss\u00e9e, \u00e0 faire des cyclistes une esp\u00e8ce en voie de disparition prot\u00e9g\u00e9e pour laquelle un parc naturel (les pistes cyclables) doit permettre de sauvegarder les quelques sp\u00e9cimens survivants.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me, la solution politique, consiste \u00e0 r\u00e9duire de mani\u00e8re consid\u00e9rable l\u2019espace r\u00e9serv\u00e9 aux automobiles, \u00e0 supprimer les places de stationnement, \u00e0 faire en sorte que rouler en voiture soit insupportable et que l\u2019automobile soit consid\u00e9r\u00e9e comme une intruse dans l\u2019espace urbain. La chauss\u00e9e sera rendue aux cyclistes et aux transports en commun.<\/p>\n<p>De ces deux solutions la premi\u00e8re sera toujours choisie car, m\u00eame si elle ne r\u00e9sout pas grand chose, elle est ais\u00e9ment mise en place et donne l\u2019illusion d\u2019avoir contribu\u00e9 \u00e0 la bonne cause. La deuxi\u00e8me solution n\u2019est presque jamais mise en \u0153uvre car elle demande une bien trop grande remise en question de nos modes de vies, une r\u00e9forme profonde de mode de pens\u00e9es et une atteinte \u00e0 ce sacro-saint confort moderne auquel nous, occidentaux privil\u00e9gi\u00e9s, n\u2019accepterons jamais de renoncer. Trouver des solutions aux probl\u00e8mes caus\u00e9s par l\u2019automobile ne peut se traduire que par une baisse de notre consommation \u00e9nerg\u00e9tique et une diminution du nombre de kilom\u00e8tres parcouru dans ces bo\u00eetes de t\u00f4le \u00e0 moteur. Nous pr\u00e9f\u00e9rons donc continuer \u00e0 croire, ou faire semblant de croire, que la technique viendra \u00e0 notre secours sur son fier destrier et nous permettra de ne jamais, \u00f4 jamais avoir \u00e0 remettre en cause notre niveau de vie (14).<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">D\u00e9croissance des flux de transport<\/span><\/p>\n<p>Le nombre de camions roulant sur les routes europ\u00e9ennes augmente chaque ann\u00e9e. Pour faire face \u00e0 ce flux croissant, des solutions de ferroutage sont envisag\u00e9es. Encore une fois, c\u2019est une solution technique qui permettra de r\u00e9soudre le sympt\u00f4me (il y a trop de camions sur les routes) au lieu de se pencher sur la cause de probl\u00e8me (notre mode de vie impose que de plus en plus de camions roulent sur les routes). De m\u00eame, pour l\u2019automobile, nous devons nous attaquer \u00e0 la cause du probl\u00e8me, c\u2019est-\u00e0-dire au fait que de plus en plus de trajets en automobile soient n\u00e9cessaires pour vivre. Pourquoi les \u00e9tudiants ne peuvent-ils plus se passer de voiture ? Pourquoi certaines personnes effectuent-elles plus de 60 km pour se rendre \u00e0 leur travail ?<\/p>\n<p>Nous devons, bien s\u00fbr, remplacer d\u00e8s que nous le pouvons les trajets en voiture par d\u2019autres modes de transports respectueux de l\u2019environnement mais aussi en faire diminuer le nombre. Notre libert\u00e9 est essentielle, mais a des limites. Elle s\u2019arr\u00eate l\u00e0 o\u00f9 commence celle, pour chaque humain, d\u2019avoir une vie d\u00e9cente, que ce soit ici ou \u00e0 l\u2019autre bout de la plan\u00e8te, aujourd\u2019hui ou dans 15 000 ans. La marche \u00e0 pied et la bicyclette sont des moyens de transports conviviaux dont nous pouvons user et abuser sans autre limite que celle apport\u00e9e par notre force physique. Cependant, si chaque habitant de la Terre se mettait \u00e0 faire chaque jour un trajet Paris-Lyon en TGV, le bilan ne serait pas bien meilleur qu\u2019il ne l\u2019est avec l\u2019automobile aujourd\u2019hui puisque \u201cpour transporter une personne de Paris \u00e0 Lyon un TGV consomme 12,5 dep (kilo \u00e9quivalent p\u00e9trole), alors qu&rsquo;une voiture en consomme 30\u201d (15). Pour transporter une personne, un TGV utilise donc 41 % de l\u2019\u00e9nergie utilis\u00e9e par une voiture. Si nous mettons les camions sur les trains, si nous rempla\u00e7ons nos trajets en voiture par des trajets en TGV et que, dans un m\u00eame temps, nous augmentons la distance de notre trajet par 2,5, alors nous n\u2019aurons strictement rien gagn\u00e9.<\/p>\n<p>Pour sortir de l\u2019id\u00e9ologie automobile, nous devons nous inscrire dans la logique d\u2019une d\u00e9croissance de nos flux de transports de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale. Cela signifie une relocalisation de l\u2019\u00e9conomie et des \u00e9changes, une limitation de la taille des entreprises, le d\u00e9mant\u00e8lement des grandes surfaces au profit du commerce local. Prenons par exemple la structure de nos villes. Les quartiers se sp\u00e9cialisent : quartier r\u00e9sidentiel, quartier d\u2019affaires, centre commercial. La distance n\u00e9cessaire pour faire ses courses s\u2019allonge. Les entreprises s\u2019implantent dans les p\u00e9riph\u00e9ries lointaines, l\u00e0 o\u00f9 les terrains sont moins chers. Les magasins de mode se concentrent dans l\u2019hyper centre et les quartiers d\u00e9p\u00e9rissent. Le r\u00e9sultat ultime de cette \u00e9volution ressemble aux ville am\u00e9ricaines comme Los Angeles qui s\u2019\u00e9tend sur 200 km ou Detroit qui ne compte que 4,5 millions d\u2019habitants mais occupe plus de 10 000 km2.<\/p>\n<p>Les multinationales emploient des centaines des sp\u00e9cialistes sur un m\u00eame site. La relocalisation de l\u2019\u00e9conomie consiste \u00e0 r\u00e9duire la taille maximale des entreprises au profit de structures \u00e0 taille humaine qui respectent la r\u00e9partition des comp\u00e9tences. Les rendements industriels actuels se font soit au d\u00e9triment d\u2019autres peuples que nous r\u00e9duisons en esclavage (16), soit au d\u00e9triment des ressources \u00e9nerg\u00e9tiques dont la Terre dispose (le p\u00e9trole qui permet la m\u00e9canisation). Se tourner vers une industrie locale respectueuse de l\u2019environnement se traduirait par un moins grand besoin de flux de marchandises et d\u2019humains. Cela est possible en refusant d\u2019asservir la Terre et les peuples qui la composent et en acceptant de baisser le niveau de vie \u00e9conomique dont d\u00e9pend cet asservissement. De m\u00eame, l\u2019abandon de l\u2019agriculture intensive au profit de l\u2019agriculture locale, l\u2019abandon des engrais chimiques et le retour au travail manuel permettraient un moins grand diss\u00e9minement des habitants des campagnes et une moins grande d\u00e9pendance de ceux-ci par rapport aux flux routiers.<\/p>\n<p>Si la d\u00e9croissance du nombre de flux de transport est importante, la diminution de la vitesse de ceux-ci l\u2019est aussi. L\u2019argument le plus fr\u00e9quemment utilis\u00e9 pour justifier l\u2019utilisation d\u2019une voiture est la vitesse \u00e0 laquelle celle-ci permet de se rendre d\u2019un point \u00e0 l\u2019autre. Nous pouvons sortir de l\u2019automobile en refusant de s\u2019inscrire dans cette logique du toujours plus vite et en pr\u00e9f\u00e9rant des moyens de transports plus lents, mais \u00e9cologiquement soutenables telles que la bicyclette ou le train. Et lorsque nous serons dans notre tortillard \u00e0 lire un bon livre de Barjavel, nous aurons tout le loisir de nous rendre compte que tout le temps \u201cperdu\u201d \u00e0 lire dans ce train est en fait compens\u00e9 par celui qui n\u2019aura pas \u00e9t\u00e9 pass\u00e9 \u00e0 travailler pour se payer une voiture.D\u00e9croissance et sortie de l\u2019automobile sont deux d\u00e9marches li\u00e9es par leur but et leur mani\u00e8re de proc\u00e9der. Abandonner l\u2019automobile, r\u00e9duire le nombre et la vitesse des flux de transports sont n\u00e9cessaires \u00e0 une r\u00e9duction de la consommation \u00e9nerg\u00e9tique \u00e0 un niveau qui permette d\u2019atteindre l\u2019\u00e9quilibre entre \u00e9nergie consomm\u00e9e et \u00e9nergie renouvelable (17).<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Sortir de l\u2019automobile en red\u00e9finissant nos objectifs<\/span><\/p>\n<p>Sortir de l\u2019automobile, c\u2019est remettre en cause beaucoup plus que nos moyens de transports. C\u2019est remettre en cause nos modes de vies, la structure de notre soci\u00e9t\u00e9 et les objectifs que celle-ci s\u2019est pos\u00e9e. La croissance \u00e9conomique et la hausse constante de notre niveau de vie ne sont pas des objectifs. Les relations humaines, le bonheur, faire en sorte que tout le monde puisse manger \u00e0 sa faim en sont. A un niveau plus local, l\u2019objectif d\u2019avoir la plus grosse et la plus puissante voiture possible pourra alors \u00eatre remplac\u00e9 par l\u2019objectif de passer de bons moments en se d\u00e9pla\u00e7ant \u00e0 v\u00e9lo sur des routes d\u00e9barrass\u00e9es des automobiles.<\/p>\n<p>Si notre objectif est la d\u00e9croissance, la redistribution des ressources et la pr\u00e9servation de l\u2019environnement, le fait de gagner une course de Formule 1 ne sera plus glorifi\u00e9 tel que cela l\u2019est aujourd\u2019hui, les \u00e9tudiants en m\u00e9canique n\u2019auront plus l\u2019\u0153il qui brille lorsqu\u2019ils parlent du dernier moteur \u00e0 8 cylindres, le fait de poss\u00e9der une auto puissante et rapide ne sera plus un moyen de se faire admirer. L\u2019automobile para\u00eetra au contraire totalement ringarde, inutile et moche car allant totalement \u00e0 l\u2019encontre de la pr\u00e9servation de la vie humaine. Nos comportements d\u00e9coulent directement de la direction prise par la soci\u00e9t\u00e9. Si nous voulons une croissance infinie, si nous pla\u00e7ons l\u2019\u00e9conomie et la technique au-dessus des valeurs humaines, nous aurons un monde rempli de voitures, pollu\u00e9 et irrespectueux de l\u2019\u00eatre humain. Si, au contraire, nous pr\u00e9f\u00e9rons mettre en avant le respect de l\u2019homme et la nature qui l\u2019environne, nous abandonnerons ces horribles bo\u00eetes de t\u00f4le \u00e0 moteur qui nous polluent la vie, nous r\u00e9duirons notre niveau de vie \u00e9conomique et augmenterons notre niveau de vie relationnel, social et humain.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Sortir de l\u2019automobile par la non puissance<\/span><\/p>\n<p>Le red\u00e9finition de nos objectifs, individuels ou collectifs passe aussi par le refus de la puissance, c\u2019est-\u00e0-dire par le refus de la domination d\u2019\u00eatres humains sur d\u2019autres \u00eatres humains. Refuser de rouler en 4&#215;4 et d\u2019imposer sa domination sur la route, c\u2019est refuser d\u2019imposer la domination internationale n\u00e9cessaire au p\u00e9trole qui en remplit le r\u00e9servoir. En diabolisant les Am\u00e9ricains pour avoir d\u00e9clar\u00e9 la guerre contre Saddam Hussein, nous cherchons \u00e0 nous acheter une bonne conscience et \u00e0 oublier que nous, Europ\u00e9ens, nous inscrivons dans la m\u00eame d\u00e9marche que ce pays. A la puissance am\u00e9ricaine, nous opposons la puissance europ\u00e9enne, les int\u00e9r\u00eats communs entre la Russie, la France et l\u2019Allemagne. Malheureusement, le r\u00e9sultat est le m\u00eame que ce soit Exxon-Mobil\/Esso ou TotalElfFina qui exploite le p\u00e9trole irakien.<\/p>\n<p>Le refus de la puissance, c\u2019est le refus d\u2019imposer \u00e0 d\u2019autres ce qu\u2019ils n\u2019ont pas voulu. En imposant l\u2019automobile, on impose la guerre, mais l\u2019on impose aussi aux enfants de rester chez eux, la rue \u00e9tant devenue trop dangereuse pour eux pour jouer. On impose aux cyclistes de porter un masque au charbon actif, un casque et (peut-\u00eatre bient\u00f4t) des armures pour se prot\u00e9ger du danger. Cette \u00e9tape est peut-\u00eatre la plus difficile \u00e0 franchir car elle impose que nous ma\u00eetrisions notre animalit\u00e9 et notre soif de pouvoir au profit de notre humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Denis CHEYNET<br \/>\n<a title=\"http:\/\/denis.chey.net\/\" href=\"https:\/\/denis.chey.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/denis.chey.net\/<\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic;\">Ce texte de Denis Cheynet, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 2003, dans l&rsquo;ouvrage collectif \u00ab\u00a0Objectif D\u00e9croissance\u00a0\u00bb aux \u00e9ditions Parangon.<\/span><\/p>\n<p>(1) Casseurs de pub, dossier n\u00b01, novembre 1999, pages 56 et 57<br \/>\n(2) http:\/\/lil.univ-littoral.fr\/delep\/opale_ecologie\/site3\/en_ville_sans_ma_voiture.htm<br \/>\n(3) <a href=\"http:\/\/ww25.planetecologie.org\/?subid1=20210106-1711-076c-8c99-0f87d9a89001\">http:\/\/www.planetecologie.org<\/a><br \/>\n(4) <a href=\"https:\/\/www.marseille.fr\/\">http:\/\/www.mairie-marseille.fr\/vivre\/transpor\/chasse.htm<\/a><br \/>\n(5) Dominique Dron et Michel Cohen de Lara Pour une politique soutenable des transports<br \/>\n(6) S\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re. En fait, ce chiffre ne tient compte que des morts dans les trois jours qui suivent l&rsquo;accident. L&rsquo;OMS donne un chiffre plus \u00e9lev\u00e9 : environ 13 000 morts. La pollution de l&rsquo;air en ajoute encore 17 000 par an soit au total 30 000 morts par an, rien que pour la France.<br \/>\n(7) International Road Federation. 10 000 morts de plus chaque mois, rien qu&rsquo;en Chine.<br \/>\n(8) Jean-Pascal Assailly, Alternatives non violentes n\u00b0123, La voiture v\u00e9hicule de la violence, page 35.<br \/>\n(9) Marie-H\u00e9l\u00e8ne Aubert, Alternatives non violentes n\u00b0123, La voiture v\u00e9hicule de la violence, page 59.<br \/>\n(10) Abandon de l\u2019A45 entre Lyon et Saint-Etienne.<br \/>\n(11) Minist\u00e8re de l&rsquo;Equipement<br \/>\n(12) S\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re<br \/>\n(13) R\u00e9serves mondiales en 2001 = 143 milliards de tonnes selon British Petroleum. Consommation totale primaire fran\u00e7aise = 96,5 millions de tonnes en 2000 selon le minist\u00e8re de l\u2019industrie fran\u00e7aise.<br \/>\n(14) \u201c Notre niveau de vie n\u2019est pas n\u00e9gociable \u201d. George Bush Senior.<br \/>\n(15) Source : Centre de Culture Scientifique Technique et Industrielle de Grenoble.<br \/>\n(16) Cf. Naomi Klein, No Logo et Roger Moore, D\u00e9graissez-moi \u00e7a !<br \/>\n(17) Energie \u00e9olienne, \u00e9nergie solaire, et autres \u00e9nergies renouvelables d\u00e9pendant directement de l\u2019\u00e9nergie fournie par le flux solaire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si l&rsquo;on consid\u00e8re que notre bonheur, nos relations avec les autres, sont plus importants que l&rsquo;accumulation de biens pour stimuler la croissance \u00e9conomique, alors la remise en cause de l&rsquo;automobile <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2005\/02\/23\/automobile-et-dcroissance\/\">Lire la suite&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":160,"featured_media":36567,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[4,127,73,72,70],"tags":[1709,1848,107,333,115,67,158,204,58,61,490,33,384,94,178],"views":11323,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/135"}],"collection":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/160"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=135"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/135\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/36567"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=135"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=135"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=135"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}