{"id":1418,"date":"2009-03-17T11:04:32","date_gmt":"2009-03-17T10:04:32","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2009\/03\/17\/la-lente-agonie-de-general-motors\/"},"modified":"2019-02-15T09:22:08","modified_gmt":"2019-02-15T08:22:08","slug":"la-lente-agonie-de-general-motors","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2009\/03\/17\/la-lente-agonie-de-general-motors\/","title":{"rendered":"La lente agonie de General Motors"},"content":{"rendered":"<p>Dans la crise actuelle du capitalisme, rien n\u2019est plus symbolique que le naufrage des grandes firmes automobiles am\u00e9ricaines. Elles ont tout invent\u00e9\u00a0: le productivisme, la division du travail, la cha\u00eene de montage, la consommation de masse\u2026 Alors que la faillite guette General Motors (GM), c\u2019est toute l\u2019histoire industrielle du XXe\u00a0si\u00e8cle qui d\u00e9file\u2026 dans le r\u00e9troviseur. Et c\u2019est l\u2019h\u00e9g\u00e9monie \u00e9conomique des \u00c9tats-Unis qui vacille. Impensable, il y a peu de temps encore\u00a0! Et pourtant c\u2019est bien de \u00ab\u00a0faillite\u00a0\u00bb que s\u2019entretiennent cette semaine \u00e0 Detroit les dirigeants de GM, de Chrysler, les syndicalistes de la United Auto Workers, et les membres d\u2019un groupe de travail constitu\u00e9 par Barack Obama. <!--more--><\/p>\n<p>Il est loin, tr\u00e8s loin, le temps o\u00f9 l\u2019illustre Alfred P.\u00a0Sloan, patron pendant trente-trois ans du \u00ab\u00a0g\u00e9ant de Detroit\u00a0\u00bb, dictait sa politique au pr\u00e9sident Eisenhower, le sommant de liquider les tramways qui faisaient du tort \u00e0 ses automobiles ou \u00e0 ses autobus, et lui enjoignant d\u2019entreprendre une grande politique de construction autorouti\u00e8re\u00a0qui encouragerait l\u2019achat de ses Cadillac et autres Buick. Le bonhomme n\u2019\u00e9tait pas vraiment un \u00e9colo, mais qui l\u2019\u00e9tait en 1956\u00a0?<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, les h\u00e9ritiers d\u2019Alfred mangent dans la main d\u2019un jeune pr\u00e9sident am\u00e9ricain, et ils connaissent l\u2019humiliation, au pays du lib\u00e9ralisme triomphant, de tout attendre de l\u2019\u00c9tat. De l\u2019administration Bush, ils ont d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u une aide de 13,4\u00a0milliards de dollars. De son successeur, ils esp\u00e8rent une rallonge de 16\u00a0milliards, sans laquelle ils devront se r\u00e9signer \u00e0 se placer sous la protection du \u00ab\u00a0chapitre\u00a011\u00a0\u00bb de la loi am\u00e9ricaine sur les faillites. Ce qui, certes, ne signifie pas liquidation, mais peut y conduire. Car GM a perdu 31\u00a0milliards de dollars en 2008, et 86 depuis 2005. Et la chute n\u2019a pas le moins du monde \u00e9t\u00e9 enray\u00e9e puisque les ventes de la firme de Detroit ont encore baiss\u00e9 de 53\u00a0% au mois de f\u00e9vrier, alors que celles de son rival historique, Ford, n\u2019ont gu\u00e8re mieux r\u00e9sist\u00e9 (-\u00a048\u00a0%). On ne voit pas tr\u00e8s bien dans ces conditions quelle subvention pourrait leur \u00e9viter le grand plongeon. Le salut \u2013\u00a0tout provisoire\u00a0\u2013 est peut-\u00eatre dans la crainte d\u2019une gigantesque crise sociale. La fermeture de General Motors d\u00e9truirait quelque trois millions d\u2019emplois aux \u00c9tats-Unis, et pas seulement dans les entreprises directement concern\u00e9es, mais aussi parmi les innombrables fournisseurs et prestataires qui gravitent autour de cette industrie. Quelle que soit la solution retenue, les d\u00e9g\u00e2ts seront consid\u00e9rables. Pour \u00e9viter la faillite, GM va demander au gouvernement am\u00e9ricain de faire pression sur les salari\u00e9s afin d\u2019obtenir une baisse du \u00ab\u00a0co\u00fbt du travail\u00a0\u00bb. Ford, qui va moins mal, a ouvert la voie. Mais pour quelle issue\u00a0? On m\u2019objectera que GM et Ford en ont vu d\u2019autres. \u00c0\u00a0commencer par la grande crise de 1929. Mais l\u2019industrie \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque en pleine expansion, et la bagnole le symbole du \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb. Et puis il y eut la guerre. C\u2019est aussi en cela que la saga de GM s\u2019identifie parfaitement \u00e0 l\u2019histoire du capitalisme.<\/p>\n<p>\u00c0\u00a0partir de 1942, GM et Ford se sont refait une sant\u00e9 en produisant des chars et des v\u00e9hicules militaires. Et pas seulement\u00a0! GM a aussi fabriqu\u00e9 dans ses usines des millions de munitions de tout acabit. L\u2019industrie d\u2019armement, volant d\u2019entra\u00eenement de l\u2019\u00e9conomie, ce n\u2019est pas seulement dans les livres\u00a0! Nul ne jurerait qu\u2019une \u00ab\u00a0bonne guerre\u00a0\u00bb, cette fois encore, ne viendra pas en aide aux trusts automobiles am\u00e9ricains. Mais l\u2019\u00e9poque est tout autre. L\u2019automobile ne symbolise plus le \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb. De plus en plus, elle symbolise la catastrophe \u00e9cologique imminente. Une partie des d\u00e9boires des firmes am\u00e9ricaines provient de leur manque d\u2019anticipation sur cette r\u00e9volution culturelle que fut la prise de conscience \u00e9cologiste. Aveugl\u00e9s par leur puissance, les industriels am\u00e9ricains ont continu\u00e9 de produire des \u00ab\u00a0Belles Am\u00e9ricaines\u00a0\u00bb, comme on en voit dans les films de Robert Dh\u00e9ry, avant de passer aux 4X4 et autres pick-up, gros bouffeurs de p\u00e9trole et g\u00e9ants de la pollution. Bien entendu, la crise des subprimes ne les a pas \u00e9pargn\u00e9s. On s\u2019endette beaucoup aux \u00c9tats-Unis pour acheter ces grosses machines. Mais le vertigineux d\u00e9clin de l\u2019industrie automobile est bien ant\u00e9rieur. D\u00e8s 2005, GM a enregistr\u00e9 des pertes colossales. Ce sont les salari\u00e9s qui ont \u00e9videmment commenc\u00e9 par payer la note\u00a0: vingt-cinq mille suppressions d\u2019emplois en trois ans et une r\u00e9duction de la couverture sant\u00e9, qui, aux \u00c9tats-Unis, d\u00e9pend de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Victime d\u2019une crise classique de surcapacit\u00e9 et de surproduction, au sens o\u00f9 l\u2019entendait Marx, GM arrive au bout d\u2019une histoire entam\u00e9e voil\u00e0 tout juste un si\u00e8cle. Il faut revoir le chef-d\u2019\u0153uvre de Michael Moore <em>Roger et moi,<\/em> montrant la d\u00e9ch\u00e9ance de la ville de Flint (Michigan) apr\u00e8s la d\u00e9localisation d\u2019une usine de GM au Mexique, pour imaginer ce qui guette Detroit. Ce n\u2019est certes pas la fin du capitalisme \u2013\u00a0il faudrait pour cela une alternative et des partis pour la soutenir\u00a0\u2013, mais c\u2019est assur\u00e9ment la fin d\u2019une \u00e9poque du capitalisme, et l\u2019entr\u00e9e dans une nouvelle phase \u2013\u00a0douloureuse\u00a0\u2013 qui porte d\u00e9j\u00e0 en elle les signes d\u2019un changement beaucoup plus profond et plus global. Encore faudrait-il que la politique ne retarde pas et aide nos soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 tirer les vraies conclusions de cette crise. Elles ne r\u00e9sident s\u00fbrement pas dans le discours aussi pusillanime que sarkozyste de la \u00ab\u00a0r\u00e9forme du capitalisme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>PAR Denis Sieffert<br \/>\n<a title=\"http:\/\/www.politis.fr\/\" href=\"http:\/\/www.politis.fr\/\" target=\"_blank\">www.politis.fr<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la crise actuelle du capitalisme, rien n\u2019est plus symbolique que le naufrage des grandes firmes automobiles am\u00e9ricaines. 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