{"id":15061,"date":"2011-04-18T12:57:56","date_gmt":"2011-04-18T11:57:56","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=15061"},"modified":"2016-05-27T14:07:09","modified_gmt":"2016-05-27T13:07:09","slug":"theorie-de-la-derive","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2011\/04\/18\/theorie-de-la-derive\/","title":{"rendered":"Th\u00e9orie de la d\u00e9rive"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" title=\"naked-city\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/images\/naked-city.jpg\" alt=\"\" width=\"420\" height=\"200\" \/><\/p>\n<p>Entre les divers proc\u00e9d\u00e9s situationnistes, la d\u00e9rive se d\u00e9finit comme  une technique du passage h\u00e2tif \u00e0 travers des ambiances vari\u00e9es. Le  concept de d\u00e9rive est indissolublement li\u00e9 \u00e0 la reconnaissance d\u2019effets  de nature psychog\u00e9ographique, et \u00e0 l\u2019affirmation d\u2019un comportement  ludique-constructif, ce qui l\u2019oppose en tous points aux notions  classiques de voyage et de promenade. <!--more--><\/p>\n<p>Une ou plusieurs personnes se livrant \u00e0 la d\u00e9rive renoncent pour une  dur\u00e9e plus ou moins longue, aux raisons de se d\u00e9placer et d\u2019agir  qu\u2019elles se connaissent g\u00e9n\u00e9ralement, aux relations, aux travaux et aux  loisirs qui leur sont propres, pour se laisser aller aux sollicitations  du terrain et des rencontres qui y correspondent. La part de l\u2019al\u00e9atoire  est ici moins d\u00e9terminante qu\u2019on ne croit\u00a0: du point de vue de la  d\u00e9rive, il existe un relief psychog\u00e9ographique des villes, avec des  courants constants, des points fixes, et des tourbillons qui rendent  l\u2019acc\u00e8s ou la sortie de certaines zones fort malais\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais la d\u00e9rive, dans son unit\u00e9, comprend \u00e0 la fois ce laisser-aller  et sa contradiction n\u00e9cessaire\u00a0: la domination des variations  psychog\u00e9ographiques par la connaissance et le calcul de leurs  possibilit\u00e9s. Sous ce dernier aspect, les donn\u00e9es mises en \u00e9vidence par  l\u2019\u00e9cologie, et si born\u00e9 que soit \u00e0 priori l\u2019espace social dont cette  science se propose l\u2019\u00e9tude, ne laissent pas de soutenir utilement la  pens\u00e9e psychog\u00e9ographique.<\/p>\n<p>L\u2019analyse \u00e9cologique du caract\u00e8re absolu ou relatif des coupures du  tissu urbain, du r\u00f4le des microclimats, des unit\u00e9s \u00e9l\u00e9mentaires  enti\u00e8rement distinctes des quartiers administratifs, et surtout de  l\u2019action dominante de centres d\u2019attraction, doit \u00eatre utilis\u00e9e et  compl\u00e9t\u00e9e par la m\u00e9thode psychog\u00e9ographique. Le terrain passionnel  objectif o\u00f9 se meut la d\u00e9rive doit \u00eatre d\u00e9fini en m\u00eame temps selon son  propre d\u00e9terminisme et selon ses rapports avec la morphologie sociale.<\/p>\n<p>Chombart de Lauwe dans son \u00e9tude sur \u201c Paris et l\u2019agglom\u00e9ration  parisienne \u201d  (Biblioth\u00e8que de Sociologie Contemporaine, P.U.F. 1952)  note qu\u2019un \u201c quartier urbain n\u2019est pas d\u00e9termin\u00e9 seulement par les  facteurs g\u00e9ographiques et \u00e9conomiques mais par la repr\u00e9sentation que ses  habitants et ceux des autres quartiers en ont \u201d\u00a0; et pr\u00e9sente dans le  m\u00eame ouvrage &#8211; pour montrer \u201c l\u2019\u00e9troitesse du Paris r\u00e9el dans lequel vit  chaque individu&#8230; g\u00e9ographiquement un cadre dont le rayon est  extr\u00eamement petit \u201d &#8211; le trac\u00e9 de tous les parcours effectu\u00e9s en une  ann\u00e9e  par une  \u00e9tudiante  du XVIe  arrondissement\u00a0: ces parcours  dessinent un triangle de dimension r\u00e9duite, sans \u00e9chapp\u00e9es, dont les  trois sommets sont l\u2019Ecole des Sciences Politiques, le domicile de la  jeune fille et celui de son professeur de piano.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas douteux que de tels sch\u00e9mas, exemples d\u2019une po\u00e9sie  moderne susceptible d\u2019entra\u00eener de vives r\u00e9actions affectives &#8211; dans ce  cas l\u2019indignation qu\u2019il soit possible de vivre de la sorte\u00a0-, ou m\u00eame la  th\u00e9orie, avanc\u00e9e par Burgess \u00e0 propos de Chicago, de la r\u00e9partition des  activit\u00e9s sociales en zones concentriques d\u00e9finies, ne doivent servir  aux progr\u00e8s de la d\u00e9rive.<\/p>\n<p>Le hasard joue dans la d\u00e9rive un r\u00f4le d\u2019autant plus important que  l\u2019observation psychog\u00e9ographique est encore peu assur\u00e9e. Mais l\u2019action  du hasard est naturellement conservatrice et tend, dans un nouveau  cadre, \u00e0 tout ramener \u00e0 l\u2019alternance d\u2019un nombre limit\u00e9 de variantes, et  \u00e0 l\u2019habitude. Le progr\u00e8s n\u2019\u00e9tant jamais que la rupture d\u2019un des champs  o\u00f9 s\u2019exerce le hasard, par la cr\u00e9ation de nouvelles conditions plus  favorables \u00e0 nos desseins, on peut dire que les hasards de la d\u00e9rive  sont fonci\u00e8rement diff\u00e9rents de ceux de la promenade, mais que les  premi\u00e8res attirances psychog\u00e9ographiques d\u00e9couvertes risquent de fixer  le sujet ou le groupe d\u00e9rivant autour de nouveaux axes habituels, o\u00f9  tout les ram\u00e8ne constamment.<\/p>\n<p>Une insuffisante d\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du hasard, et de son emploi  id\u00e9ologique toujours r\u00e9actionnaire, condamnait \u00e0 un \u00e9chec morne la  c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9ambulation sans but tent\u00e9e en 1923 par quatre surr\u00e9alistes \u00e0  partir d\u2019une ville tir\u00e9e au sort\u00a0: l\u2019errance en rase campagne est  \u00e9videmment d\u00e9primante, et les interventions du hasard y sont plus  pauvres que jamais. Mais l\u2019irr\u00e9flexion est pouss\u00e9e bien plus loin dans \u201c  M\u00e9dium \u201d (mai 1954), par un certain Pierre Vendryes qui croit pouvoir  rapprocher de cette anecdote &#8211; parce que tout cela participerait d\u2019une  m\u00eame lib\u00e9ration antid\u00e9terministe &#8211; quelques exp\u00e9riences probabilistes,  par exemple sur la r\u00e9partition al\u00e9atoire de t\u00eatards de grenouille dans  un cristallisoir circulaire, dont il donne le fin mot en pr\u00e9cisant\u00a0: \u201c  il faut, bien entendu, qu\u2019une telle foule ne subisse de l\u2019ext\u00e9rieur  aucune influence directrice \u201d. Dans ces conditions, la palme revient  effectivement aux t\u00eatards qui ont cet avantage d\u2019\u00eatre \u201c aussi d\u00e9nu\u00e9s que  possible d\u2019intelligence, de sociabilit\u00e9 et de sexualit\u00e9 \u201d, et, par  cons\u00e9quent, \u201c vraiment ind\u00e9pendants les uns des autres \u201d.<\/p>\n<p>Aux antipodes de ces aberrations, le caract\u00e8re principalement urbain  de la d\u00e9rive, au contact des centres de possibilit\u00e9s et de  significations que sont les grandes villes transform\u00e9es par l\u2019industrie,  r\u00e9pondrait plut\u00f4t \u00e0 la phrase de Marx\u00a0: \u201c Les hommes ne peuvent rien  voir autour d\u2019eux qui ne soit leur visage, tout leur parle d\u2019eux-m\u00eames.  Leur paysage m\u00eame est anim\u00e9. \u201d<\/p>\n<p>On peut d\u00e9river seul, mais tout indique que la r\u00e9partition num\u00e9rique  la plus fructueuse consiste en plusieurs petits groupes de deux ou trois  personnes parvenues \u00e0 une m\u00eame prise de conscience, le recoupement des  impressions de ces diff\u00e9rents groupes devant permettre d\u2019aboutir \u00e0 des  conclusions objectives, Il est souhaitable que la composition de ces  groupes change d\u2019une d\u00e9rive \u00e0 l\u2019autre. Au-dessus de quatre ou cinq  participants, le caract\u00e8re propre \u00e0 la d\u00e9rive d\u00e9croit rapidement et en  tout cas il est impossible de d\u00e9passer la dizaine sans que la d\u00e9rive ne  se fragmente en plusieurs d\u00e9rives men\u00e9es simultan\u00e9ment. La pratique de  ce dernier mouvement est d\u2019ailleurs d\u2019un grand int\u00e9r\u00eat, mais les  difficult\u00e9s qu\u2019il entra\u00eene n\u2019ont pas permis jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent de  l\u2019organiser avec l\u2019ampleur d\u00e9sirable.<\/p>\n<p>La dur\u00e9e moyenne d\u2019une d\u00e9rive est la journ\u00e9e, consid\u00e9r\u00e9e comme  l\u2019intervalle de temps compris entre deux p\u00e9riodes de sommeil. Les points  de d\u00e9part et d\u2019arriv\u00e9e, dans le temps, par rapport \u00e0 la journ\u00e9e  solaire, sont indiff\u00e9rents, mais il faut noter cependant que les  derni\u00e8res heures de la nuit sont g\u00e9n\u00e9ralement impropres \u00e0 la d\u00e9rive.<\/p>\n<p>Cette dur\u00e9e moyenne de la d\u00e9rive n\u2019a qu\u2019une valeur statistique.  D\u2019abord, elle se pr\u00e9sente assez rarement dans toute sa puret\u00e9, les  int\u00e9ress\u00e9s \u00e9vitant difficilement, au d\u00e9but ou \u00e0 la fin de cette journ\u00e9e,  d\u2019en distraire une ou deux heures pour les employer \u00e0 des occupations  banales\u00a0; en fin de journ\u00e9e, la fatigue contribue beaucoup \u00e0 cet  abandon. Mais surtout la d\u00e9rive se d\u00e9roule souvent en quelques heures  d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment fix\u00e9es, ou m\u00eame fortuitement pendant d\u2019assez brefs  instants, ou au contraire pendant plusieurs jours sans interruption.  Malgr\u00e9 les arr\u00eats impos\u00e9s par la n\u00e9cessit\u00e9 de dormir, certaines d\u00e9rives  d\u2019une intensit\u00e9 suffisante se sont prolong\u00e9es trois ou quatre jours,  voire m\u00eame davantage. Il est vrai que dans le cas d\u2019une succession de  d\u00e9rives pendant une assez longue p\u00e9riode, il est presque impossible de  d\u00e9terminer avec quelque pr\u00e9cision le moment o\u00f9 l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit propre \u00e0  une d\u00e9rive donn\u00e9e fait place \u00e0 un autre. Une succession de d\u00e9rives a \u00e9t\u00e9  poursuivie sans interruption notable jusqu\u2019aux environ de deux mois, ce  qui ne va pas sans amener de nouvelles conditions objectives de  comportement qui entra\u00eenent la disparition de bon nombre des anciennes.<\/p>\n<p>L\u2019influence sur la d\u00e9rive des variations du climat, quoique r\u00e9elle,  n\u2019est d\u00e9terminante que dans le cas de pluies prolong\u00e9es qui  l\u2019interdisent presque absolument. Mais les orages ou les autres esp\u00e8ces  de pr\u00e9cipitations y sont plut\u00f4t propices.<\/p>\n<p>Le champ spatial de la d\u00e9rive est plus ou moins pr\u00e9cis ou vague selon  que cette activit\u00e9 vise plut\u00f4t \u00e0 l\u2019\u00e9tude d\u2019un terrain on \u00e0 des  r\u00e9sultats affectifs d\u00e9routants. Il ne faut pas n\u00e9gliger le fait que ces  deux aspects de la d\u00e9rive pr\u00e9sentent de multiples interf\u00e9rences et qu\u2019il  est impossible d\u2019en isoler un \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur. Mais enfin l\u2019usage des  taxis, par exemple, peut fournir une ligne de partage assez claire\u00a0: si  dans le cours d\u2019une d\u00e9rive on prend un taxi, soit pour une destination  pr\u00e9cise, soit pour se d\u00e9placer de vingt minutes vers l\u2019ouest, c\u2019est que  l\u2019on s\u2019attache surtout au d\u00e9paysement personnel. Si l\u2019on s\u2019en tient \u00e0  l\u2019exploration directe d\u2019un terrain, on met en avant la recherche d\u2019un  urbanisme psychog\u00e9ographique.<\/p>\n<p>Dans tous les cas le champ spatial est d\u2019abord fonction des bases de  d\u00e9part constitu\u00e9es, pour les sujets isol\u00e9s, par leurs domiciles, et pour  les groupes, par les points de r\u00e9union choisis. L\u2019\u00e9tendue maximum de ce  champ spatial ne d\u00e9passe pas l\u2019ensemble d\u2019une grande ville et de ses  banlieues. Son \u00e9tendue minimum peut \u00eatre born\u00e9e \u00e0 une petite unit\u00e9  d\u2019ambiance\u00a0: un seul quartier, ou m\u00eame un seul \u00eelot s\u2019il en vaut la  peine (\u00e0 l\u2019extr\u00eame limite la d\u00e9rive-statique d\u2019une journ\u00e9e sans sortir  de la gare Lazare).<\/p>\n<p>L\u2019exploration d\u2019un champ spatial fix\u00e9 suppose donc l\u2019\u00e9tablissement de  bases, et le calcul des directions de p\u00e9n\u00e9tration. C\u2019est ici  qu\u2019intervient l\u2019\u00e9tude des cartes, tant courantes qu\u2019\u00e9cologiques ou  psychog\u00e9ographiques, la rectification et l\u2019am\u00e9lioration de ces cartes.  Est-il besoin de dire que le go\u00fbt du quartier en lui-m\u00eame inconnu,  jamais parcouru, n\u2019intervient aucunement\u00a0? Outre son insignifiance, cet  aspect du<strong> <\/strong>probl\u00e8me est tout \u00e0 fait subjectif, et ne  subsiste pas longtemps. Ce crit\u00e8re n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 employ\u00e9, si ce n\u2019est,  occasionnellement quand il s\u2019agit de trouver les issues  psychog\u00e9ographiques d\u2019une zone en s\u2019\u00e9cartant syst\u00e9matiquement de tous  les points coutumiers. On peut alors s\u2019\u00e9garer dans des quartiers d\u00e9j\u00e0  fort parcourus.<\/p>\n<p>La part de l\u2019exploration au contraire est minime, par rapport \u00e0 celle  d\u2019un comportement d\u00e9routant, dans le \u201c rendez-vous possible \u201d. Le sujet  est pri\u00e9 de se rendre seul \u00e0 une heure qui est pr\u00e9cis\u00e9e dans un endroit  qu\u2019on lui fixe. Il est affranchi des p\u00e9nibles obligations du  rendez-vous ordinaire, puisqu\u2019il n\u2019a personne \u00e0 attendre. Cependant ce \u201c  rendez-vous possible \u201d l\u2019ayant men\u00e9 \u00e0 l\u2019improviste en un lieu qu\u2019il  peut conna\u00eetre ou ignorer, il en observe les alentours. On a pu en m\u00eame  temps donner au m\u00eame endroit un autre \u201c rendez-vous possible \u201d \u00e0  quelqu\u2019un dont il ne peut pr\u00e9voir l\u2019identit\u00e9. Il peut m\u00eame ne l\u2019avoir  jamais vu, ce qui incite \u00e0 lier conversation avec divers passants. Il  peut ne rencontrer personne, ou m\u00eame rencontrer par hasard celui qui a  fix\u00e9 le \u201c rendez-vous possible \u201d. De toute fa\u00e7on, et surtout si le lieu  et l\u2019heure ont \u00e9t\u00e9 bien choisis, l\u2019emploi du temps du sujet y prendra  une tournure impr\u00e9vue. Il peut m\u00eame demander par t\u00e9l\u00e9phone un autre \u201c  rendez-vous possible \u201d \u00e0 quelqu\u2019un qui ignore o\u00f9 le premier l\u2019a conduit.  On voit les ressources presque infinies de ce passe-temps.<\/p>\n<p>Ainsi, quelques plaisanteries d\u2019un go\u00fbt dit douteux, que j\u2019ai  toujours vivement appr\u00e9ci\u00e9es dans mon entourage, comme par exemple  s\u2019introduire nuitamment dans les \u00e9tages des maisons en d\u00e9molition,  parcourir sans arr\u00eat Paris en auto-stop pendant une gr\u00e8ve des  transports, sous le pr\u00e9texte d\u2019aggraver la confusion en se faisant  conduire n\u2019importe o\u00f9, errer dans ceux des souterrains des catacombes  qui sont interdits au public, rel\u00e8veraient d\u2019un sentiment plus g\u00e9n\u00e9ral  qui ne serait autre que le sentiment de la d\u00e9rive.<\/p>\n<p>Les enseignements de la d\u00e9rive permettent d\u2019\u00e9tablir les premiers  relev\u00e9s des articulations psychog\u00e9ographiques d\u2019une cit\u00e9 moderne.  Au-del\u00e0 de la reconnaissance d\u2019unit\u00e9s d\u2019ambiance, de leurs composantes  principales et de leur localisation spatiale, on per\u00e7oit leurs axes  principaux de passage, leurs sorties et leurs d\u00e9fenses. On en vient \u00e0  l\u2019hypoth\u00e8se centrale de l\u2019existence de plaques tournantes  psychog\u00e9ographiques. On mesure les distances qui s\u00e9parent effectivement  deux r\u00e9gions d\u2019une ville, et qui sont sans commune mesure avec ce qu\u2019une  vision approximative d\u2019un plan pouvait faire croire. On peut dresser, \u00e0  l\u2019aide des vieilles cartes, de vues photographiques a\u00e9riennes et de  d\u00e9rives exp\u00e9rimentales une cartographie influentielle qui manquait  jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, et dont l\u2019incertitude actuelle, in\u00e9vitable avant qu\u2019un  immense travail ne soit accompli, n\u2019est pas pire que celle des premiers  portulans, \u00e0 cette diff\u00e9rence pr\u00e8s qu\u2019il ne s\u2019agit plus de d\u00e9limiter  pr\u00e9cis\u00e9ment des continents durables, mais de changer l\u2019architecture et  l\u2019urbanisme.<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rentes unit\u00e9s d\u2019atmosph\u00e8re et d\u2019habitation, aujourd\u2019hui, ne  sont pas exactement tranch\u00e9es, mais entour\u00e9es de marges fronti\u00e8res plus  ou moins \u00e9tendues. Le changement le plus g\u00e9n\u00e9ral que la d\u00e9rive conduit \u00e0  proposer, c\u2019est la diminution constante de ces marges fronti\u00e8res,  jusqu\u2019\u00e0 leur suppression compl\u00e8te.<\/p>\n<p>Dans l\u2019architecture m\u00eame, le go\u00fbt de la d\u00e9rive porte \u00e0 pr\u00e9coniser  toutes sortes de nouvelles formes du labyrinthe, que les possibilit\u00e9s  modernes de construction favorisent. Ainsi, la presse signalait en mars  1955 la construction \u00e0 New-York d\u2019un immeuble o\u00f9 l\u2019on peut voir les  premiers signes d\u2019une occasion de d\u00e9rive \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un  appartement\u00a0:<\/p>\n<p>\u201c Les logements de la maison h\u00e9lico\u00efdale auront la forme d\u2019une  tranche de g\u00e2teau. Ils pourront \u00eatre agrandis ou diminu\u00e9s \u00e0 volont\u00e9 par  le d\u00e9placement de cloisons mobiles. La gradation par demi-\u00e9tage \u00e9vite de  limiter le nombre de pi\u00e8ces, le locataire pouvant demander \u00e0 utiliser  la tranche suivante en surplomb ou en contrebas. Ce syst\u00e8me permet de  transformer en six heures trois appartements de quatre pi\u00e8ces en un  appartement de douze pi\u00e8ces ou plus. \u201d<\/p>\n<p>Le sentiment de la d\u00e9rive se rattache naturellement \u00e0 une fa\u00e7on plus  g\u00e9n\u00e9rale de prendre la vie, qu\u2019il serait pourtant maladroit d\u2019en d\u00e9duire  m\u00e9caniquement. Je ne m\u2019\u00e9tendrai ni sur les pr\u00e9curseurs de la d\u00e9rive,  que l\u2019on peut reconna\u00eetre justement, ou d\u00e9tourner abusivement, dans la  litt\u00e9rature du pass\u00e9, ni sur les aspects passionnels particuliers que  cette activit\u00e9 entra\u00eene. Les difficult\u00e9s de la d\u00e9rive sont celles de la  libert\u00e9. Tout porte \u00e0 croire que l\u2019avenir pr\u00e9cipitera le changement  irr\u00e9versible du comportement et du d\u00e9cor de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle. Un  jour, on construira des villes pour d\u00e9river. On peut utiliser, avec des  retouches<strong> <\/strong>relativement l\u00e9g\u00e8res, certaines zones qui existent d\u00e9j\u00e0. On peut utiliser certaines personnes qui existent d\u00e9j\u00e0.<br \/>\n<strong><br \/>\nGuy-Ernest DEBORD<\/strong><\/p>\n<p>Source:<strong> <\/strong><a title=\"http:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=357\" href=\"http:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=357\" target=\"_blank\">http:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=357<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre les divers proc\u00e9d\u00e9s situationnistes, la d\u00e9rive se d\u00e9finit comme une technique du passage h\u00e2tif \u00e0 travers des ambiances vari\u00e9es. Le concept de d\u00e9rive est indissolublement li\u00e9 \u00e0 la reconnaissance <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2011\/04\/18\/theorie-de-la-derive\/\">Lire la suite&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":299,"featured_media":15062,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[127,72],"tags":[11,1137,198,830,287,1054,35,34],"views":6339,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15061"}],"collection":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/299"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15061"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15061\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15061"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15061"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15061"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}