{"id":15203,"date":"2011-09-23T09:27:30","date_gmt":"2011-09-23T08:27:30","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=15203"},"modified":"2016-05-27T09:50:25","modified_gmt":"2016-05-27T08:50:25","slug":"etre-attache-a-sa-voiture-une-experience-sociologique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2011\/09\/23\/etre-attache-a-sa-voiture-une-experience-sociologique\/","title":{"rendered":"\u00catre attach\u00e9 \u00e0 sa voiture : une exp\u00e9rience sociologique"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" title=\"bound-for-the-road\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/images\/bound-for-the-road.jpg\" alt=\"\" width=\"420\" height=\"200\" \/><\/p>\n<p>Il y a quelques temps de \u00e7a, j&rsquo;ai publi\u00e9 une th\u00e8se de sociologie sur l&rsquo;attachement \u00e0 l&rsquo;automobile. Le site de carfree fait partie des sources que j&rsquo;ai consult\u00e9 \u00e0 de nombreuses reprises et il m&rsquo;a parfois \u00e9t\u00e9 d&rsquo;un riche apport. N&rsquo;\u00e9tant jusqu&rsquo;ici pas contributeur du site, je pense que la moindre des choses que je puisse faire est de vous signaler ma contribution au sujet. L&rsquo;optique n&rsquo;est pas militante, mais acad\u00e9mique (c&rsquo;est une th\u00e8se). Cela dit, pour une th\u00e8se, dont la neutralit\u00e9 scientifique constitue un pr\u00e9-requis minimal, elle refl\u00e8te n\u00e9anmoins un engagement. Le premier chapitre d\u00e9bute d&rsquo;ailleurs par un coming-out sinc\u00e8re dans lequel j&rsquo;avoue mon hostilit\u00e9 de principe \u00e0 l&rsquo;automobile. <!--more--><\/p>\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;anomalie que constitue le d\u00e9sir de vivre sans voiture qui a \u00e9t\u00e9 le moteur de cette recherche, il fallait donc le pr\u00e9ciser. Toutefois, la volont\u00e9 de comprendre un monde orient\u00e9 vers l&rsquo;automobile m&rsquo;a conduit a \u00eatre fascin\u00e9 par cette derni\u00e8re. La motorisation est un ph\u00e9nom\u00e8ne passionnant et constitue une cl\u00e9 de lecture pour d\u00e9chiffrer de nombreux autres ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux.<\/p>\n<p>Autophiles et autophobes partagent un regard orient\u00e9 vers la voiture. Bien que radicalement oppos\u00e9s, ces vues construisent le monde commun. Le livre de Brian Ladd <em>Autophobia<\/em> montre \u00e0 merveille cet affrontement, ce d\u00e9bat entre partisans et opposants de l&rsquo;automobile. Les premiers ont remport\u00e9 de nombreuses et grandes victoires, mais pas la guerre&#8230; Le XXe si\u00e8cle fut leur triomphe, le XXIe semble beaucoup moins prometteur. Le succ\u00e8s de l&rsquo;automobile constitue son pire ennemi. La libert\u00e9 de mouvement n&rsquo;existe que si elle n&rsquo;est pas partag\u00e9e par tous. Une r\u00e9publique d&rsquo;automobilistes tous \u00e9galement motoris\u00e9s, c&rsquo;est le r\u00e8gne de la congestion. Je conseille d&rsquo;ailleurs la lecture de l&rsquo;excellent <em>\u00ab\u00a0Republic of drivers\u00a0\u00bb<\/em> de Cotten Seiler, dont je vous ferai un petit r\u00e9sum\u00e9 un jour si je trouve le temps.<\/p>\n<p>Bien que cela puisse para\u00eetre pr\u00e9tentieux (et d\u00e9plac\u00e9 : faire de l&rsquo;auto-promotion sur un site anti-voiture, quel mauvais go\u00fbt!), je vous propose de lire un extrait de ma th\u00e8se, la partie la moins scientifique et la plus personnelle, ma confession d&rsquo;ancien non-automobiliste (pp. 17-23).<\/p>\n<blockquote>\n<h3>Un ethnologue au pays des automobilistes ou le <em>coming out<\/em><em><strong>[1]<\/strong><\/em> d\u2019un ex-sans-permis<\/h3>\n<p>Lorsqu\u2019il nous est offert la chance de choisir le sujet sur lequel porte nos recherches, la moindre des choses semble d\u2019avoir l\u2019honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle d\u2019exposer l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des motifs de ce choix, qui ne peut pas \u00eatre totalement innocent. Les raisons qui conduisent un chercheur \u00e0 explorer tel domaine plut\u00f4t que tel autre constituent bien trop souvent une zone d\u2019ombre, en dehors du champ de l\u2019analyse. Pourtant, une telle exposition de la subjectivit\u00e9 qui anime l\u2019observateur est certainement le meilleur moyen d\u2019outiller le lecteur \u00e0 la vigilance et \u00e0 la critique, et partant d\u2019imposer \u00e0 l\u2019auteur un imp\u00e9ratif de neutralit\u00e9 axiologique et donc paradoxalement de l\u2019inciter \u00e0 tendre vers l\u2019objectivit\u00e9 durkheimienne[2]. Les motivations du chercheur et le v\u00e9cu de ce dernier peuvent d\u2019ailleurs \u00eatre un compl\u00e9ment tr\u00e8s utile \u00e0 la compr\u00e9hension des questions qu\u2019il pose et auxquelles il tente d\u2019apporter des r\u00e9ponses.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi ce paragraphe se propose d\u2019exposer une d\u00e9marche r\u00e9flexive sur soi\u00a0: une auto-socio-analyse. Cette br\u00e8ve autobiographie n\u2019a pas vocation \u00e0 flatter l\u2019apprenti sociologue, mais bien plus \u00e0 \u00e9clairer le lecteur sur celui qui tient la lampe et la pointe sur d\u2019autres dans le reste de cet ouvrage.<\/p>\n<p>Choisir d\u2019\u00e9tudier les changements de comportement qui \u00e9mergent dans le champ des transports et de la mobilit\u00e9 des personnes peut s\u2019expliquer de mani\u00e8re tr\u00e8s cart\u00e9sienne par la demande sociale et politique de pr\u00e9parer la transition \u00e9nerg\u00e9tique qui r\u00e9sulte de l\u2019appauvrissement des ressources fossiles mais aussi du changement climatique, qui en est une cons\u00e9quence. En effet, l\u2019\u00e8re du p\u00e9trole rare et cher qui s\u2019ouvre devant nous suscite des pr\u00e9occupations et interrogations qui suffisent \u00e0 justifier des travaux sociologiques sur les \u00e9volutions multiples en gestation dans le corps social. De nombreuses personnes agissent, militent, innovent et leurs propositions constituent un gisement dans lequel les d\u00e9cideurs et les entrepreneurs doivent pouvoir puiser pour faire na\u00eetre une soci\u00e9t\u00e9 plus adapt\u00e9e au monde de demain. Il est donc tout \u00e0 fait logique que les universitaires se saisissent de ces questions et qu\u2019ils collectent des informations \u00e0 leur sujet pour les analyser et les commenter afin de nourrir les d\u00e9bats. Mais d\u2019autres raisons, plus personnelles, peuvent aussi motiver de tels travaux, ce qui est le cas ici et il serait malhonn\u00eate de le taire.<\/p>\n<p>Pendant des ann\u00e9es, l\u2019auteur de ces lignes a \u00e9t\u00e9 r\u00e9fractaire \u00e0 l\u2019automobilisme. Il refusait d\u2019apprendre \u00e0 conduire et restait insensible aux efforts que mobilisaient les constructeurs et les publicitaires pour susciter en lui le d\u00e9sir de poss\u00e9der et conduire un de leurs v\u00e9hicules. Il \u00e9tait ce qu\u2019on peut appeler un \u00ab\u00a0Nocar\u00a0\u00bb[3], un non-automobiliste par choix. Cette posture marginale lui \u00e9tait parfois reproch\u00e9e par ses proches, mais elle passait inaper\u00e7ue aux yeux de la plupart de ses coll\u00e8gues ou de ses connaissances professionnelles.<\/p>\n<p>L\u2019ennui s\u2019emparait de lui lorsque les discussions s\u2019orientaient en direction du plaisir suscit\u00e9 par la belle m\u00e9canique, mais le fait qu\u2019il ne poss\u00e8de pas le papier rose certifiant la comp\u00e9tence de conduire n\u2019\u00e9tait jamais questionn\u00e9. Bien que son CV ne le mentionne pas, il semblait aller de soi qu\u2019un jeune homme de plus de 25 ans, dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019universit\u00e9 et ne semblant affect\u00e9 par aucun handicap grave, poss\u00e8de le permis de conduire.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, personne ne l\u2019avait jamais vu au volant d\u2019une voiture, mais comme il \u00e9tait un <em>commuter<\/em> lointain, faisant chaque jour la navette en train, cela ne choquait personne. Dans ce contexte, sa non-automobilit\u00e9 pouvait rester secr\u00e8te. \u00c9videmment, du fait de son sujet de recherche, ses coll\u00e8gues se doutaient qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas du genre \u00e0 investir la moiti\u00e9 de son salaire dans le remboursement d\u2019un pr\u00eat pour une BMW ou \u00e0 suivre chaque week-end les grands prix de formule 1 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Mais il semblait \u00eatre une personne mod\u00e9r\u00e9e, pas du genre anti-automobile radical. Il est vrai qu\u2019il avait mis de l\u2019eau dans son vin et qu\u2019il ne se lan\u00e7ait pas dans des propos acerbes critiquant radicalement l\u2019automobile, mais cela n\u2019avait pas toujours \u00e9t\u00e9 le cas. Une preuve de cette apparence trompeuse r\u00e9side dans le fait que personne ne lui posa la question de savoir s\u2019il avait le permis. Il mentit donc par omission et le confesse bien volontiers. Il s\u2019\u00e9tait promis que si on lui posait la question, il avouerait. Mais il n\u2019eut pas \u00e0 le faire puisqu\u2019il obt\u00eent son permis avant cela et en prenant tout son temps (2 ans et demi).<\/p>\n<p>Quand il se lan\u00e7a dans son travail de th\u00e8se, une inspiration militante l\u2019y poussait, mais aussi une vaste incompr\u00e9hension de ses contemporains et une volont\u00e9 de faire le premier pas.<\/p>\n<p>Comme toute personne normalement constitu\u00e9e, il voulait changer le monde et pour lui, temp\u00e9rer l\u2019automobilisation du monde constituait une voie sympathique et opportune (d\u2019actualit\u00e9). Il ne comprenait pas l\u2019imp\u00e9ratif de conduire qui pesait sur ses \u00e9paules et pourquoi l\u2019homme moyen acceptait d\u2019endosser cette charge sans rechigner, voire avec joie et all\u00e9gresse. Pourquoi cette fascination de l\u2019automobile et son omnipr\u00e9sence n\u2019\u00e9taient-elles pas questionn\u00e9es davantage? \u00ab\u00a0Pourquoi sont-ils tous autant attach\u00e9s \u00e0 leur bagnole\u00a0?\u00a0\u00bb Pourquoi refuser d\u2019apprendre \u00e0 conduire s\u2019interpr\u00e9tait-il comme un comportement d\u00e9viant, bien plus que comme l\u2019expression d\u2019un civisme aigu\u00a0?<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but de sa th\u00e8se, il d\u00e9cida qu\u2019il devait apprendre \u00e0 conduire et passer son permis \u00ab\u00a0pour la science\u00a0\u00bb, car on ne peut pas s\u00e9rieusement parler de ce qu\u2019on ne conna\u00eet pas. Jusqu\u2019ici il s\u2019y \u00e9tait refus\u00e9 parce qu\u2019il y voyait le moyen d\u2019\u00e9tablir radicalement une limite. Comme avec les drogues, \u00ab\u00a0il est plus simple de ne jamais essayer que d\u2019arr\u00eater\u00a0\u00bb pensait-il. Une fois qu\u2019on a appris, il faut pratiquer pour ne pas perdre la main, donc il faut disposer d\u2019un v\u00e9hicule et apr\u00e8s\u2026<\/p>\n<p>Chaque le\u00e7on prise \u00e0 l\u2019auto-\u00e9cole \u00e9tait pour lui, une heure d\u2019observation-participante payante. En effet, il \u00e9tait dans la m\u00eame position qu\u2019un ethnologue qui d\u00e9couvre des gestes nouveaux. En r\u00e9alit\u00e9, il ne d\u00e9couvrait pas une culture qu\u2019il n\u2019aurait jamais imagin\u00e9e auparavant\u00a0: car il \u00e9tait n\u00e9 au sein de cette culture. Comme la plupart des gar\u00e7ons, il avait poss\u00e9d\u00e9 des petites voitures avec lesquelles il jouait en criant \u00ab\u00a0vroum, vroum\u00a0\u00bb, adolescent il pratiquait la course automobile dans des jeux vid\u00e9os, il se souvenait m\u00eame avoir appr\u00e9ci\u00e9 regarder des \u00e9missions de t\u00e9l\u00e9vision telles que <em>Turbo<\/em> ou encore <em>Auto-Moto<\/em>. Ses parents l\u2019avaient conduit \u00e0 droite et \u00e0 gauche, il \u00e9tait m\u00eame parti en vacances gr\u00e2ce au v\u00e9hicule familial.<\/p>\n<p>Seulement \u00e0 l\u2019adolescence tardive, fra\u00eechement majeur, au moment o\u00f9 il aurait d\u00fb, comme ses fr\u00e8re et s\u0153urs et amis, passer le permis\u00a0: cet ingrat avait d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 que l\u2019automobile causait plus de nuisances qu\u2019elle ne pourrait lui apporter de bienfaits, que son co\u00fbt exc\u00e9dait sa valeur et qu\u2019il \u00e9tait pr\u00e9f\u00e9rable de s\u2019en passer.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, personne ne le lui reprocha explicitement. C\u2019\u00e9tait un peu excentrique, mais pas v\u00e9ritablement faux et puis \u00e7a lui passerait pensait-on. Les ann\u00e9es passant, il \u00e9tait devenu autonome et n\u2019avait aucun probl\u00e8me pour se d\u00e9placer\u00a0: il avait un v\u00e9lo, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on lui le vole. Il prit alors les transports en commun. Le hasard faisant bien les choses, on lui avait vol\u00e9 son v\u00e9lo l\u2019ann\u00e9e de l\u2019ouverture du m\u00e9tro rennais et il habitait \u00e0 moins de cent m\u00e8tres d\u2019une station, de plus en tant qu\u2019\u00e9tudiant pauvre, il b\u00e9n\u00e9ficiait d\u2019un abonnement gratuit. Il travaillait \u00e0 Redon en tant que surveillant dans un lyc\u00e9e situ\u00e9 \u00e0 500 m\u00e8tre d\u2019une gare. Quand il retournait voir ses parents \u00e0 Lorient\u00a0: il avait le choix entre le stop, le covoiturage avec des amis ou le train. Ce n\u2019est que pour les soir\u00e9es en dehors de la ville qu\u2019il avait besoin de la voiture de ses amis et ceux-ci commen\u00e7aient \u00e0 r\u00e2ler de l\u2019univocit\u00e9 de l\u2019\u00e9change, mais \u00e7a restait tr\u00e8s occasionnel.<\/p>\n<p>Quand il rencontra sa compagne, celle-ci comprenait parfaitement sa position et trouvait cela original ou dr\u00f4le. Elle n\u2019aimait pas trop conduire et ne poss\u00e9dait pas de voiture. Mais quelques ann\u00e9es plus tard, sa formation l\u2019obligea \u00e0 d\u00e9m\u00e9nager dans un secteur beaucoup moins bien desservi des C\u00f4tes d\u2019Armor et ses parents lui fournirent alors leur ancien v\u00e9hicule. D\u00e8s lors les choses chang\u00e8rent\u2026<\/p>\n<p>Quand ses amis le conduisaient, c\u2019\u00e9tait une fois l\u2019un, une fois l\u2019autre. Mais avec elle, la situation se r\u00e9p\u00e9ta assez souvent pour qu\u2019elle en ait marre, au point que chaque long trajet finisse par devenir pr\u00e9texte \u00e0 la discorde\u00a0: \u00ab\u00a0Quand est-ce que tu vas passer ton permis\u00a0?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ces querelles internes au couple pouvaient aussi se traduire, avec un ton plus cordial, en prise \u00e0 partie collective en pr\u00e9sence d\u2019amis ou de la famille\u00a0: \u00ab il faut le convaincre de passer son permis\u00a0!\u00a0\u00bb. Ce front des automobilistes marginalisait toujours un peu plus notre ami. Ce dernier \u00e9tait accul\u00e9. Parfois il avait la chance de se retrouver en pr\u00e9sence d\u2019un cong\u00e9n\u00e8re partageant avec lui cette position jusqu\u2019au-boutiste, il se sentait alors moins seul un instant, mais cela ne durait pas. De temps en temps, l\u2019un d\u2019eux retournait sa veste parce qu\u2019il allait devenir papa ou par int\u00e9r\u00eat bien compris (fin de la carte 12-25[4]). D\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, les effectifs avaient fondu comme neige au soleil et il ne restait plus que celles et ceux qui avaient \u00e9chou\u00e9 cinq fois \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du permis ou ceux dont le conjoint acceptait d\u2019\u00eatre le chauffeur permanent.<\/p>\n<p>Finalement ce qui lui \u00e9tait reproch\u00e9 \u00e9tait simple\u00a0: non-r\u00e9ciprocit\u00e9 de l\u2019\u00e9change, absence de prise en charge d\u2019autrui, donc prise en charge par autrui. Autrement dit, il n\u2019\u00e9tait pas un adulte accompli, comp\u00e9tent et autonome. Cette tare aurait \u00e9t\u00e9 excus\u00e9e si elle s\u2019expliquait par une incapacit\u00e9 physique, mentale ou p\u00e9cuniaire, mais ce n\u2019\u00e9tait pas le cas. Les justifications restantes \u00e9taient peu nombreuses et non-excusables\u00a0: soit il \u00e9tait \u00e9go\u00efste, soit il \u00e9tait un de ses extr\u00e9mistes qu\u2019on qualifie parfois d\u2019Ayatollah ou de Khmer vert.<\/p>\n<p>A court d\u2019arguments et bien que t\u00eatu comme un Breton, il finit par c\u00e9der. Il pouvait apprendre \u00e0 conduire, savoir conduire et m\u00eame conduire sans pour autant cautionner, soutenir ou promouvoir ce mode de locomotion. Devenir conducteur ne ferait pas de lui un d\u00e9fenseur ou un chantre de l\u2019automobile. Il pouvait \u00eatre mod\u00e9r\u00e9 et accepter le monde tel qu\u2019il est. Un mois avant son vingt-septi\u00e8me anniversaire il obt\u00eent, enfin, son permis B. Ce qui le fera conduire avec un A rouge jusqu\u2019\u00e0 la veille de ses trente ans[5].<\/p>\n<p>Ne pas l\u2019avoir pass\u00e9 plus t\u00f4t lui a permis d\u2019\u00e9prouver les difficult\u00e9s que peuvent conna\u00eetre les personnes qui n\u2019ont pas acc\u00e8s \u00e0 l\u2019automobile. Par exemple pour se rendre \u00e0 Silfiac dans la campagne morbihannaise \u00e0 un colloque (sur la mobilit\u00e9 durable) : il a d\u00fb prendre un train jusqu\u2019\u00e0 Rennes (comme chaque jour) puis un car r\u00e9gional jusqu\u2019\u00e0 Pontivy, puis un autre d\u00e9partemental cette fois jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arr\u00eat Bob\u00e8ze d\u2019o\u00f9 il a fait du stop (la premi\u00e8re voiture s\u2019est arr\u00eat\u00e9e) jusqu\u2019au bourg de Silfiac, d\u2019o\u00f9 il a ensuite parcouru les deux kilom\u00e8tres restants \u00e0 pied (heureusement il faisait beau). Six heures de transport pour parcourir 200 kilom\u00e8tres[6], et sans compter qu\u2019il \u00e9tait en avance, puisqu\u2019il avait d\u00fb pr\u00e9voir de larges marges de s\u00e9curit\u00e9. Pour le retour, il s\u2019est adress\u00e9 \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e pour trouver un covoitureur jusqu\u2019\u00e0 Rennes.<\/p>\n<p>Ne pas passer le permis plus t\u00f4t, lui a aussi rendu perceptible la pression sociale, qui, plus forte que le manque ou l\u2019incapacit\u00e9 r\u00e9sultante de la non-motorisation, fait comprendre \u00e0 celui qui n\u2019a pas le permis qu\u2019il est inapte ou au moins incomplet, si ce n\u2019est incomp\u00e9tent. Il lui manque quelque chose et cette incompl\u00e9tude est sujette soit \u00e0 la moquerie, soit \u00e0 la piti\u00e9.<\/p>\n<p>Quand \u00e0 18 ans, le jeune majeur d\u00e9sire plus que tout obtenir son permis de conduire, il ne per\u00e7oit pas, ou tr\u00e8s peu, l\u2019importance de l\u2019attente de l\u2019entourage sous-jacente \u00e0 cet acte anodin. \u00c0 18 ans, dans l\u2019ordre des choses, le jeune adulte <em>doit<\/em> passer le bac et il <em>veut<\/em> passer le permis. Le premier est une formalit\u00e9 administrative. L\u2019adolescent sent bien que c\u2019est un imp\u00e9ratif, car hormis lui donner le droit de poursuivre ses \u00e9tudes, cela ne lui apporte rien concr\u00e8tement, aucune comp\u00e9tence, aucun service au quotidien (\u00e0 moins de consid\u00e9rer le bac comme un outil permettant d\u2019emm\u00e9nager dans son propre logement), pas m\u00eame un emploi. En revanche le permis de conduire est une opportunit\u00e9. Il offre la possibilit\u00e9 de se d\u00e9placer loin et vite, au chaud et au sec, d\u2019aller en bo\u00eete de nuit, de raccompagner ses amis, d\u2019aller les chercher, de partir camper en vacances\u2026 Le gain est clairement visible et il suscite de l\u2019attrait. En choisissant de faire quelque chose, on ne per\u00e7oit pas sa n\u00e9cessit\u00e9, c\u2019est lorsqu\u2019on s\u2019y refuse qu\u2019on r\u00e9alise combien on y est finalement contraint.<\/p>\n<p>Il est d\u2019ailleurs saisissant de remarquer que lors de l\u2019entretien pr\u00e9alable \u00e0 l\u2019inscription dans une auto-\u00e9cole, lors duquel le candidat est jaug\u00e9 pour lui diagnostiquer un nombre d\u2019heures d\u2019apprentissage, la seule question qui porte sur ses motivations \u00e0 passer le permis se r\u00e9sume \u00e0 un choix entre a) \u00ab\u00a0<em>L\u2019apprentissage est une n\u00e9cessit\u00e9<\/em> \u00bb ou b) \u00ab\u00a0<em>R\u00e9el d\u00e9sir d\u2019apprendre \u00e0 conduire <\/em>\u00bb[7]. R\u00e9pondre a) (ce qui f\u00fbt notre cas bien entendu) signifie ne pas \u00eatre motiv\u00e9, donc qu\u2019il faudra plus d\u2019heures\u00a0!<\/p>\n<p>De cette exp\u00e9rience tr\u00e8s personnelle, mais indubitablement partag\u00e9e avec un fragment de la population, nous pouvons tirer deux remarques importantes. Premi\u00e8rement, si vivre sans voiture est difficile, \u00e9viter de se rendre dans une auto-\u00e9cole l\u2019est encore plus. Elle constitue un point de passage oblig\u00e9 de l\u2019existence comme le service militaire l\u2019\u00e9tait pour les hommes jusqu\u2019\u00e0 peu. Le permis n\u2019est pas qu\u2019une comp\u00e9tence qui qualifie une personne et l\u2019autorise \u00e0 circuler en voiture, c\u2019est une institution qui tient et fait tenir la communaut\u00e9. Le code de la route en est la morale. Cette institution est bien mieux implant\u00e9e que l\u2019inscription sur les listes \u00e9lectorales. Le droit de conduire est mieux d\u00e9fendu et plus utilis\u00e9 que le droit de vote. Ne pas recourir \u00e0 ce droit, c\u2019est faillir \u00e0 ses devoirs \u00e9l\u00e9mentaires. Deuxi\u00e8mement, si l\u2019existence ind\u00e9niable d\u2019un discours ambiant que nous pouvons qualifier d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0autophobie collective\u00a0\u00bb, qui condamne vigoureusement l\u2019abus d\u2019automobile et r\u00eave d\u2019un avenir radieux o\u00f9 le parc de v\u00e9hicule serait r\u00e9duit <em>a minima<\/em>, il ne faut pas perdre de vue que dans la vie quotidienne une personne mettant en pratique ce discours sera marginalis\u00e9e et pouss\u00e9e \u00e0 rentrer dans le rang. Comme l\u2019\u00e9crit Eric Le Breton\u00a0: \u00ab\u00a0<em>la voiture est une norme sociale fondamentale. Ne pas en avoir, c\u2019est s\u2019inscrire d\u2019embl\u00e9e dans la marginalit\u00e9. <\/em>(\u2026) <em>La voiture prend son sens premier dans le registre des attributs de la normalit\u00e9 sociale. Ensuite, et ensuite seulement, elle prend du sens dans un registre pratique, utilitaire d\u2019un objet permettant de se d\u00e9placer et d\u2019accomplir diverses t\u00e2ches.<\/em><strong> \u00bb<\/strong>[8]<strong>.<\/strong> Jean Baudrillard bien avant lui avait not\u00e9 que \u00ab\u00a0<em>Le d\u00e9placement est une n\u00e9cessit\u00e9, et la vitesse est un plaisir. La possession d\u2019une automobile est bien plus encore\u00a0: une esp\u00e8ce de brevet de citoyennet\u00e9, le permis de conduire est la lettre de cr\u00e9ance de cette noblesse mobili\u00e8re dont les quartiers sont la compression et la vitesse de pointe. Le retrait de ce permis de conduire n\u2019est-il pas aujourd\u2019hui une esp\u00e8ce d\u2019excommunication, de castration sociale.<\/em> \u00bb[9]. Autrement dit, quand bien m\u00eame des personnes d\u00e9sireraient r\u00e9duire leur usage et devenir abstinentes de l\u2019automobile, ce qui va dans le sens d\u2019une certaine \u00e9thique devenue presque banale (trier ses d\u00e9chets, isoler son logement, etc\u2026), dans les faits leur initiative sera d\u00e9courag\u00e9e par la pression collective[10]. C\u2019est un peu comme une soci\u00e9t\u00e9 qui bannirait \u00e0 la fois l\u2019alcoolisme et la sobri\u00e9t\u00e9, n\u2019encourageant qu\u2019\u00e0 boire \u00ab\u00a0avec mod\u00e9ration\u00a0\u00bb, donc \u00e0 rester en \u00e9quilibre sur la cr\u00eate, entre deux ab\u00eemes.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, il semble r\u00e9aliste de penser que pour diminuer le kilom\u00e9trage moyen par t\u00eate, favoriser ou au moins rendre possible le non-usage spontan\u00e9 de l\u2019automobile constitue un moyen acceptable. C\u2019est ce que font les villes belges qui offrent un abonnement gratuit aux automobilistes qui vendent leur v\u00e9hicule et rendent leur plaque d\u2019immatriculation Car une personne qui a choisi de ne pas apprendre \u00e0 conduire ou un foyer qui d\u00e9cide de ne pas poss\u00e9der de v\u00e9hicule, modifie l\u2019homme moyen de Qu\u00e9telet[11] non seulement dans les statistiques nationales, mais aussi sur le terrain en offrant un \u00e9talon autre que \u00ab\u00a0celui-qui-abuse-plus-que-moi\u00bb pour se comparer \u00e0 autrui. Il prouve par l\u2019exemple\u00a0 la possibilit\u00e9 d\u2019une vie sans voiture et il peut aussi produire un argumentaire dans des discussions[12]. Sans parler de mim\u00e9tisme, nous pouvons admettre qu\u2019un voisin, un beau-fr\u00e8re ou un p\u00e8re peut se montrer plus convaincant que des milliers d\u2019affiches, de slogans et de spots publicitaires r\u00e9unis. Ce que nous voulons dire par l\u00e0, c\u2019est que pour changer le comportement moyen d\u2019une population, il est possible d\u2019agir uniform\u00e9ment sur ses membres ou de cibler des actions \u00e0 destinations des marges de sa distribution.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me de la relation \u00e0 l\u2019automobile est qu\u2019elle autorise tous les degr\u00e9s d\u2019usage et cons\u00e9cutivement de m\u00e9priser indiff\u00e9remment celui qui va acheter son pain en voiture et celui qui n\u2019a pas de permis ou de v\u00e9hicule. Cette situation favorise la prolif\u00e9ration d\u2019usagers \u00ab\u00a0moyens\u00a0\u00bb qui consid\u00e8rent TOUS qu\u2019ils ont un usage mod\u00e9r\u00e9, et que seuls \u00ab\u00a0les autres\u00a0\u00bb sont coupables d\u2019abus. Cette caract\u00e9ristique de l\u2019attachement automobile le diff\u00e9rencie clairement de la d\u00e9pendance envers des drogues comme le tabac pour lequel on est soit fumeur, soit non-fumeur[13]. Dans ce cas, il est impossible de m\u00e9priser ou valoriser simultan\u00e9ment l\u2019un et l\u2019autre. Nous aurons l\u2019occasion plus loin de discuter de l\u2019homologie avec les pratiques addictives, mais avant cela, nous proposons de discuter des propri\u00e9t\u00e9s sociales conf\u00e9r\u00e9es par la voiture et notamment d\u2019une de ses propri\u00e9t\u00e9s inh\u00e9rentes\u00a0: celle d\u2019offrir du d\u00e9placement.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/>[1] L\u2019usage de ce terme, fortement li\u00e9 au th\u00e8me de l\u2019identit\u00e9 sexuelle est assum\u00e9. Le lecteur n\u2019aura aucune difficult\u00e9 \u00e0 faire le parall\u00e8le.[2] \u00ab\u00a0<em>La premi\u00e8re r\u00e8gle et la plus fondamentale est de consid\u00e9rer les faits sociaux comme des choses<\/em> \u00bb, sans nous accorder avec ce pr\u00e9cepte nous devons en reconna\u00eetre l\u2019importance historique pour notre discipline. Durkheim \u00c9mile, <em>Les r\u00e8gles de la m\u00e9thode sociologique<\/em>, Flammarion, Paris, 1988, \u00e9dition originale 1894, p.108<\/p>\n<p>[3] En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un article en ligne de Lib\u00e9ration intitul\u00e9 \u00ab\u00a0les Nocars\u00a0\u00bb <strong><a href=\"http:\/\/www.buybuy.com\/liberation\/mobilite_4.html\" target=\"_blank\">http:\/\/www.buybuy.com\/liberation\/mobilite_4.html<\/a> <\/strong><strong>consult\u00e9 le 7\/12\/2009.<\/strong><\/p>\n<p>[4] La carte 12-25 est une carte de r\u00e9duction de la SNCF qui permet de voyager \u00e0 moiti\u00e9 prix. Le jour de l\u2019anniversaire des 27 ans, la facture est donc multipli\u00e9e par deux.<\/p>\n<p>[5] Cf. annexe 2. Scan du permis de conduire obtenu le 09\/07\/2009.<\/p>\n<p>[6] Avec le m\u00eame itin\u00e9raire, Mappy donne 202 km et 2H43 en voiture, mais un itin\u00e9raire plus court existe pour ce mode 146 km pour 2H03 de temps de parcours.<\/p>\n<p>[7] Cf. annexe 3. Formulaire de diagnostic du permis de conduire<\/p>\n<p>[8] Le Breton Eric, <em>Bouger pour s\u2019en sortir. Mobilit\u00e9 quotidienne et int\u00e9gration sociale<\/em>, Armand Colin, coll. \u00ab\u00a0Soci\u00e9tales\u00a0\u00bb, Paris, 2005, p.189<\/p>\n<p>[9] Baudrillard Jean, <em>Le syst\u00e8me des objets<\/em>, Gallimard, Paris, 1968, p.93<\/p>\n<p>[10] Certains diront que cette pression r\u00e9sulte du diff\u00e9rentiel normatif entre diff\u00e9rents groupes sociaux\u00a0: les groupes pro-automobilistes majoritaires exer\u00e7ant une pression sur les groupuscules minoritaires. Nous pensons qu\u2019il n\u2019existe pas de groupe social (au sens o\u00f9 il serait homog\u00e8ne) mais seulement des regroupements et des r\u00e9seaux sociaux dans lesquels tous types de normativit\u00e9s et d\u2019opinions se trouvent distribu\u00e9s. A l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un couple, d\u2019une famille ou m\u00eame d\u2019une association de jardinage biologique, nous trouverons toujours des porteurs de la norme automobile.<\/p>\n<p>[11] Sur Adolphe Qu\u00e9telet et sa th\u00e9orie de l\u2019homme moyen, lire Desrosi\u00e8res Alain, <em>op. cit.<\/em>, pp. 94-104<\/p>\n<p>[12] Il diffuse et apporte une cr\u00e9dibilit\u00e9 au discours normatif divergeant.<\/p>\n<p>[13] D\u2019autres diff\u00e9rences existent bien entendu, comme l\u2019impact collectif des effets de l\u2019automobile, alors que le tabac nuit davantage au fumeur et \u00e0 son entourage qu\u2019\u00e0 la collectivit\u00e9 dans son ensemble. Nous soulignons seulement ici une diff\u00e9rence de degr\u00e9 dans la caract\u00e9risation des usagers.<\/p><\/blockquote>\n<p>Si vous avez un peu plus de temps devant vous, je vous invite \u00e0 consulter le document int\u00e9gral, que vous trouverez <a title=\"th\u00e8se LF\" href=\"http:\/\/tel.archives-ouvertes.fr\/docs\/00\/56\/04\/16\/PDF\/thesefinale.pdf\" target=\"_blank\">ici<\/a>, c&rsquo;est s\u00fbrement un peu long et certains passages ennuyeux, mais \u00e7a m&rsquo;a pris du temps, alors si \u00e7a peut int\u00e9resser quelqu&rsquo;un&#8230;<\/p>\n<p>Vos avis, r\u00e9actions et commentaires sont bien entendu les bienvenus.<\/p>\n<p>Photo: <a title=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/coconino\/523497824\/in\/photostream\/\" href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/coconino\/523497824\/in\/photostream\/\" target=\"_blank\">Bound for the road<\/a> par <a title=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/coconino\/\" href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/coconino\/\" target=\"_blank\">coconinoco<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a quelques temps de \u00e7a, j&rsquo;ai publi\u00e9 une th\u00e8se de sociologie sur l&rsquo;attachement \u00e0 l&rsquo;automobile. Le site de carfree fait partie des sources que j&rsquo;ai consult\u00e9 \u00e0 de <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2011\/09\/23\/etre-attache-a-sa-voiture-une-experience-sociologique\/\">Lire la suite&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":352,"featured_media":15327,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[4,127,165,1037,5,72,8,70],"tags":[275,132,288,206,209,211,94,831,214,1259],"views":16080,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15203"}],"collection":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/352"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15203"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15203\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15203"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15203"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15203"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}