{"id":16700,"date":"2012-02-17T10:26:32","date_gmt":"2012-02-17T09:26:32","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=16700"},"modified":"2020-08-15T22:01:53","modified_gmt":"2020-08-15T21:01:53","slug":"pierre-rabhi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2012\/02\/17\/pierre-rabhi\/","title":{"rendered":"Pierre Rabhi"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" title=\"pierre-rabhi\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/images\/pierre-rabhi.jpg\" alt=\"Pierre Rabhi\" width=\"420\" height=\"200\" \/><\/p>\n<p>En d\u00e9cembre 2009, la revue trimestrielle V\u00e9lo &amp; Territoires, \u00e9dit\u00e9e par le club des d\u00e9partements et r\u00e9gions cyclables, r\u00e9alisait une interview de Pierre Rabhi. Il y aborde de nombreuses questions relatives bien s\u00fbr au v\u00e9lo, mais aussi \u00e0 la sobri\u00e9t\u00e9 heureuse, \u00e0 la relocalisation de l&rsquo;\u00e9conomie ou \u00e0 notre rapport au temps. En fin d&rsquo;article, vous trouverez \u00e9galement un extrait d&rsquo;un texte de Pierre Rabhi qui traite de l&rsquo;irrationalit\u00e9 de notre mode de d\u00e9veloppement bas\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9nergie fossile. <!--more--><\/p>\n<p>Pour celles et ceux qui ne le connaissent pas encore, Pierre Rabhi est un agriculteur, \u00e9crivain et penseur fran\u00e7ais n\u00e9 en Alg\u00e9rie, fils d\u2019un forgeron. Pierre Rabhi a d\u00e9but\u00e9 sa vie professionnelle comme ouvrier sp\u00e9cialis\u00e9 \u00e0 Paris. En 1960, il part avec sa femme Mich\u00e8le s\u2019installer dans les C\u00e9vennes. Ils vivront treize ans sans \u00e9lectricit\u00e9 et huit ans sans eau courante, avec leurs cinq enfants. Pionnier de l\u2019agriculture bio, inventeur du concept \u00ab\u00a0Oasis en tous\u00a0lieux\u00a0\u00bb, il conduit depuis 1981 des actions concr\u00e8tes de soutien environnemental local au niveau international. Il d\u00e9fend un mode de soci\u00e9t\u00e9 plus respectueux des hommes et de la terre et soutient le d\u00e9veloppement de pratiques agricoles accessibles \u00e0 tous et notamment aux plus d\u00e9munis, tout en pr\u00e9servant les patrimoines nourriciers. Depuis 1981, il transmet son savoir-faire dans les pays arides d&rsquo;Afrique, en France et en Europe, cherchant \u00e0 redonner leur autonomie alimentaire aux populations. Il est aujourd&rsquo;hui reconnu expert international pour la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la d\u00e9sertification.<\/p>\n<p><strong>V\u00e9lo &amp; Territoires n\u00b020 &#8211; D\u00e9cembre 2009<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pour un citadin, se d\u00e9placer \u00e0 v\u00e9lo participe-t-il de la \u201csobri\u00e9t\u00e9 heureuse\u201c que vous pr\u00f4nez ?<br \/>\n<\/strong>Tout \u00e0 fait. Le v\u00e9lo est une invention que je qualifierais d\u2019enti\u00e8rement positive. L\u2019investissement induit pour sa fabrication est somme toute l\u00e9ger et, pour avancer, il optimise l\u2019\u00e9nergie m\u00e9tabolique, c\u2019est-\u00e0-dire celle du cycliste lui-m\u00eame. L\u00e0 o\u00f9 le monde industriel relevait de n\u00e9cessit\u00e9s purement masculines, le v\u00e9lo poss\u00e8de quelque chose de plus universel, li\u00e9 au bon sens. C\u2019est une prolongation du corps, gage d\u2019ind\u00e9pendance et de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, silencieuse et \u00e9conome puisque nourrie des seuls repas que le cycliste a ing\u00e9r\u00e9s. C\u2019est donc un outil intelligent, en parfaite ad\u00e9quation avec la \u201csobri\u00e9t\u00e9 heureuse\u201c.<\/p>\n<p><strong>Et en sortant de la ville, comment concilier retour \u00e0 la terre et modes de d\u00e9placements doux ?<br \/>\n<\/strong>En relocalisant l\u2019\u00e9conomie. C\u2019est un concept que je pr\u00e9conise depuis longtemps. Nous vivons aujourd\u2019hui trop dispers\u00e9s g\u00e9ographiquement, et sommes donc devenus d\u00e9pendants des d\u00e9placements. Cette d\u00e9pendance, nous nous la sommes cr\u00e9\u00e9e. Pendant des mill\u00e9naires, des populations sans doute plus intelligentes que la n\u00f4tre ont veill\u00e9 \u00e0 conserver \u00e0 port\u00e9e de leurs jambes ce qui leur \u00e9tait n\u00e9cessaire : travail, \u00e9coles, commerces&#8230; L\u2019arriv\u00e9e de la voiture a tout boulevers\u00e9. Au d\u00e9part, elle \u00e9tait un outil pour se d\u00e9placer. A l\u2019arriv\u00e9e, c\u2019est elle qui cr\u00e9e du d\u00e9placement. Elle est devenue indispensable alors qu\u2019objectivement\u00a0elle pollue, c\u2019est un bien \u201cfondant\u201c, c\u2019est-\u00e0-dire qui perd de la valeur m\u00eame si l\u2019on ne s\u2019en sert pas. Surtout, elle est envahissante : songez que je p\u00e8se 52 kg et que ma voiture p\u00e8se 1,5 tonne, le ratio est \u00e9loquent !&#8230; Pour toutes ces raisons, je milite pour une production et une consommation locales. Je pr\u00e9f\u00e8re avoir dix petits cordonniers \u00e0 proximit\u00e9 de chez moi\u00a0 qu\u2019une seule grande enseigne de chaussures, dont je sais que les produits auront \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9s sur un autre continent\u2026 Tendre vers cela, quelque part, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 accepter de mener une vie moins fr\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<p><strong>Justement, ce rapport au temps\u2026 La cr\u00e9dibilit\u00e9 de votre discours vient du fait qu\u2019il est en phase avec votre parcours. Est-ce pr\u00e9cis\u00e9ment ce manque de temps qui explique que, en mati\u00e8re de v\u00e9lo, les d\u00e9cideurs sont parfois en d\u00e9calage entre l\u2019exemplarit\u00e9 des mesures qu\u2019ils pr\u00e9conisent et leur propre quotidien de citoyen ?<br \/>\n<\/strong>Le rapport au temps est un choix de soci\u00e9t\u00e9. J\u2019ai eu la chance dans ma vie de conna\u00eetre\u00a0 deux types de soci\u00e9t\u00e9s. Celle o\u00f9 je suis n\u00e9, dans une oasis du sud de l\u2019Alg\u00e9rie. Le rythme y \u00e9tait cyclique, li\u00e9 \u00e0 la nature et aux saisons, comme toute soci\u00e9t\u00e9 pastorale ou agraire\u2026 J\u2019ai ensuite connu une soci\u00e9t\u00e9 \u201csuractiv\u00e9e\u201c, la n\u00f4tre, celle du \u201ctime is money\u201c. Tout acte doit y \u00eatre productif, sinon le temps devient \u201cperdu\u201c. C\u2019est le culte de la performance pour l\u2019argent, symbolis\u00e9 par ces sprinters qui s\u2019affrontent sur les stades. C\u2019est une vision pathologique du temps, source d\u2019angoisses et de parano\u00efa. Pourquoi n\u2019aurais-je pas le droit, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment, de \u201cperdre du temps\u201c ? Vivre \u00e0 sa propre cadence d\u00e9veloppe l\u2019int\u00e9riorit\u00e9. Ces plages de temps \u201clibre\u201c sont n\u00e9cessaires au d\u00e9veloppement de la personne : les jeunes enfants ont besoin que leurs parents les laissent parfois s\u2019ennuyer pour b\u00e2tir eux-m\u00eames leur imaginaire. Ce n\u2019est pas au temps de nous prendre, c\u2019est \u00e0 nous de prendre le temps. Nous devons \u00eatre vigilants sur ce point, l\u2019exiger de nous-m\u00eames. C\u2019est \u00e0 ce prix que nos actes resteront en phase avec nos discours.<\/p>\n<p><strong>Vous travaillez depuis plus de trente ans sur des projets agro-alimentaires dans divers pays d\u2019Afrique o\u00f9 le deux-roues, motoris\u00e9 ou non, est roi et o\u00f9 l\u2019automobile fait r\u00eaver\u2026<br \/>\n<\/strong>La voiture reste un symbole de r\u00e9ussite. O\u00f9 que vous alliez sur cette plan\u00e8te, vous \u00eates confront\u00e9s \u00e0 cette\u00a0 id\u00e9ologie unique, ce dogme de l\u2019argent \u00e9rig\u00e9 en religion. Les pays du Sud subissent la m\u00eame fascination pour le \u201cprogr\u00e8s\u201c technologique que les pays du Nord, oubliant au passage que le Nord n\u2019a assis son prestige actuel qu\u2019apr\u00e8s avoir concentr\u00e9 dans ses mains les ressources et les biens du reste de la plan\u00e8te. Il y a l\u00e0 un quiproquo de l\u2019Histoire, car le Nord conna\u00eet aussi sa part d\u2019\u00e9chec que le Sud ne mesure pas. L\u2019attraction est toujours vivace, mais les bases sont fauss\u00e9es. Alors plut\u00f4t que d\u2019entretenir ce clivage Nord\/ Sud, je pense qu\u2019il est plus heureux de chercher \u00e0 mettre en commun les valeurs positives de chacun de ces mod\u00e8les : au Nord, la r\u00e9flexion entam\u00e9e sur les modes de d\u00e9placement doux participe d\u2019un d\u00e9but de solution.<\/p>\n<p><strong>En mati\u00e8re de militantisme, comment \u00e9largir l\u2019audience du cercle des convaincus ?<br \/>\n<\/strong>Vouloir tout de suite des r\u00e9sultats spectaculaires reste le meilleur moyen de vite se d\u00e9courager. La cl\u00e9 de tout, c\u2019est la patience. Cela, c\u2019est le travail de la terre qui me l\u2019a enseign\u00e9. Proc\u00e9der par contamination, comme j\u2019ai pu le constater en voyant l\u2019effet Velib\u2019 \u00e0 Paris, voil\u00e0 le moyen !&#8230; Vous savez, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 contemporain des Trente glorieuses et de leurs certitudes. Aujourd\u2019hui, l\u2019\u00e9poque est \u00e0 la crise, au manque, et le v\u00e9lo est de moins en moins une solution qui pr\u00eate \u00e0 sourire. Nous n\u2019avons plus d\u2019autre choix que de tirer parti de ce d\u00e9clin g\u00e9n\u00e9ral pour tenter de b\u00e2tir un nouveau paradigme. C\u2019est \u00e0 nous d\u2019anticiper, d\u2019exp\u00e9rimenter des comportements avant de nous retrouver dos au mur !<\/p>\n<p><strong>Vous insistez dans vos \u0153uvres sur l\u2019importance de l\u2019\u00e9ducation\u2026<br \/>\n<\/strong>Oui, car je crois que l\u2019\u00e9ducation d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est plus en phase avec l\u2019\u00e9poque. Comment inciter un enfant \u00e0 pers\u00e9v\u00e9rer dans ses \u00e9tudes s\u2019il n\u2019y a aucune certitude d\u2019emploi au bout ? Comment reconnecter nos enfants, confin\u00e9s dans le hors-sol urbain, d\u00e9racin\u00e9s au sens propre du terme, avec la nature ? A bien y r\u00e9fl\u00e9chir, tout est \u00e0 repenser. Fort heureusement, les choses bougent, peut-\u00eatre plus vite que je ne le croyais. Je rencontre de plus en plus de dipl\u00f4m\u00e9s d\u2019HEC ou de chefs d\u2019entreprise qui me disent : \u00abMa carri\u00e8re va bien mais moi je vais mal\u00bb. Cette prise de distance avec la qu\u00eate mat\u00e9rielle est nouvelle. Le questionnement sur le sens devient de plus en plus pr\u00e9sent : j\u2019ai m\u00eame \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 parler lors d\u2019un rassemblement du Medef ! De plus en plus de gens prennent conscience que nous ne venons pas sur terre uniquement pour produire, consommer et mourir. Nous valons mieux que cela.<\/p>\n<p><em>Propos recueillis par Anthony DIAO<\/em><\/p>\n<p>Et pour finir, voici un extrait d&rsquo;un texte de Pierre Rabhi qui aborde la question de l&rsquo;irrationalit\u00e9 d&rsquo;un mode de d\u00e9veloppement bas\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9nergie fossile:<em><br \/>\n<\/em><\/p>\n<blockquote><p><strong>Le hiatus du \u00ab\u00a0p\u00e9trolitique\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>[&#8230;] La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019autonomie sera mise en \u00e9chec si nous ne prenons pas en compte, pour nous en affranchir, certains mythes fondateurs de la modernit\u00e9 particuli\u00e8rement destructeurs d\u2019autonomie. Depuis la r\u00e9volution industrielle nous avons affaire, pour le meilleur et le pire, \u00e0 un mod\u00e8le dominant h\u00e9g\u00e9monique \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire. Ce mod\u00e8le, nous le constatons clairement aujourd\u2019hui, repose sur l\u2019option la plus absurde, d\u00e9pendante et dispendieuse que l\u2019humanit\u00e9 ait imagin\u00e9. Cela a donn\u00e9 une civilisation technico-scientifique productiviste et marchande, dont la survie d\u00e9pend essentiellement d\u2019une mati\u00e8re combustible naus\u00e9abonde exhum\u00e9e des entrailles de la terre, o\u00f9 elle sommeillait depuis des mill\u00e9naires. Compte tenu de la gigantesque chaotisation qu\u2019elle a provoqu\u00e9e dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 et de la nature, nous aurions \u00e9t\u00e9 plus avis\u00e9s de la laisser o\u00f9 elle \u00e9tait. Car elle est responsable d\u2019un hiatus gigantesque dans le processus de la vie. Avec la thermodynamique, nous sommes entre Prom\u00e9th\u00e9e et Vulcain dans la civilisation de la combustion \u00e9nergique \u00e0 des fins d\u2019efficacit\u00e9, de vitesse&#8230; La voiture comme l\u2019un des symboles du miracle de la rationalit\u00e9 industrielle charg\u00e9e de phantasmes &#8211; \u00e9vasion, libert\u00e9, embl\u00e8me social -, est justement l\u2019une des inventions faite du cumul de crit\u00e8res irrationnels. Une analyse objective nous permet de constater que nous avons affaire avec la voiture \u00e0 un outil qui p\u00e8se en moyenne une tonne et demie pour d\u00e9placer des individus de plus ou moins 80 kilos. 80% du combustible destin\u00e9 \u00e0 le faire se mouvoir servent \u00e0 produire de la chaleur et \u00e0 permettre aux usagers de se gazer mutuellement et d\u2019intoxiquer l\u2019atmosph\u00e8re. Cet outil a inspir\u00e9 un mode d\u2019organisation de l\u2019espace de vie bas\u00e9 sur la dispersion avec un habitat \u00e9loign\u00e9 des lieux de travail, de commerce, d\u2019\u00e9ducation&#8230; qui ne peut plus fonctionner sans lui. Il p\u00e8se lourdement sur le budget des m\u00e9nages, tout en \u00e9tant un bien fondant, perdant de la valeur m\u00eame sans utilisation. Il faut ajouter \u00e9galement tout ce que n\u00e9cessite sa fabrication et l\u2019orgie d\u2019infrastructures pour son fonctionnement. A l\u2019instar de bien des outils cens\u00e9s nous servir, la voiture nous asservit en r\u00e9alit\u00e9 et d\u00e9truit l\u2019autonomie qu\u2019elle \u00e9tait cens\u00e9e nous donner. En revanche, la bicyclette s\u2019av\u00e8re comme une invention favorable \u00e0 l\u2019\u00e9conomie car elle peut porter cinq \u00e0 six fois son propre poids et ne requiert que de l\u2019\u00e9nergie m\u00e9tabolique reproductible et gratuite. Il en va de m\u00eame de la traction animale. Ces consid\u00e9rations somme toute assez banales, mettent en \u00e9vidence un malentendu concernant le progr\u00e8s, sans cesse invoqu\u00e9 comme alibi, pour agir avec comp\u00e9tence mais sans discernement ni intelligence. D\u2019une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, on peut estimer que l\u2019ordre originel instaur\u00e9 sur notre plan\u00e8te par l\u2019intelligence de la vie a \u00e9t\u00e9 remis en cause par l\u2019ordre \u00e9tabli par l\u2019esp\u00e8ce humaine. Sur une plan\u00e8te une et indivisible nous avons appliqu\u00e9 le principe de fragmentation, de rivalit\u00e9, de comp\u00e9titivit\u00e9, et de dissipation. Toute l\u2019organisation plan\u00e9taire est fond\u00e9e sur l\u2019antagonisme de l\u2019humain contre l\u2019humain et de l\u2019humain contre la nature. Les relations internationales, l\u2019interd\u00e9pendance des nations, loin d\u2019\u00eatre solidaires, sont phagocytaires, une opportunit\u00e9 pour le plus fort de s\u2019enrichir et de survivre par la spoliation et l\u2019appauvrissement de l\u2019autre. Nous rappelons assez souvent, pour dissiper des id\u00e9es re\u00e7ues bien enkyst\u00e9es dans les esprits, que le continent africain vaste comme presque dix fois la superficie de l\u2019Inde, est immens\u00e9ment riche et, avec ses 800 millions d\u2019individus, sous peupl\u00e9. A ces deux facteurs positifs, il faut ajouter une population \u00e0 60% de moins de 25 ans. Ce sont au contraire les p\u00e9nuries, les famines, les pillages, les mis\u00e8res de toutes natures sur fond de corruption chronique qui ravagent un continent qui dispose de tous les atouts pour \u00eatre souverainement autonome. On peut d\u2019ailleurs transposer ces constats \u00e0 toute la plan\u00e8te, au sein de laquelle abondance et insuffisance cohabitent et o\u00f9, en d\u00e9pit de nos performances, la nourriture, l\u2019eau potable, les soins manquent \u00e0 un nombre toujours grandissant de nos semblables. Pire encore, le monde moderne a fait une h\u00e9catombe au Nord comme au Sud des autonomies vernaculaires et s\u00e9culaires. A pr\u00e9sent, selon la formule de Majid Ramena, \u00ab\u00a0la mis\u00e8re d\u00e9truit la pauvret\u00e9 \u00bb. Au c\u0153ur de ces constats \u00e0 l\u2019\u00e9chelle macrocosmique, chaque citoyen civilis\u00e9 cens\u00e9 \u00eatre du bon c\u00f4t\u00e9 de la barri\u00e8re, peut faire le constat objectif de sa propre d\u00e9pendance au sein de l\u2019abondance. Se nourrir, s\u2019abreuver, se v\u00eatir, s\u2019abriter, se soigner, se divertir, tout est subordonn\u00e9 \u00e0 la sollicitude d\u2019un syst\u00e8me dont la survie d\u00e9pend de la production massive de d\u00e9pendance et pour lequel toute autonomie cr\u00e9e du manque \u00e0 gagner et devient une menace. En effet, ce n\u2019est pas avec des protestations, des poings lev\u00e9s et des \u00e9meutes que l\u2019on peut r\u00e9duire la tyrannie des puissances financi\u00e8res mais en s\u2019organisant d\u2019une fa\u00e7on autonome pour ne pas en avoir besoin. En attendant, le citoyen civilis\u00e9 est toujours index\u00e9 sur une valeur mon\u00e9taire seule habilit\u00e9e \u00e0 lui donner le droit \u00e0 l\u2019existence. Sans argent, le citoyen est oblit\u00e9r\u00e9 par un ordre qui a comme pr\u00e9cepte la production et la consommation. Au sein de cette pseudo \u00e9conomie ayant pour dogme intangible la croissance \u00e9conomique sans limite stimul\u00e9e par l\u2019avidit\u00e9 sans limite, les citoyens consommateurs sont r\u00e9duits \u00e0 d\u2019insatiables pousseurs de caddies. Les hommes politiques tentent d\u2019une fa\u00e7on quasi obsessionnelle d\u2019\u00e9lever la consommation au rang d\u2019un acte civique. Nous sommes face au dilemme du tonneau des Dana\u00efdes. En d\u00e9pit des richesses que la machine \u00e9conomique produit, l\u2019indigence ne cesse de s\u2019\u00e9tendre masqu\u00e9e par les dispositifs \u00ab\u00a0charitables\u00a0\u00bb de l\u2019Etat. La prolif\u00e9ration sous toutes ses formes du secourisme social, louable par son intention, a n\u00e9anmoins l\u2019inconv\u00e9nient de d\u00e9douaner les \u00e9tats de leur vraie responsabilit\u00e9 d\u2019\u00e9radiquer la d\u00e9tresse au lieu de se contenter de lui opposer des palliatifs et de l\u2019int\u00e9grer dans l\u2019indolence des jours comme une norme sociale. Dieu sait pourtant tout ce qui pourrait \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 dans la nation et dans le monde par le transfert \u00e0 l\u2019urgence \u00e9cologique et humaine des moyens extravagants consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019industrie du meurtre et de la destruction. Avec la rar\u00e9faction de la mati\u00e8re combustible, tout le monde prend aujourd\u2019hui conscience de la fragilit\u00e9 de l\u2019\u00e9difice b\u00e2ti sous l\u2019inspiration d\u2019une id\u00e9ologie qui a confondu l\u2019aptitude c\u00e9r\u00e9brale ou manuelle avec l\u2019intelligence &#8211; \u00e0 savoir la lucidit\u00e9, la lumi\u00e8re \u2013 intelligence n\u2019ayant d\u2019autre source que l\u2019intelligence de la vie, dont chacun de nous est l\u2019une des \u0153uvres et des expressions. Il y a comme une d\u00e9rision dans le fait que si la mati\u00e8re combustible venait \u00e0 manquer totalement, tout l\u2019\u00e9difice, b\u00e2ti comme une tour d\u00e9di\u00e9e au g\u00e9nie humain, s\u2019effondrerait. Ce sont en l\u2019occurrence les pays dits pauvres qui s\u2019en sortiraient le mieux, car leur vie est encore organis\u00e9e non sur l\u2019omnipotence de l\u2019argent, mais sur des valeurs s\u00fbres telles que la terre, l\u2019eau, les animaux la biodiversit\u00e9, les savoirs, les savoir-faire traditionnels. Comprendront-ils n\u00e9anmoins \u00e0 temps qu\u2019il s\u2019agit bien des valeurs dont nul ne peut et ne pourra jamais se passer et qui sont aujourd\u2019hui dilapid\u00e9es par la d\u00e9mence des gagneurs d\u2019argent \u00e0 tout prix\u00a0? Bien entendu, nous ne pr\u00eachons pas le retour \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019antan qui aurait \u00e9t\u00e9 id\u00e9ale, ce serait trop na\u00eff, mais nous \u0153uvrons pour une sauvegarde des valeurs traditionnelles compl\u00e9t\u00e9es et enrichies des acquis scientifiques et techniques positifs, pour permettre \u00e0 un v\u00e9ritable progr\u00e8s, soucieux d\u2019un avenir r\u00e9ellement viable et vivable pour tous, de se construire.<\/p>\n<p>Source: L&rsquo;Autonomie&#8230; Le temps de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 cr\u00e9ative est venu.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En d\u00e9cembre 2009, la revue trimestrielle V\u00e9lo &amp; Territoires, \u00e9dit\u00e9e par le club des d\u00e9partements et r\u00e9gions cyclables, r\u00e9alisait une interview de Pierre Rabhi. 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