{"id":16816,"date":"2005-07-11T14:59:22","date_gmt":"2005-07-11T13:59:22","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=16816"},"modified":"2024-02-29T10:31:54","modified_gmt":"2024-02-29T09:31:54","slug":"lere-du-petrole-cher","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2005\/07\/11\/lere-du-petrole-cher\/","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e8re du p\u00e9trole cher"},"content":{"rendered":"<p>Les fluctuations quotidiennes ou hebdomadaires des cours du baril                de brut sur le march\u00e9 new-yorkais sont dues \u00e0 une                multitude de facteurs d&rsquo;origine et de port\u00e9e tr\u00e8s                diff\u00e9rentes. <!--more--><\/p>\n<p>Les commentateurs citent ordinairement les d\u00e9bits de l&rsquo;OPEP,                l&rsquo;\u00e9tat des stocks commerciaux am\u00e9ricains, le temps                qu&rsquo;il fait, les sp\u00e9culateurs, le terrorisme, la faiblesse                des capacit\u00e9s de raffinage, la situation en Irak, en Iran,                au Nigeria, au Venezuela, en Russie&#8230;<\/p>\n<p>Mais ces \u00ab\u00a0explications\u00a0\u00bb semblent valides quelle que soit                la hauteur du cours du baril \u00ad 30 dollars, 40 dollars, 50 dollars&#8230;                \u00ad, alors que nous manque l&rsquo;explication principale sur la hauteur                elle-m\u00eame, 60 dollars aujourd&rsquo;hui. Trois facteurs d\u00e9cisifs                poussent durablement les cours du brut \u00e0 la hausse : la rar\u00e9faction                g\u00e9ologique du p\u00e9trole conventionnel (peu cher \u00e0                extraire), l&rsquo;entr\u00e9e dans un monde de terrorisme et de guerres                permanentes pour le contr\u00f4le du p\u00e9trole, la forte augmentation                de la demande due \u00e0 la croissance asiatique et au maintien                de la consommation occidentale. C&rsquo;est l&rsquo;anticipation de ce dernier                facteur par les n\u00e9gociants qui fait aujourd&rsquo;hui flamber les                cours.<\/p>\n<p>Pendant le premier si\u00e8cle et demi de l&rsquo;\u00e8re du p\u00e9trole                \u00ad de 1859 \u00e0 2004 \u00ad, la demande mondiale a toujours                \u00e9t\u00e9 satisfaite par l&rsquo;offre. Vous vouliez plus de p\u00e9trole                ? Nous avions des marges de manoeuvre. Nous ouvrions plus les robinets.                Il en coulait plus. Nous en vendions plus.<\/p>\n<p>Les chocs p\u00e9troliers de jadis \u00e9taient politiques,                non \u00e9conomiques. Aujourd&rsquo;hui, alors que la demande mondiale                moyenne en 2005 avoisinera les 84 millions de barils par jour (Mb\/j),                les marges de manoeuvre de l&rsquo;offre sont quasi inexistantes.<\/p>\n<p>Tous les robinets d\u00e9bitent \u00e0 leur capacit\u00e9                maximale, \u00e0 la limite de la demande, et au risque qu&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement                (gr\u00e8ve, sabotage, conflit local&#8230;) baisse les approvisionnements.                Il s&rsquo;ensuit une situation de p\u00e9nurie relative, poussant les                prix vers le haut.<\/p>\n<p>Tant que l&rsquo;offre ne parviendra pas \u00e0 satisfaire la demande,                le prix du p\u00e9trole augmentera jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un nombre                suffisant de consommateurs \u00ad (ils sont des milliards !) \u00ad                ajustent leur consommation aux possibilit\u00e9s de leur budget.                Si l&rsquo;offre mondiale plafonne \u00e0 84 millions de barils par                jour (Mb\/j), les prix se caleront \u00e0 la hauteur n\u00e9cessaire                pour que la consommation ne d\u00e9passe pas ces 84 Mb\/j. Et lorsque                la d\u00e9pl\u00e9tion (diminution) g\u00e9ologique s&rsquo;accentuera,                le d\u00e9clin absolu de l&rsquo;offre mondiale prendra place \u00e0                un taux d&rsquo;au moins 2 % par an. Les prix auront alors tendance \u00e0                augmenter encore pour exclure plus de consommateurs et r\u00e9duire                la consommation.<\/p>\n<p>Mais la longue d\u00e9pendance au p\u00e9trole de nombreux                pays m&rsquo;incite \u00e0 penser que la demande restera forte pour                des raisons vitales. La recherche de la croissance et l&rsquo;augmentation                de la population mondiale continueront \u00e0 alimenter une progression                de la demande de l&rsquo;ordre de 1,5 % par an. En effet, les chiffres                montrent que la demande de p\u00e9trole est relativement in\u00e9lastique                par rapport aux prix (contrairement \u00e0 la demande de fraises).                Autrement dit, ce n&rsquo;est pas parce que les prix vont monter que la                demande diminuera<\/p>\n<p>En 2004, la demande a cr\u00fb de plus de 3,5 %, soit 2,7 Mb\/j                \u00ad la plus forte hausse depuis vingt-cinq ans \u00ad, tandis que                le cours du baril moyen est pass\u00e9 de 26 dollars en 2002 \u00e0                31 dollars en 2003 et 41 dollars en 2004. Depuis le d\u00e9but                1999 jusqu&rsquo;\u00e0 la fin 2004, les cours du brut ont augment\u00e9                de 350 % et la demande de 10 %, contrairement \u00e0 toutes les                pr\u00e9visions. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne pourrait presque se                nommer l&rsquo;\u00e9lasticit\u00e9 inverse : la demande cro\u00eet                lorsque les cours montent. Toutefois, cette \u00ab\u00a0r\u00e8gle\u00a0\u00bb                surprenante ne vaut que jusqu&rsquo;\u00e0 une certaine hauteur des                prix, pour une vitesse mod\u00e9r\u00e9e de la hausse, et pour                une dur\u00e9e limit\u00e9e de prix \u00e9lev\u00e9s.<\/p>\n<p>Une autre croyance conventionnelle et fausse postule que des prix                hauts du p\u00e9trole ralentissent l&rsquo;\u00e9conomie. Le contraire                peut se constater : des prix assez \u00e9lev\u00e9s tendent                \u00e0 pousser la croissance mondiale qui, en 2004, n&rsquo;a jamais                \u00e9t\u00e9 aussi forte depuis quinze ans. En effet, lorsque                le cours du baril monte, les volumes consid\u00e9rables de p\u00e9trodollars                r\u00e9colt\u00e9s par les compagnies p\u00e9troli\u00e8res,                priv\u00e9es et surtout nationalis\u00e9es, se recyclent en                achats de mati\u00e8res premi\u00e8res, de produits finis ou                de denr\u00e9es agricoles aupr\u00e8s des pays exportateurs                de ces biens, diff\u00e9rents des pays exportateurs de p\u00e9trole.                Le commerce mondial cro\u00eet, en impliquant m\u00eame certains                pays pauvres qui transforment rapidement le produit de la vente                de leurs mati\u00e8res de base en achat de biens manufactur\u00e9s                dont ils manquent. Ces pays n&rsquo;\u00e9pargnent pas, ils poss\u00e8dent                une forte propension marginale \u00e0 la consommation. Tout revenu                suppl\u00e9mentaire est converti en importation de ce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont                pas.<\/p>\n<p>Ce sch\u00e9ma s&rsquo;est appliqu\u00e9 aux petits dragons asiatiques,                Singapour, Cor\u00e9e du Sud et Taiwan dans les ann\u00e9es                1970, alors que les cours du p\u00e9trole avaient augment\u00e9                de plus de 400 % entre 1973 et 1981. Il correspond aujourd&rsquo;hui au                boom de la Chine, de l&rsquo;Inde, du Pakistan et du Br\u00e9sil. La                demande mondiale de p\u00e9trole est donc peu li\u00e9e \u00e0                la hauteur des cours du brut \u00e0 New York. Jusqu\u2019\u00e0                un certain niveau et jusqu&rsquo;\u00e0 une certaine vitesse de la hausse                n\u00e9anmoins.<\/p>\n<p>Un choc p\u00e9trolier peut, avec un d\u00e9calage, provoquer                un ralentissement ou une r\u00e9cession dans une r\u00e9gion                du monde et, simultan\u00e9ment, stimuler l&rsquo;\u00e9conomie dans                une autre r\u00e9gion. C&rsquo;est la mondialisation en tant que dynamique                plan\u00e9taire qui importe, non les \u00e9conomies d&rsquo;\u00e9nergie                de tel pays du Nord, annul\u00e9es par la voracit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique                de tel pays \u00e9mergent. Au total, un transfert d&rsquo;activit\u00e9s                \u00e9nergie intensives des pays du Nord vers les pays \u00e9mergents                s&rsquo;additionne \u00e0 une augmentation du trafic mondial de marchandises                pour accro\u00eetre finalement la consommation d&rsquo;\u00e9nergie.                Les pr\u00e9tendues \u00ab\u00a0\u00e9conomies de la connaissance\u00a0\u00bb                postindustrielles de l&rsquo;OCDE reposent sur un transfert massif de                leur base mat\u00e9rielle et \u00e9nerg\u00e9tique vers les                \u00ab\u00a0\u00e9conomies \u00e9mergentes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Si les cours continuent \u00e0 monter tendanciellement vite,                \u00e0 partir de 70 ou 80 dollars par baril, il est vraisemblable                que les cons\u00e9quences inflationnistes de la hausse des cours                du p\u00e9trole soient suffisamment marqu\u00e9es pour que les                gouverneurs des banques centrales des pays riches et p\u00e9trovoraces                \u00ad l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord, le Japon, l&rsquo;Union europ\u00e9enne                \u00ad rel\u00e8vent les taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour tenter                de contenir l&rsquo;inflation.<\/p>\n<p>Ce rem\u00e8de accro\u00eetra la douleur, r\u00e9activant                celle que nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9e lors                du deuxi\u00e8me choc p\u00e9trolier des ann\u00e9es 1979-1983,                sous l&rsquo;impulsion ultralib\u00e9rale de Margaret Thatcher et de                Ronald Reagan. En effet, lorsque le co\u00fbt de l&rsquo;argent augmente,                les march\u00e9s financiers se contractent et les entreprises                rencontrent plus de difficult\u00e9s \u00e0 se financer par                la Bourse ou par l&#8217;emprunt, ce qui ralentit l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique.                Si l&rsquo;argent est plus cher, tout devient plus cher, l&rsquo;inflation s&rsquo;accro\u00eet.<\/p>\n<p>Pour tenter, par un second moyen, de la juguler, les banques impriment                plus d&rsquo;argent, ce qui provoque le r\u00e9sultat inverse : la poursuite                de l&rsquo;inflation. Ainsi, la m\u00e9thode de la hausse des taux,                cens\u00e9e lutter contre l&rsquo;inflation, entra\u00eene au contraire                la contraction des march\u00e9s financiers et l&rsquo;inflation de l&rsquo;argent,                puis des prix, la destruction des emplois et les difficult\u00e9s                des entreprises.<\/p>\n<p>Le p\u00e9trole est moins un produit final qu&rsquo;un facteur de production,                souvent un petit facteur dans un co\u00fbt de production total.                Il en r\u00e9sulte, pour l&rsquo;instant, peu d&rsquo;incitations \u00e0                la substitution du p\u00e9trole ou \u00e0 la r\u00e9duction                de la demande. M\u00eame le changement climatique et ses effets                l\u00e9taux n&rsquo;ont pas persuad\u00e9 du contraire l&rsquo;acheteur                d&rsquo;un 4 \u00d7 4 dont la grand-m\u00e8re est morte pendant la                canicule de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2003.<\/p>\n<p>Cette relative rigidit\u00e9 renforcera la gravit\u00e9 des                cons\u00e9quences \u00e9conomiques et sociales du triple choc                qui arrive. Nul n&rsquo;y \u00e9tant pr\u00e9par\u00e9, il sera                s\u00e9v\u00e8re. Car, cette fois-ci, il n&rsquo;y aura aucun retour                \u00e0 la baisse des cours, \u00e0 de bas prix des produits                p\u00e9troliers. L&rsquo;inflation risque d&rsquo;\u00eatre forte, la r\u00e9cession                aussi.<\/p>\n<p>Ce dont je parle ici n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0la fin du p\u00e9trole\u00a0\u00bb,                mais \u00ab\u00a0la fin du p\u00e9trole bon march\u00e9\u00a0\u00bb. Cela                sera h\u00e9las suffisant pour provoquer d&rsquo;\u00e9normes instabilit\u00e9s                \u00e9conomiques et sociales, pour disloquer les pouvoirs politiques                et provoquer des guerres. Le malheur est que, malgr\u00e9 les                avertissements hurl\u00e9s par quelques-uns, les responsables                \u00e9conomiques et politiques n&rsquo;ont pas du tout anticip\u00e9                la situation qui s&rsquo;annonce, comme le montre l&rsquo;indigent projet de                loi d&rsquo;orientation \u00e9nerg\u00e9tique adopt\u00e9 par l&rsquo;Assembl\u00e9e                nationale mercredi 23 juin. Le choc est donc in\u00e9vitable.                Il n&rsquo;y a pas de plan B. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;une demi-solution, la sobri\u00e9t\u00e9                imm\u00e9diate, pour r\u00e9duire un peu les effets d\u00e9vastateurs                du choc en repoussant un peu son arriv\u00e9e in\u00e9luctable.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les fluctuations quotidiennes ou hebdomadaires des cours du baril de brut sur le march\u00e9 new-yorkais sont dues \u00e0 une multitude de facteurs d&rsquo;origine et de port\u00e9e tr\u00e8s diff\u00e9rentes.<\/p>\n","protected":false},"author":593,"featured_media":45866,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[6],"tags":[1848],"views":4072,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16816"}],"collection":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/593"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16816"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16816\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/45866"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16816"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16816"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16816"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}