{"id":16820,"date":"2007-12-01T15:07:59","date_gmt":"2007-12-01T14:07:59","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=16820"},"modified":"2021-03-11T15:11:38","modified_gmt":"2021-03-11T14:11:38","slug":"a-100-dollars-le-baril-on-change-de-civilisation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2007\/12\/01\/a-100-dollars-le-baril-on-change-de-civilisation\/","title":{"rendered":"A 100 dollars le baril, on change de civilisation"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" title=\"100-dollar-oil\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/images\/100-dollar-oil.jpg\" alt=\"\" width=\"420\" height=\"200\" \/><\/p>\n<p>A ce prix, le p\u00e9trole brut n\u2019est pas cher, de m\u00eame que le litre de super \u00e0 1,50 euro. Le cours du baril sur le march\u00e9 new-yorkais retrouve aujourd\u2019hui la cote qu\u2019il avait atteinte en 1980, tandis que l\u2019achat d\u2019un litre d\u2019essence n\u00e9cessite deux fois moins d\u2019heures de smic qu\u2019il y a vingt-sept ans. <!--more--><\/p>\n<p>Ces niveaux nous paraissent \u00e9lev\u00e9s car nous nous sommes habitu\u00e9s \u00e0 des prix extr\u00eamement bas entretenus par les multinationales du p\u00e9trole, puis par l\u2019OPEP. Cette \u00e9poque est r\u00e9volue. D\u00e9sormais, les prix du p\u00e9trole &#8211; et ceux de toutes les \u00e9nergies &#8211; seront toujours \u00e0 la hausse pour trois raisons principales d\u2019origine g\u00e9ologique, \u00e9conomique et g\u00e9opolitique\u00a0:<\/p>\n<ol>\n<li>\n<ul>\n<li>Le maximum mondial de production de liquide hydrocarbon\u00e9 est atteint. Depuis le d\u00e9but de l\u2019extraction industrielle du p\u00e9trole, la moiti\u00e9 des r\u00e9serves originelles a \u00e9t\u00e9 consomm\u00e9e. Le p\u00e9trole restant \u00e0 extraire r\u00e9clamant beaucoup plus d\u2019investissement pour une qualit\u00e9 moindre, les prix augmenteront tandis que la production diminuera. Nous entrons aujourd\u2019hui dans l\u2019\u00e8re de la d\u00e9croissance g\u00e9ologique de la production mondiale de p\u00e9trole\u00a0;<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li>\n<ul>\n<li>La demande est structurellement sup\u00e9rieure \u00e0 l\u2019offre. Tout le monde veut du p\u00e9trole, source d\u2019\u00e9nergie essentielle au mode de d\u00e9veloppement industriel. Nous ne pouvons pas vivre sans, nous sommes drogu\u00e9s au p\u00e9trole. Cela rendra le choc p\u00e9trolier actuel plus durable que les chocs d\u2019origine politique des ann\u00e9es 1970\u00a0;<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li>\n<ul>\n<li>Le p\u00e9trole c\u2019est la guerre. L\u00e0 o\u00f9 il y a du p\u00e9trole, une \u00e9lite dirigeante vit de sa rente &#8211; souvent aux d\u00e9pens de la population &#8211; et ces pays sont vis\u00e9s par le comportement pr\u00e9dateur des grands consommateurs comme les Etats-Unis, l\u2019Union europ\u00e9enne et la Chine. La guerre d\u2019Irak est un exemple de cette p\u00e9trovoracit\u00e9 industrielle, comme l\u2019a r\u00e9cemment avou\u00e9 Alan Greenspan.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p>Les autres raisons sont marginales. Un cyclone tropical dans le golfe du Mexique, une gr\u00e8ve au Nigeria, une sp\u00e9culation sur le march\u00e9 des mati\u00e8res premi\u00e8res&#8230; tout cela arrive parfois et pousse \u00e0 la hausse. Mais ces \u00e9pisodes pass\u00e9s, le cours du baril ne redescend pas. Les optimistes ne peuvent pas expliquer pourquoi le baril cotait 20 dollars en 2002 et 100 aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le du monde qui habite le cerveau de l\u2019Occidental moyen est que le march\u00e9, la technologie et l\u2019inventivit\u00e9 humaine parviendront \u00e0 r\u00e9soudre les probl\u00e8mes qu\u2019affronte l\u2019humanit\u00e9, notamment la fin des \u00e9nergies fossiles \u00e0 bon march\u00e9 et le changement climatique. Quel aveuglement\u00a0! Si nous voulons conserver les valeurs cardinales de notre civilisation que sont la paix, la solidarit\u00e9 et la d\u00e9mocratie, nous n\u2019avons pas d\u2019autre choix que celui de la d\u00e9croissance rapide de l\u2019empreinte \u00e9cologique des soci\u00e9t\u00e9s industrielles, en particulier la d\u00e9croissance de notre consommation d\u2019\u00e9nergies fossiles. Contre l\u2019\u00e9vidence des limites g\u00e9ophysiques, les r\u00eaves des th\u00e9ologiens de la croissance continuent, m\u00eame apr\u00e8s le Grenelle de l\u2019environnement.<\/p>\n<p>Un premier r\u00eave s\u00e9duit les esprits productivistes\u00a0: investir plus dans l\u2019exploration permettra de d\u00e9couvrir et d\u2019extraire plus de p\u00e9trole. H\u00e9las\u00a0!, apr\u00e8s plus d\u2019un si\u00e8cle d\u2019exploration g\u00e9ologique, les ressources sont \u00e0 peu pr\u00e8s toutes connues. Depuis plus de quarante ans, le volume des d\u00e9couvertes annuelles diminue. Aucun investissement, aucune technologie ne cr\u00e9era du p\u00e9trole qui n\u2019existe pas.<\/p>\n<p>Un second r\u00eave imagine que les progr\u00e8s technologiques peuvent augmenter le taux de r\u00e9cup\u00e9ration des champs de p\u00e9trole (c\u2019est-\u00e0-dire le pourcentage des r\u00e9serves originelles par rapport au volume total en place). Ce taux est aujourd\u2019hui de 35 %, en moyenne. \/\u00a0\u00bbUn gain de 1 % de taux de r\u00e9cup\u00e9ration \u00e9quivaut \u00e0 deux ans et demi de consommation mondiale\u00a0! Notre ambition est de le porter en moyenne \u00e0 50 %\u00a0\u00bb\/, affirme Andrew Gould, le PDG de Schlumberger. Mais le taux de r\u00e9cup\u00e9ration d\u00e9pend essentiellement de la g\u00e9ologie du r\u00e9servoir. Il peut varier de 3 % pour un r\u00e9servoir compact fractur\u00e9 \u00e0 85 % pour un r\u00e9servoir poreux et perm\u00e9able. Aucune technologie ne peut transformer un r\u00e9servoir compact en un r\u00e9servoir poreux.<\/p>\n<p>D\u2019autres r\u00eaves persistent dans l\u2019imaginaire des croyants en la prodigalit\u00e9 \u00e9ternelle de la nature\u00a0: la technologie contribuerait \u00e0 la croissance des r\u00e9serves\u00a0; elle montrerait que nous avons encore 40 ans de r\u00e9serves pour le p\u00e9trole, 60 ans pour le gaz, et 250 pour le charbon\u00a0; elle diminuerait les co\u00fbts d\u2019extraction du brut. La r\u00e9alit\u00e9 est tout autre quand on prend le temps d\u2019examiner longuement les statistiques comme le font les experts de l\u2019ASPO (Association for the Study of Peak Oil). Ce qui compte, en effet, n\u2019est pas le nombre d\u2019ann\u00e9es de r\u00e9serves, mais le moment o\u00f9 l\u2019extraction atteindra un pic, puis d\u00e9clinera in\u00e9luctablement. Pour le p\u00e9trole, nous y sommes.<\/p>\n<p>Un dernier r\u00eave s\u2019exprime comme une \u00e9vidence de bon sens matin\u00e9e de credo scientiste\u00a0: la technoscience trouvera des \u00e9nergies de substitution lorsque la production de p\u00e9trole d\u00e9clinera. Or existe-t- il une \u00e9nergie aussi concentr\u00e9e, aussi bon march\u00e9, aussi transportable, aussi r\u00e9pandue, aussi facile et universelle d\u2019usage que le p\u00e9trole\u00a0? Aucune. Les avions ne d\u00e9collent pas avec de l\u2019uranium ou de l\u2019\u00e9olien. Ni avec des agrocarburants (\u00e9thanol, diester), dont l\u2019engouement actuel est d\u00fb au lobby betteravier et c\u00e9r\u00e9alier, au m\u00e9pris de tout bilan \u00e9cologique et \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<p>Le p\u00e9trole est un ensemble de mol\u00e9cules merveilleuses qui ont permis la fabrication et la diffusion de milliers d\u2019objets et de services dans notre vie quotidienne (v\u00e9hicules, aliments, m\u00e9dicaments, plastiques, textiles&#8230;) et c\u2019est aussi une mati\u00e8re puante et polluante dont il faut nous sevrer rapidement sous peine de chaos \u00e9cologique, \u00e9conomique et social.<\/p>\n<p>La seule politique susceptible d\u2019\u00e9viter cette catastrophe est celle de la sobri\u00e9t\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire la d\u00e9croissance franche et r\u00e9guli\u00e8re de la consommation de p\u00e9trole dans les pays de l\u2019OCDE. Cette politique n\u2019est pas une adaptation l\u00e9g\u00e8re due \u00e0 un souci technique passager, c\u2019est un changement de civilisation d\u00fb \u00e0 la fin du monde tel que nous le connaissons.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A ce prix, le p\u00e9trole brut n\u2019est pas cher, de m\u00eame que le litre de super \u00e0 1,50 euro. 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