{"id":17659,"date":"2012-06-08T08:26:00","date_gmt":"2012-06-08T07:26:00","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=17659"},"modified":"2021-01-14T15:41:38","modified_gmt":"2021-01-14T14:41:38","slug":"comment-les-riches-detruisent-le-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2012\/06\/08\/comment-les-riches-detruisent-le-monde\/","title":{"rendered":"Comment les riches d\u00e9truisent le monde"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" title=\"sos\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/images\/sos.jpg\" alt=\"\" width=\"420\" height=\"200\" \/><\/p>\n<p>La d\u00e9gradation de l\u2019environnement est intimement li\u00e9e \u00e0 la crise sociale. En effet, ceux qui d\u00e9tiennent les leviers politiques et financiers sont aussi les promoteurs d\u2019un mod\u00e8le de consommation \u00e0 outrance, d\u00e9vastateur pour la plan\u00e8te&#8230; mais imit\u00e9 par les couches moyennes. Que ceux du haut de l\u2019\u00e9chelle misent sur la d\u00e9croissance, et l\u2019effet d\u2019entra\u00eenement est assur\u00e9&#8230; La pr\u00e9servation de la plan\u00e8te passe par l\u2019\u00e9galit\u00e9. <!--more--><\/p>\n<p>Les trois ou quatre g\u00e9n\u00e9rations situ\u00e9es \u00e0 la charni\u00e8re du troisi\u00e8me mill\u00e9naire sont les premi\u00e8res dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, depuis que les bip\u00e8des arpentent la plan\u00e8te, \u00e0 se heurter aux limites de la biosph\u00e8re. Cette rencontre ne se fait pas sous le signe de l\u2019harmonie, mais sous celui d\u2019une crise \u00e9cologique majeure.Soulignons-en quelques aspects. Le premier d\u2019entre eux est l\u2019inqui\u00e9tude nouvelle des climatologues: ils raisonnent depuis quelques ann\u00e9es sur l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une irr\u00e9versibilit\u00e9 possible du changement climatique. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, on pensait qu\u2019un r\u00e9chauffement graduel interviendrait, mais que, quand l\u2019humanit\u00e9 se rendrait compte de la gravit\u00e9 de la situation, il serait possible de revenir en arri\u00e8re et de retrouver l\u2019\u00e9quilibre climatique. Les climatologues nous disent qu\u2019il est possible qu\u2019on atteigne un seuil tel que le syst\u00e8me climatique d\u00e9rape vers un d\u00e9sordre irr\u00e9versible. Plusieurs s\u00e9ries d\u2019observations nourrissent cette inqui\u00e9tude: les glaciers du Groenland fondent bien plus vite que ne le pr\u00e9voyaient les mod\u00e9lisateurs; les oc\u00e9ans pourraient pomper moins de gaz carbonique; le r\u00e9chauffement d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u0153uvre pourrait acc\u00e9l\u00e9rer la fonte du perg\u00e9lisol, cette immense couche de terre gel\u00e9e situ\u00e9e en Sib\u00e9rie et au Canada, qui de ce fait menacerait de rel\u00e2cher les quantit\u00e9s \u00e9normes de gaz carbonique et de m\u00e9thane qu\u2019elle rec\u00e8le.<\/p>\n<p>Une deuxi\u00e8me observation est que la crise \u00e9cologique ne se r\u00e9duit pas au changement climatique. Celui-ci est le ph\u00e9nom\u00e8ne le mieux connu du grand public, il n\u2019est cependant qu\u2019un volet de la crise globale, dont un autre a une importance sans doute \u00e9quivalente: l\u2019\u00e9rosion de la biodiversit\u00e9, dont l\u2019ampleur ne peut \u00eatre mieux illustr\u00e9e que par le fait que les sp\u00e9cialistes parlent de <em>\u00ab\u00a0sixi\u00e8me crise d\u2019extinction\u00a0\u00bb<\/em> pour d\u00e9signer la disparition acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e d\u2019esp\u00e8ces que notre \u00e9poque exp\u00e9rimente. La cinqui\u00e8me crise d\u2019extinction, il y a soixante-cinq millions d\u2019ann\u00e9es, avait vu la disparition des dinosaures.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me volet, peut-\u00eatre moins sensible ou moins bien synth\u00e9tis\u00e9 que la probl\u00e9matique du changement climatique: une contamination chimique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de notre environnement, dont deux aspects sont particuli\u00e8rement troublants. D\u2019une part, les cha\u00eenes alimentaires sont contamin\u00e9es, certes \u00e0 des doses minimes, par des polluants chimiques. D\u2019autre part, il appara\u00eet de plus en plus clairement que le plus grand \u00e9cosyst\u00e8me de la plan\u00e8te, l\u2019ensemble des oc\u00e9ans, que l\u2019on pensait presque infini dans sa capacit\u00e9 de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration, est de plus en plus affaibli, soit par la pollution, soit par la d\u00e9gradation de tel ou tel de ses \u00e9cosyst\u00e8mes particuliers.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" title=\"Oceans_dechets_v_1\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/images\/Oceans_dechets_v_1.jpg\" alt=\"\" width=\"227\" height=\"151\" \/><\/p>\n<p><strong>Pourquoi nos soci\u00e9t\u00e9s ne m\u00e8nent-elles pas une politique \u00e9cologique\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Cette entr\u00e9e en mati\u00e8re d\u00e9finit l\u2019urgence politique de notre \u00e9poque. Cependant, ce n\u2019est pas d\u2019aujourd\u2019hui, ni m\u00eame d\u2019hier, mais depuis plusieurs d\u00e9cennies que notre soci\u00e9t\u00e9 est avertie du p\u00e9ril. Depuis que Rachel Carson a lanc\u00e9 l\u2019alerte avec <em>Le Printemps silencieux<\/em> en 1962, depuis que, dans les ann\u00e9es 1970, la question \u00e9cologique a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 avec \u00e9clat le d\u00e9bat public, conf\u00e9rences internationales, articles scientifiques, luttes des \u00e9cologistes ont depuis lors amass\u00e9 une masse de connaissances confirmant toujours la tendance g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>Pourquoi, alors, nos soci\u00e9t\u00e9s ne s\u2019orientent-elles pas vraiment vers les politiques qui permettraient d\u2019\u00e9viter l\u2019approfondissement de la crise \u00e9cologique? C\u2019est la question cruciale. Pour y r\u00e9pondre, il faut analyser les rapports de pouvoir dans nos soci\u00e9t\u00e9s. Elles sont en effet organis\u00e9es pour bloquer ces politiques n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>Comment? Depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, le capitalisme se caract\u00e9rise par le retour de la pauvret\u00e9 dans les pays riches. Le recul du taux de pauvret\u00e9, continu depuis la fin des ann\u00e9es 1940, s\u2019est interrompu dans les pays occidentaux voire, dans certains cas, s\u2019est invers\u00e9. De m\u00eame, le nombre de personnes en situation de pr\u00e9carit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire l\u00e9g\u00e8rement au-dessus du seuil de pauvret\u00e9, augmente lui aussi de fa\u00e7on r\u00e9guli\u00e8re. Par ailleurs, au niveau mondial, le nombre de personnes en situation de pauvret\u00e9 absolue, c\u2019est-\u00e0-dire disposant de moins de 2 dollars par jour, reste de l\u2019ordre de 2 milliards, tandis que l\u2019Organisation pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture (en anglais, Food and Agricultural Organization, FAO) estime \u00e0 820 millions le nombre d\u2019humains insuffisamment nourris.<\/p>\n<p>L\u2019augmentation des in\u00e9galit\u00e9s depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es constitue un autre aspect de la crise sociale. De nombreuses \u00e9tudes l\u2019attestent. L\u2019une d\u2019entre elles, conduite par deux \u00e9conomistes de Harvard et du Federal Reserve Board, est des plus parlantes (1). Carola Frydman et Raven E. Saks ont compar\u00e9 le rapport entre le salaire gagn\u00e9 par les trois premiers dirigeants des cinq cents plus grandes entreprises am\u00e9ricaines et le salaire moyen de leurs employ\u00e9s. Cet indicateur de l\u2019\u00e9volution des in\u00e9galit\u00e9s reste stable des ann\u00e9es 1940, moment o\u00f9 commence l\u2019observation, jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1970\u00a0: les patrons des entreprises consid\u00e9r\u00e9es gagnaient environ trente-cinq fois le salaire moyen de leurs employ\u00e9s. Puis se produit un d\u00e9crochement \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980, et le rapport monte de fa\u00e7on assez r\u00e9guli\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 atteindre environ cent trente dans les ann\u00e9es 2000.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" title=\"Graphe_inegalites_v_1\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/images\/Graphe_inegalites_v_1.jpg\" alt=\"\" width=\"340\" height=\"232\" \/><\/p>\n<p><em>Evolution du rapport entre le salaire des dirigeants des 500 plus grandes entreprises des Etats-Unis et le salaire moyen de leurs employ\u00e9s<\/em> (Frydman et Saks).<\/p>\n<p>Ces \u00e9tudes signifient qu\u2019une rupture majeure est intervenue dans le fonctionnement du capitalisme depuis soixante ans. Durant ce que l\u2019on a appel\u00e9 les <em>\u00ab\u00a0trente glorieuses\u00a0\u00bb<\/em>, l\u2019enrichissement collectif permis par la hausse continue de la productivit\u00e9 \u00e9tait assez \u00e9quitablement distribu\u00e9 entre capital et travail, si bien que les rapports d\u2019in\u00e9galit\u00e9 demeuraient stables. A partir des ann\u00e9es 1980, un ensemble de circonstances, qu\u2019il n\u2019est pas lieu d\u2019analyser ici, a conduit \u00e0 un d\u00e9crochage de plus en plus prononc\u00e9 entre les d\u00e9tenteurs du capital et la masse des citoyens. L\u2019oligarchie accumule revenus et patrimoine \u00e0 un degr\u00e9 jamais vu depuis un si\u00e8cle.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" title=\"Riches-et-pauvres_v_1\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/images\/Riches-et-pauvres_v_1.jpg\" alt=\"\" width=\"227\" height=\"132\" \/><\/p>\n<p>Il est essentiel de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la fa\u00e7on concr\u00e8te dont les hyper-riches utilisent leur argent. Celui-ci n\u2019est plus cach\u00e9 comme au temps de l\u2019aust\u00e8re bourgeoisie protestante d\u00e9crite par Max Weber: il nourrit au contraire une consommation outranci\u00e8re de yachts, d\u2019avions priv\u00e9s, de r\u00e9sidences immenses, de bijoux, de montres, de voyages exotiques, d\u2019un fatras clinquant de dilapidation somptuaire. Les Fran\u00e7ais d\u00e9couvrent avec M.\u00a0Nicolas Sarkozy un exemple d\u00e9solant de ce comportement tape-\u00e0-l\u2019\u0153il.<\/p>\n<p><strong>Au coeur du probl\u00e8me\u00a0: la rivalit\u00e9 ostentatoire<\/strong><\/p>\n<p>Pourquoi cela est-il un moteur de la crise \u00e9cologique? Pour le comprendre, il nous faut nous tourner vers le grand \u00e9conomiste Thorstein Veblen, dont la pens\u00e9e \u00e9tait rang\u00e9e par Raymond Aron au m\u00eame niveau que celles de Carl von Clausewitz ou d\u2019Alexis de Tocqueville (2). Bien oubli\u00e9e aujourd\u2019hui, elle n\u2019en pr\u00e9sente pas moins une saisissante pertinence.<\/p>\n<p>R\u00e9sumons-la \u00e0 l\u2019extr\u00eame. Que disait Veblen? Que la tendance \u00e0 rivaliser est inh\u00e9rente \u00e0 la nature humaine. Chacun d\u2019entre nous a une propension \u00e0 se comparer aux autres, et cherche \u00e0 manifester par tel ou tel trait ext\u00e9rieur une petite sup\u00e9riorit\u00e9, une diff\u00e9rence symbolique par rapport aux personnes avec lesquelles il vit. Veblen ne pr\u00e9tendait pas que la nature humaine se r\u00e9duit \u00e0 ce trait, il ne le jugeait pas d\u2019un point de vue moral, il le constatait. S\u2019appuyant sur les nombreux t\u00e9moignages des ethnographes de son \u00e9poque, il constatait aussi que cette forme de rivalit\u00e9 symbolique s\u2019observe dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, poursuivait-il, toutes les soci\u00e9t\u00e9s produisent assez ais\u00e9ment la richesse n\u00e9cessaire pour satisfaire leurs besoins de nourriture, de logement, d\u2019\u00e9ducation des enfants, de convivialit\u00e9, etc. Pourtant, elles produisent g\u00e9n\u00e9ralement une quantit\u00e9 de richesses bien sup\u00e9rieure \u00e0 la satisfaction de ces besoins. Pourquoi? Parce qu\u2019il s\u2019agit de permettre \u00e0 leurs membres de se distinguer les uns des autres.<\/p>\n<p>Veblen constatait ensuite qu\u2019existent le plus souvent plusieurs classes au sein de la soci\u00e9t\u00e9. Chacune d\u2019entre elles est r\u00e9gie par le principe de la rivalit\u00e9 ostentatoire. Et, dans chaque classe, les individus prennent comme mod\u00e8le le comportement en vigueur dans la couche sociale sup\u00e9rieure, qui montre ce qu\u2019il est bien, ce qu\u2019il est chic de faire. La couche sociale imit\u00e9e prend elle-m\u00eame exemple sur celle qui est situ\u00e9e au-dessus d\u2019elle dans l\u2019\u00e9chelle de la fortune. Cette imitation se reproduit de bas en haut, si bien que la classe situ\u00e9e au sommet d\u00e9finit le mod\u00e8le culturel g\u00e9n\u00e9ral de ce qui est prestigieux, de ce qui en impose aux autres.<\/p>\n<p>Que se passe-t-il dans une soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s in\u00e9galitaire? Elle g\u00e9n\u00e8re un gaspillage \u00e9norme, parce que la dilapidation mat\u00e9rielle de l\u2019oligarchie \u2013 elle-m\u00eame en proie \u00e0 la comp\u00e9tition ostentatoire \u2013 sert d\u2019exemple \u00e0 toute la soci\u00e9t\u00e9. Chacun \u00e0 son niveau, dans la limite de ses revenus, cherche \u00e0 acqu\u00e9rir les biens et les signes les plus valoris\u00e9s. M\u00e9dias, publicit\u00e9, films, feuilletons, magazines <em>\u00ab\u00a0people\u00a0\u00bb<\/em> sont les outils de diffusion du mod\u00e8le culturel dominant.<\/p>\n<p>Comment alors l\u2019oligarchie bloque-t-elle les \u00e9volutions n\u00e9cessaires pour pr\u00e9venir l\u2019aggravation de la crise \u00e9cologique? Directement, bien s\u00fbr, par les puissants leviers \u2013 politiques, \u00e9conomiques et m\u00e9diatiques \u2013 dont elle dispose et dont elle use afin de maintenir ses privil\u00e8ges. Mais aussi indirectement, et c\u2019est d\u2019une importance \u00e9quivalente, par ce mod\u00e8le culturel de consommation qui impr\u00e8gne toute la soci\u00e9t\u00e9 et en d\u00e9finit la normalit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9duire la consommation mat\u00e9rielle<\/strong><\/p>\n<p>Nous rebouclons maintenant avec l\u2019\u00e9cologie. Pr\u00e9venir l\u2019aggravation de la crise \u00e9cologique, et m\u00eame commencer \u00e0 restaurer l\u2019environnement, est dans le principe assez simple: il faut que l\u2019humanit\u00e9 r\u00e9duise son impact sur la biosph\u00e8re. Y parvenir est \u00e9galement en principe assez simple: cela signifie r\u00e9duire nos pr\u00e9l\u00e8vements de minerais, de bois, d\u2019eau, d\u2019or, de p\u00e9trole, etc., et r\u00e9duire nos rejets de gaz \u00e0 effet de serre, de d\u00e9chets chimiques, de mati\u00e8res radioactives, d\u2019emballages, etc. Ce qui signifie r\u00e9duire la consommation mat\u00e9rielle globale de nos soci\u00e9t\u00e9s. Une telle r\u00e9duction constitue le levier essentiel pour changer la donne \u00e9cologique.<\/p>\n<p>Qui va r\u00e9duire sa consommation mat\u00e9rielle? On estime que 20 \u00e0 30\u00a0% de la population mondiale consomme 70 \u00e0 80\u00a0% des ressources tir\u00e9es chaque ann\u00e9e de la biosph\u00e8re. C\u2019est donc de ces 20 \u00e0 30\u00a0% que le changement doit venir, c\u2019est-\u00e0-dire, pour l\u2019essentiel, des peuples d\u2019Am\u00e9rique du nord, d\u2019Europe et du Japon. Au sein de ces soci\u00e9t\u00e9s surd\u00e9velopp\u00e9es, ce n\u2019est pas aux pauvres, aux salari\u00e9s modestes que l\u2019on va proposer de r\u00e9duire la consommation mat\u00e9rielle. Mais ce n\u2019est pas non plus seulement les hyper-riches qui doivent op\u00e9rer cette r\u00e9duction: car m\u00eame si MM.\u00a0Fran\u00e7ois Pinault, Vincent Bollor\u00e9, Alain Minc, Bernard Arnault, Arnaud Lagard\u00e8re [des milliardaires fran\u00e7ais], Jacques Attali et leur cort\u00e8ge d\u2019oligarques se passent de limousines avec chauffeurs, de montres clinquantes, de shopping en 4X4 \u00e0 Saint-Tropez, ils ne sont pas assez nombreux pour que cela change suffisamment l\u2019impact \u00e9cologique collectif. C\u2019est \u00e0 l\u2019ensemble des classes moyennes occidentales que doit \u00eatre propos\u00e9e la r\u00e9duction de la consommation mat\u00e9rielle.<\/p>\n<p>On voit ici que la question de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 est centrale: les classes moyennes n\u2019accepteront pas d\u2019aller dans la direction d\u2019une moindre consommation mat\u00e9rielle si perdure la situation actuelle d\u2019in\u00e9galit\u00e9, si le changement n\u00e9cessaire n\u2019est pas \u00e9quitablement adopt\u00e9. Recr\u00e9er le sentiment de solidarit\u00e9 essentiel pour parvenir \u00e0 cette r\u00e9orientation radicale de notre culture suppose \u00e9videmment que soit entrepris un resserrement rigoureux des in\u00e9galit\u00e9s \u2013 ce qui, par ailleurs, transformerait le mod\u00e8le culturel existant.<\/p>\n<p>La proposition de baisse de la consommation mat\u00e9rielle peut sembler provocante dans le bain id\u00e9ologique dans lequel nous sommes plong\u00e9s. Mais, aujourd\u2019hui, l\u2019augmentation de la consommation mat\u00e9rielle globale n\u2019est plus associ\u00e9e avec une augmentation du bien-\u00eatre collectif \u2013 elle entra\u00eene au contraire une d\u00e9gradation de ce bien-\u00eatre. Une civilisation choisissant la r\u00e9duction de la consommation mat\u00e9rielle verra par ailleurs s\u2019ouvrir la porte d\u2019autres politiques. Outill\u00e9e par le transfert de richesses que permettra la r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s, elle pourra stimuler les activit\u00e9s humaines socialement utiles et \u00e0 faible impact \u00e9cologique. Sant\u00e9, \u00e9ducation, transports, \u00e9nergie, agriculture sont autant de domaines o\u00f9 les besoins sociaux sont grands et les possibilit\u00e9s d\u2019action importantes. Il s\u2019agit de renouveler l\u2019\u00e9conomie par l\u2019id\u00e9e de l\u2019utilit\u00e9 humaine plut\u00f4t que par l\u2019obsession de la production mat\u00e9rielle, de favoriser le lien social plut\u00f4t que la satisfaction individuelle. Face \u00e0 la crise \u00e9cologique, il nous faut consommer moins pour r\u00e9partir mieux. Afin de mieux vivre ensemble plut\u00f4t que de consommer seuls.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" title=\"Chaine_v_1\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/images\/Chaine_v_1.jpg\" alt=\"\" width=\"255\" height=\"154\" \/><\/p>\n<p>&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;<\/p>\n<p><strong>Notes\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>(1) Frydman, C. &amp; Saks, R.E., \u00ab\u00a0Executive Compensation\u00a0: A New View from a Long-Run Perspective, 1936-2005\u00a0\u00bb, Finance and Economics Discussion Series 2007-35, Washington, Board of Governors of the Federal Reserve System.<\/p>\n<p>(2) Veblen, Thorstein, <em><a title=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2009\/02\/02\/theorie-de-la-classe-de-loisir\/\" href=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2009\/02\/02\/theorie-de-la-classe-de-loisir\/\">Th\u00e9orie de la classe de loisir<\/a><\/em>, Gallimard, collection Tel, Paris, 1970.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" title=\"Veblen_v_1\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/images\/Veblen_v_1.jpg\" alt=\"\" width=\"130\" height=\"170\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Source\u00a0:<\/strong> <em>>Reporterre<\/em><\/p>\n<p><strong>Pour en savoir plus\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" title=\"Comment_les_riches-Couv_poche\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/images\/Comment_les_riches-Couv_poche.jpg\" alt=\"\" width=\"128\" height=\"209\" \/><\/p>\n<p><em>Comment les riches d\u00e9truisent la plan\u00e8te<\/em> (\u00e9d. Seuil, 2007, coll. Points 2009, voir <a href=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2009\/01\/31\/comment-les-riches-detruisent-la-planete\/\" target=\"_blank\" rel=\"external\">plus d\u2019infos \u00e0 la page du livre<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La d\u00e9gradation de l\u2019environnement est intimement li\u00e9e \u00e0 la crise sociale. En effet, ceux qui d\u00e9tiennent les leviers politiques et financiers sont aussi les promoteurs d\u2019un mod\u00e8le de consommation \u00e0 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2012\/06\/08\/comment-les-riches-detruisent-le-monde\/\">Lire la suite&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":156,"featured_media":17666,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[52,124],"tags":[689,57,188,11,107,53,60,308,61,54,19],"views":8168,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17659"}],"collection":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/156"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17659"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17659\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17659"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17659"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17659"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}