{"id":201,"date":"2006-03-19T09:40:53","date_gmt":"2006-03-19T08:40:53","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2006\/03\/19\/lhommauto\/"},"modified":"2018-06-29T10:09:57","modified_gmt":"2018-06-29T09:09:57","slug":"lhommauto","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2006\/03\/19\/lhommauto\/","title":{"rendered":"L\u2019Hommauto"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-style: italic;\">Ouvrage de Bernard Charbonneau de 1967<\/span><\/p>\n<p>\u201cParis n\u2019est plus, ce n\u2019est pas Hitler mais Citro\u00ebn qui l\u2019a d\u00e9truit\u201d. Bernard Charbonneau <!--more--><\/p>\n<p>Bernard Charbonneau est l\u2019auteur d\u2019une vingtaine d\u2019ouvrages (dont une dizaine environ que l\u2019on peut trouver en librairie), sans compter plusieurs in\u00e9dits. (Publication prochaine de : \u201cComment ne pas penser\u201d aux \u00c9dition Opales.) Il a \u00e9galement publi\u00e9 de nombreux articles dans des revues et journaux divers telles que \u201cLa Gueule Ouverte\u201d, o\u00f9 il tenait, dans les ann\u00e9es 70\/80, sa \u201cChronique du terrain vague\u201d alors que, dans le m\u00eame temps, il s\u2019exprimait dans les revues protestantes \u201cR\u00e9forme\u201d ou \u201cFoi et Vie\u201d. Plus tard, il collaborera r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 la revue \u00e9cologiste \u201cCombat Nature\u201d.<\/p>\n<p>Homme de parole, de convictions et de fid\u00e9lit\u00e9, penseur paradoxal, toujours en qu\u00eate de son Graal, la \u201clibert\u00e9\u201d. Pour Bernard Charbonneau la libert\u00e9 n\u2019est pas donn\u00e9e, elle est \u00e0 prendre.<\/p>\n<p>Ses craintes de la voir r\u00e9duite s\u2019expriment aussi dans  l\u2019hommauto.<\/p>\n<p>Jacques Ellul (1912-1994), sociologue et th\u00e9ologien, sans doute plus connu aux \u00c9tats-Unis qu\u2019en France et auteur notamment de l\u2019ouvrage intitul\u00e9 \u201d la technique ou l\u2019enjeu du si\u00e8cle\u201d (1954, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 1990) \u00e9tait l\u2019ami de Bernard Charbonneau et se reconnaissait comme son disciple. L\u2019un comme l\u2019autre ont mis en lumi\u00e8re les effets pervers d\u2019une techno-science sans conscience.<\/p>\n<p>\u201cNotre table rase\u201d, et \u201d Tristes Campagnes \u201d aujourd\u2019hui introuvables, font partie avec \u201cL\u2019hommauto\u201d de ces pamphlets publi\u00e9s chez Deno\u00ebl autour des ann\u00e9es 1970.<\/p>\n<p>Bernard Charbonneau supportait mal la vie dans les grandes villes en g\u00e9n\u00e9ral et la vie parisienne en particulier. Quand, par exemple, contraint de se rendre chez son \u00e9diteur, il \u00e9tait amen\u00e9 \u00e0 prendre le m\u00e9tro, la foule compacte qui se pressait l\u2019effrayait; \u201chydre aux mille visages anonymes et ferm\u00e9s\u201d. Il est \u00e9vident qu\u2019il pr\u00e9f\u00e9rait la marche \u00e0 pied, la lenteur, le silence, propice \u00e0 la m\u00e9ditation, \u00e0 la r\u00e9flexion, \u00e0 une forme de volupt\u00e9. Car ce penseur exigeant (et m\u00eame dur) avec lui-m\u00eame comme avec les autres \u00e9tait aussi un sensuel, encore un de ses paradoxes.<\/p>\n<p>Certes il n\u2019aimait pas beaucoup la voiture (il disait plut\u00f4t avec un brin de m\u00e9pris : \u201cla bagnole\u201d) mais il ne la rejetait pas totalement, car il n\u2019\u00e9tait pas hostile par principe \u00e0 toute innovation technologique ; en fait il se m\u00e9fiait d\u2019un moyen de transport qui, sous pr\u00e9texte de nous lib\u00e9rer, pouvait nous asservir. En outre il craignait de voir poindre le spectre d\u2019un syst\u00e8me totalitaire \u201cun implacable totalitarisme routier\u201d pour \u00e9viter \u201cl\u2019Apocalypse de l\u2019explosion ou de la paralysie automobile\u201d .<\/p>\n<p>En somme Bernard Charbonneau n\u2019a cess\u00e9 de d\u00e9fendre l\u2019id\u00e9e que toute innovation avant d\u2019\u00eatre adopt\u00e9e devrait \u00eatre l\u2019objet d\u2019une r\u00e9flexion approfondie, d\u2019un d\u00e9bat, et que tous les param\u00e8tres devaient \u00eatre pris en compte, avant de d\u00e9cr\u00e9ter qu\u2019il s\u2019agit bien d\u2019un progr\u00e8s. Un tel souci qui semble pourtant frapp\u00e9 au coin du bon sens ne pouvait qu\u2019appara\u00eetre comme utopique, parce qu\u2019incompatible d\u2019une part avec le mythe du Progr\u00e8s (qui veut que tout changement soit une am\u00e9lioration) et d\u2019autre part avec les int\u00e9r\u00eats notamment \u00e9conomiques qui sont en jeu chaque fois qu\u2019est lanc\u00e9 un projet ou un produit nouveau.<\/p>\n<p>Dans le cas de \u201cla bagnole\u201d, Bernard Charbonneau appelle de ses v\u0153ux un autre chauffeur qui ne soit pas ali\u00e9n\u00e9 par sa cr\u00e9ation et une autre voiture. Un chauffeur qui \u201d reprenne le volant \u201d et dont la voiture (terme pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 celui d\u2019auto-mobile) soit remise \u00e0 sa place. Con\u00e7ue par l\u2019homme, conscient et responsable, afin d\u2019\u00eatre \u00e0 son service et refusant qu\u2019un objet ne d\u00e9vore son temps, son espace et finalement sa vie.<\/p>\n<p>Par rapport \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie de la bagnole, Bernard Charbonneau renvoie dos \u00e0 dos gauche et droite, socialistes et capitalistes, bourgeois et prol\u00e9taires. On sait que la phras\u00e9ologie de gauche emprunte traditionnellement \u00e0 la mythologie progressiste et malgr\u00e9 la relative d\u00e9valuation du mythe, elle continue \u00e0 utiliser ce vieux ressort. La religion du Progr\u00e8s nous a en effet enseign\u00e9 qu\u2019il fallait aller de l\u2019avant, que demain \u00e9tait forc\u00e9ment mieux qu\u2019hier\u2026 Dans son avis introductif au lecteur, Bernard Charbonneau n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 pousser ce cri : \u201cStop! Voie sans issue! Demi-tour!\u201d<\/p>\n<p>Certains mots reviennent dans ses \u00e9crits comme des cauchemars : \u201cbanlieue\u201d, \u201czone\u201d, \u201cterrain vague\u201d, \u201climbes\u201d\u2026 Vision apocalyptique d\u2019un monde de laideur, d\u2019uniformit\u00e9 et de d\u00e9solation. A plusieurs reprises il exprime sa crainte de voir le \u201csyst\u00e8me\u201d n\u2019engendrer que le chaos\u2026 \u201cA moins que\u2026\u201d ajoute-t-il\u2026 A moins que l\u2019individu ne se d\u00e9cide enfin \u00e0 reprendre en main son destin.<\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic;\">L\u2019Hommauto Essai Bernard de Charbonneau (Deno\u00ebl 1967, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en novembre 2003) Ouvrage d\u00e9di\u00e9 \u201cau mort inconnu de la seconde tuerie motoris\u00e9e\u201d<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">AVIS AU CONDUCTEUR :<\/span> R\u00e9sum\u00e9 de la th\u00e8se\u2026 &#8211; Le nouveau Dieu c\u2019est la machine\u2026 en l\u2019occurrence \u201d ce gros cafard aux yeux fixes : l\u2019automobile \u201c. \u201d A 150, elle fonce droit au but, vers l\u2019avenir. Lequel ? Nul ne sait. \u201d &#8211; Importance de l\u2019\u00e9conomie de la bagnole\u2026 L\u2019auto envahit le temps et l\u2019espace\u2026 &#8211; L\u2019homme occidental tend \u00e0 faire corps avec sa bagnole\u2026 Lhommauto forme un tout dans sa coquille \u00e0 moteur. Un d\u00e9licat mammif\u00e8re enferm\u00e9 dans une coquille de m\u00e9tal. L\u2019auto-mobile commande\u2026 \u201d Nous y vivons, mangeons, dormons, nous y faisons l\u2019amour et nous y mourons\u2026 \u201d &#8211; Sacrifice sanglant \u00e0 la divinit\u00e9 : l\u2019h\u00e9catombe routi\u00e8re\u2026 &#8211; Le chauffeur reprendra-t-il le volant ? Bernard Charbonneau craint qu\u2019il ne faille changer \u00e0 la fois la bagnole et le chauffeur. Et Bernard Charbonneau d\u2019inviter aussi \u00e0 marcher, tout simplement\u2026<\/p>\n<p>Compl\u00e9t\u00e9 par le chapitre introductif intitul\u00e9 : <span style=\"font-weight: bold;\">AUTO-MOBILE<\/span><\/p>\n<p>\u201cL\u2019Occidental a invent\u00e9 l\u2019auto pour aller o\u00f9 il veut ; et finalement il va o\u00f9 va la bagnole, c\u2019est-\u00e0-dire n\u2019importe o\u00f9 car une machine est sans pens\u00e9e.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">I. HISTORIQUE DE LA BAGNOLE<\/span><\/p>\n<p>Pendant des mill\u00e9naires et des mill\u00e9naires, l\u2019homme n\u2019a \u00e9t\u00e9 que fort peu mobile. Ce n\u2019est que pouss\u00e9 par l\u2019extr\u00eame n\u00e9cessit\u00e9: la faim, la peur, le danger ou entra\u00een\u00e9 dans quelque aventure violente \u00e0 la suite d\u2019un chef persuasif, que l\u2019homme que ce soit \u00e0 pied et en haillons ou \u00e0 cheval et arm\u00e9 de pied en cap se mettait en route. \u2026<\/p>\n<p>\u201cMais l\u2019homme n\u2019est pas un arbre ; bient\u00f4t quelque chose se mit \u00e0 bouger, dans son corps ou dans sa t\u00eate. LE R\u00caVE DE LIBERT\u00c9 HANTE L\u2019IMMOBILE\u2026<\/p>\n<p>Bernard Charbonneau peint d\u2019une mani\u00e8re humoristique l\u2019\u00e9volution des techniques qui a conduit \u00e0 l\u2019automobile de la 2e partie du XXe si\u00e8cle. Au d\u00e9part il y a le r\u00eave prom\u00e9th\u00e9en de l\u2019homme, son besoin de ne pas accepter sa condition de pi\u00e9ton, son d\u00e9sir de libert\u00e9. C\u2019est le \u201d d\u00e9mon de la connaissance et celui de l\u2019absolu \u201d ont pouss\u00e9 l\u2019homme \u00e0 inventer. Le \u201d r\u00eave de libert\u00e9 hantant l\u2019immobile \u201d et \u201d l\u2019esprit s\u2019exasp\u00e9rant de ces cuisses et de ces pieds pesants\u2026 alors il fut invent\u00e9 la roue\u201d.<\/p>\n<p>La libert\u00e9, l\u2019automobile id\u00e9ale, c\u2019est \u201cle Saint-Esprit qui souffle o\u00f9 il veut. La puissance du moteur est absolue, tandis que le poids du ch\u00e2ssis est nul : donc pas de probl\u00e8me de freinage, ni de parking ; libre de tout ravitaillement, ind\u00e9pendant de l\u2019infrastructure, capable d\u2019atterrir n\u2019importe o\u00f9, le Saint-Esprit des chr\u00e9tiens r\u00e9alise le r\u00eave auto-mobile, la libert\u00e9 absolue : la symbiose de l\u2019auto et de l\u2019avion. A un niveau plus modeste, l\u2019auto-mobile est un produit de la libert\u00e9 bourgeoise\u2026 une libert\u00e9 de s\u00e9rie\u2026 \u201d<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">II. DE L\u2019ESP\u00c8CE ET DES GENRES AUTOMOBILES<\/span><\/p>\n<p>Mais l\u2019auto c\u2019est aussi le tank, le tracteur, l\u2019autocar qui permet de retrouver en vacances, la promiscuit\u00e9 du quotidien: \u201d Irun-S\u00e9ville et retour en cuisant dans les steppes de Ciudad R\u00e9al \u201c. Quant au camion (\u201d costaud et goguenard \u201c) il r\u00e8gne et il emmerde tout le monde!<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">III. MORPHOLOGIE DE LA BAGNOLE<\/span><\/p>\n<p>Le p\u00e9trole est partout : gaz d\u2019\u00e9chappements, bitume, on parle de produits canc\u00e9rig\u00e8nes mais \u201cle seul (?) cancer provoqu\u00e9 par Esso c\u2019est la prolif\u00e9ration des bagnoles et du plastique\u201d\u2026 Poussant plus loin la satire, Bernard Charbonneau qui consid\u00e8re que le bolide est pr\u00e9vu pour rouler et rouler toujours, peu importe le but. \u00c9changeurs et autostrades symbolisent cette fuite, ce flot continu. Dans cette perspective, le frein est un \u00e9l\u00e9ment n\u00e9gatif, h\u00e9rissons, chats ou poulets font les frais du manque de contr\u00f4le de l\u2019objet par le sujet quand ce n\u2019est pas le cycliste ou le pi\u00e9ton. Quant au pare-chocs il \u201cpare assez bien celui du chat ou du poulet, d\u00e9j\u00e0 moins celui de l\u2019affreux v\u00e9lo dont le guidon peut encorner la carrosserie ; pour ce qui est de parer le choc du platane, le pare-chocs terroris\u00e9 court se cacher sous la banquette arri\u00e8re.\u201d \u201cPlus de h\u00e9rissons, ni de chiens, ni de chats, mais une \u00e9toile de tripes vite absorb\u00e9e par le goudron.\u201d \u201cDe plus en plus l\u2019homme fait corps avec la voiture\u201d comme Jonas dans sa baleine. Nous sommes ici \u00e0 la limite de la science fiction, \u00e0 l\u2019aube du meilleur des mondes automobiles, quand le r\u00eave de libert\u00e9 s\u2019est mu\u00e9 en cauchemar. Voici le mutant, l\u2019hommauto. \u201cDans le sein de l\u2019auto l\u2019homme mue ; coinc\u00e9 dans sa 4 CV, il se ratatine en prenant la position confortable du f\u0153tus. Le cul, bient\u00f4t de plomb, s\u2019\u00e9crase pour coller en ventouse au dunlopillo ; tandis que les reins \u00e9pousent le dossier, le ventre pro\u00e9mine.\u201d<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">IV. SOCIOLOGIE DE LA BAGNOLE<\/span><\/p>\n<p>\u201cLe char du progr\u00e8s s\u2019est \u00e9branl\u00e9, et peu \u00e0 peu il s\u2019acc\u00e9l\u00e8re ; mais il n\u2019emporte pas seulement ses passagers, avec lui c\u2019est l\u2019univers humain tout entier qui d\u00e9marre.\u201d \u201cAinsi la courbe de la production automobile monte sans arr\u00eat vers la noosph\u00e8re de la Bagnole absolue.\u201d Il faut adapter la ville \u00e0 la voiture et pourquoi pas l\u2019homme. On voit bien comment le probl\u00e8me se pose, par exemple \u00e0 Paris et combien sont immenses les efforts \u00e0 d\u00e9ployer pour reconqu\u00e9rir quelques espaces pour les pi\u00e9tons. \u201cLa machine \u00e0 essence est notre fatum autant que l\u2019outil de notre libert\u00e9.\u201d \u201cLa politique est l\u2019art de l\u2019adaptation de l\u2019homme et de son esprit au r\u00e9el, c\u2019est-\u00e0-dire aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019automobile\u2026 le gouvernement n\u2019a plus le temps de pr\u00e9voir comme autrefois, et ce qu\u2019il appelle faire l\u2019Histoire, c\u2019est courir apr\u00e8s la bagnole.\u201d \u201cEt si la religion et l\u2019id\u00e9ologie ne suffisent pas \u00e0 \u00e9luder les probl\u00e8mes pos\u00e9s par l\u2019auto, il nous reste un ultime espoir : la science.\u201d \u201cMais la science comme l\u2019auto n\u2019\u00e9tant qu\u2019un moyen qui ne se r\u00e9f\u00e8re en principe \u00e0 aucun crit\u00e8re religieux ou moral, au nom de quoi s\u2019\u00e9l\u00e8verait-elle au-dessus de la soci\u00e9t\u00e9 qui la finance?\u201d Science sans conscience\u2026 \u201cR\u00e9alistes\u201d et id\u00e9alistes \u00e9nervent Bernard Charbonneau, car ils sont complices du processus: \u201cl\u2019abandon au progr\u00e8s postule l\u2019immuable. Nous pouvons appuyer sur le champignon, la France sera toujours la France, qu\u2019elle soit munie d\u2019une lance ou d\u2019une bombe H\u2026L\u2019homme peut muer et se mouvoir \u00e0 l\u2019infini, il ne risque pas de dispara\u00eetre ; il n\u2019y a pas de nature humaine. Pour se rassurer, il suffit de s\u2019en tenir au r\u00e9el, et \u00e0 l\u2019imm\u00e9diat : au compteur ou \u00e0 l\u2019essuie glace, tout au plus \u00e0 la route qu\u2019il faut quand m\u00eame consid\u00e9rer.\u201d<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\"><\/p>\n<p>DEUXI\u00c8ME PARTIE : MOURIR EN BAGNOLE DU SACRIFICE AUTOMOBILE<\/span><\/p>\n<p>L\u2019auto c\u2019est aussi un symbole de pouvoir, un moyen de se distinguer et un d\u00e9fouloir pour P\u00e9cuchet. \u201cFreud ne pourrait-il s\u2019associer \u00e0 Citro\u00ebn pour donner \u00e0 la DS l\u2019occasion de satisfaire sa libido? Au lieu de platanes intraitables, les bas-c\u00f4t\u00e9s seraient peupl\u00e9s de chiens, de chats _ et pourquoi pas? _ de vieillards en plastique. L\u2019auto sans danger pour elle et pour les autres, pourrait leur passer sur le corps ; les cr\u00e2nes en poly\u00e9thyl\u00e8ne \u00e9clateraient comme des noix, un pseudo sang giclerait d\u2019entrailles bleu\u00e2tres en nylon\u2026\u201d<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">DU CADAVRE AUTOMOBILE<\/span><\/p>\n<p>La bagnole occupe l\u2019espace (parkings, autostrades, \u00e9changeurs, restoroutes etc. etc. et ses d\u00e9chets jalonnent le paysage. Bernard Charbonneau parle de la situation d\u2019apr\u00e8s-guerre et d\u2019une \u00e9poque ou la bagnole \u00e9tait reine. Certes au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle elle n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 remise \u00e0 sa place : elle occupe bien trop d\u2019espace, entra\u00eene autant de victimes qu\u2019une guerre ou qu\u2019une \u00e9pid\u00e9mie, l\u2019hommotau qui ne sait vivre sans sa bagnole et qui ne peut faire un kilom\u00e8tre \u00e0 pieds n\u2019a certes pas disparu. La bagnole est toujours un produit qui a une forte valeur symbolique mais il est vrai aussi, les \u00e9colos n\u2019y \u00e9tant pas pour rien (et parce que c\u2019est \u00e9conomiquement rentable) que de nos jours le recyclage des pi\u00e8ces et des mat\u00e9riaux s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, qu\u2019on voit de moins en moins d\u2019\u00e9paves abandonn\u00e9es au bord des routes ou en plein champ. La vision de la bagnole finissant sa vie \u00e0 la campagne n\u2019en est pas moins pittoresque. La bagnole est ici personnalis\u00e9e, et la nature reprend ses droits, ce qui relativise quelque peu le triomphe de la technique. Bernard Charbonneau pose sur ces \u00e9paves un regard \u00e0 la fois critique et amus\u00e9. La peinture qu\u2019il en fait pourrait inspirer un artiste contemporain.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">CONCLUSION : ARRIVER EN VOITURE<\/span><\/p>\n<p>Fatalisme :\u201dLa justification automobile n\u2019a rien d\u2019original. Comme toute soci\u00e9t\u00e9, celle-ci pr\u00e9serve sa structure par deux ordres d\u2019arguments : l\u2019auto est ce qui est , donc ce qui doit \u00eatre ; mais par ailleurs il est vain de la mettre en cause, parce qu\u2019en quelque sorte elle n\u2019existe pas. L\u2019automobile est un fait, la n\u00e9cessit\u00e9 _ historique ou divine, peu importe, cela d\u00e9pend si le chauffeur est marxiste ou catholique , que nous ne pouvons esquiver. Elle est aussi le but supr\u00eame : la libert\u00e9 et le bonheur pour tous, que la soci\u00e9t\u00e9 se doit de r\u00e9aliser.<\/p>\n<p>Bernard Charbonneau, on le voit bien, aime ce qui est \u00e0 l\u2019\u00e9chelle humaine : la lenteur de la marche \u00e0 pied ou les d\u00e9placements \u00e0 v\u00e9lo, le contact direct avec la nature et ses semblables. En m\u00eame temps il comprend que l\u2019homme s\u2019il a des racines n\u2019est pas un arbre et que son d\u00e9sir, sa curiosit\u00e9, son orgueil peut-\u00eatre, le pousse en avant. Bernard Charbonneau lui-m\u00eame a milit\u00e9 pour un changement des rapports et des relations humaines. Il sait que rien n\u2019est jamais fig\u00e9 et il milite pour que l\u2019homme, l\u2019individu, la personne humaine, prenne en main son destin, qu\u2019il se r\u00e9volte contre \u201cla force des choses\u201d et n\u2019accepte pas d\u2019\u00eatre ali\u00e9n\u00e9 que ce soit par la machine ou par quelque pouvoir totalitaire que se soit (Etat, id\u00e9ologie ou \u00e9glise). Enfin, Bernard Charbonneau qui entend toujours proposer une alternative \u00e0 l\u2019apocalypse et au chaos propose de penser \u201cun autre chauffeur\u201d et \u201cune autre voiture\u201d. La bagnole serait remise \u00e0 sa place. Car la bagnole n\u2019est pas \u201cla libert\u00e9\u201d, elle n\u2019est qu\u2019un moyen de transport qui devrait \u00eatre le plus s\u00fbr et le moins polluant possible. Mais il y en a d\u2019autres et le pi\u00e9ton devrait ainsi retrouver ses droits.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2006\/03\/hommauto.gif\" alt=\"\" width=\"95\" height=\"167\" class=\"alignnone size-full wp-image-40150\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ouvrage de Bernard Charbonneau de 1967 \u201cParis n\u2019est plus, ce n\u2019est pas Hitler mais Citro\u00ebn qui l\u2019a d\u00e9truit\u201d. Bernard Charbonneau<\/p>\n","protected":false},"author":271,"featured_media":34882,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[17],"tags":[185,916,855,402,11,138,479,60,16,59,198,915,115,1665,234,365,106,44,833,45,101,287,836,482,319,831,19,214,829],"views":8242,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/201"}],"collection":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/271"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=201"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/201\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/34882"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=201"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=201"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=201"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}