{"id":20603,"date":"2013-09-19T09:01:42","date_gmt":"2013-09-19T08:01:42","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=20603"},"modified":"2022-05-11T11:32:46","modified_gmt":"2022-05-11T10:32:46","slug":"marcel-marien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2013\/09\/19\/marcel-marien\/","title":{"rendered":"Marcel Mari\u00ebn"},"content":{"rendered":"<p>Il y a 20 ans, le 19 septembre 1993, d\u00e9c\u00e9dait le faussaire surr\u00e9aliste belge Marcel Mari\u00ebn. \u00c9crivain, po\u00e8te, essayiste, \u00e9diteur, photographe, cin\u00e9aste, historien du surr\u00e9alisme, cr\u00e9ateur de collages et d&rsquo;objets insolites, Marcel Mari\u00ebn est probablement aussi l&rsquo;auteur du premier texte anti-voitures de l&rsquo;Histoire. <!--more--><\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Anvers d&rsquo;une m\u00e8re wallonne et d&rsquo;un p\u00e8re flamand, Marcel Mari\u00ebn entre en 1933 au lyc\u00e9e d&rsquo;Anvers o\u00f9 il \u00e9prouve des difficult\u00e9s d&rsquo;adaptation, l&rsquo;enseignement y \u00e9tant enti\u00e8rement donn\u00e9 en flamand. Le jour de ses quinze ans, il est plac\u00e9 comme apprenti chez un photographe et s&rsquo;essaie lui-m\u00eame \u00e0 la photographie. La m\u00eame ann\u00e9e, il fr\u00e9quente l&rsquo;\u00c9cole populaire sup\u00e9rieure pour les travailleurs et d\u00e9couvre dans une exposition deux tableaux de Ren\u00e9 Magritte. En 1936, il d\u00e9couvre les livres et les revues surr\u00e9alistes, commence \u00e0 \u00e9crire des po\u00e8mes dans leur esprit. Coursier et gratte-papier chez un agent de change dont il d\u00e9tourne quelques sommes, il va voir en 1937 \u00e0 Bruxelles Ren\u00e9 Magritte, rencontre ainsi Paul Colinet puis Louis Scutenaire, Ir\u00e8ne Hamoir, Paul Noug\u00e9, et participe en septembre \u00e0 l&rsquo;exposition surr\u00e9aliste organis\u00e9e par E. L. T. Mesens \u00e0 Londres. Il y expose son premier objet, <em>L&rsquo;introuvable<\/em> (titre donn\u00e9 par Magritte), ses lunettes, qu&rsquo;il vient de casser, r\u00e9duites \u00e0 un seul verre et deux branches.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" title=\"Marcel Marien, L'introuvable, 1937\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/images\/Marcel-Marien-Lintrouvable-1937.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"298\" \/><br \/>\n<em>Marcel Mari\u00ebn, L&rsquo;introuvable (1937)<\/em><\/p>\n<p>Faisant \u00e0 partir de janvier 1939, pour dix-sept mois, son service militaire \u00e0 Anvers, Mari\u00ebn collabore en janvier 1940 \u00e0 <em>L&rsquo;Invention collective<\/em> de Magritte et Ubac. Pendant son service dans l\u2019arm\u00e9e belge, il fabrique des permissions \u00e0 la cha\u00eene en contrefaisant la signature de son commandant. En 1939, il \u00e9crit au roi L\u00e9opold III pour lui sugg\u00e9rer \u00ab\u00a0<em>d\u2019intervenir sans tarder pour que l\u2019on \u00e9lev\u00e2t anticipativement un monument aux morts de la guerre qui s\u2019annon\u00e7ait <\/em>\u00bb. Il signe sa requ\u00eate L\u00e9on Degrelle.<\/p>\n<p>Lors de l&rsquo;invasion de la Belgique, il soigne les bless\u00e9s \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital d&rsquo;Anvers avant d&rsquo;\u00eatre \u00e9vacu\u00e9 en mai, transportant avec lui deux grandes valises bourr\u00e9es de livres dont il r\u00e9ussira \u00e0 ne pas se s\u00e9parer. Repli\u00e9 sur Dunkerque et Berck, il est fait prisonnier, regagnant \u00e0 pied Anvers puis traversant la Belgique en camion, men\u00e9 en train \u00e0 Nuremberg puis au camp de G\u00f6rlitz en Haute-Sil\u00e9sie, affect\u00e9 pr\u00e8s de Hohenelbe (Vrchlabi, en tch\u00e8que) au d\u00e9boisement et au terrassement. Apr\u00e8s neuf mois de captivit\u00e9, il est en 1941 lib\u00e9r\u00e9 \u00e0 Anvers, retrouve \u00e0 Bruxelles (en bicyclette) Magritte, Noug\u00e9, Scutenaire, Ubac et rencontre Christian Dotremont. Il fonde alors les \u00e9ditions <em>L&rsquo;Aiguille aimant\u00e9e<\/em> (nom donn\u00e9 par Noug\u00e9) qui publie notamment Moralit\u00e9 du sommeil de Paul \u00c9luard, avec trois dessins de Magritte, et fait la connaissance d&rsquo;\u00ab Elisabeth \u00bb qui sera durant dix ans l&rsquo;une de ses passions les plus durables.<\/p>\n<p>Mari\u00ebn participe rapidement avec Scutenaire et Noug\u00e9 \u00e0 l&rsquo;invention des titres des peintures de Magritte. \u00c0 partir de 1942 il se rend fr\u00e9quemment \u00e0 Paris transportant clandestinement pour un commerce ill\u00e9gal des toiles de Renoir, Picasso, L\u00e9ger, Chirico ou Magritte. \u00ab <em>De 1942 \u00e0 1946, je vendis un nombre important de dessins et de tableaux, attribu\u00e9s principalement \u00e0 Picasso, Braque et Chirico, tous confectionn\u00e9s par Magritte<\/em> \u00bb, \u00e9crit-il lui-m\u00eame. Il peut ainsi publier plusieurs ouvrages sous l&rsquo;enseigne<em> Le Miroir infid\u00e8le<\/em>. Autour de la revue <em>La Main \u00e0 plume<\/em>, il rencontre \u00e0 Paris Queneau, Leiris, le peintre Dominguez. En ao\u00fbt 1943 il publie la premi\u00e8re biographie de Magritte dont il d\u00e9fendra en 1947, dans <em>Les corrections naturelles<\/em>, la \u00ab p\u00e9riode Renoir \u00bb. \u00c0 Louvain il prononce avec Dotremont une conf\u00e9rence sur le surr\u00e9alisme. En 1945 Mari\u00ebn collabore \u00e0 la revue<em> Le Ciel bleu<\/em> avec Colinet et Dotremont, commence de publier avec Magritte une s\u00e9rie de prospectus et tracts mystificateurs et subversifs (<em>L&rsquo;imb\u00e9cile, L&#8217;emmerdeur <\/em>et <em>L&rsquo;enculeur<\/em>, ces deux derniers saisis par la poste), publie<em> La terre n&rsquo;est pas une vall\u00e9e de larmes <\/em>(Breton, Char, Colinet, Dominguez, Dotremont, Eluard, Ir\u00e8ne Hamoir, Magritte, Picasso, Queneau, Scutenaire, Ubac) et, en 1946 et 1947, \u00e9dite la collection <em>Le Miroir infid\u00e8le<\/em>.<\/p>\n<p>En 1948 Mari\u00ebn s&rsquo;installe comme bouquiniste \u00e0 Bruxelles, survivant gr\u00e2ce \u00e0 des travaux de dactylographie. Il envisage avec Noug\u00e9 la reprise de <em>Correspondance<\/em>. \u00ab <em>Par n\u00e9cessit\u00e9 autant que par d\u00e9sespoir sentimental<\/em> \u00bb, il s&rsquo;engage en d\u00e9cembre 1951 \u00e0 Rotterdam comme gar\u00e7on de mess sur le \u00ab <em>Silver Ocean<\/em> \u00bb, battant pavillon su\u00e9dois, cargo \u00e9quip\u00e9 de cales frigorifiques pour le transport des fruits. Il fait ainsi la navette entre les Antilles fran\u00e7aises (Fort-de-France ou Basse-Terre) et la Normandie (Rouen ou Dieppe), pratiquant la contrebande de cigarettes et de parfums. Son retour \u00e0 Bruxelles est f\u00eat\u00e9 le 8 mars 1953 par un banquet, chez Geert van Bruaene, auquel participent Goemans et Colinet, E. L. T. Mesens, Ren\u00e9 et Georgette Magritte, Ir\u00e8ne Hamoir et Louis Scutenaire. Mari\u00ebn vit alors quelque temps avec une prostitu\u00e9e du quartier de la gare du Nord, \u00e9crit des articles pour le conseiller culturel sovi\u00e9tique, \u00e9coule sur la proposition de Ren\u00e9 Magritte, avec son fr\u00e8re Paul Magritte, un stock de 500 faux billets de 100 francs belges qu&rsquo;il assure dans ses m\u00e9moires avoir \u00e9t\u00e9 dessin\u00e9s et grav\u00e9s par le peintre. D\u00e8s mars 1953 il rencontre Jane Graverol lors du vernissage d&rsquo;une exposition de Magritte qu&rsquo;elle organise dans la cave de<em> Temps m\u00eal\u00e9s<\/em> qu&rsquo;a fond\u00e9 en d\u00e9cembre 1952 Andr\u00e9 Blavier \u00e0 Verviers. Durant une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es il vivra avec elle une liaison tumultueuse. Ils fondent ensemble avec Noug\u00e9 la revue <em>Les L\u00e8vres nues<\/em>, subversive, anticl\u00e9ricale et staliniste, qui para\u00eet en avril 1954 et publie en janvier 1956 <em>Histoire de ne pas rire<\/em>, recueil des \u00e9crits th\u00e9oriques de Noug\u00e9. Il rompt avec Magritte en 1954.<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 1955, il a l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;envoyer des cartons d\u2019invitations dupeurs \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie d\u2019hommage \u00e0 un Andr\u00e9 Breton qui se prend trop au s\u00e9rieux: \u00ab\u00a0<em>Dans un froid glacial, une cinquantaine de personnes, dont la presse et la radio, s\u2019\u00e9taient rendues \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Lutecia pour y tomber sur un colloque des Auvergnats de Paris, marchands de bois-charbon.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e, il cr\u00e9e le Prix de la B\u00eatise Humaine qui est d\u00e9cern\u00e9 conjointement au roi Baudouin, pour son voyage au Congo belge et \u00e0 Andr\u00e9 Malraux pour l\u2019ensemble de son \u0153uvre esth\u00e9tique.<\/p>\n<p>Marcel Mari\u00ebn \u00e9crit en 1956 un texte pr\u00e9curseur qui se pr\u00e9sente comme une violente charge contre l&rsquo;automobile, \u00ab\u00a0<em>des B\u00e2tons dans les Roues<\/em>\u00ab\u00a0. C&rsquo;est sans doute l&rsquo;un des tous premiers textes historiques qui d\u00e9nonce l&rsquo;automobile, bien avant <a title=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/author\/ivanillich\/\" href=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/author\/ivanillich\/\" target=\"_blank\">Ivan Illich<\/a> ou <a title=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/author\/andre-gorz\/\" href=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/author\/andre-gorz\/\" target=\"_blank\">Andr\u00e9 Gorz<\/a> :<\/p>\n<blockquote><p><em>Les adversaires d\u00e9clar\u00e9s d\u2019un progr\u00e8s absurde et moribond, de toute  \u00e9vidence d\u00e9pass\u00e9, sans attendre le nettoyage politique et moral de la  soci\u00e9t\u00e9, se constitueront en fractions occultes et agissantes, et  entameront d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent une lutte sans merci contre l\u2019automobile. On  mobilisera comme on peut, pour cette mission civilisatrice la canaille  des bas-fonds, les d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s de toutes cat\u00e9gories (philat\u00e9listes,  souteneurs, terrassiers, etc.), les enfants des \u00e9coles et les vieillards  des hospices. Nous laissons aux ex\u00e9cutants le soin de nuancer, de  varier au gr\u00e9 des circonstances les moyens qui r\u00e9pondent le mieux \u00e0 cet  imp\u00e9ratif: rendre toujours plus intol\u00e9rable la fonction d\u2019automobiliste,  engeance qu\u2019il s\u2019agit litt\u00e9ralement de faire enrager, de fa\u00e7on \u00e0 la  contraindre, par le d\u00e9sespoir ou la honte, \u00e0 renoncer \u00e0 sa provocante  ferraille.<\/em><\/p>\n<p><em>Au d\u00e9but, on se bornera \u00e0 provoquer des embouteillages en d\u00e9traquant  syst\u00e9matiquement  la signalisation. (En bloquant les feux rouges, par  exemple ou encore en faussant les plaques indicatrices: le sens interdit  \u00e0 chaque extr\u00e9mit\u00e9 de la rue, le sens giratoire multipli\u00e9 de telle  mani\u00e8re que les v\u00e9hicules soient entra\u00een\u00e9s dans des remous concentriques  avant qu\u2019ils ne puissent r\u00e9aliser ce qui leur arrive). Une simple  interruption du trafic, si elle se prolonge au-del\u00e0 de quelques minutes,  suffit aujourd\u2019hui \u00e0 paralyser pour des heures la circulation, chaque  colonne immobilis\u00e9e de voitures entravant le trafic lat\u00e9ral et, par  ricochet, celui de la ville toute enti\u00e8re. Il conviendra donc d\u2019\u00e9tudier  et de dresser les plans d\u2019une strat\u00e9gie g\u00e9n\u00e9rale portant sur les  fr\u00e9quences et les densit\u00e9s de la circulation pour l\u2019ensemble de la ville  donn\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p><em>Voil\u00e0 de quoi occuper louablement la jeunesse, cette jeunesse qui ne saurait \u00eatre assez d\u00e9linquante.  Les enfants, eux non plus, ne sont pas \u00e0 n\u00e9gliger. Les po\u00e8tes de 7 ans,  m\u00e9prisant les conf\u00e9rences de presse et les cocktails litt\u00e9raires,  favoris\u00e9s par leur taille menue, ne manqueront pas de remettre en  honneur le morceau de sucre, plus maniable et non moins efficace que la  dynamite, et que d\u2019une main discr\u00e8te ils glisseront adroitement dans les  r\u00e9servoirs. A ce propos, une propagande sournoise pourra \u00eatre faite  chez les distributeurs d\u2019essence, qui ne n\u00e9gligeraient pas, afin de  parfaire le \u00ab\u00a0plein\u00a0\u00bb, d\u2019ajouter cette pi\u00e8ce d\u00e9cisive avant de revisser  le bouchon. De chacun on attendra en outre qu\u2019il ne sorte plus sans  avoir les poches remplies de clous que, sans \u00eatre vu, il saura semer sur  les chauss\u00e9es, aux bons endroits, comme on fait de l\u2019huile pour apaiser  la fureur des flots. Qui pr\u00e9f\u00e8re crever directement les pneus s\u2019armera  d\u2019un canif. Qui pr\u00e9f\u00e8re d\u00e9t\u00e9riorer les carrosseries (il faut songer aux  c\u00f4t\u00e9s esth\u00e9tiques de la passion que nous entreprenons de combattre),  emportera avec lui les outils appropri\u00e9s. Des farces dites idiotes  pourront \u00e9galement \u00eatre exp\u00e9riment\u00e9es, comme par exemple d\u2019encha\u00eener  l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, le soir, deux voitures en stationnement, ou m\u00eame une  demi-douzaine si la cha\u00eene est assez longue et le cadenas qui doit  assujettir les extr\u00e9mit\u00e9s, solide et d\u2019un mod\u00e8le peu commun. Enfin pour  celui que le manque de loisirs ou la crainte r\u00e9duirait aux simples  fonctions de spectateur, il ne r\u00e9sistera point au devoir, lorsqu\u2019un  automobiliste l\u2019interrogera sur le chemin \u00e0 suivre pour gagner tel ou  tel endroit, de lui en indiquer un tout oppos\u00e9, judicieusement choisi  cependant, de mani\u00e8re \u00e0 entra\u00eener sa victime dans des rues notoirement  encombr\u00e9es.<\/em><\/p>\n<p><em>La propagande pour l\u2019assainissement se d\u00e9veloppant, l\u2019organisation  occulte qui la dirige trouvera maintes occasions de recruter quelque  alli\u00e9 au sein m\u00eame de la gent automobile, au point de susciter dans ses  rangs quelques conversions \u00e9clatantes. Qu\u2019on ne n\u00e9glige pas alors de  tirer de ces illumin\u00e9s le meilleur parti. On les maintiendra \u00e0 leur  volant avec la mission de d\u00e9concerter \u00ab\u00a0de l\u2019int\u00e9rieur\u00a0\u00bb le trafic  routier, de fa\u00e7on \u00e0 circonvenir l\u2019ennemi sur deux fronts \u00e0 la fois.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Marcel Mari\u00ebn \u2013 des B\u00e2tons dans les Roues \u2013 1956<\/em><br \/>\n<em>in Anthologie de la subversion carabin\u00e9e de No\u00ebl Gaudin<\/em><br \/>\n<em><a href=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2013\/09\/Marcel_Marien_les_Batons_dans_les_Roues_1956.pdf\" target=\"_blank\">des B\u00e2tons dans les Roues<\/a> pdf (55 Ko)<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><em> <\/em><em> <\/em><em> <\/em><em> <\/em><em> <\/em><\/p>\n<p>Ce texte a ceci de remarquable qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit au milieu des ann\u00e9es 1950, c&rsquo;est-\u00e0-dire au d\u00e9but de la g\u00e9n\u00e9ralisation de l&rsquo;automobile, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 tout le monde consid\u00e8re la voiture comme un progr\u00e8s. Il met en \u00e9vidence d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;absurdit\u00e9 du syst\u00e8me automobile et son inefficience pour assurer un transport de masse des personnes. Par les modalit\u00e9s d&rsquo;action propos\u00e9es, Marcel Mari\u00ebn se pr\u00e9sente ainsi comme le p\u00e8re fondateur de la <a title=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2011\/05\/21\/theorie-de-lemmerdement-maximal\/\" href=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2011\/05\/21\/theorie-de-lemmerdement-maximal\/\" target=\"_blank\">th\u00e9orie de l&#8217;emmerdement maximal<\/a>.<\/p>\n<p>A la fin des ann\u00e9es 1950, Mari\u00ebn se lance dans l&rsquo;escroquerie et le cin\u00e9ma. Il raconte ainsi dans ses m\u00e9moires une escroquerie dont il a l&rsquo;id\u00e9e en 1958. Au concours organis\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il travaille et patronn\u00e9 par une marque de poudre de lessive, il fait gagner, ayant la connaissance de la moiti\u00e9 des r\u00e9ponses, d&rsquo;importantes sommes \u00e0 des comparses. Le concours est cependant rapidement suspendu comme constituant une infraction \u00e0 la r\u00e9glementation des jeux de hasard. Avec ses gains illicites, Mari\u00ebn, apr\u00e8s avoir r\u00e9alis\u00e9 en 1958 un film exp\u00e9rimental de cinq minutes, <em>Opus Z\u00e9ro<\/em>, produit et r\u00e9alise en 1959 le film<em> L&rsquo;Imitation du cin\u00e9ma<\/em>, dont Tom Gutt est l&rsquo;acteur principal, farce \u00e9rotico-freudienne contre l&rsquo;\u00c9glise, qui provoque lors de sa projection le 15 mars 1960 un scandale suivi le 17 d&rsquo;une plainte d\u00e9pos\u00e9e au parquet de Bruxelles. Le film sera encore projet\u00e9 \u00e0 Li\u00e8ge, \u00e0 Anvers dans une salle des f\u00eates et \u00e0 Paris au Mus\u00e9e de l&rsquo;Homme puis, la demande d&rsquo;autorisation repouss\u00e9e, interdit en France en f\u00e9vrier 1961.<\/p>\n<p>En juin 1962 Mari\u00ebn confectionne contre Magritte le tract apocryphe <em>Grande baisse<\/em>, illustr\u00e9 d&rsquo;un billet de cent francs \u00e0 l&rsquo;effigie du peintre, qui pr\u00e9sente un bar\u00e8me d\u00e9finitif de ses \u0153uvres \u00e0 des prix d\u00e9risoires et mystifie jusqu&rsquo;\u00e0 Andr\u00e9 Breton. Magritte compl\u00e8tement effar\u00e9, recevra aussit\u00f4t des f\u00e9licitations d\u2019un peu partout&#8230;<\/p>\n<p>Il part ensuite en 1963 pour les \u00c9tats-Unis tenter de rejoindre, en vain, une jeune ni\u00e8ce d&rsquo;\u00ab Elizabeth \u00bb. Il s&rsquo;y fait garde-malade, commis dans une librairie, dactylographe, et tente de vendre ses projets de films. Jane Graverol, dont il est s\u00e9par\u00e9 depuis quatre ans le rejoint, mais ils se s\u00e9parent de nouveau quelques mois plus tard. Tandis qu&rsquo;elle rentre en Europe, Mari\u00ebn traverse les \u00c9tats-Unis, de Philadelphie et Chicago \u00e0 San Francisco.<\/p>\n<p>En 1964 Mari\u00ean s&#8217;embarque pour le Japon puis Saigon, non sans participer au passage selon ses m\u00e9moires \u00e0 un trafic de lingots d&rsquo;or, Singapour et Hong Kong. \u00c0 partir de septembre il travaille durant seize mois \u00e0 P\u00e9kin comme correcteur du journal de propagande <em>La Chine en construction<\/em>, croise Chou En-la\u00ef, Tchen Yi et Teng Siao-ping, prenant rapidement une conscience \u00ab <em>horrifi\u00e9e<\/em> \u00bb, \u00e9crira-t-il, de \u00ab<em> la supercherie monumentale du pseudo communisme chinois<\/em> \u00bb et de \u00ab<em> la condition authentiquement faite \u00e0 l&rsquo;homme<\/em> \u00bb sous son r\u00e9gime. Ayant rompu son contrat il passe par Hong Kong, le Vi\u00eat Nam, la Malaisie, l&rsquo;Inde, le Pakistan et l&rsquo;\u00c9gypte pour d\u00e9barquer \u00e0 Marseille en mars 1965.<\/p>\n<p>Rentr\u00e9 \u00e0 Bruxelles, Mari\u00ebn publie en 1966<em> L&rsquo;Exp\u00e9rience continue<\/em> de Noug\u00e9 et de tr\u00e8s nombreux textes in\u00e9dits des surr\u00e9alistes belges dans <em>Les L\u00e8vres nues<\/em> de 1968 \u00e0 1975 (douze num\u00e9ros) et dans la collection<em> Le Fait accompli<\/em> (135 num\u00e9ros), notamment les \u00e9crits de Magritte et le <em>Journal<\/em> de Noug\u00e9. Ses publications seront illustr\u00e9es d&rsquo;\u0153uvres de Jane Graverol, Valentine Hugo, Hans Bellmer, Magritte, Yves Bossut et Claudine Jamagne. Une premi\u00e8re exposition, <em>R\u00e9trospective et nouveaut\u00e9s, 1937-1967<\/em>, pr\u00e9sente en 1967 ses collages, de caract\u00e8re \u00e9rotique pour les uns, pornographique pour les autres, et ses objets, compos\u00e9s \u00e0 partir de 1966. \u00c0 la pr\u00e9face provocante qu&rsquo;\u00e9crit alors Scutenaire, Mari\u00ebn r\u00e9pondra en 1972 par une satire f\u00e9roce de l&rsquo;auteur des<em> Inscriptions<\/em>. Mari\u00ebn se marie en 1969 puis divorce. \u00c0 l&rsquo;occasion de la dixi\u00e8me biennale de po\u00e9sie organis\u00e9e en 1970 au casino de Knokke, il \u00e9dite et distribue un carton compos\u00e9 de deux volets d\u00e9tachables, dont l&rsquo;un avec la mention \u00ab\u00a0<em>Bon pour sauter une po\u00e9tesse<\/em>\u00ab\u00a0. La m\u00eame ann\u00e9e il provoque une affaire judiciaire en d\u00e9non\u00e7ant l&rsquo;exposition de faux Magritte dans une galerie de Bruxelles. Pour avoir rappel\u00e9 son pass\u00e9 collaborateur, il est en 1973 tra\u00een\u00e9 en justice par Marc Eemans mais, d\u00e9fendu par Tom Gutt, gagnera le proc\u00e8s en 1975.<\/p>\n<p>Mari\u00ebn publie en 1979 l&rsquo;ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence sur l&rsquo;histoire du surr\u00e9alisme en Belgique. En 1983 Georgette Magritte lui intente un proc\u00e8s \u00e0 la suite de la publication du <em>Radeau de la m\u00e9moire<\/em>, dans lequel il raconte ses aventures avec Magritte, et en 1988 Ir\u00e8ne Hamoir apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9dition d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments de la correspondance de Scutenaire (\u00e0 propos de l&rsquo;exclusion du groupe d&rsquo;Andr\u00e9 Souris). Mari\u00ebn, qui chaque fois r\u00e9pond par des tracts, n&rsquo;en \u00e9dite pas moins en 1990 l&rsquo;ensemble des lettres que Scutenaire lui a adress\u00e9es entre 1936 et 1976. Il meurt en 1993 d&rsquo;un cancer, \u00e0 la clinique C\u00e9sar de Paepe \u00e0 Bruxelles. Au cimeti\u00e8re de Schaerbeek est grav\u00e9e sur sa tombe une phrase extraite de l&rsquo;un de ses derniers carnets : \u00ab\u00a0<em>Il n&rsquo;y a aucun m\u00e9rite \u00e0 \u00eatre quoi que ce soit<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Sources:<br \/>\n<a title=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Marcel_Mari%C3%ABn\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Marcel_Mari%C3%ABn\" target=\"_blank\">http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Marcel_Mari%C3%ABn<\/a><br \/>\n<a title=\"http:\/\/www.ventscontraires.net\/article.cfm\/4665_marcel_marian_oe1920-1993.html\" href=\"http:\/\/www.ventscontraires.net\/article.cfm\/4665_marcel_marian_oe1920-1993.html\" target=\"_blank\">http:\/\/www.ventscontraires.net\/article.cfm\/4665_marcel_marian_oe1920-1993.html<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a 20 ans, le 19 septembre 1993, d\u00e9c\u00e9dait le faussaire surr\u00e9aliste belge Marcel Mari\u00ebn. \u00c9crivain, po\u00e8te, essayiste, \u00e9diteur, photographe, cin\u00e9aste, historien du surr\u00e9alisme, cr\u00e9ateur de collages et d&rsquo;objets <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2013\/09\/19\/marcel-marien\/\">Lire la suite&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1390,"featured_media":44614,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[73,72],"tags":[1709,295,171,463,853,198,846,835],"views":15816,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20603"}],"collection":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1390"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=20603"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20603\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/44614"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20603"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20603"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20603"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}