{"id":23533,"date":"2014-10-03T08:00:12","date_gmt":"2014-10-03T07:00:12","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=23533"},"modified":"2016-05-17T10:01:13","modified_gmt":"2016-05-17T09:01:13","slug":"autoroute-de-metal-lourd","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2014\/10\/03\/autoroute-de-metal-lourd\/","title":{"rendered":"Autoroute de m\u00e9tal lourd"},"content":{"rendered":"<p>Ce texte de Mike Davis date de 2003, mais il est toujours d&rsquo;actualit\u00e9. Paru originellement dans le quotidien italien <em>Il Manifesto<\/em>, il fait partie d&rsquo;un livre collectif intitul\u00e9 *<a href=\"http:\/\/www.editionsdusextant.com\/f\/index.php?sp=liv&#038;livre_id=51\" title=\"http:\/\/www.editionsdusextant.com\/f\/index.php?sp=liv&#038;livre_id=51\" target=\"_blank\">Villes rebelles<\/a>* et publi\u00e9 aux \u00e9ditions du sextant en mai 2014. Nous reproduisons ici l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de l&rsquo;article avec l&rsquo;aimable autorisation de l&rsquo;\u00e9diteur. <!--more--><\/p>\n<p><em>Mike Davis a \u00e9t\u00e9 camionneur, boucher et militant \u00e9tudiant avant de devenir professeur du D\u00e9partement d\u2019Histoire de l\u2019Universit\u00e9 de Californie (Ucla), en tant que sp\u00e9cialiste des relations entre urbanisme et environnement.<\/em><\/p>\n<p><strong>Autoroute de m\u00e9tal lourd<\/strong><\/p>\n<p>La guerre est-elle l\u2019\u00e9quivalent moral du trafic automobile \u2013 ou bien est-ce l\u2019inverse ? Pardonnez-moi si mes cat\u00e9gories sont un peu confuses, c\u2019est que je vis en Californie du Sud, qui est, pour citer tr\u00e8s mal Woody Guthrie, \u00ab\u00a0un paradis \u00e0 vivre ou \u00e0 voir, mais seulement si vous avez un SUV (<em>Sport Utility Vehicle<\/em>, NdE)\u00a0\u00bb. Mon trajet quotidien, quatre-vingt-dix maudits miles dans les deux sens, ressemble de plus en plus \u00e0 la fameuse bataille de tanks de El Alamein. Ce qu\u2019un \u00e9crivain autrefois dans les ann\u00e9es 1920 a appel\u00e9 le \u00ab\u00a0mastodonte de plaisir de la Californie du Sud\u00a0\u00bb est \u00e0 pr\u00e9sent une guerre sans piti\u00e9 o\u00f9 18 millions de personnes dans 14 millions de v\u00e9hicules affrontent les pires embouteillages du pays. Chaque matin je m\u2019installe dans mon propre v\u00e9hicule blind\u00e9 \u2013 un pickup Toyota Tundra \u00e0 l\u2019air sinistre, 4 roues motrices, moteur V8 \u2013 et je me tra\u00eene sur l\u2019une des voies centrales de l\u2019Interstate 5. Pendant l\u2019heure et demie qui suit, je me bats avec mes concitoyens \u2013 sans c\u00e9der ou obtenir le moindre espace \u2013 pour un <em>lebensraum <\/em>autoroutier.<\/p>\n<p>Des divisions Panzer de \u00ab\u00a0<em>sport utility vehicles<\/em>\u00a0\u00bb \u2013 imaginez le vieux break familial sous st\u00e9ro\u00efdes et m\u00e9thamph\u00e9tamine \u2013 dominent maintenant les autoroutes. La pole position sur une autoroute de la Californie du Sud a toujours \u00e9t\u00e9 une place p\u00e9nible, mais elle est tout particuli\u00e8rement terrifiante maintenant que le m\u00e9tal lourd fait la loi. La strat\u00e9gie basique de la guerre de la route \u00e0 l\u2019heure de pointe consiste \u00e0 terroriser la voiture qui se trouve devant vous. C\u2019est tr\u00e8s facile lorsque vous conduisez l\u2019un de ces \u00e9normes morceaux d\u2019acier de combat comme la Chevy Suburban ou la Ford Explorer tandis que le pauvre bougre devant vous se tra\u00eene dans sa path\u00e9tique Corolla ou Ford Escort.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9al est de le prendre par surprise. La pratique standard consiste \u00e0 s\u2019arr\u00eater furtivement \u00e0 quelques microns de son parechocs arri\u00e8re. Il est de mauvais ton (ou pire, une habitude newyorkaise) de klaxonner. Il vaut mieux attendre qu\u2019il aper\u00e7oive soudain votre mena\u00e7ante approche dans son r\u00e9troviseur. Son changement de voie en panique est alors une d\u00e9f\u00e9rence sociale bien savour\u00e9e. La plupart du temps, n\u00e9anmoins, les SUV s\u2019accumulent les uns derri\u00e8re les autres. Le privil\u00e8ge de classe s\u2019annule lui-m\u00eame, et il n\u2019y a pas d\u2019autre solution que d\u2019attendre que les nerfs de quelqu\u2019un craquent et qu\u2019il ou elle lib\u00e8re la voie. Comme dans la guerre et autres sports sanglants, le sang-froid face au stress est la supr\u00eame des vertus. Qui n\u2019admire pas la vaillante femme au foyer de l\u2019Ouest, qui sirote son cappuccino et discute sur son t\u00e9l\u00e9phone portable, si calmement, tandis que sa massive Dodge se rue avec t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 dans le trafic confus devant elle ?<\/p>\n<p>Il est vrai que les malades cardiaques en pleine convalescence, les immigrants pauvres au volant de vieilles guimbardes, les mamans effray\u00e9es avec b\u00e9b\u00e9s \u00e0 bord et les disciples du Mahatma Gandhi ont pour habitude de se cramponner sur les voies de droite, plus lentes, de l\u2019autoroute. Mais c\u2019est un sanctuaire un peu stupide puisqu\u2019ils se trouvent soit directement sur le chemin des nombreux SUV qui acc\u00e8dent \u00e0 l\u2019autoroute \u00e0 une vitesse folle ou pris en sandwich entre des camions de vingt m\u00e8tres de long qui peuvent les \u00e9craser comme des canettes d\u2019aluminium. In\u00e9vitablement, l\u2019h\u00e9g\u00e9monie des SUV dans le trafic dicte un r\u00e9armement d\u00e9fensif et une logique de dissuasion mutuelle. M\u00eame si, en tant que radical amoureux des arbres, je pr\u00e9f\u00e8rerais th\u00e9oriquement conduire une voiture \u00e9lectrique \u00e9co-compatible, ou, mieux, une bicyclette, pour aller au travail sous le ciel chaud de Californie, je ne vois pas d\u2019autre choix r\u00e9aliste que celui de me prot\u00e9ger avec un pickup de gangster.<\/p>\n<p>Nous devons rappeler \u00e0 nos enfants, n\u00e9anmoins, que le trafic, m\u00eame dans la Californie du Sud, n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 cette lutte sanguinaire. Il fut un temps, plus ou moins entre les nageoires caudales et les SUV, et cons\u00e9quemment \u00e0 la crise \u00e9nerg\u00e9tique de 1973, o\u00f9 de courageuses et \u00e9conomiques petites voitures compactes, fabriqu\u00e9es par d\u2019ing\u00e9nieux elfes japonais, domin\u00e8rent provisoirement les autoroutes. Ce fut la Terre du Milieu de la combustion interne. Pourquoi disparut-elle si abruptement dans les ann\u00e9es 1990 ?<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse, j\u2019en suis certain, se trouve dans la parfaite correspondance pathologique qu\u2019il y avait entre les SUV et l\u2019angoisse de la classe moyenne au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Ce n\u2019est certainement pas un hasard si la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de tanks familiaux de Detroit est apparue au moment o\u00f9 les \u00ab\u00a0car-jackings\u00a0\u00bb et les coups de feu sur les autoroutes dominaient le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 du soir. Ou quand les bons citoyens se retiraient par centaines de milliers dans des banlieues cl\u00f4tur\u00e9es et surveill\u00e9es par des arm\u00e9es de gardiens de s\u00e9curit\u00e9 priv\u00e9e. Le SUV fut, de mani\u00e8re comparable, per\u00e7u comme un cocon d\u2019acier pour la s\u00e9curit\u00e9 de la classe moyenne dans les terres inhospitali\u00e8res de l\u2019autoroute. Ces \u00e9normes morceaux d\u2019acier japonais ou cor\u00e9en devinrent vite \u00e9galement les symboles musculaires du nouveau r\u00e9publicanisme fa\u00e7on je-vais-envahir-tonpays-et-tuer-ta-m\u00e8re. Les attaques du 11 septembre ajout\u00e8rent les drapeaux parmi les accessoires automobiles, donnant aux Suburbans et aux Explorers orn\u00e9es de la banni\u00e8re \u00e9toil\u00e9e le panache patriotique de la 7e Cavalerie chargeant un village sioux.<\/p>\n<p>En fin de compte, les SUV sont des habitations de luxe temporaires pour endurer l\u2019enfer du d\u00e9placement. Le trafic de la Californie du Sud demeure le pire de tous les \u00c9tats-Unis (m\u00eame si Seattle et Washington ne sont pas loin derri\u00e8re), avec des automobilistes venant de leurs banlieues ext\u00e9rieures pour sacrifier l\u2019\u00e9quivalent de deux semaines de cong\u00e9s par an (soixante-quinze heures) au d\u00e9mon de l\u2019embouteillage. Dans la r\u00e9gion de Los Angeles, le co\u00fbt \u00e9conomique annuel pour un habitant de banlieue est estim\u00e9 \u00e0 environ 9 milliards de dollars, soit $1668 par personne. Le trafic, en outre, augmente plus rapidement que la population et les nouvelles autoroutes sont satur\u00e9es au bout de quatre ann\u00e9es d\u2019exploitation. Une r\u00e9cente \u00e9tude a montr\u00e9 que Los Angeles est la zone m\u00e9tropolitaine dont il est le plus difficile de sortir le week-end : confirmation scientifique de la rageuse claustrophobie qui remplace la culture de la r\u00e9gion, autrefois vant\u00e9e, de mobilit\u00e9 physique et de longues promenades en voiture le week-end. Dans une r\u00e9cente enqu\u00eate d\u2019opinion r\u00e9alis\u00e9e en Californie du Sud, et qui fait autorit\u00e9, la circulation automobile appara\u00eet comme le principal probl\u00e8me de la r\u00e9gion, loin devant le travail, la criminalit\u00e9, l\u2019\u00e9ducation ou le logement.<\/p>\n<p>Les programmes de radio et les blogs de la droite locale sont des W.C. remplis d\u2019hyst\u00e9rie nativiste qui rejettent la responsabilit\u00e9 des embouteillages sur les immigrants ill\u00e9gaux. Mais la v\u00e9ritable cause de l\u2019encombrement est l\u2019expansion urbaine et l\u2019inflation immobili\u00e8re, et non la d\u00e9mographie. Dans leur qu\u00eate incessante d\u2019un logement abordable et \u00e9loign\u00e9 des \u00e9picentres de la violence urbaine, des millions de familles se sont d\u00e9plac\u00e9es vers les limites du d\u00e9sert ou au-del\u00e0. Puisque les emplois, en g\u00e9n\u00e9ral, ne les ont pas suivies, le prix du r\u00eave sud-californien affiche d\u00e9sormais un voyage aller-retour de trois heures par jour entre les maisons de l\u2019int\u00e9rieur du pays et les emplois de la c\u00f4te. Dans le m\u00eame temps, l\u2019infrastructure des transports de la Californie \u2013 qui fut la merveille du monde des autoroutes \u2013 reste d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 la tra\u00eene des standards du reste du monde industrialis\u00e9 avanc\u00e9. Depuis les r\u00e9voltes des taxes de la fin des ann\u00e9es 1970, les routes de l\u2019\u00c9tat sont devenues aussi d\u00e9fonc\u00e9es et peu fiables que ses \u00e9coles d\u00e9labr\u00e9es des quartiers pauvres et ses r\u00e9seaux d\u2019\u00e9nergie obsol\u00e8tes. Malgr\u00e9 vingt ans d\u2019avertissements apocalyptiques, l\u2019\u00e9cart continue de cro\u00eetre entre d\u2019une part la richesse concentr\u00e9e dans l\u2019\u00c9tat et les prix de l\u2019immobilier sur la c\u00f4te, d\u2019autre part, et les d\u00e9penses en infrastructures physiques et sociales.<\/p>\n<p>L\u2019incapacit\u00e9 du syst\u00e8me politique local \u00e0 endiguer la violence, contr\u00f4ler l\u2019expansion urbaine, ou investir dans un transport collectif efficace garantit que le vaste espace de stationnement qu\u2019est le syst\u00e8me autoroutier de la Californie du Sud conna\u00eetra un encombrement plus cauchemardesque encore \u00e0 la prochaine g\u00e9n\u00e9ration. Les actuelles sept heures quotidiennes d\u2019immobilit\u00e9 lors des heures de pointe atteindront peut-\u00eatre vingt heures, et la vitesse moyenne sur les voies s\u2019abaissera peut-\u00eatre jusqu\u2019au niveau d\u2019un attelage animal. En effet, les planificateurs de la r\u00e9gion craignent que l\u2019augmentation pr\u00e9vue de 30% du trafic \u00e9trangle litt\u00e9ralement jusqu\u2019\u00e0 la mort la douzi\u00e8me plus grande \u00e9conomie du monde. Avant que de futurs transports collectifs ne puissent venir \u00e0 son secours, la Californie du Sud risque de perdre des myriades d\u2019emplois et d\u2019habitants de la classe moyenne au profit de zones m\u00e9tropolitaines occasionnant moins d\u2019embouteillages, des trajets quotidiens plus courts et proposant une meilleure qualit\u00e9 de vie.<\/p>\n<p>En attendant, les SUV fournissent des compensations magiques, bien que temporaires, en termes de pouvoir et de confort. Dans la triste d\u00e9mocratie de l\u2019embouteillage, ils semblent conf\u00e9rer un <em>noblesse oblige<\/em>, ou, du moins, une arrogante capacit\u00e9 \u00e0 accaparer les voies de gauche. (Leurs propri\u00e9taires, n\u00e9anmoins, ont tendance \u00e0 ignorer le fait que leur taille et leur centre de gravit\u00e9 \u00e9lev\u00e9, qui les rendent si intimidants pour les voitures plus petites, les rendent aussi mortellement instables et enclins \u00e0 de fougueux tonneaux.)<\/p>\n<p>La tendance est donc irr\u00e9sistible d\u2019une militarisation des autoroutes par les SUV, en synchronie avec une plus g\u00e9n\u00e9rale militarisation et immobilisation de l\u2019espace urbain. Le symbole le plus flagrant en est l\u2019actuel marketing de masse au profit d\u2019un v\u00e9ritable v\u00e9hicule de guerre, le Humvee de l\u2019arm\u00e9e, comme dernier cri en mati\u00e8re de transport familial. Sa version civile \u00e0 peine modifi\u00e9e, le Hummer, est le Tyrannosaurus Rex en pleine \u00e9mergence sur les autoroutes, et son principal amateur et vendeur est l\u2019acteur Arnold Schwarzenegger, dont les Hummers personnalis\u00e9s (il en poss\u00e8de quatre) sont depuis longtemps des attractions touristiques \u00e0 Santa Monica. \u00c9toile montante du Parti R\u00e9publicain, Schwarzenegger est aussi tenu pour l\u2019un des principaux concurrents en vue du poste de gouverneur de Californie. C\u2019est l\u00e0 une perspective consid\u00e9r\u00e9e avec effroi par les militants \u00e9cologistes. Avec Terminator en personne au pouvoir et des millions de barils de p\u00e9trole de l\u2019Irak \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb sur le march\u00e9, l\u2019\u00c2ge du SUV pourrait bien ne jamais finir.<\/p>\n<p><em>Peu de temps apr\u00e8s son \u00e9lection en novembre 2003, Schwarzenegger a r\u00e9compens\u00e9 les conducteurs et les marchands de SUV (parmi les plus importants contributeurs \u00e0 sa campagne) en opposant son veto aux taxes d\u2019immatriculation r\u00e9cemment d\u00e9cid\u00e9es. Le d\u00e9ficit budg\u00e9taire de 4 milliards de dollars r\u00e9sultant a \u00e9t\u00e9 compens\u00e9 par des coupes dans des services vitaux pour les pauvres. \u00c0 la suite d\u2019une mont\u00e9e en fl\u00e8che des prix de l\u2019essence, j\u2019ai vendu mon camion de gangster et achet\u00e9 un SUV plus petit (mais \u00e0 peine plus vert) ; mais apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 bouscul\u00e9 de tous c\u00f4t\u00e9s par la m\u00e9gafaune yuppie sur la I-5, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de revenir \u00e0 un lourd blind\u00e9 aussit\u00f4t que possible (de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e9quip\u00e9 sp\u00e9cialement d\u2019une double mitrailleuse calibre 50). C\u00e9dez le passage ou mourez.<\/em><\/p>\n<p>Mike Davis<\/p>\n<p>Article paru dans le livre collectif *Villes rebelles*, \u00e9ditions du sextant, 2014.<\/p>\n<p><a title=\"http:\/\/www.editionsdusextant.com\/f\/index.php?sp=liv&amp;livre_id=51\" href=\"http:\/\/www.editionsdusextant.com\/f\/index.php?sp=liv&amp;livre_id=51\" target=\"_blank\">http:\/\/www.editionsdusextant.com\/f\/index.php?sp=liv&amp;livre_id=51<\/a><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-23541\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2014\/10\/villes-rebelles.jpg\" alt=\"villes-rebelles\" width=\"427\" height=\"640\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte de Mike Davis date de 2003, mais il est toujours d&rsquo;actualit\u00e9. 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