{"id":26766,"date":"2015-01-19T09:08:06","date_gmt":"2015-01-19T08:08:06","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=26766"},"modified":"2023-03-09T15:06:07","modified_gmt":"2023-03-09T14:06:07","slug":"plus-de-rails-moins-de-routes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2015\/01\/19\/plus-de-rails-moins-de-routes\/","title":{"rendered":"Plus de rails, moins de routes"},"content":{"rendered":"<p>Peu connu en France, mais aur\u00e9ol\u00e9 d\u2019un ind\u00e9niable prestige dans la mouvance contestataire d\u2019outre Pyr\u00e9n\u00e9es, Agust\u00edn Garc\u00eda Calvo (1926-2012) est probablement le penseur le plus original et le plus cr\u00e9atif de tous ceux qui ont agit\u00e9 la pens\u00e9e espagnole au cours du dernier demi-si\u00e8cle (1). <!--more--><\/p>\n<p>Philologue, linguiste, po\u00e8te et essayiste, son combat contre l&rsquo;automobile a donn\u00e9 lieu \u00e0 de nombreux articles et interventions, comme en t\u00e9moigne le livre \u00ab\u00a0Contra el automovil\u00a0\u00bb cosign\u00e9 avec Colin Ward et Antonio Estevan, publi\u00e9 par les \u00e9ditions barcelonaises Virus.<\/p>\n<p>Les \u00e9ditions Le pas de c\u00f4t\u00e9 ont r\u00e9cemment publi\u00e9 la traduction d&rsquo;un de ses livres intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La Soci\u00e9t\u00e9 du Bien-\u00eatre\u00a0\u00bb, critique percutante d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 bas\u00e9e sur le D\u00e9veloppement, le Progr\u00e8s, le Futur, le Bien-\u00eatre personnel et l&rsquo;Argent.<\/p>\n<p>A cette occasion, nous reproduisons ici un des appendices de ce livre, qui constitue une d\u00e9fense \u00e9loquente du train contre la plaie que constitue l&rsquo;automobile personnelle.<\/p>\n<p><strong>Plus de rails, moins de routes (2)<\/strong><br \/>\n<em>par Agust\u00edn Garc\u00eda Calvo<\/em><\/p>\n<p><strong>Illusion d&rsquo;une possible s\u00e9paration entre technique et politique<\/strong><\/p>\n<p>Faire comme si l&rsquo;on pouvait traiter les questions techniques ind\u00e9pendamment des questions politiques, comme si un probl\u00e8me, par exemple, de transports ou de communications pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un probl\u00e8me de science ou d&rsquo;ing\u00e9nierie s\u00e9par\u00e9 de la Politique (qui est la m\u00eame chose que l&rsquo;\u00c9conomie dans la forme la plus avanc\u00e9e du Pouvoir), comme si l&rsquo;ing\u00e9nieur s&rsquo;occupait de son affaire, et le politique et l&rsquo;\u00e9conomiste des leurs, consiste de fait non seulement \u00e0 faire une politique, en conformit\u00e9 avec le Pouvoir, qui justement, au moment m\u00eame o\u00f9 il promeut l&rsquo;implication la plus solidaire de la Technique et de la Science avec l&rsquo;Administration de son domaine, impose l&rsquo;illusion ou la croyance d&rsquo;une possible s\u00e9paration, mais aussi entra\u00eene par l\u00e0-m\u00eame la falsification et la mauvaise approche du probl\u00e8me technique ou scientifique.<\/p>\n<p>Ce qu&rsquo;il en co\u00fbte alors directement au scientifique ou \u00e0 l&rsquo;ing\u00e9nieur pour s&rsquo;\u00eatre vendu au Pouvoir n&rsquo;est pas la col\u00e8re ou les repr\u00e9sailles de la pl\u00e8be r\u00e9volt\u00e9e, mais la d\u00e9formation m\u00eame de leurs calculs et l&rsquo;alt\u00e9ration de leurs instruments.<\/p>\n<p><strong>Exemple de l&rsquo;architecture et des voies de transport<\/strong><\/p>\n<p>Ceci se voit clairement dans l&rsquo;architecture d&rsquo;aujourd&rsquo;hui : l&rsquo;illusion de l&rsquo;architecte qui trace ses plans et croit faire de l&rsquo;architecture (profession lib\u00e9rale) et non de la politique, vole en \u00e9clats dans toute sa fausset\u00e9 par la forme m\u00eame des \u00e9difices, blocs d&rsquo;habitats suburbains, murailles de ciments en bordure de plages, dont la structure, l&#8217;emplacement, et le calcul de l&rsquo;espace n&rsquo;ob\u00e9issent en rien aux r\u00e9sistances ou aux n\u00e9cessit\u00e9s &#8211; du terrain, des mat\u00e9riaux, des corps m\u00eames des locataires &#8211; sinon aux pures lois du Capital et de l&rsquo;\u00c9tat. L&rsquo;atrocit\u00e9 de ces \u00e9difices n&rsquo;est qu&rsquo;un corollaire, peut-\u00eatre frivole, mais n\u00e9anmoins r\u00e9v\u00e9lateur de leurs concepteurs.<\/p>\n<p>Il en va tout aussi clairement dans l&rsquo;ing\u00e9nierie des voies de transport et de communication, o\u00f9 l&rsquo;on per\u00e7oit \u00e9galement comment les voies et les v\u00e9hicules qui leurs correspondent portent inscrits dans leur forme et dans leurs conditions techniques la politique et l&rsquo;\u00e9conomie qu&rsquo;ils servent.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;institution de l&rsquo;Automobile et l&rsquo;id\u00e9al d\u00e9mocratique auquel elle ob\u00e9it<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;Automobile est devenue d&rsquo;une fa\u00e7on visible le fl\u00e9au le plus grave et le plus mortif\u00e8re de l&rsquo;Humanit\u00e9 D\u00e9velopp\u00e9e: certes, elle a d\u00e9ploy\u00e9 derni\u00e8rement, par ses funestes destructions, l&rsquo;\u00e9vidence de son inutilit\u00e9 comme moyen de transport et l&rsquo;\u00e9vidence de l&rsquo;immense blessure qu&rsquo;elle inflige aux villes et aux villages, caus\u00e9e par le fait que l&rsquo;\u00c9tat et le Capital l&rsquo;imposent, son invasion des rues, au d\u00e9triment des citadins, son inutilit\u00e9 comme moyen de circuler du fait des embouteillages que nulle mesure ne parvient \u00e0 corriger, son ravinement des m\u00e9tropoles, la substitution des villes par des conglom\u00e9rats informes entrecoup\u00e9s par des routes, le sacrifice r\u00e9gulier et progressif de milliers de vies sur l&rsquo;autel des fins de semaines et des vacances (beaucoup plus que tous les terrorismes, conflits et SIDA r\u00e9unis), les files de poids-lourds sur les routes, les autobus et les camions contribuant \u00e0 l&rsquo;asphyxie perp\u00e9tuelle des villes, l&rsquo;\u00e9norme gaspillage que son impuissance inflige aux contribuables, avec le co\u00fbt millionnaire de la r\u00e9novation continue des autoroutes, et des vaines tentatives pour ordonner le trafic, et de la publicit\u00e9 destin\u00e9e \u00e0 convaincre de nouveaux acheteurs, propagande toujours plus ch\u00e8re \u00e0 mesure qu&rsquo;augmente son inefficacit\u00e9, et ainsi de suite\u00a0: les lecteurs pourront prolonger cette liste en laissant parler leurs blessures; mais la machine elle-m\u00eame, depuis que monsieur Ford eut l&rsquo;id\u00e9e, il y a presque un si\u00e8cle, de commencer \u00e0 produire en s\u00e9rie les Automobiles Personnelles, portait inscrit son destin dans sa forme et sa technique.<\/p>\n<p>Tous les probl\u00e8mes imaginables de transport de voyageurs et de marchandises \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 r\u00e9solus par l&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 du chemin de fer, il suffisait de laisser se d\u00e9ployer librement les possibilit\u00e9s qu&rsquo;offraient le train et la voie ferr\u00e9e, pour le transport urbain et interurbain, de produits ou de producteurs.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cela, quel \u00e9tait le motif, quelle \u00e9tait la force qui imposait l&rsquo;automobile et coupait court au d\u00e9ploiement du chemin de fer, du r\u00e9seau de voies ferr\u00e9es, des trains et des tramways?<\/p>\n<p>La force de l&rsquo;Automobile Personnelle (puisque le d\u00e9veloppement des camions, poids-lourds, autobus et autocars n&rsquo;\u00e9taient qu&rsquo;une cons\u00e9quence de cette erreur qu&rsquo;est l&rsquo;automobile personnelle) consistait \u00e0 incorporer dans sa structure m\u00eame l&rsquo;id\u00e9al d\u00e9mocratique, c&rsquo;est-\u00e0-dire le type de tromperie n\u00e9cessaire \u00e0 la forme de domination la plus parfaite: il n&rsquo;\u00e9tait pas possible que le train suive son propre chemin (dans un r\u00e9seau toujours plus riche et diversifi\u00e9, qui permette d&rsquo;aller pratiquement n&rsquo;importe o\u00f9, avec une fr\u00e9quence de passage aussi dense que n\u00e9cessaire) et que les gens y montent \u00e0 leur convenance en profitant, comme l&rsquo;on profite d&rsquo;un \u00e9coulement d&rsquo;eau, de ses trac\u00e9s et de ses horaires, puisqu&rsquo;il fallait au contraire que chacun aille, par ses propres moyens, o\u00f9 il voulait aller et \u00e0 l&rsquo;heure qui lui convenait, puisque l&rsquo;on partait du dogme selon lequel chacun savait o\u00f9 il voulait aller et \u00e0 quelle heure.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat est celui que l&rsquo;id\u00e9al d\u00e9mocratique nous pr\u00e9sente, aujourd&rsquo;hui, dans son plein d\u00e9veloppement : tous vont plus ou moins au m\u00eame endroit et \u00e0 la m\u00eame heure, mais chacun par ses propres moyens.<\/p>\n<p><strong>Erreur de l&rsquo;ind\u00e9pendance des moyens et des fins, et progr\u00e8s de cette erreur<\/strong><\/p>\n<p>Le moyen porte en soi ses fins, et la supercherie fondamentale consiste \u00e0 croire et \u00e0 faire croire qu&rsquo;un instrument peut servir docilement \u00e0 ce que veulent ses utilisateurs, et qu&rsquo;il n&rsquo;est bon ou mauvais qu&rsquo;en fonction de la finalit\u00e9 pour laquelle on l&rsquo;utilise.<\/p>\n<p>Cette erreur r\u00e8gne probablement depuis toujours, depuis le commencement m\u00eame de l&rsquo;Histoire; mais avec l&rsquo;avanc\u00e9e de l&rsquo;Histoire et, derni\u00e8rement, avec le progr\u00e8s du Progr\u00e8s, il semble qu&rsquo;elle soit devenue de plus en plus \u00e9vidente, que les moyens du Progr\u00e8s Progress\u00e9 soient toujours plus charg\u00e9s de leur destin dans leur forme m\u00eame, bien plus que ne l&rsquo;\u00e9taient ceux des grands-parents ou des bourgeois; et il semble que soit de plus en plus r\u00e9pandue l&rsquo;idiotie de pr\u00e9tendre que les mitraillettes, les puces informatiques, la t\u00e9l\u00e9vision, ou l&rsquo;automobile par exemple, peuvent servir soit en bien, soit en mal (voire pour l&rsquo;oppression, ou pour la r\u00e9volution contre cette derni\u00e8re), en fonction de la fin pour laquelle l&rsquo;individu ou les groupes d&rsquo;individus l\u2019emploient.<\/p>\n<p>Que l&rsquo;automobile, l&rsquo;informatique, la t\u00e9l\u00e9vision, les mitraillettes, ne servent \u00e0 rien d&rsquo;autre que ce \u00e0 quoi elles servent de fait, actuellement, sans espoir d&rsquo;un rachat futur, tel est le soup\u00e7on qui fleurit toujours plus intens\u00e9ment dans le c\u0153ur des gens (c\u0153ur qui est raison); c&rsquo;est le progr\u00e8s m\u00eame de l&rsquo;erreur et du mensonge du Pouvoir qui nous a permis, aux gens, de le sentir avec une clart\u00e9 si blessante.<\/p>\n<p><strong>Inspiration d&rsquo;en bas\/imposition d&rsquo;en haut<\/strong><\/p>\n<p>Il y a une diff\u00e9rence essentielle, aussi graduelle puisse-t-elle para\u00eetre, entre les instruments qui peuvent servir docilement les n\u00e9cessit\u00e9s ou les d\u00e9sirs des gens (d\u00e9sir d&rsquo;en bas, n\u00e9cessit\u00e9s \u201cnaturelles\u201d, pr\u00e9-historiques) et les instruments qui imposent aux gens le destin qu&rsquo;ils portent en eux-m\u00eames. C&rsquo;est une diff\u00e9rence qui d\u00e9pend de cette autre distinction : selon que l&rsquo;instrument soit invent\u00e9 par une inspiration venue d&rsquo;en bas, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la boue et du sable, des fleuves et des montagnes, de la mati\u00e8re rebelle, de la soif et de la faim, autrement dit, que l&rsquo;instrument provienne d&rsquo;une demande pr\u00e9alable et des difficult\u00e9s \u00e0 vaincre pour la satisfaire, ou qu&rsquo;au contraire une telle inspiration d&rsquo;en bas n&rsquo;ait pas pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 sa fabrication, mais que cette derni\u00e8re advienne par imitation abstraite des inventions utiles, impliquant l&rsquo;imitation des d\u00e9sirs et n\u00e9cessit\u00e9s pr\u00e9alables, de sorte que l&rsquo;instrument n\u00e9cessite pour s&rsquo;imposer la fabrication simultan\u00e9e des d\u00e9sirs ou n\u00e9cessit\u00e9s qui le justifient.<\/p>\n<p>C&rsquo;est, pour le dire grossi\u00e8rement, la diff\u00e9rence entre faire un remplissage pour combler un creux et faire un creux pour mettre un remplissage. C&rsquo;est la diff\u00e9rence entre l\u2019\u0153uvre de l&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 et l&rsquo;application de l&rsquo;id\u00e9e.<\/p>\n<p>Il nous est possible de percevoir cette diff\u00e9rence, bien qu&rsquo;il faille pour cela se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 un court fragment de l&rsquo;Histoire, dans ce qui distingue les voies et machines du Progr\u00e8s bourgeois de celles du Progr\u00e8s Progress\u00e9 de la techno-d\u00e9mocratie. Ce dernier s&rsquo;appelle Progr\u00e8s Progress\u00e9 car ses \u00e9quipements, au lieu d&rsquo;\u00eatre promus par une demande pr\u00e9alable, sont \u00e9lucubr\u00e9s par simple d\u00e9duction \u00e0 partir des \u00e9quipements du Progr\u00e8s (par exemple \u00ab\u00a0si cela vaut pour 100, pourquoi pas pour 500?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0si cela vaut pour la Terre, pourquoi pas pour l&rsquo;Univers?, \u00ab\u00a0si cela vaut pour l&rsquo;oreille, pourquoi pas pour l&rsquo;\u0153il?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0si cela vaut pour les hommes, pourquoi pas pour les femmes?\u00a0\u00bb, et ainsi de suite), et ils n\u00e9cessitent la cr\u00e9ation d&rsquo;une demande pour se vendre.<\/p>\n<p><strong>Invention du rail\/Retour \u00e0 la chauss\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>Ainsi, le chemin de fer \u00e9tait une v\u00e9ritable invention, pas seulement parce qu&rsquo;il \u00e9tait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et r\u00e9clam\u00e9 par le d\u00e9veloppement des chevaux de poste, des lignes de diligences et des charrettes, mais aussi parce que sa structure m\u00eame \u00e9tait une nouveaut\u00e9 et une trouvaille de l&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 : une couche de ballast, sur laquelle on pose les traverses, sur lesquelles on pose les rails, voie pratiquement indestructible par le temps ou les avaries, n&rsquo;exigeant qu&rsquo;un entretien \u00e9l\u00e9mentaire de quelques gardiens, voil\u00e0 quelque chose de v\u00e9ritablement nouveau, qui n&rsquo;\u00e9tait pas venu \u00e0 l&rsquo;esprit des Romains; et qui, en plus de d\u00e9passer en efficacit\u00e9 et solidit\u00e9 leurs chauss\u00e9es, \u00e9tait trac\u00e9 hors des chemins des passants, sans g\u00eaner les paysans ou les citadins.<\/p>\n<p>Regardons maintenant la route goudronn\u00e9e et l&rsquo;autoroute, qui, malgr\u00e9 les sermons dont on nous abreuve, n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un retour \u00e0 la chauss\u00e9e, avec tous ses inconv\u00e9nients r\u00e9nov\u00e9s, encore plus minable aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;au temps des Romains et condamn\u00e9e \u00e0 \u00eatre refaite p\u00e9riodiquement, bousill\u00e9e par les automobiles et les poids-lourds.<\/p>\n<p>Et confrontons la merveilleuse simplicit\u00e9 de l&rsquo;attelage des wagons, capable de r\u00e9soudre les plus folles demandes de voyages ou de d\u00e9placements de marchandises, avec les sinistres files de camions le long de routes fatigu\u00e9es, \u00e0 peine capables de r\u00e9soudre, par le biais d&rsquo;\u00e9normes co\u00fbts et d\u00e9penses en moteurs et en centaines de camionneurs, vains h\u00e9ros nocturnes, ce qu&rsquo;un train de marchandises r\u00e9soudrait d&rsquo;un coup et avec quatre fonctionnaires.<\/p>\n<p>Ou encore, confrontons les r\u00e9seaux de tramways, arrach\u00e9s il y a une cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9es, par simple d\u00e9cret du Capital, dans toutes les grandes villes les plus sottes du Monde D\u00e9velopp\u00e9, avec l&rsquo;absurdit\u00e9 et les d\u00e9sagr\u00e9ments des autobus urbains, ballott\u00e9s comme d&rsquo;impuissants mastodontes entre les feux rouges (dont l\u2019imb\u00e9cillit\u00e9 et l&rsquo;arythmie nous \u00e9taient \u00e9pargn\u00e9es par les tramways) et les embouteillages qu&rsquo;ils contribuent \u00e0 parfaire.<\/p>\n<p>Pour finir, parmi tant d&rsquo;autres points possibles, comparons la libert\u00e9 de celui qui, en passant, monte dans son train, qui est celui de tous (un train, bien entendu, ponctuel, commode et fr\u00e9quent, comme l&rsquo;invention le permet pour tous les trains, si d&rsquo;\u00e9tranges interf\u00e9rences ne venaient le perturber) et qui profite dans ce train d&rsquo;un moment de sa vie de mortel comme de n&rsquo;importe quel moment, peut-\u00eatre m\u00eame un peu plus d\u00e9lectable, avec le ch\u00e2timent du conducteur d&rsquo;une automobile (et celui l\u00e9g\u00e8rement att\u00e9nu\u00e9 de ceux qui l&rsquo;accompagnent), converti en chauffeur et m\u00e9canicien sous pr\u00e9texte de libert\u00e9 personnelle, dont les cinq sens sont continuellement sous l&#8217;emprise de signaux, de croisements, de d\u00e9passements, d&rsquo;accrochages, d&#8217;embouteillages et de probl\u00e8mes de stationnement.<\/p>\n<p><strong>Imposer l&rsquo;Automobile, une entrave au rail<\/strong><\/p>\n<p>Il ne semble pas n\u00e9cessaire, je pense, de rappeler \u00e0 nouveau ce que n&rsquo;importe qui pense et sent, au moins par en-dessous: l&rsquo;automobile est, pour le dire comme certains, un recul manifeste; le fait de l&rsquo;imposer, loin de r\u00e9pondre \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 ou \u00e0 un int\u00e9r\u00eat de transport de personnes ou de marchandises, est d\u00fb \u00e0 des motivations qui viennent d&rsquo;ailleurs, d&rsquo;en Haut &#8211; comme nous disons, ceux d&rsquo;en-bas; motivations qui sont, en premier lieu, financi\u00e8res, du fait de la n\u00e9cessit\u00e9 croissante du Capital de se mettre en mouvement pour vivre, et en second lieu, id\u00e9ales, du fait de la n\u00e9cessit\u00e9 du mensonge et de la foi pour la Domination; imposer l&rsquo;automobile emp\u00eache, depuis un si\u00e8cle, le d\u00e9ploiement des possibilit\u00e9s que l&rsquo;invention de la voie ferr\u00e9e et du train portait en germe: multiplication des lignes rentables et non rentables, g\u00e9n\u00e9ralisation de la double voie sur toutes les lignes principales, combinaisons avec embranchements vers les petites localit\u00e9s et vers les quais de d\u00e9chargement d&rsquo;usines et de commerces, \u00e9lectrification et emploi d&rsquo;autres \u00e9nergies non p\u00e9troli\u00e8res, r\u00e9solution du trafic urbain par des r\u00e9seaux de tramways et, quand cela est n\u00e9cessaire, par des trains m\u00e9tropolitains&#8230;<\/p>\n<p><strong>De la perversion du train qui s&rsquo;ensuit\u00a0: SNCF et TGV (3)<\/strong><\/p>\n<p>Imposer les moyens de transport les plus inutiles entra\u00eene la perversion des moyens utiles et puissants.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 le triste et parfait exemple que nous offre la SNCF, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e par le Capital et l\u2019\u00c9tat pour trahir le train: fermeture de lignes et interruption de trains (compens\u00e9es, bien s\u00fbr, par l&rsquo;introduction de nouvelles lignes de cars pour remplir le manque ainsi cr\u00e9\u00e9, certains cars \u00e9tant m\u00eame affubl\u00e9s du logo SNCF sur leur carrosserie) sous pr\u00e9texte de rentabilit\u00e9, adoptant ainsi le style de l&rsquo;Entreprise aux ordres de Dieu; ce qui, par cons\u00e9quent, recentre l&rsquo;attention et les d\u00e9penses, d&rsquo;une part sur les grandes lignes, c&rsquo;est-\u00e0-dire celles qui unissent des conglom\u00e9rats urbains \u00e0 travers des d\u00e9serts, et d&rsquo;autre part sur le service des banlieues de ces conglom\u00e9rats, ent\u00e9rinant ainsi l&rsquo;id\u00e9al de r\u00e9partition de la population, d\u00e9sastreux pour les gens et la vie, mais que l\u2019\u00c9tat et le Capital techno-d\u00e9mocratique requi\u00e8rent et manient sous le nom de Futur; pr\u00e9texte de rentabilit\u00e9 qui, par ailleurs, para\u00eet ridicule au vu de la mis\u00e9rable \u00e9conomie de quelques millions, occasionn\u00e9e par ces fermetures et interruptions de lignes, ajout\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie encore plus mis\u00e9rable entra\u00een\u00e9e par un mauvais service, par l&rsquo;abandon de gares, par la n\u00e9gligence aux attentions les plus \u00e9l\u00e9mentaires en ce qui concerne l&rsquo;abondance et l&rsquo;efficacit\u00e9 du mat\u00e9riel et du personnel (compens\u00e9, bien s\u00fbr, par l&rsquo;abondance du personnel administratif et des cadres, vou\u00e9s \u00e0 des t\u00e2ches comme planifier les horaires, d&rsquo;autant plus fr\u00e9quemment que cela est fait d&rsquo;une fa\u00e7on d\u00e9sastreuse, et dont le meilleur service qu&rsquo;ils pourraient rendre au train serait de ne rien faire, dans leurs bureaux face \u00e0 leurs ordinateurs), par l&rsquo;insuffisance de la fr\u00e9quence et de la ponctualit\u00e9 des trains, par leur peu de commodit\u00e9 (qui ne consiste pas, \u00e9videmment, \u00e0 consacrer des espaces aux \u00e9crans vid\u00e9o qui aveuglent les fen\u00eatres); des \u00e9conomies ridicules compar\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9norme gaspillage, de millions de millions, que l\u2019\u00c9tat et le Capital vouent all\u00e8grement \u00e0 une chose comme le Train \u00e0 Grande Vitesse, parfaitement inutile aux gens, et dont la structure m\u00eame confirme qu&rsquo;il n&rsquo;est pas un v\u00e9ritable train, mais une sorte d&rsquo;imitation d&rsquo;avion se tra\u00eenant au sol; et dont l&rsquo;unique int\u00e9r\u00eat n&rsquo;est pas la grande vitesse, qui ne sert \u00e0 rien et \u00e0 personne (\u00e0 l\u2019exception d&rsquo;une poign\u00e9e de cadres, pr\u00e9alablement programm\u00e9s pour en avoir besoin) et qui par cons\u00e9quent sert d\u2019id\u00e9al unique de l&rsquo;Entreprise et de l\u2019Humanit\u00e9 (l&rsquo;important c&rsquo;est d&rsquo;arriver: et qu&rsquo;on annule donc les heures de vie du voyage, dans l&rsquo;attente du Futur!); son triste int\u00e9r\u00eat consiste pr\u00e9cis\u00e9ment dans les millions de millions dont il permet le vain mouvement.<\/p>\n<p><strong>La fin de l&rsquo;Empire de l&rsquo;Automobile et entre-temps <\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;Empire de l&rsquo;Automobile et de ses Routes s&rsquo;effondrera bien s\u00fbr, ses crissements funestes r\u00e9sonnent d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;effondrera, parce qu&rsquo;il semble qu&rsquo;\u00e0 la longue, c&rsquo;est encore le sens commun, ce qui est sens\u00e9 et sensitif qui triomphe dans cette horde infortun\u00e9e des humains et d\u00e9voile finalement les folies imp\u00e9rieuses des Seigneurs.<\/p>\n<p>Oui, mais entre-temps, dans cet entre-temps dont les Cadres Ex\u00e9cutifs du Capital profitent pour que chacun s&rsquo;agite vainement dans l&rsquo;espoir de r\u00e9ussir \u00e0 mourir en croyant en son Futur: que de vies et d&rsquo;heures employ\u00e9es dans le n\u00e9ant, quel retard de plus d&rsquo;un si\u00e8cle pour que les voies du sens commun se d\u00e9ploient dans ce monde!<\/p>\n<p><strong>Pense-b\u00eate politique pour ing\u00e9nieurs<\/strong><\/p>\n<p>Finalement, je voulais rappeler aux chastes ing\u00e9nieurs qui lisent cette Revue la diff\u00e9rence entre une ing\u00e9niosit\u00e9 et invention qui r\u00e9sout de v\u00e9ritables demandes pr\u00e9alables, d&rsquo;en bas, et les outils d\u00e9velopp\u00e9s et impos\u00e9s par les n\u00e9cessit\u00e9s du Capital et de l\u2019\u00c9tat; ces derniers r\u00e9v\u00e9lant justement, dans leurs techniques et leurs formes propres, leur manque d&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 et d&rsquo;utilit\u00e9, et leur obscure servilit\u00e9.<\/p>\n<p>Les ing\u00e9nieurs et les techniciens pourront, peut-\u00eatre sous le coup de l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9, nous rendre compte de cette diff\u00e9rence avec une connaissance plus pr\u00e9cise et plus proche des machines et des voies correspondantes.<\/p>\n<p>Mais je ne voudrais pas qu&rsquo;ils oublient qu&rsquo;une machine est une institution (politique, \u00e9conomique), et qu&rsquo;ainsi, par exemple, on ne peut s\u00e9parer l&rsquo;\u00e9tude en vue de l&rsquo;am\u00e9lioration de la voie ferr\u00e9e et des trains, de la lutte contre l&rsquo;automobile et ses routes.<\/p>\n<p>Cette guerre est en v\u00e9rit\u00e9 un cas (certainement notable) de la guerre du Pouvoir contre les gens vivants et des gens contre le Pouvoir, qui est aussi la guerre de la raison commune contre l&rsquo;Id\u00e9e fig\u00e9e et dominatrice.<\/p>\n<p>Mais cette guerre ne se d\u00e9roule pas seulement dans les champs r\u00e9serv\u00e9s aux sections Politiques et \u00c9conomiques par les Moyens de Formation de Masses, mais aussi, et plus intens\u00e9ment encore, dans les champs d\u00e9volus aux sections Techniques et Scientifiques. C&rsquo;est l\u00e0 que s\u2019affrontent, sans tr\u00eave, le crit\u00e8re d&rsquo;utilit\u00e9 pour les gens et l&rsquo;id\u00e9al de D\u00e9veloppement, qui se vend comme Futur, et qui impose, par exemple, des moyens de transports impuissants et attard\u00e9s plut\u00f4t qu&rsquo;utiles et puissants.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est aussi la guerre entre croire que les moyens d\u00e9pendent de leur fin, \u00e9ternelle tromperie, et le fait de reconna\u00eetre humblement (humblement parce que cela ne part pas de la foi stupide dans le fait que chacun sait ce qu&rsquo;il fait) que les fins sont grav\u00e9es dans la forme m\u00eame des moyens.<\/p>\n<p>C&rsquo;est, par cons\u00e9quent, une guerre toujours dure et difficile; mais pas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e (pour cela il faudrait croire au Futur), parce qu&rsquo;elle compte sur le fait que les id\u00e9aux du Pouvoir ne parviennent jamais v\u00e9ritablement \u00e0 s&rsquo;accomplir et que, par en-dessous, continue de battre l&rsquo;infinie r\u00e9sistance des gens qui refusent d&rsquo;\u00eatre enti\u00e8rement convertis en Masse de Personnes.<\/p>\n<p><strong>Quelques impr\u00e9cations<\/strong><\/p>\n<p>Quoi qu&rsquo;il en soit de cette guerre, que l&rsquo;on me permette, maintenant, de formuler ici quelques indispensables impr\u00e9cations.<\/p>\n<p>Impr\u00e9cation contre ceux qui continuent \u00e0 croire que l&rsquo;am\u00e9lioration du train est compatible avec le march\u00e9 de l&rsquo;automobile et du p\u00e9trole, et qui disent encore \u00ab\u00a0La voie ferr\u00e9e et le train, selon le moment et le lieu; l&rsquo;auto et ses routes, selon les leurs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Impr\u00e9cation contre ceux qui croient que les moyens, ceux que l&rsquo;on nous vend, n&rsquo;ont pas leur destin grav\u00e9 en eux-m\u00eames, mais que tout d\u00e9pend de comment et pour quoi chacun les utilisent, et qui croient chacun utiliser, en effet, l&rsquo;automobile ou la t\u00e9l\u00e9vision pour ce qu&rsquo;ils veulent, et que personne ne les pousse ni \u00e0 les acheter ni, une fois achet\u00e9s, \u00e0 les utiliser pour autre chose que leurs go\u00fbts personnels.<\/p>\n<p>Et des impr\u00e9cations tr\u00e8s sp\u00e9ciales contre ceux qui continuent \u00e0 faire les louanges du chemin de fer et du train, comme beaux et agr\u00e9ables, restes d&rsquo;un pass\u00e9 romantique et enchanteur, qui disent que les anciennes gares m\u00e9riteraient de devenir des mus\u00e9es pour le souvenir, et (pourquoi pas) que l&rsquo;on voue une partie du budget au maintien de quelques petits trains esth\u00e9tiques et culturels, pour que les enfants et les jeunes puissent go\u00fbter, de temps \u00e0 autres, ce que c&rsquo;\u00e9tait que de voyager en train.<\/p>\n<p>Agust\u00edn Garc\u00eda Calvo<br \/>\nLa Soci\u00e9t\u00e9 du Bien-\u00eatre<br \/>\nTraduit de l\u2019espagnol par Manuel Martinez<br \/>\nPr\u00e9face de Luis Andr\u00e9s Bredlow<br \/>\n\u00e9ditions Le Pas de c\u00f4t\u00e9, juin 2014<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-26768\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2015\/01\/societe-du-bien-etre.jpg\" alt=\"societe-du-bien-etre\" width=\"250\" height=\"410\" \/><\/p>\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p>(1) Voir le compte-rendu de \u00ab\u00a0La Soci\u00e9t\u00e9 du Bien-\u00eatre\u00a0\u00bb par Tom\u00e1s Ib\u00e1\u00f1ez dans R\u00e9fractions n\u00b033, Automne 2014, p. 166-168.<br \/>\n(2) Ce texte a \u00e9t\u00e9 initialement publi\u00e9 dans la revue d&rsquo;ing\u00e9nierie, O.P. Revista del Colegio de Ingenieros de Caminos, Canales y Puertos, Barcelona, n\u00b023, au printemps 1992, puis dans le num\u00e9ro 18-19 d&rsquo;Archipi\u00e9lago, Trenes, tranv\u00edas, bicicletas. Volver a andar, en 1994, et enfin dans le recueil Avisos para el derrumbe, Lucina, Zamora, 1998.<br \/>\n(3) Les sigles du texte espagnol sont respectivement RENFE et AVE. Le fait que ces sigles soient si strictement interchangeables est une preuve suppl\u00e9mentaire de l&rsquo;Id\u00e9al d&rsquo;unification totale de l\u2019\u00c9tat et du Capital. [N.d.T]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Peu connu en France, mais aur\u00e9ol\u00e9 d\u2019un ind\u00e9niable prestige dans la mouvance contestataire d\u2019outre Pyr\u00e9n\u00e9es, Agust\u00edn Garc\u00eda Calvo (1926-2012) est probablement le penseur le plus original et le plus cr\u00e9atif <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2015\/01\/19\/plus-de-rails-moins-de-routes\/\">Lire la suite&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1581,"featured_media":35576,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[73,17,8],"tags":[1709,1652,477,11,194,1665,287,120,19,927,119,131],"views":10157,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26766"}],"collection":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1581"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=26766"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26766\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/35576"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=26766"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=26766"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=26766"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}