{"id":27183,"date":"2015-04-01T08:20:27","date_gmt":"2015-04-01T07:20:27","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=27183"},"modified":"2019-02-28T15:32:53","modified_gmt":"2019-02-28T14:32:53","slug":"preface-a-ledition-italienne-de-le-temps-quon-nous-vole","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2015\/04\/01\/preface-a-ledition-italienne-de-le-temps-quon-nous-vole\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9face \u00e0 l&rsquo;\u00e9dition italienne de Le temps qu&rsquo;on nous vole"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0<em>Un monde dans lequel la vitesse des transports serait limit\u00e9e \u00e0 vingt-cinq kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;heure serait un autre monde<\/em>.\u00a0\u00bb Ainsi s&rsquo;exprimait r\u00e9cemment une amie de longue date, lectrice assidue d&rsquo;<a title=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/author\/ivanillich\/\" href=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/author\/ivanillich\/\" target=\"_blank\">Ivan Illich<\/a>. Elle ajoutait: \u00ab\u00a0<em>Au fond, le seul th\u00e8me d&rsquo;Illich dont la r\u00e9ception publique soit quasi inexistante est celui des limites, en particulier de celles qu&rsquo;il faudrait imposer \u00e0 la vitesse<\/em>.\u00a0\u00bb <!--more--><\/p>\n<p>Onze ans apr\u00e8s la publication de l&rsquo;\u00e9dition fran\u00e7aise de <em><a title=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2008\/10\/05\/le-temps-quon-nous-vole\/\" href=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2008\/10\/05\/le-temps-quon-nous-vole\/\" target=\"_blank\">Le temps qu&rsquo;on nous vole<\/a><\/em>, l&rsquo;\u00e9diteur italien me prie de r\u00e9diger une introduction ajourn\u00e9e. Je ne peux mieux le faire qu&rsquo;en commentant la remarque de mon excellente amie Valentina Borremans. C&rsquo;est dans <em><a title=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2008\/02\/03\/energie-et-equite-1973\/\" href=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2008\/02\/03\/energie-et-equite-1973\/\" target=\"_blank\">Energie et Equit\u00e9<\/a><\/em> qu&rsquo;Illich proposait de limiter la vitesse des transports de personnes \u00e0 une v\u00e9locit\u00e9 correspondant environ \u00e0 deux fois celle des bicyclettes. Il le faisait dans le contexte de la &lsquo;<a title=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2004\/01\/14\/la-crise-de-lnergie\/\" href=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2004\/01\/14\/la-crise-de-lnergie\/\" target=\"_blank\">crise de l&rsquo;\u00e9nergie<\/a>&lsquo; du d\u00e9but des ann\u00e9es 1970.<\/p>\n<p>Dans <em>Le temps qu&rsquo;on nous vole<\/em> je ne voulus d&rsquo;abord que transposer la m\u00eame proposition au contexte de la crise urbaine en expliquant que le mythe d&rsquo;une vitesse urbaine inatteignable \u00e9rode peu \u00e0 peu ce que j&rsquo;appelais alors &lsquo;la valeur d&rsquo;usage des espaces habit\u00e9s&rsquo;. Les \u00e9v\u00e9nements du d\u00e9but de 1991 m&rsquo;incitent \u00e0 penser que, dans un monde o\u00f9 la vitesse serait une dimension auto-limit\u00e9e de la relation \u00e0 l&rsquo;espace et au temps, il n&rsquo;y aurait pas de &lsquo;guerre du Golfe&rsquo;.<\/p>\n<p>Selon Illich, la vitesse &#8211; et son n\u00e9cessaire compl\u00e9ment: la meurtri\u00e8re soif d&rsquo;\u00e9nergie des \u00e9tats-nations industriels &#8211; est la dimension critique de la relation destructive que l&rsquo;homme moderne entretient autant avec les cultures qu&rsquo;avec la nature. C&rsquo;est sur le premier aspect de cette relation, la destruction des capacit\u00e9s sociales de subsistance autonome fond\u00e9e dans la tradition et la culture que portait la th\u00e8se d&rsquo;<em>Energie et Equit\u00e9<\/em>: \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;utilisation de hauts quanta d&rsquo;\u00e9nergie [et par cons\u00e9quent la vitesse des transports] a des effets aussi destructeurs pour la structure sociale que pour la nature<\/em>.\u00a0\u00bb Toute reconstruction sociale exige de reconsid\u00e9rer cette relation.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sent ouvrage a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 entre 1975 et 1979 sous l&rsquo;influence du choc que fut pour moi la lecture d&rsquo;<em>Energie et Equit\u00e9<\/em>. Mon ambition \u00e9tait alors de tester la th\u00e8se qui sous-tendait ce livre en la limitant \u00e0 un cas particulier: celui de la relation des transports rapides \u00e0 la culture urbaine, \u00e0 l&rsquo;am\u00e9nit\u00e9 et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 des rues. En bref, je voulus \u00e9tudier l&rsquo;effet de la vitesse sur &lsquo;la valeur d&rsquo;usage des espaces habit\u00e9s&rsquo;.<\/p>\n<p>Ma tentative de d\u00e9monstration passe par trois r\u00e9ductions successives:<\/p>\n<p>1. Je ne traite que des transports de personnes, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;\u00eatres capables de se mouvoir par eux-m\u00eames. Cela me permet d&rsquo;\u00e9tudier l&rsquo;effet qu&rsquo;a, sur l&rsquo;aptitude \u00e0 marcher de la plupart des gens, la production de substituts industriels \u00e0 leur mobilit\u00e9 inn\u00e9e.<\/p>\n<p>2. Je limite le champ de mes analyses au milieu urbain. En filigrane se dessine une \u00e9lucidation de la d\u00e9gradation actuelle des villes.<\/p>\n<p>3. La premi\u00e8re partie du livre se pr\u00e9sente comme un commentaire d&rsquo;un &lsquo;genre litt\u00e9raire&rsquo; bien particulier, celui des &lsquo;\u00e9tudes de transport&rsquo;, corps de litt\u00e9rature ardu s&rsquo;il en est, que j&rsquo;ai pass\u00e9 quatre ans \u00e0 d\u00e9pouiller, d&rsquo;abord avec la collaboration de Jean-Pierre Dupuy, puis seul.<\/p>\n<p>A ma surprise, ces textes technocratiques, mis c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te et lus \u00e0 la lumi\u00e8re de l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;Illich s&rsquo;agenc\u00e8rent en un tout coh\u00e9rent. Dans ce panorama, l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 que la vitesse donne aux hommes des poids diff\u00e9rents et manifeste ainsi une in\u00e9quit\u00e9 structurelle de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle appara\u00eet comme l&rsquo;axiome fondamental des &lsquo;\u00e9tudes co\u00fbts et avantages&rsquo;. Ce sont les &lsquo;experts de l&rsquo;encombrement&rsquo; eux-m\u00eames qui se chargent de d\u00e9faire l&rsquo;illusion selon laquelle les transports modernes mettraient la vitesse \u00e0 port\u00e9e de tous et de d\u00e9montrer que la vitesse moyenne des transports urbains, tous modes compris, ne peut \u00eatre sup\u00e9rieure \u00e0 trois ou quatre fois celle de la marche \u00e0 pied.<\/p>\n<p>Ce sont d&rsquo;autres experts encore, ceux qui construisent les &lsquo;mod\u00e8les de trafic&rsquo;, qui vous montreront comment le d\u00e9veloppement de l&rsquo;industrie de la vitesse d\u00e9pend d&rsquo;un certain &lsquo;consentement \u00e0 se d\u00e9placer&rsquo; et \u00e0 se d\u00e9placer lentement arrach\u00e9 des usagers, et surtout des plus pauvres, sans qu&rsquo;ait lieu la moindre concertation. Les transports urbains dits &lsquo;rapides&rsquo; ne rendent les hommes ni plus \u00e9gaux ni plus rapides et leur logique est contraire au d\u00e9bat d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Toutefois il y a plus : la prise en charge d&rsquo;usagers d\u00e9cr\u00e9t\u00e9s paralytiques est destructrice de la mobilit\u00e9 autonome des citoyens, et il faut craindre que cette relation ne soit paradigmatique de toute production industrielle de substituts de ce que les gens surent de tout temps faire par et pour eux-m\u00eames. Tel semble \u00eatre le ressort m\u00eame de la croissance et du d\u00e9veloppement industriels: paralyser les capacit\u00e9s autonomes afin d&rsquo;engendrer la demande de substituts.<\/p>\n<p>Si tel est le cas, ce livre, \u00e9crit \u00e0 une \u00e9poque en laquelle la critique sociale \u00e9tait encore polaris\u00e9e par la division entre &lsquo;socialisme&rsquo; et &lsquo;lib\u00e9ralisme&rsquo; pourrait bien valoir une relecture critique dans le contexte de la trop vant\u00e9e &lsquo;victoire du lib\u00e9ralisme&rsquo;. A cet \u00e9gard, son seul m\u00e9rite serait d&rsquo;avoir tranch\u00e9 au travers des fausses dichotomies d&rsquo;une \u00e9poque r\u00e9volue pour s&rsquo;attacher \u00e0 la critique du mode industriel de production comme \u00e0 celle de ce qui est en train de lui succ\u00e9der.<\/p>\n<p>Jean Robert<br \/>\nCuernavaca, juillet 1991.<\/p>\n<p>Source: <a title=\"http:\/\/www.pudel.uni-bremen.de\/pdf\/TRANSPOR.pdf\" href=\"http:\/\/www.pudel.uni-bremen.de\/pdf\/TRANSPOR.pdf\" target=\"_blank\">http:\/\/www.pudel.uni-bremen.de\/pdf\/TRANSPOR.pdf<\/a><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-27184\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2015\/03\/robert.jpg\" alt=\"robert\" width=\"110\" height=\"155\" \/><br \/>\n<a title=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2008\/10\/05\/le-temps-quon-nous-vole\/\" href=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2008\/10\/05\/le-temps-quon-nous-vole\/\" target=\"_blank\">Le temps qu&rsquo;on nous vole<\/a>. Contre la soci\u00e9t\u00e9 chronophage, Paris, Seuil, 1980.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-27186\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2015\/03\/le-temps-quon-nous-vole.jpg\" alt=\"le-temps-quon-nous-vole\" width=\"476\" height=\"357\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Un monde dans lequel la vitesse des transports serait limit\u00e9e \u00e0 vingt-cinq kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;heure serait un autre monde.\u00a0\u00bb Ainsi s&rsquo;exprimait r\u00e9cemment une amie de longue date, lectrice assidue d&rsquo;Ivan <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2015\/04\/01\/preface-a-ledition-italienne-de-le-temps-quon-nous-vole\/\">Lire la suite&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1589,"featured_media":33312,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[52,73,17],"tags":[1709,1652,11,611,68,67,1665,35,34,144],"views":8362,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27183"}],"collection":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1589"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=27183"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27183\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/33312"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=27183"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=27183"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=27183"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}