{"id":27600,"date":"2015-08-18T10:36:50","date_gmt":"2015-08-18T09:36:50","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=27600"},"modified":"2015-10-30T15:48:15","modified_gmt":"2015-10-30T14:48:15","slug":"le-communisme-non-merci","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2015\/08\/18\/le-communisme-non-merci\/","title":{"rendered":"Le communisme ? Non merci"},"content":{"rendered":"<p>Voici plusieurs fois qu\u2019un lecteur, Vegaby, intervient en d\u00e9fense du communisme. Il est bien entendu le bienvenu, mais franchement, je ne peux plus laisser passer sans r\u00e9agir ses commentaires. Dans le dernier, il \u00e9crit d\u2019embl\u00e9e ceci : <em>\u00ab La crise \u00e9cologique vient d\u2019o\u00f9 ? Elle vient d\u2019une classe minoritaire dont l\u2019 objectif est l\u2019 enrichissement personnel sans aucune retenue et attention pour la plan\u00e8te, des gouvernements qui sont au service de cette classe et une majorit\u00e9 de gens qui sont soit dans la mis\u00e8re et vous pouvez toujours leur faire de la morale pour ne pas couper du bois ou ne pas braconner ou manger autrement \u2026 \u00bb<\/em> <!--more--><\/p>\n<p>Eh bien, non. La crise \u00e9cologique est avant toute chose une interrogation, et selon moi m\u00e9taphysique. Une fois que tous les arguments ont pu \u00eatre \u00e9chang\u00e9s, que reste-t-il ? Une angoisse. Pourquoi ? Oui, pourquoi ce formidable app\u00e9tit de tout d\u00e9truire sur son passage ? Je ne peux fournir la r\u00e9ponse, mais la question vous est offerte sans arri\u00e8re-pens\u00e9e. Oui, pourquoi ?<\/p>\n<p>Quand cela a-t-il commenc\u00e9 ? De tr\u00e8s nombreux textes d\u2019\u00e9poque montrent sans conteste que, dans la si envo\u00fbtante Gr\u00e8ce antique d\u00e9j\u00e0, on d\u00e9forestait massivement sans aucun souci du lendemain. Et l\u2019on sait d\u00e9sormais que m\u00eame des populations restreintes comme les Indiens d\u2019Am\u00e9rique et les Aborig\u00e8nes d\u2019Australie se sont acharn\u00e9s \u00e0 traquer quantit\u00e9 d\u2019animaux prodigieux, jusqu\u2019\u00e0 provoquer parfois leur extinction. Mais il est vrai que ces catastrophes demeuraient inconnues de la plupart. Au reste, ne l\u2019auraient-elles pas \u00e9t\u00e9, cela n\u2019aurait s\u00fbrement rien chang\u00e9. Pour la raison \u00e9vidente que personne n\u2019avait la moindre perception de l\u2019id\u00e9e de limite. La for\u00eat, l\u2019eau, l\u2019oc\u00e9an, les animaux et les plantes semblaient \u00e0 tous une provende qui jamais ne serait \u00e9puis\u00e9e.<\/p>\n<p>Le grand tournant a \u00e9t\u00e9, clairement, cette r\u00e9volution industrielle qui allait mettre entre les mains des humains des moyens mat\u00e9riels \u2013 \u00e0 commencer par les machines \u2013 sans commune mesure avec ce qui avait pr\u00e9exist\u00e9. Or, dites-moi ? Les hommes \u00e9taient-ils, moralement, devenus meilleurs que les anc\u00eatres ? L\u2019\u00e9vidence commande de dire les choses nettement : les civilisations humaines se sont empar\u00e9es d\u2019une puissance fulgurante, telle qu\u2019aucun cadre r\u00e9gulateur ne pouvait la contenir. En quelques d\u00e9cennies, en deux si\u00e8cles au total, l\u2019humanit\u00e9 a cr\u00e9\u00e9 les moyens de son malheur d\u00e9finitif. Je veux dire, bien entendu, de sa disparition compl\u00e8te.<\/p>\n<p>Je vous l\u2019avoue : je tiens ce tournant pour la Grande Trag\u00e9die, dont les autres d\u00e9coulent. Et je pense, avec quelques autres, qu\u2019il serait sage, n\u00e9cessaire, vital m\u00eame, de ma\u00eetriser lentement les outils de notre intelligence concr\u00e8te avant que de les r\u00e9pandre comme la peste qu\u2019ils sont jusque dans la derni\u00e8re des demeures du Sud le plus profond. Ceux qui penseront de moi que je suis l\u2019ennemi du Progr\u00e8s me feront un tr\u00e8s grand plaisir. Car en effet, je le suis. Leur Progr\u00e8s n\u2019est autre qu\u2019un immense Regr\u00e8s, n\u00e9ologisme que j\u2019ai forg\u00e9 il y a vingt-cinq ans. Et qui veut dire le contraire de Progr\u00e8s, bien s\u00fbr, mais qui m\u00eale opportun\u00e9ment, selon moi, les mots regret et r\u00e9gression. Car nous sommes d\u2019\u00e9vidence dans la r\u00e9gression, et comme je regrette cette derni\u00e8re !<\/p>\n<p>Venons-en au communisme. Je crois sinc\u00e8rement que je pourrais venir \u00e0 bout d\u2019un livre sur le sujet, mais j\u2019ai piti\u00e9 de mes potentiels lecteurs. En deux mots, le mouvement ouvrier s\u2019est globalement fourvoy\u00e9. Et cela m\u2019attriste, car cet \u00e9lan prodigieux, qui s\u2019est empal\u00e9 sur la guerre de 14-18, puis sur le stalinisme, \u00e9tait de civilisation. Nul ne peut dire ce que cela aurait pu donner, mais sait-on jamais ? On comptait dans ses rangs de tr\u00e8s beaux esprits, qui auraient peut-\u00eatre donn\u00e9 des fruits inattendus. Et merveilleux.<\/p>\n<p>Marx ? Oh ! comme j\u2019en ai marre. Pas de lui, certes, que j\u2019ai beaucoup lu dans mes jeunes ann\u00e9es, et qui est en effet un penseur. Mais ses h\u00e9ritiers et thurif\u00e9raires m\u2019emmerdent, et voici pourquoi en trois points, comme aurait fait l\u2019illustrissime <span class=\"st\">Eraste Petrovitch Fandorine<\/span>, personnage admirable du romancier Boris Akounine (B.Akounine pour les intimes). <strong>Et d\u2019un<\/strong>, Marx n\u2019a qu\u2019un seul h\u00e9ritage dans le r\u00e9el des humains, et c\u2019est le totalitarisme. Les bolcheviques russes, les mao\u00efstes chinois, les <em>barbudos<\/em> cubains, les Vietnamiens, Laotiens, Khmers, Jacques Duclos et Maurice Thorez, les assassins d\u2019Andreu Nin, les tueurs de la Stasi et du KGB sont tous des femmes et des hommes qui se r\u00e9clamaient de Marx.<\/p>\n<p><strong>Et de deux<\/strong>, Marx n\u2019est pas coupable, j\u2019en suis d\u2019accord. Mais peut-on raisonnablement le d\u00e9barrasser de toute responsabilit\u00e9 ? Pour \u00eatre direct et employer une phras\u00e9ologie pour le coup adapt\u00e9, ce serait pur id\u00e9alisme ! Une d\u00e9marche <em>mat\u00e9rialiste<\/em> \u2013 ce mot pour les lecteurs marxistes \u2013 commanderait tout au contraire d\u2019\u00e9tablir pourquoi une pens\u00e9e pareille a pu \u00eatre reli\u00e9e \u00e0 de telles abominations. Marx lui-m\u00eame aurait \u00e9t\u00e9 probablement d\u2019accord, qui notait dans <em>Les origines du coup d\u2019\u00c9tat du 2 D\u00e9cembre 1851<\/em> : <em>\u00ab <\/em><span class=\"citation\"><em>Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement donn\u00e9es et h\u00e9rit\u00e9es du pass\u00e9. La tradition de toutes les g\u00e9n\u00e9rations mortes p\u00e8se d\u2019un poids tr\u00e8s lourd sur le cerveau des vivants \u00bb<\/em>.<\/span><\/p>\n<p><strong>Et de trois<\/strong>, Marx n\u2019est pas et n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9cologiste. Le pauvre ! Mais pour une raison extr\u00eamement simple : on ne pouvait consid\u00e9rer en 1848 ou en 1871 les limites physiques d\u2019une plan\u00e8te qu\u2019on croyait encore \u00eatre une exub\u00e9rante corne d\u2019abondance. La v\u00e9rit\u00e9, mille fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9e dans l\u2019<span class=\"st\">\u0153uvre<\/span> de Marx, c\u2019est que l\u2019industrialisation est la grande chance historique de l\u2019humanit\u00e9. Qui doit permettre, \u00e0 terme, une production de biens mat\u00e9riels si imposante que l\u2019on passerait <em>\u00ab de <\/em><span class=\"citation\"><em>chacun selon ses moyens, \u00e0 chacun selon ses besoins \u00bb<\/em>. L\u2019expression a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e ainsi une premi\u00e8re fois par le socialiste fran\u00e7ais Louis Blanc en 1839, puis reprise par Marx dans son c\u00e9l\u00e9brissime <\/span><em><span class=\"st\">Kritik des Gothaer Programms (<\/span><\/em><span class=\"st\">Critique du Programme de Gotha) : <em>\u00ab <\/em><\/span><em>Jeder nach seinen F\u00e4higkeiten, jedem nach seinen Bed\u00fcrfnissen !<\/em> \u00bb. Parlant sous le regard per\u00e7ant de Martine V. \u2013 <em>Guten morgen !<\/em> -, je traduis cette phrase ainsi : <em>\u00ab De chacun selon ses capacit\u00e9s \u00e0 chacun selon ses besoins \u00bb<\/em>. Or, les \u00ab besoins \u00bb, revus et corrig\u00e9s par l\u2019industrie, sont insatiables. N\u2019est-ce pas la base m\u00eame de la destruction de tout pour la satisfaction de personne ?<\/p>\n<p>Pr\u00e9tendre contre toute \u00e9vidence que Marx a \u00e9t\u00e9 \u00e9cologiste me semble aussi funeste que de tirer un trait d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre lui et le Goulag. Ce me semble une mani\u00e8re tarabiscot\u00e9e d\u2019utiliser l\u2019ombre du philosophe pour \u00e9clairer notre g\u00e9ante caverne. Faut-il le pr\u00e9ciser ? L\u2019ombre est une parcimonieuse dispensatrice de clart\u00e9.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<p>Quant au reste, de quel communisme nous parle donc Vegaby ? De celui des bolcheviques russes, qui a donn\u00e9, sans compter le reste,\u00a0 la mer d\u2019Aral, le polygone de Semipalatinsk, la diminution drastique de l\u2019esp\u00e9rance de vie ?\u00a0 Ou peut-\u00eatre veut-il dire que Trotski \u00e0 la place de Staline aurait fait autrement ? Relisons ensemble l\u2019essai <em>Art r\u00e9volutionnaire et art socialiste<\/em>, publi\u00e9 au milieu des ann\u00e9es 20 du si\u00e8cle pass\u00e9. L\u00e9on Trotski, y \u00e9crivait ceci : <em>\u00ab L\u2019homme socialiste ma\u00eetrisera la nature enti\u00e8re, y compris ses faisans et ses esturgeons, au moyen de la machine. Il d\u00e9signera les lieux o\u00f9 les montagnes doivent \u00eatre abattues, changera le cours des rivi\u00e8res et emprisonnera les oc\u00e9ans \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Cela veut tout de m\u00eame dire quelque chose, non ? Emprisonner les oc\u00e9ans ! M\u00eame Jean-Luc M\u00e9lenchon, qui r\u00eave d\u2019industrialiser la mer, n\u2019aurait pas os\u00e9. Cela prouve, au milieu de milliers d\u2019autres paroles et surtout d\u2019actes que le communisme r\u00e9el partageait l\u2019imaginaire du capitalisme le plus d\u00e9brid\u00e9. Il fallait b\u00e2tir de toute urgence, gr\u00e2ce \u00e0 ces pauvres neuneus manipul\u00e9s que l\u2019on appelle les stakhanovistes, des hauts-fourneaux par milliers et millions, des cit\u00e9s ouvri\u00e8res ignobles, des complexes militaro-industriels plus criminels les uns que les autres, Le programme a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 Prague, \u00e0 Nowa Huta, en Roumanie, dans la Chine du Grand bond en avant, \u00e0 Hano\u00ef, \u00e0 Cuba, en Lituanie et en Lettonie, en Bi\u00e9lorussie, en Ukraine, dans toute l\u2019Asie centrale, en Bulgarie, en Yougoslavie, en Albanie, rigoureusement partout. Et il l\u2019aurait \u00e9t\u00e9 en France si les crapules staliniennes nomm\u00e9es Duclos, Thorez, Fajon avaient par malheur pris le pouvoir en 1944.<\/p>\n<p>Le stalinisme, nom du communisme r\u00e9el, a d\u00e9truit avec plus d\u2019application que certains pays capitalistes pour la raison \u00e9vidente que l\u2019opinion publique y \u00e9tait constamment r\u00e9prim\u00e9e. L\u2019objectif \u00e9tait le m\u00eame que celui des \u00c9tats-Unis \u2013 que <span class=\"st\">Khrouchtchev<\/span> appelait d\u2019ailleurs \u00e0 rattraper en 1960 \u2013 ou de la France, ou de l\u2019Allemagne. Il s\u2019agissait de produire, produire, produire pour, officiellement du moins, massivement redistribuer. Sauf que les bureaucraties communistes, tout occup\u00e9es \u00e0 se partager le festin, ont partout ponctionn\u00e9 leurs soci\u00e9t\u00e9s pour pouvoir jouir d\u2019un niveau de vie comparable \u00e0 celui des nations capitalistes. Lesquelles faisaient la m\u00eame chose, r\u00e9pugnante \u00e0 mes yeux, mais sans cette hypocrisie inou\u00efe qui consistait \u00e0 pr\u00e9tendre travailler pour la classe ouvri\u00e8re. Avez-vous id\u00e9e du foss\u00e9 mat\u00e9riel sans fond s\u00e9parant les peuples sous le knout et leurs dirigeants \u00ab bien-aim\u00e9s \u00bb ? \u00c0 c\u00f4t\u00e9, comparant ce qui \u00e9tait comparable, la France, notre France tellement in\u00e9galitaire, aurait paru un pays de fraternit\u00e9.<\/p>\n<p>Il y aurait beaucoup d\u2019autres choses \u00e0 dire. Par exemple sur cette absurdit\u00e9 th\u00e9orique \u2013 et fondatrice \u2013 selon laquelle la classe ouvri\u00e8re \u00e9tant la seule classe universelle, celle capable d\u2019\u00e9manciper la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re, toutes les autres devaient lui \u00eatre subordonn\u00e9es. \u00c0 commencer par ces milliards de paysans \u2013 la vraie colonne vert\u00e9brale du monde \u2013 que les marxistes de toutes les \u00e9poques et de tous pays ont toujours consid\u00e9r\u00e9 comme de la merde. Je r\u00e9p\u00e8te : de la merde. Dans la Russie bolchevique de 1923, bien avant donc le triomphe de Staline, une voix ouvri\u00e8re valait 25.000 voix paysannes. Quel sens merveilleux de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et de l\u2019universalit\u00e9 !<\/p>\n<p>Cela n\u2019est pas r\u00e9parable, car nous parlons l\u00e0 du cadre d\u2019une pens\u00e9e, qui ne saurait \u00eatre r\u00e9invent\u00e9. Un seul exemple suffira, m\u00eame si je sais que le malentendu en surgira. Nous venons de d\u00e9passer le 13 ao\u00fbt les ressources renouvelables de la plan\u00e8te pour toute l\u2019ann\u00e9e 2015. Tout ce qui sera boulott\u00e9 d\u2019ici d\u00e9cembre le sera sur le dos de la b\u00eate, l\u2019\u00e9puisant mortellement, d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e. La conclusion cr\u00e8ve les yeux : la promesse d\u2019abondance capitaliste ne vaut pas mieux que la billeves\u00e9e communiste sur le r\u00e8gne de biens mat\u00e9riels in\u00e9puisables pour tous.<\/p>\n<p>Oui, il faut tout repenser et admettre un Grand partage des espaces et des biens entre tous les hommes, toutes les b\u00eates, toutes les plantes. Dans le domaine d\u00e9risoire de la politique fran\u00e7aise, cela commande de se battre contre la prolif\u00e9ration des objets. Contre la bagnole. Contre la vitesse. Contre l\u2019omnipotence du num\u00e9rique. Contre le nucl\u00e9aire bien s\u00fbr. Ce qui signifie au passage reconna\u00eetre ce fait : les pauvres des pays riches ne sont pas des \u00ab pauvres absolus \u00bb. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle du monde, ils sont de tr\u00e8s grands riches. Mais oui. Je sais que c\u2019est choquant. Mais j\u2019ajoute qu\u2019il faut \u00e9videmment dynamiter les soci\u00e9t\u00e9s de classe du Nord, et faire dispara\u00eetre les monstres sociaux et moraux que sont les bourgeoisies d\u2019Occident. Ceci pos\u00e9, j\u2019estime avoir le droit, moi qui ai grandi dans le sous-prol\u00e9tariat de la banlieue, de rappeler une seconde mon enfance.<\/p>\n<p>Dans ces ann\u00e9es lointaines \u2013 le d\u00e9but des ann\u00e9es 60 -, nous n\u2019avions \u00e0 peu pr\u00e8s rien. Nous achetions \u00e0 cr\u00e9dit la nourriture quotidienne. Nous ne pouvions pas m\u00eame r\u00eaver d\u2019une voiture. Eh bien, lorsque que je vois des \u00ab pauvres \u00bb d\u2019aujourd\u2019hui disposer de tant d\u2019objets mat\u00e9riels, j\u2019ai le sentiment imm\u00e9diat qu\u2019ils auraient fait figure de grossiums en 1960. Je ne crois pas que les domin\u00e9s d\u2019ici ou d\u2019ailleurs ont besoin de davantage de pouvoir d\u2019achat. Ils ont besoin de dignit\u00e9, de respect, de pouvoir, de beaut\u00e9, d\u2019\u00e9galit\u00e9. Je suis d\u00e9finitivement du c\u00f4t\u00e9 de mon cher grand po\u00e8te Federico Garc\u00eda Lorca. Dans un discours clam\u00e9 en 1931 pour l\u2019inauguration d\u2019une biblioth\u00e8que, il a ces mots fabuleux, face \u00e0 une foule de vrais mis\u00e9reux : <em>\u00ab No s\u00f3lo de pan vive el hombre. Yo, si tuviera hambre y estuviera desvalido en la calle no pedir\u00eda un pan; sino que pedir\u00eda medio pan y un libro \u00bb<\/em>. Ce qui veut dire, amis lecteurs : <em>\u00ab L\u2019homme ne vit pas seulement de pain. Et si j\u2019avais faim, si j\u2019\u00e9tais d\u00e9sempar\u00e9 dans la rue, je ne demanderais pas un pain. Non, je demanderais la moiti\u00e9 d\u2019un pain et un livre \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Quel mouvement \u00ab communiste \u00bb endosserait un tel dossard ? Je n\u2019en vois pas. Je n\u2019en vois pas car il ne peut y en avoir aucun. L\u2019\u00e9cologie, au sens que je donne en tout cas \u00e0 ce mot d\u00e9sormais d\u00e9mon\u00e9tis\u00e9, est la seule voie de l\u2019avenir, s\u2019il en est une. Elle contient le meilleur de l\u2019exp\u00e9rience humaine, et trace les contours d\u2019une construction enfin universelle. Dans ce monde possible et souhaitable, un ouvrier ne vaudra jamais 25 000 paysans et un Bill Gates sera trait\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gal d\u2019un paysan du Gange ou des plateaux andins. Ni plus ni moins. Quant \u00e0 l\u2019homme \u2013 tous les hommes -, il sera remis \u00e0 sa place, ce qui donnera de l\u2019espace et de l\u2019espoir \u00e0 toutes les esp\u00e8ces vivantes que nous jetons gaiement au tombeau.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/fabrice-nicolino.com\" target=\"_blank\">http:\/\/fabrice-nicolino.com<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici plusieurs fois qu\u2019un lecteur, Vegaby, intervient en d\u00e9fense du communisme. 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