{"id":29767,"date":"2016-03-30T08:22:09","date_gmt":"2016-03-30T07:22:09","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=29767"},"modified":"2016-05-15T14:26:40","modified_gmt":"2016-05-15T13:26:40","slug":"le-pieton-ce-criminel-ray-bradbury","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2016\/03\/30\/le-pieton-ce-criminel-ray-bradbury\/","title":{"rendered":"Le pi\u00e9ton, ce criminel \u2013 Ray Bradbury"},"content":{"rendered":"<p><em>The Pedestrian<\/em> (Le Pi\u00e9ton) est une nouvelle \u00e9crite en 1951 par l&rsquo;auteur de science-fiction Ray Bradbury, connu pour ses <em>Chroniques martiennes<\/em> et pour son roman dystopique <em>Fahrenheit 451<\/em>, port\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran par Fran\u00e7ois Truffaut. <!--more--><\/p>\n<p><strong>The Pedestrian<\/strong><\/p>\n<p>P\u00c9N\u00c9TRER dans ce silence \u2013 celui de la ville \u00e0 huit heures d\u2019une soir\u00e9e brumeuse de novembre -, fouler l\u2019asphalte gondol\u00e9 des rues, marcher sur l\u2019herbe qui avait pouss\u00e9 entre les fissures et, les mains dans les poches, s\u2019ouvrir un chemin \u00e0 travers les silences environnants, c\u2019\u00e9tait la plus grande joie de M. L\u00e9onard Mead. Il aimait s\u2019arr\u00eater \u00e0 un croisement, scruter dans quatre directions les longues avenues \u00e9clair\u00e9es par le clair de lune, d\u00e9cider du chemin \u00e0 prendre (ce qui \u00e0 vrai dire n\u2019avait que peu d\u2019importance: dans ce monde de l\u2019an 2052, il \u00e9tait un homme seul, ou peu s\u2019en fallait) puis, la direction choisie, se mettre en marche \u00e0 grands pas et lancer devant soi de grandes bouff\u00e9es d\u2019air glac\u00e9, semblables \u00e0 la fum\u00e9e d\u2019un cigare.<\/p>\n<p>Il marchait parfois pendant des heures, pendant des kilom\u00e8tres et ne revenait chez lui qu\u2019autour de minuit. Chemin faisant, il regardait les villas, les maisons avec leurs fen\u00eatres obscures, et cela ressemblait assez \u00e0 la travers\u00e9e d\u2019un cimeti\u00e8re o\u00f9 seuls les lumignons des feux follets s\u2019\u00e9clairaient derri\u00e8re les fen\u00eatres. Parfois, il lui semblait que des fant\u00f4mes gris\u00e2tres se mouvaient sur les murs int\u00e9rieurs des pi\u00e8ces dont on avait oubli\u00e9 de tirer les rideaux, ou bien il entendait des chuchotements et des murmures lorsque \u00e9tait rest\u00e9e ouverte la fen\u00eatre d\u2019un de ces \u00e9difices qu\u2019il comparait \u00e0 des monuments fun\u00e9raires.<\/p>\n<p>Alors M. L\u00e9onard Mead s\u2019arr\u00eatait, redressait la t\u00eate, \u00e9coutait, regardait, puis reprenait sa marche \u00e0 pas silencieux sur la route blanche. Car, depuis longtemps d\u00e9j\u00e0, il avait d\u00e9cid\u00e9 de chausser, pour ses promenades nocturnes, des souliers \u00e0 semelles souples ; le bruit que faisaient les semelles dures \u00e9veillait en-effet les chiens qui accompagnaient sa marche de leurs aboiements intermittents pendant que des lumi\u00e8res \u00e9clataient, que des visages apparaissaient et que toute une rue se r\u00e9veillait sur son passage ; car il n\u2019y avait que lui dehors en cette soir\u00e9e du d\u00e9but novembre.<\/p>\n<p>Il avait commenc\u00e9 ce soir-l\u00e0 sa promenade en allant vers l\u2019ouest, dans la direction de la mer. L\u2019air \u00e9tait glac\u00e9, pur comme du cristal ; il vous coupait le souffle et faisait br\u00fbler les poumons comme un joyeux arbre de No\u00ebl : on pouvait sentir la flamme glac\u00e9e p\u00e9n\u00e9trer et ressortir, vous emplissant les bronches d\u2019une neige invisible. M. L\u00e9onard Mead \u00e9coutait le l\u00e9ger crissement de ses souliers souples foulant les feuilles d\u2019automne et il sifflait entre ses dents, d\u2019un sifflement calme et l\u00e9ger ; de temps \u00e0 autre, il cueillait une feuille dont il examinait, \u00e0 la lumi\u00e8re des rares lampadaires, le r\u00e9seau de nervures et il respirait son parfum rouill\u00e9 tout en continuant de marcher.<\/p>\n<p>\u00ab Hol\u00e0 ! l\u00e0-bas, murmurait-il en passant devant les maisons. Quoi de nouveau ce soir sur la quatri\u00e8me Cha\u00eene, sur la septi\u00e8me, la neuvi\u00e8me ? De quel c\u00f4t\u00e9 s\u2019\u00e9lancent \u00e0 pr\u00e9sent les cow-boys ? Verra-t-on enfin la Cavalerie des \u00c9tats-Unis appara\u00eetre en haut de la colline la plus proche pour nous secourir ? \u00bb<\/p>\n<p>La rue \u00e9tait silencieuse, vide \u00e0 perte de vue, seule son ombre bougeait comme l\u2019ombre d\u2019un \u00e9pervier \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres. S\u2019il fermait les yeux et restait immobile, il pouvait s\u2019imaginer au milieu du d\u00e9sert de l\u2019Arizona, froid, sans un souffle de vent, sans une habitation \u00e0 mille lieues alentour, sans autre compagnie que les lits dess\u00e9ch\u00e9s des rivi\u00e8res, les rues.<\/p>\n<p>\u00ab Quelle heure est-il, \u00e0 pr\u00e9sent ? demanda-t-il aux maisons, et il consulta son bracelet-montre. Huit heures trente ? L\u2019heure d\u2019une bonne petite douzaine de crimes bien assortis ? L\u2019heure du sketch comique ? On passe une revue ? Un com\u00e9dien sort de sc\u00e8ne ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9tait-ce l\u2019\u00e9cho d\u2019un \u00e9clat de rire qui fusait \u00e0 pr\u00e9sent d\u2019une des maisons blanches dans le clair de lune ? Il h\u00e9sita un moment, puis, comme rien n\u2019arrivait, il continua son chemin. Il tr\u00e9bucha sur un coin de trottoir particuli\u00e8rement ab\u00eem\u00e9. L\u2019asphalte disparaissait sous les fleurs et l\u2019herbe. Depuis dix ans qu\u2019il se promenait ainsi, de jour et de nuit, accumulant les kilom\u00e8tres par milliers, il n\u2019avait jamais rencontr\u00e9 un autre promeneur, jamais un seul au cours de ces longues ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Il arriva \u00e0 un carrefour en patte d\u2019oie, silencieux, au croisement de deux voies express qui traversaient la ville. Pendant le jour, c\u2019\u00e9tait la houle tonnante des voitures, les stations d\u2019essence ouvertes, un bourdonnement de gros insectes, une lutte serr\u00e9e de scarab\u00e9es glissant vers des destinations lointaines, cherchant \u00e0 se d\u00e9passer, \u00e0 se faufiler dans une meilleure position, une l\u00e9g\u00e8re fum\u00e9e d\u2019encens s\u2019\u00e9levant de leurs tuyaux d\u2019\u00e9chappement. Mais, \u00e0 pr\u00e9sent, ces grandes art\u00e8res aussi, pareilles \u00e0 des torrents pendant la saison s\u00e8che, \u00e9taient des lits de pierre qu\u2019illuminait le clair de lune.<\/p>\n<p>Il prit pour revenir une rue lat\u00e9rale, tournant dans la direction de sa maison. Il n\u2019avait plus que quelques pas \u00e0 faire pour arriver chez lui, quand la voiture solitaire tourna brusquement le coin de la rue, et dirigea sur lui son faisceau de lumi\u00e8re aveuglante. Il s\u2019arr\u00eata \u00e9bloui, \u00e9tourdi comme un papillon de nuit par un phare, puis il avan\u00e7a vers elle.<\/p>\n<p>Une voix m\u00e9tallique le h\u00e9la :<\/p>\n<p>\u00ab Halte ! Restez o\u00f9 vous \u00eates ! Ne bougez pas ! \u00bb<\/p>\n<p>Il s\u2019arr\u00eata.<\/p>\n<p>\u00ab Levez les mains ! Ou nous tirons ! \u00bb<\/p>\n<p>La police \u00e9videmment, mais quelle chose insolite, incroyable : dans une ville de trois millions d\u2019habitants, il n\u2019y avait plus qu\u2019une seule voiture de police : n\u2019\u00e9tait-ce pas naturel ? L\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, 2052, l\u2019ann\u00e9e des \u00e9lections, la police s\u2019\u00e9tait vu enlever deux de ses trois voitures. La criminalit\u00e9 avait baiss\u00e9. Plus besoin de police, sauf cette derni\u00e8re voiture qui errait sans fin dans les rues vides.<\/p>\n<p>\u00ab Votre nom ? \u00bb entendit-il dans un murmure m\u00e9tallique. Il ne pouvait voir l\u2019homme \u00e0 cause du r\u00e9flecteur puissant dirig\u00e9 sur lui.<\/p>\n<p>\u00ab L\u00e9onard Mead.<\/p>\n<p>\u2013 Plus fort !<\/p>\n<p>\u2013 L\u00e9onard Mead !<\/p>\n<p>\u2013 Emploi ou profession ?<\/p>\n<p>\u2013 Disons \u00e9crivain.<\/p>\n<p>\u2013 Sans profession \u00bb, dit la voix sortant de la voiture, comme si elle parlait pour elle-m\u00eame. La lumi\u00e8re le clouait sur place comme un sp\u00e9cimen dans une vitrine de mus\u00e9e, le corps transperc\u00e9 d\u2019une \u00e9pingle.<\/p>\n<p>\u00ab Vous pouvez le dire \u00bb, fit M. Mead. Il n\u2019avait plus \u00e9crit une ligne depuis des ann\u00e9es. Les revues, les livres ne se vendaient plus. Tout se passait, d\u00e8s la tomb\u00e9e de la nuit, dans ces maisons pareilles \u00e0 des caveaux. Des caveaux vaguement \u00e9clair\u00e9s par la lumi\u00e8re de la t\u00e9l\u00e9vision, o\u00f9 les gens reposaient comme des cadavres, o\u00f9 la lumi\u00e8re grise ou multicolore atteignait leurs visages sans jamais les atteindre eux-m\u00eames r\u00e9ellement.<\/p>\n<p>\u00ab Sans profession, reprit plus fort la voix m\u00e9tallique. Que faites-vous dehors ?<\/p>\n<p>\u2013 Une promenade, dit L\u00e9onard Mead.<\/p>\n<p>\u2013 Une promenade !<\/p>\n<p>\u2013 Une simple promenade, dit-il calmement, mais il sentait son visage se glacer.<\/p>\n<p>\u2013 Promenade, simple promenade ? Une promenade ?<\/p>\n<p>\u2013 Oui.<\/p>\n<p>\u2013 Promenade pour aller o\u00f9 ? Pour faire quoi ?<\/p>\n<p>\u2013 Pour prendre l\u2019air. Une promenade pour voir.<\/p>\n<p>\u2013 Votre adresse !<\/p>\n<p>\u2013 11, South St. James street.<\/p>\n<p>\u2013 Il y a de l\u2019air dans votre maison, de l\u2019air climatis\u00e9, M. Mead ?<\/p>\n<p>\u2013 Oui ;<\/p>\n<p>\u2013 Et vous avez un \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9vision \u00e0 votre disposition ?<\/p>\n<p>\u2013 Non.<\/p>\n<p>\u2013 Non ? \u00bb On entendit un l\u00e9ger cr\u00e9pitement qui \u00e9tait comme une mise en accusation.<\/p>\n<p>\u00ab \u00cates-vous mari\u00e9, monsieur Mead ?<\/p>\n<p>\u2013 Non.<\/p>\n<p>\u2013 Pas mari\u00e9 \u00bb, dit la voix du policier derri\u00e8re le faisceau aveuglant. La lune \u00e9tait haute et brillante parmi les \u00e9toiles et les maisons grises et silencieuses.<\/p>\n<p>\u00ab Personne n\u2019a voulu de moi, dit L\u00e9onard Mead, avec un sourire.<\/p>\n<p>\u2013 Ne parlez que si on vous interroge ! \u00bb<\/p>\n<p>L\u00e9onard Mead attendit dans la nuit froide.<\/p>\n<p>\u00ab Simple promenade, monsieur Mead ?<\/p>\n<p>\u2013 Oui.<\/p>\n<p>\u2013 Mais vous n\u2019avez pas dit dans quel but.<\/p>\n<p>\u2013 Je l\u2019ai dit ; prendre l\u2019air, voir, me promener simplement.<\/p>\n<p>\u2013 Avez-vous fait \u00e7a souvent ?<\/p>\n<p>\u2013 Chaque soir, depuis des ann\u00e9es. \u00bb<\/p>\n<p>La voiture de la police restait immobile au milieu de la rue, l\u2019appareil de radio bourdonnant l\u00e9g\u00e8rement dans son ventre.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est bien, monsieur Mead.<\/p>\n<p>\u2013 Est-ce tout ? demanda-t-il poliment.<\/p>\n<p>\u2013 Oui, r\u00e9pondit la voix. L\u00e0. \u00bb On entendit comme un soupir, un d\u00e9clic. La porte arri\u00e8re de la voiture s\u2019ouvrit brusquement. \u00ab Montez.<\/p>\n<p>\u2013 Attendez un peu, je n\u2019ai rien fait !<\/p>\n<p>\u2013 Montez.<\/p>\n<p>\u2013 Je proteste !<\/p>\n<p>\u2013 Monsieur Mead ! \u00bb<\/p>\n<p>Il avan\u00e7a semblable, tout \u00e0 coup, \u00e0 un homme ivre. En d\u00e9passant la cabine du chauffeur, il regarda \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Comme il s\u2019y attendait, elle \u00e9tait vide ; dans la voiture, il n\u2019y avait \u00e2me qui vive.<\/p>\n<p>\u00ab Montez ! \u00bb<\/p>\n<p>Il s\u2019appuya contre la porte et regarda la banquette arri\u00e8re ; c\u2019\u00e9tait une cellule en miniature, une petite prison grillag\u00e9e obscure, Cela sentait l\u2019acier ; cela sentait l\u2019antiseptique ; cela sentait la propret\u00e9 dure du m\u00e9tal. Il n\u2019y avait pas la moindre douceur l\u00e0-dedans.<\/p>\n<p>\u00ab Eh bien, si vous aviez une femme pour fournir un alibi, reprit la voix m\u00e9tallique. Mais\u2026<\/p>\n<p>\u2013 O\u00f9 m\u2019emmenez-vous ? \u00bb<\/p>\n<p>La voiture h\u00e9sita, ou plut\u00f4t on entendit \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur une suite de d\u00e9clics, comme si une machine \u00e0 poin\u00e7onner demandait des informations \u00e0 un \u0153il \u00e9lectronique. \u00ab Au Centre psychiatrique de Recherches sur les Tendances r\u00e9gressives. \u00bb<\/p>\n<p>Il monta. La porte se referma avec un l\u00e9ger bruit sourd. La voiture de police roulait codes allum\u00e9s \u00e0 travers la ville endormie.<\/p>\n<p>Un instant plus tard, dans une des rues de cette ville obscure, ils pass\u00e8rent devant une maison ; une parmi tant d\u2019autres, mais elle avait ceci de particulier qu\u2019elle \u00e9tait \u00e9clatante de lumi\u00e8re, que chacune de ses fen\u00eatres, carr\u00e9 de chaleur dans la nuit froide, \u00e9tait une source vive de clart\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est ma maison, \u00bb dit L\u00e9onard Mead.<\/p>\n<p>Il n\u2019y eut pas de r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>La voiture avan\u00e7ait le long des trottoirs d\u00e9serts, dans les rues d\u00e9sertes comme dans le lit d\u2019une rivi\u00e8re \u00e0 sec ; et nul bruit, nul mouvement ne troubla plus la tranquillit\u00e9 de cette nuit froide de novembre..<\/p>\n<p>Ray Bradbury, The Pedestrian.<br \/>\nTraduit par RICHARD NEGROU.<br \/>\nTraduction: \u00ab Le promeneur \u00bb et \u00ab L\u2019arri\u00e9r\u00e9 \u00bb<\/p>\n<p>Source: <a href=\"https:\/\/urbabillard.wordpress.com\/\" target=\"_blank\">https:\/\/urbabillard.wordpress.com\/<\/a><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-29768\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2016\/03\/larrierc3a9.jpg\" alt=\"larrierc3a9\" width=\"142\" height=\"233\" \/><\/p>\n<p>Notes compl\u00e9mentaires:<\/p>\n<blockquote><p><em> Si l\u2019\u00c9tat interdit \u00e0 l\u2019individu le recours \u00e0 l\u2019injustice, ce n\u2019est pas parce qu\u2019il veut supprimer l\u2019injustice, mais parce qu\u2019il veut monopoliser ce recours, comme il monopolise le sel et le tabac.<\/em><br \/>\nFREUD, Essais de psychanalyse.<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p><em> La r\u00e9bellion est un th\u00e8me \u00e9ternel. Elle est devenue un probl\u00e8me, pour les \u00e9crivains de S. -F., autour de 1950. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u00e0 vague de la t\u00e9l\u00e9vision balaie les USA. ; les intellectuels s\u2019inqui\u00e8tent de voirles gens rester chez eux devant le petit \u00e9cran, oublier leur mobilit\u00e9, leur sociabilit\u00e9 et \u2013 croient-ils \u2013 leur libert\u00e9. La mutation r\u00e9active un vieux fantasme am\u00e9ricain (la peur du conformisme ambiant) en m\u00eame temps qu\u2019elle para\u00eet justifier les avertissements des anti-utopistes : le futur entre dans le pr\u00e9sent: le cauchemar fait irruption dans le r\u00e9el. La vid\u00e9ocommunication, autant que la bombe atomique, marque l\u2019entr\u00e9e dans une \u00e8re nouvelle et donne \u00e0 la Science-fiction de ce temps une coloration hyperr\u00e9aliste que la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente n\u2019annon\u00e7ait gu\u00e8re. Le monde passe de trois \u00e0 deux dimensions; l\u2019humanit\u00e9 perd toute \u00e9paisseur; les institutions et notamment la police deviennent presque inutiles. Il n\u2019y a plus de rebelles, seulement des d\u00e9viants; plus de prisons, seulement des h\u00f4pitaux psychiatriques. Et pour ceux qui ne sont pas tout \u00e0 fait dans les normes, une immense, une compl\u00e8te solitude.<\/em><br \/>\nRICHARD NEGROU<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>The Pedestrian (Le Pi\u00e9ton) est une nouvelle \u00e9crite en 1951 par l&rsquo;auteur de science-fiction Ray Bradbury, connu pour ses Chroniques martiennes et pour son roman dystopique Fahrenheit 451, port\u00e9 \u00e0 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2016\/03\/30\/le-pieton-ce-criminel-ray-bradbury\/\">Lire la suite&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1616,"featured_media":30695,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[17,9],"tags":[1709,99,1665,135,101],"views":19564,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29767"}],"collection":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1616"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29767"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29767\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/30695"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29767"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=29767"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=29767"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}