{"id":307,"date":"2005-12-10T14:57:00","date_gmt":"2005-12-10T13:57:00","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2005\/12\/10\/a-fond-dans-le-mur\/"},"modified":"2023-11-13T16:56:06","modified_gmt":"2023-11-13T15:56:06","slug":"a-fond-dans-le-mur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2005\/12\/10\/a-fond-dans-le-mur\/","title":{"rendered":"A fond dans le mur !"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-weight: bold\">Par ann\u00e9e, une auto br\u00fble 1700 litres de carburant pour rien<br \/>\nEt c\u2019est cela m\u00eame qui est g\u00e9nial <\/span>!<\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic\">par Richard Bergeron, Ph. D.*<\/span><\/p>\n<p>La Seconde Guerre mondiale a brutalement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 le d\u00e9veloppement technologique et fait exploser la capacit\u00e9 de production. Ceci sans crise de surproduction ni ch\u00f4mage puisque, c\u2019est le propre de la guerre, tout ce qui sort des usines est d\u00e9truit au m\u00eame rythme. Mais qu\u2019arriverait-il quand la guerre prendrait fin ? Vivrait-on une nouvelle d\u00e9pression pire que celle des ann\u00e9es 1930 ? Il fallait \u00e0 tout prix l\u2019\u00e9viter. Roosevelt soumit le probl\u00e8me \u00e0 un groupe d\u2019\u00e9minents universitaires, eux-m\u00eames conseill\u00e9s par Alfred P. Sloan de General Motors. La solution qu\u2019ils propos\u00e8rent fut la consommation de masse, dont le principe est on ne peut plus simple : en contexte de guerre, les soldats d\u00e9truisent en continu tout ce qui sort des usines; avec la consommation de masse, c\u2019est \u00e0 la population du pays que cette t\u00e2che revient. <!--more--><\/p>\n<p>L\u2019automobile est la pierre angulaire sur laquelle fut \u00e9rig\u00e9e la consommation de masse, pour deux raisons. La premi\u00e8re est qu\u2019elle constitue le principal \u00ab objet de consommation \u00bb, absorbant le cinqui\u00e8me du revenu des m\u00e9nages et permettant de d\u00e9truire en continu 20 % de la production mondiale d\u2019acier, une fraction significative de celle d\u2019autres m\u00e9taux, en plus de millions de tonnes de verre, de plastiques, et m\u00eame de cuirs. En prime, une auto br\u00fble chaque ann\u00e9e 2 000 litres de carburant, absorbant 50 % de la production mondiale de p\u00e9trole. Qui plus est, ce carburant est consomm\u00e9 pratiquement en pure perte puisque l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique d\u2019un moteur \u00e0 combustion interne n\u2019exc\u00e8de pas 15 %. Chaque auto, chaque ann\u00e9e, br\u00fble donc 1 700 litres de carburant pour rien, pour absolument rien. Et c\u2019est cela m\u00eame qui est g\u00e9nial !<\/p>\n<p>La seconde raison est que l\u2019automobile est le moyen d\u2019acc\u00e8s \u00e0 toute fins utiles oblig\u00e9 \u00e0 toutes les autres formes que prend la consommation de masse, tout particuli\u00e8rement \u00e0 l\u2019unifamiliale de banlieue, le mod\u00e8le r\u00e9sidentiel de loin le plus friand de ressources. L\u2019auto appelle les r\u00e9seaux routier et autoroutier, dont la construction et l\u2019entretien repr\u00e9sentent eux aussi un formidable gaspillage de ressources. La combinaison de l\u2019automobile, de l\u2019unifamiliale, de l\u2019autoroute et du p\u00e9trole \u00e0 bon march\u00e9, sans oublier le centre d\u2019achats, a permis de cr\u00e9er le style de vie typique de la consommation de masse : l\u2019American Way of Life.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, le taux de motorisation des Am\u00e9ricains franchissait la barre des 500 v\u00e9hicules pour 1 000 habitants. Et quels v\u00e9hicules ! C\u2019\u00e9tait la belle \u00e9poque des muscle cars, ces monstres m\u00e9caniques dot\u00e9s de moteurs de trois cents chevaux-vapeur (CV), capables d\u2019acc\u00e9l\u00e9rations foudroyantes. C\u2019est alors que survint l\u2019embargo p\u00e9trolier de 1973, qui mettait en cause la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique du plus puissant pays du monde.<\/p>\n<p>Richard Nixon saisit imm\u00e9diatement la nature de l\u2019\u00e9v\u00e9nement auquel \u00e9tait confront\u00e9 le pays. Le 2 janvier 1974, afin de r\u00e9duire la consommation d\u2019essence, il signait une loi limitant la vitesse des automobiles \u00e0 55 milles \u00e0 l\u2019heure. Ralentir, c\u2019est bien, mais cela demeure d\u2019une efficacit\u00e9 limit\u00e9e lorsque la consommation moyenne en carburant est de 17,4 l \/100 km, comme c\u2019\u00e9tait alors le cas. Nixon d\u00e9cida de forcer l\u2019industrie \u00e0 produire des v\u00e9hicules moins \u00e9nergivores. \u00c0 cette fin, il fit adopter par le congr\u00e8s am\u00e9ricain la norme CAFE, pour Corporate Average Fuel Economy, obligeant les fabricants \u00e0 mettre en march\u00e9 des v\u00e9hicules dont la consommation en carburant serait graduellement r\u00e9duite, jusqu\u2019\u00e0 atteindre 8,6 l \/100 km en 1985.<\/p>\n<p>Au tournant des ann\u00e9es 1980, le parc automobile am\u00e9ricain passait le cap des 160 millions de v\u00e9hicules. M\u00eame si le nombre de v\u00e9hicules s\u2019\u00e9tait accru de 50 millions depuis 1973, la consommation p\u00e9troli\u00e8re du pays avait, elle, \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite de 2 millions de barils par jour. Sans avoir aucunement renonc\u00e9 \u00e0 la motorisation de masse, les Am\u00e9ricains \u00e9taient devenus beaucoup plus raisonnables quant aux types de v\u00e9hicules qu\u2019ils achetaient et conduisaient.<\/p>\n<p>Cet \u00e9pisode de l\u2019apr\u00e8s choc p\u00e9trolier prouve que la r\u00e9duction de la puissance et de la consommation des v\u00e9hicules, d\u2019une part en for\u00e7ant l\u2019industrie automobile \u00e0 se plier \u00e0 de nouvelles priorit\u00e9s de soci\u00e9t\u00e9, d\u2019autre part sans d\u00e9clencher la moindre manifestation de mauvaise humeur chez les automobilistes mais, au contraire, en sachant pouvoir compter sur leur pleine collaboration, est chose parfaitement faisable.<\/p>\n<p>Le seul probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019au tournant des ann\u00e9es 1980, l\u2019industrie automobile am\u00e9ricaine \u00e9tait \u00e0 toute fins utiles en faillite. On l\u2019avait forc\u00e9e \u00e0 construire des v\u00e9hicules de plus petit gabarit, ce qu\u2019elle ne savait pas faire. Les fabricants japonais s\u2019\u00e9taient engouffr\u00e9s dans la br\u00e8che, jusqu\u2019\u00e0 ravir plus de 20 % du march\u00e9. Formul\u00e9 sans m\u00e9nagement, ils \u00e9taient en voie de d\u00e9truire l\u2019industrie automobile am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2005\/12\/vostell.jpg\" alt=\"\" width=\"195\" height=\"109\" class=\"alignnone size-full wp-image-40228\" \/><\/p>\n<p>Le prix \u00e0 payer pour plus de vertu en mati\u00e8re automobile \u2013 des v\u00e9hicules moins lourds, moins puissants, et par cons\u00e9quent moins \u00e9nergivores \u2013 se r\u00e9v\u00e9lait trop \u00e9lev\u00e9 aux yeux de Ronald Reagan, entr\u00e9 en fonction en janvier 1981.<\/p>\n<p>Reagan vint au secours de l\u2019industrie en lui permettant, je le cite, \u00ab de retrouver sa libert\u00e9, de ne plus avoir \u00e0 souffrir les irritants bureaucratiques que sont les r\u00e9glementations relatives aux \u00e9conomies d\u2019\u00e9nergie, \u00e0 l\u2019environnement et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Le taux de motorisation am\u00e9ricain atteint aujourd\u2019hui le niveau ahurissant de 800 v\u00e9hicules pour 1 000 habitants. Depuis que les ing\u00e9nieurs au service de l\u2019industrie ont les coud\u00e9es franches, ils s\u2019amusent comme c\u2019est pas permis \u00e0 augmenter sans cesse la puissance des moteurs. Depuis 1984, ils l\u2019ont doubl\u00e9e, la faisant passer de 95 \u00e0 190 CV. Le gain de puissance l\u2019emportant largement sur le surplus de poids, les automobiles et camions l\u00e9gers d\u2019aujourd\u2019hui sont de v\u00e9ritables bombes de performance, litt\u00e9ralement des muscle cars, comme au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, qui ne mettent en moyenne que 9,5 secondes pour acc\u00e9l\u00e9rer entre 0 et 100 km\/h, quatre grosses secondes de moins qu\u2019il y a vingt ans. Tant de poids, de puissance et de performance en plus, alors que la consommation en carburant n\u2019augmentait que d\u2019un litre aux 100 km : Chapeau Messieurs les ing\u00e9nieurs !<\/p>\n<p>O\u00f9 cela s\u2019arr\u00eatera-t-il ? Justement, il n\u2019est pas pr\u00e9vu que \u00e7a s\u2019arr\u00eate.<\/p>\n<p>Les neuf grands groupes constituant l\u2019essentiel de l\u2019industrie automobile mondiale estiment que ni l\u2019Am\u00e9rique du Nord, ni l\u2019Europe de l\u2019Ouest ne procurent plus une croissance suffisante des ventes. C\u2019est pourquoi ils ont ces 10 derni\u00e8res ann\u00e9es prioris\u00e9 la motorisation des anciens pays de l\u2019Est. Pour les 20 prochaines ann\u00e9es, ce sont la Chine et l\u2019Inde qui sont dans leur ligne de mire. C\u2019est ainsi que, de 750 millions aujourd\u2019hui, il est pr\u00e9vu que le parc automobile mondial passe la barre des 2 milliards de v\u00e9hicules, d\u2019ici 2030.<\/p>\n<p>De fait, la demande de p\u00e9trole est aujourd\u2019hui de 84 millions de barils par jour, dont 21 pour le seul march\u00e9 am\u00e9ricain. D\u2019ici 2030, l\u2019OCDE pr\u00e9voit que la demande passera \u00e0 130 millions de barils par jour. Ce qui suffit \u00e0 comprendre pourquoi les \u00c9tats-Unis se sont install\u00e9s \u00e0 demeure au Proche-Orient : qui a la main haute sur 75 % des ressources p\u00e9troli\u00e8res du monde contr\u00f4le l\u2019avenir du monde.<\/p>\n<p>Au passage, l\u2019industrie p\u00e9troli\u00e8re mondiale en profite pour d\u00e9ployer ce qui constitue d\u00e9j\u00e0 la plus vaste entreprise d\u2019extorsion financi\u00e8re de l\u2019Histoire. Il y a tout juste deux ans, le baril de p\u00e9trole se n\u00e9gociait \u00e0 moins de 30 $. Maintenant, c\u2019est plus de 50 $. Les 100 $ vont venir plus vite qu\u2019on pense.<\/p>\n<p>Richard Bergeron<br \/>\n<a href=\"https:\/\/lautjournal.info\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.lautjournal.info\/<\/a><br \/>\n* Chef de Projet Montr\u00e9al<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 78%\">Image: Wolf Vostell, Malpartida<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par ann\u00e9e, une auto br\u00fble 1700 litres de carburant pour rien Et c\u2019est cela m\u00eame qui est g\u00e9nial ! par Richard Bergeron, Ph. 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