{"id":33,"date":"2008-02-15T15:22:08","date_gmt":"2008-02-15T14:22:08","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2008\/02\/15\/vivre-a-la-campagne-sans-voiture\/"},"modified":"2020-12-01T08:13:20","modified_gmt":"2020-12-01T07:13:20","slug":"vivre-a-la-campagne-sans-voiture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2008\/02\/15\/vivre-a-la-campagne-sans-voiture\/","title":{"rendered":"Vivre \u00e0 la campagne sans voiture"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2008\/02\/village-magazine-Une79.jpg\" alt=\"village-magazine-Une79\" width=\"113\" height=\"163\" \/><\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic\">PAR St\u00e9phane Perraud<\/span><br \/>\n<span style=\"font-style: italic\">Village Magazine &#8211; n\u00b0 79 Mars\/Avril 2006<\/span><\/p>\n<p>Si l&rsquo;on peut se passer de voiture en ville, celle-ci semble indispensable \u00e0 la campagne, notamment pour faire ses courses, conduire ses enfants \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole ou aller travailler. Pourtant, un certain nombre de personnes choisissent de vivre en milieu rural en n&rsquo;utilisant pas ou tr\u00e8s peu la voiture. Comment font-elles ? Quelles sont leurs motivations ? Pourquoi remettent-elles en cause la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 quatre roues ? L&rsquo;automobile fait-elle dispara\u00eetre le lien social et les commerces de proximit\u00e9 ? Et si la vraie campagne \u00e9tait une campagne sans voiture? <!--more--><\/p>\n<p>\u00ab Nous avons tous les deux le permis de conduire, mais pas de voiture. Nous estimons que nous n&rsquo;en avons pas besoin. C&rsquo;est un choix de vie. \u00bb Julie Maroncles et Timoth\u00e9e Jean sont luthiers. Ils viennent de s&rsquo;installer dans le village d&rsquo;Huriel, dans l&rsquo;Allier, \u00e0 12 kilom\u00e8tres de Montlu\u00e7on, avec Iris leur petite fille de deux ans. Ils poss\u00e8dent deux v\u00e9los, une remorque et un tandem avec un si\u00e8ge enfant pour les balades familiales. \u00ab Notre m\u00e9tier n\u00e9cessite tr\u00e8s peu de d\u00e9placements. Ce sont les clients qui viennent nous voir. Les repr\u00e9sentants en cordes ou en chevalets nous livrent les pi\u00e8ces. Et nous renouvelons notre stock de bois pour fabriquer nos violons tous les deux ans environ. \u00c0 cette occasion, nous empruntons ou nous louons un v\u00e9hicule. Pour la vie courante, on trouve tout sur place. \u00bb Avec 2 400 habitants, Huriel compte en effet plusieurs commerces, un march\u00e9 hebdomadaire, une poste, une banque, deux pharmacies, trois m\u00e9decins, une \u00e9cole primaire et m\u00eame un coll\u00e8ge. \u00ab Pour nos grosses courses, nous nous rendons tous les 15 jours \u00e0 la bio-coop de Montlu\u00e7on. Avec les sacoches, on peut transporter 50 kilos de provisions. Nous essayons de rationaliser nos d\u00e9placements. On profite des courses en ville pour effectuer nos d\u00e9marches administratives. Si l&rsquo;on avait une voiture, on ne se poserait pas la question et ce serait dommage. On ferait certainement beaucoup de trajets pour rien. \u00bb<\/p>\n<p>Avant de s&rsquo;installer luthiers, Timoth\u00e9e et Julie ont v\u00e9cu dans un village encore plus petit, sans plus de difficult\u00e9s. \u00ab Nous ne touchions que le RMI \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, mais nous ne nous sommes priv\u00e9s de rien. On sous-estime souvent le co\u00fbt d&rsquo;une automobile \u00bb, souligne Timoth\u00e9e. M\u00eame si la raison financi\u00e8re est rarement la motivation premi\u00e8re, tous ceux qui ont abandonn\u00e9 la voiture r\u00e9alisent en effet de substantielles \u00e9conomies. L&rsquo;Ademe (l&rsquo;Agence gouvernementale de l&rsquo;environnement et de la ma\u00eetrise de l&rsquo;\u00e9nergie) a calcul\u00e9 qu&rsquo;un v\u00e9hicule revient en moyenne \u00e0 pr\u00e8s de 6 000 euros par an, en comptant l&rsquo;amortissement, l&rsquo;entretien, l&rsquo;assurance et le carburant, soit 500 euros mensuels. Davantage pour les grosses cylindr\u00e9es et les 4&#215;4. Un automobiliste qui travaille \u00e0 20 kilom\u00e8tres de son domicile d\u00e9pense entre 200 et 250 euros par mois pour aller travailler. Des co\u00fbts \u00e0 comparer utilement \u00e0 deux autres chiffres. Un v\u00e9hicule transporte en moyenne 1,2 personne par trajet et un d\u00e9placement sur deux en zone urbaine ne d\u00e9passe pas 3 kilom\u00e8tres. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne touche \u00e9galement la campagne o\u00f9 les petits trajets type domicile-boulangerie se multiplient.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold\">Travailler sans voiture<\/span><\/p>\n<p>\u00c0 Denic\u00e9, dans le Beaujolais, Denis Genetier n&rsquo;a pas ce probl\u00e8me. Car le boulanger, c&rsquo;est lui. Il effectue \u00e0 v\u00e9lo les 3 kilom\u00e8tres qui s\u00e9parent son domicile du local dans lequel il a install\u00e9 son four et son p\u00e9trin. Cet ancien ing\u00e9nieur a tout plaqu\u00e9 pour apprendre son nouveau m\u00e9tier aupr\u00e8s d&rsquo;un boulanger bio de la r\u00e9gion. \u00ab Pour couper avec mon ancienne vie, j&rsquo;ai commenc\u00e9 par donner ma voiture. Et je suis all\u00e9 vendre mon pain sur les march\u00e9s \u00e0 v\u00e9lo. En trois ans, j&rsquo;ai parcouru 30 000 kilom\u00e8tres ! Je n&rsquo;ai jamais \u00e9t\u00e9 aussi en forme qu&rsquo;\u00e0 ce moment-l\u00e0. En 2003, je me suis mis \u00e0 mon compte. Et l\u00e0, on m&rsquo;a donn\u00e9 une voiture. Je m&rsquo;en sers pour livrer les boulangeries et les coop\u00e9ratives bio de Lyon \u00e0 40 kilom\u00e8tres de chez moi, mais pour les march\u00e9s de proximit\u00e9, je conserve le v\u00e9lo. \u00bb<\/p>\n<p>Nous rencontrons Didier un mercredi de d\u00e9cembre. Dehors, le thermom\u00e8tre fleurte avec le z\u00e9ro. Sa fourn\u00e9e de 120 kilos vient de sortir du four. Il la charge sur une longue remorque attach\u00e9e \u00e0 son VTT. Et c&rsquo;est parti pour 10 kilom\u00e8tres de course jusqu&rsquo;au march\u00e9 de Jassans-Riottier, via Villefranche-sur-Sa\u00f4ne qu&rsquo;il traverse sous le regard incr\u00e9dule des automobilistes coinc\u00e9s dans les embouteillages. \u00c0 son arriv\u00e9e sur la place, c&rsquo;est la bousculade. \u00c0 peine d\u00e9b\u00e2ch\u00e9e, sa remorque transform\u00e9e en \u00e9tal est prise d&rsquo;assaut. Pains \u00e0 la ch\u00e2taigne, aux cinq c\u00e9r\u00e9ales, au s\u00e9same et au chanvre, au total, Didier propose pr\u00e8s de 35 vari\u00e9t\u00e9s et quelques viennoiseries. \u00ab Les affaires marchent bien, j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 quatre employ\u00e9s. Au printemps, je vais passer en Scop et embaucher une cinqui\u00e8me personne charg\u00e9e de livrer le pain \u00e0 Lyon \u00e0 v\u00e9lo. Au prix de la main d&rsquo;oeuvre, cela va me co\u00fbter plus cher qu&rsquo;avec une voiture. Mais je me sentirai en accord avec moi-m\u00eame. C&rsquo;est un choix \u00e9cologique, pas \u00e9conomique. Je gagne correctement ma vie, je peux me le permettre. Sur les march\u00e9s, la bicyclette facilite le contact avec la client\u00e8le. Les consommateurs appr\u00e9cient la d\u00e9marche globale. Avec le v\u00e9lo, le pain est vraiment bio. \u00bb<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold\">Changer de vie<\/span><\/p>\n<p>Une d\u00e9marche que ne renierait pas V\u00e9ronique, infirmi\u00e8re dans les Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, qui elle aussi a d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;organiser sa vie autrement. \u00ab J&rsquo;ai longtemps travaill\u00e9 en lib\u00e9ral. Pendant des ann\u00e9es, j&rsquo;ai parcouru jusqu&rsquo;\u00e0 150 kilom\u00e8tres par jour.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, je suis pass\u00e9e \u00e0 mi-temps dans une clinique de Prades, \u00e0 12 kilom\u00e8tres du village de Mosset o\u00f9 je r\u00e9side. Pour limiter les trajets, je regroupe mon travail sur 5 \u00e0 7 nuits par mois. C\u00f4t\u00e9 loisirs, on se relaie avec les voisins pour amener nos enfants dans un centre \u00e9questre une fois par semaine \u00e0 25 kilom\u00e8tres de la maison. Quand c&rsquo;est mon tour, j&rsquo;en profite pour faire des courses, transporter des choses lourdes. C&rsquo;est une question d&rsquo;organisation. Au total, je ne parcours plus que 200 kilom\u00e8tres par mois. Mes enfants sont adolescents et comprennent ma d\u00e9marche. Ils sont d\u00e9j\u00e0 conscients des probl\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques de demain. Quand ils seront partis, j&rsquo;abandonnerai compl\u00e8tement la voiture. \u00bb<\/p>\n<p>Son compagnon, Youna\u00ef, plus radical, s&rsquo;en passe d\u00e9j\u00e0 totalement. Il s&rsquo;est construit une maison dans la nature pr\u00e8s d&rsquo;un ruisseau, \u00e0 950 m\u00e8tres d&rsquo;altitude et 30 minutes de marche du village. Il a utilis\u00e9 des mat\u00e9riaux trouv\u00e9s sur place, essentiellement de la terre et du bois. Les outils et les panneaux solaires ont \u00e9t\u00e9 mont\u00e9s \u00e0 dos d&rsquo;\u00e2ne. V\u00e9g\u00e9talien, il cultive son jardin et pratique la cueillette sauvage. \u00ab On trouve beaucoup de choses dans la nature, du pourpier, des m\u00fbres, des cerises, des figues, des pommes, des noix, des ch\u00e2taignes. Sans oublier les feuilles et les fleurs. Il suffit de conna\u00eetre la botanique. Je vends des plantes et des fleurs sauvages aux restaurants de la r\u00e9gion que je livre \u00e0 v\u00e9lo. \u00bb Sa d\u00e9marche en surprend plus d&rsquo;un dans ce village de montagne de 250 \u00e2mes o\u00f9 les habitants n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 prendre leur voiture pour aller chercher le pain quelques centaines de m\u00e8tres plus bas. \u00ab Je vais organiser une conf\u00e9rence pour les inviter \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l&rsquo;usage de la voiture. Il faut relancer les transports en commun, aujourd&rsquo;hui limit\u00e9s essentiellement au ramassage scolaire. Si toute la population s&rsquo;y met, les choses peuvent changer. \u00bb<\/p>\n<p>Dans le Lot, Bertrand Bozec a franchi le pas en organisant l&rsquo;an dernier deux r\u00e9unions d&rsquo;information dans son village de Concots. S&rsquo;il avoue vivre de fa\u00e7on marginale &#8211; il gagne un peu d&rsquo;argent en jouant de la musique sur les march\u00e9s et se limite \u00e0 160 euros mensuels pour la nourriture &#8211; il n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 aller au contact pour convaincre. \u00ab La plupart des habitants font 30 kilom\u00e8tres chaque jour pour aller travailler \u00e0 Cahors. Je ne cherche pas \u00e0 les culpabiliser, mais juste \u00e0 leur faire prendre conscience d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9. Ils vivent \u00e0 la campagne comme des citadins. Ils r\u00e9clament plus de transports en commun, mais je ne suis pas convaincu qu&rsquo;ils les prendraient s&rsquo;ils existaient, puisqu&rsquo;ils ont d\u00e9j\u00e0 une voiture. Notre soci\u00e9t\u00e9 est organis\u00e9e autour de l&rsquo;automobile. Le probl\u00e8me, c&rsquo;est que cela d\u00e9truit la campagne. \u00bb<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold\">Des comportements citadins<\/span><\/p>\n<p>Julie, Timoth\u00e9e, Didier, V\u00e9ronique, Youna\u00ef et Bertrand ont des parcours de vie diff\u00e9rents, mais tous se rejoignent sur un point : en r\u00e9duisant les distances, l&rsquo;automobile rend la campagne accessible. Pour le meilleur, mais peut-\u00eatre aussi pour le pire.<\/p>\n<p>Combien de citadins viennent ainsi chaque week-end respirer le bon air au volant de leur v\u00e9hicule ? Quitte \u00e0 rendre cet air un peu moins pur. Combien d&rsquo;amoureux de la nature s&rsquo;installent en milieu rural avec une \u00e2me d&rsquo;\u00e9colo, tout en augmentant consid\u00e9rablement leurs trajets quotidiens ? Combien de n\u00e9oruraux conservent leur emploi en ville et n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 passer une heure derri\u00e8re leur volant chaque matin, alors qu&rsquo;il ne leur fallait auparavant que 20 minutes en bus ou en m\u00e9tro pour aller travailler ? Sans compter les trajets pour amener les enfants \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, au foot, \u00e0 la danse. Et pour faire les courses dans un supermarch\u00e9 en sortant du boulot. Soucieux \u00e0 priori de leur environnement, leur comportement automobile d\u00e9montre le contraire. Paradoxalement, ils polluaient beaucoup moins quand ils vivaient en ville ! S&rsquo;ils sont les premiers \u00e0 d\u00e9noncer le manque de services \u00e0 la campagne (pas assez de commerces, peu de transports en commun, le bureau de poste qui ferme) ils ne voient pas toujours leur part de responsabilit\u00e9 dans l&rsquo;affaire.<\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es 70, apr\u00e8s des d\u00e9cennies d&rsquo;exode rural, le flux de population s&rsquo;est invers\u00e9. Les n\u00e9oruraux repeuplent la campagne. Mais la font-ils revivre pour autant quand ils continuent d&rsquo;\u00eatre rattach\u00e9s \u00e0 la ville ? D&rsquo;aucuns veulent les avantages de la campagne (le calme, le bon air) sans les inconv\u00e9nients, c&rsquo;est-\u00e0-dire essentiellement l&rsquo;\u00e9loignement. \u00ab Il faut recr\u00e9er des commerces de proximit\u00e9, des lignes de cars r\u00e9guliers \u00bb, disent-ils. Mais ils sont souvent les premiers \u00e0 d\u00e9laisser l&rsquo;\u00e9picerie du village et ils n&rsquo;ont jamais pris le car qui permet d&rsquo;aller en ville. \u00ab Trop cher, trop compliqu\u00e9 \u00bb Pourtant, s&rsquo;ils ne font pas la d\u00e9marche, la campagne ne risque-t-elle pas de devenir un mus\u00e9e sans vie ? N\u201aest-ce pas le contraire qu&rsquo;ils sont venus chercher ?<\/p>\n<p>Les ruraux install\u00e9s depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations poss\u00e8dent eux aussi une voiture. Certes, ils font moins d&rsquo;aller et retour vers la ville, puisqu&rsquo;un certains d&rsquo;entre eux travaillent sur place. Mais la tentation les guette. Car poss\u00e9der une voiture revient \u00e0 s&rsquo;en servir. La facilit\u00e9 de stationnement et l&rsquo;absence d&#8217;embouteillage rend son usage syst\u00e9matique. Mais le bouchon \u00e0 la campagne est pour bient\u00f4t. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 observer les files de voitures qui font la navette matin et soir entre les tr\u00e8s ruraux monts du Lyonnais et la ville de Lyon pour s&rsquo;en convaincre.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2008\/02\/francois-719716-1.jpg\" alt=\"\" width=\"350\" height=\"252\" class=\"size-full wp-image-39848\" \/><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold\">Une vraie vie rurale<\/span>\u00ab Beaucoup de ruraux tirent les m\u00eames conclusions, mais n&rsquo;imaginent pas comment ils pourraient faire autrement, analyse Fran\u00e7ois Schneider, chercheur en impact \u00e9cologique, \u00e0 l&rsquo;origine de la Grande Marche pour la d\u00e9croissance. Il suffit pourtant de prendre le probl\u00e8me \u00e0 l&rsquo;envers et de reconsid\u00e9rer sa fa\u00e7on de vivre. Se passer de voiture ne veut pas dire retourner \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de pierre, mais retrouver l&rsquo;essence m\u00eame de la vie \u00e0 la campagne. Sans voiture, on est oblig\u00e9 de red\u00e9velopper &#8211; ou de maintenir quand il est encore temps &#8211; une activit\u00e9 en milieu rural, recr\u00e9er une campagne multifonctionnelle o\u00f9 les habitants peuvent vivre sur place, travailler, \u00e9tudier, se nourrir, sans se couper du monde pour autant. \u00bb<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Schneider sait de quoi il parle. N\u00e9 en Hollande il y a 38 ans, il a v\u00e9cu aux \u00c9tats-Unis, au Canada, en Autriche, en Estonie et au Portugal. \u00c0 chaque fois sans v\u00e9hicule, tout en travaillant. \u00ab Quand on n&rsquo;est pas motoris\u00e9, on trouve tr\u00e8s vite le chemin qui m\u00e8ne au producteur de l\u00e9gumes. Comme les amis sont loin, on rencontre ses voisins. On retient les horaires du bus, on d\u00e9couvre qu&rsquo;il existe une biblioth\u00e8que au village et qu&rsquo;une association locale organise des soir\u00e9es musicales ou des activit\u00e9s pour les enfants. L&rsquo;offre n&rsquo;est certes pas la m\u00eame qu&rsquo;en ville, mais elle est r\u00e9elle. Et si tout le monde d\u00e9cide de r\u00e9duire ses trajets automobiles, cette offre va s&rsquo;accro\u00eetre. \u00bb Il suffit de comparer un village portugais o\u00f9 peu de gens ont une voiture \u00e0 un village am\u00e9ricain compl\u00e8tement motoris\u00e9. On trouve tous les commerces dans le village portugais. On ne trouve qu&rsquo;une station service dans le village am\u00e9ricain.<\/p>\n<p><strong>Dans quel type de village voulons-nous vivre ?<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2008\/02\/cyclane-779746.jpg\" alt=\"\" width=\"350\" height=\"238\" class=\"size-full wp-image-39849\" \/><br \/>\n<span style=\"font-weight: bold; font-style: italic\">Projet cycl\u00e2ne, un \u00e9covillage digne de ce nom<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic\">\u00ab Quand on poss\u00e8de une voiture, il est difficile de s&rsquo;en s\u00e9parer, car on organise son quotidien en fonction. C&rsquo;est encore plus criant \u00e0 la campagne qu&rsquo;en ville. On le constate jusque dans les \u00e9covillages o\u00f9 tout est \u00e9cologique, sauf l&rsquo;automobile. Les habitants ont du mal \u00e0 s&rsquo;en passer. Pour cr\u00e9er un v\u00e9ritable \u00e9covillage, il faut prendre le probl\u00e8me \u00e0 l&rsquo;envers et trouver un endroit et un style de vie qui permettent de se dispenser de voiture. Ce doit \u00eatre le postulat de base. \u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic\">Fran\u00e7ois Schneider a eu le temps de r\u00e9fl\u00e9chir au sujet. Apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 comme chercheur en \u00e9cologie dans un certain nombre de pays, il a organis\u00e9 l&rsquo;an dernier une <\/span><a href=\"http:\/\/www.decroissance.org\/marche\/\" target=\"_blank\">marche pour la d\u00e9croissance<\/a><span style=\"font-style: italic\"> ponctu\u00e9e de conf\u00e9rences. Trois mille kilom\u00e8tres sur les routes de France aux c\u00f4t\u00e9s de son \u00e2nesse Jujube. C&rsquo;est au cours de ce voyage qu&rsquo;est n\u00e9 Cycl\u00e2ne, un projet de r\u00e9seau d&rsquo;\u00e9covillages o\u00f9 v\u00e9los et animaux pourraient remplacer la voiture.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic\">\u00ab Pour que la vie puisse s&rsquo;organiser sans v\u00e9hicule motoris\u00e9, il faut trouver un lieu accessible, proche d&rsquo;une gare ou d&rsquo;un r\u00e9seau de cars, si possible dans une r\u00e9gion pas trop vallonn\u00e9e pour faciliter l&rsquo;usage du v\u00e9lo. La proximit\u00e9 d&rsquo;un cours d&rsquo;eau navigable est un vrai plus. La zone doit \u00eatre cultivable pour acqu\u00e9rir une relative ind\u00e9pendance alimentaire. Et pour \u00e9viter les moteurs, je pr\u00f4ne le retour \u00e0 la traction animale. \u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic\">Le premier \u00e9covillage de ce type pourrait voir le jour \u00e0 Montech, dans le Tarn-et-Garonne, \u00e0 40 kilom\u00e8tres de Toulouse. Fran\u00e7ois a d\u00e9couvert une propri\u00e9t\u00e9 de 7 hectares dans un lieu-dit pr\u00e8s du canal lat\u00e9ral \u00e0 la Garonne, \u00e0 2,5 km du village et 1,5 km d&rsquo;une gare. Une dizaine de personnes organis\u00e9es en Soci\u00e9t\u00e9 civile immobili\u00e8re pourraient le rejoindre (agriculteurs, auto-constructeurs) anim\u00e9es par la volont\u00e9 de renouer avec une \u00e9conomie de proximit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic\">\u00ab On peut vendre nos l\u00e9gumes sur le march\u00e9 du village, les acheminer jusqu&rsquo;\u00e0 Toulouse par bateau ou sur une remorque derri\u00e8re un v\u00e9lo en empruntant l&rsquo;ancien chemin de halage. Il est \u00e9galement possible de livrer de grandes quantit\u00e9s n&rsquo;importe o\u00f9 avec une charrette tract\u00e9e par un animal. \u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic\">Ce concept d&rsquo;\u00e9covillage sans voiture pourrait faire \u00e9cole. Des dizaines de personnes rencontr\u00e9es lors de la marche l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier recherchent elles aussi des lieux similaires un peu partout en France. Un concept s\u00e9duisant qui demande toutefois une vraie motivation. \u00ab Si l&rsquo;effort en termes d&rsquo;action est minime, la d\u00e9marche intellectuelle est immense. Dans notre soci\u00e9t\u00e9, tout tourne encore autour de la voiture. \u00bb<\/span>\n<\/p>\n<p align=\"center\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2008\/02\/file-763939.jpg\" alt=\"\" width=\"267\" height=\"300\" class=\"alignnone size-full wp-image-39851\" \/><\/p>\n<p align=\"center\">\n<p align=\"center\"><span style=\"font-weight: bold; font-style: italic\">Ces lieux o\u00f9 il fait bon vivre sans voiture<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic\">Des zones sans voiture existent depuis longtemps en France. De nombreuses \u00eeles et quelques hameaux de montagne sont en effet exempts de circulation automobile. Le plus souvent pour des raisons pratiques. Dans ces lieux peu accessibles, la complexit\u00e9 pour faire venir un v\u00e9hicule est telle que les habitants ont d\u00e9cid\u00e9 de s&rsquo;en passer. Mieux, l&rsquo;absence de voiture est un confort de vie revendiqu\u00e9 et un argument touristique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic\">Des stations de ski comme Avoriaz, Tignes ou La Plagne ont ainsi banni la voiture de leurs rues. Pour le plus grand plaisir des touristes, qui pourtant, n&rsquo;imagineraient pas un seul instant faire de m\u00eame une fois rentr\u00e9s chez eux. M\u00eame chose sur les \u00eeles d&rsquo;Aix ou de Br\u00e9hat o\u00f9 les vacanciers sont ravis de p\u00e9daler et de marcher pour faire leurs courses. Ce qui ne les emp\u00eache pas de reprendre leur v\u00e9hicule quand les vacances sont finies. Si cette vie est si agr\u00e9able en vacances, pourquoi ne le serait-elle pas toute l&rsquo;ann\u00e9e ? Le climat n&rsquo;est pas un argument. On sait bien qu&rsquo;en Hollande ou en Norv\u00e8ge o\u00f9 il pleut tr\u00e8s souvent et o\u00f9 il fait froid, le v\u00e9lo est une institution, m\u00eame \u00e0 la campagne.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic\">Autre paradoxe, les habitants qui vivent \u00e0 l&rsquo;ann\u00e9e sur une \u00eele sont les premiers \u00e0 reconna\u00eetre le bonheur de respirer un air pur non vici\u00e9 par les pots d&rsquo;\u00e9chappement. Ils appr\u00e9cient de circuler \u00e0 pied, \u00e0 v\u00e9lo ou en minibus. Et s&rsquo;ils ne trouvent pas tout sur place, leur qualit\u00e9 de vie fait qu&rsquo;ils l&rsquo;acceptent. Mais surprise, ces amoureux de la vie sans voiture poss\u00e8dent presque tous un v\u00e9hicule gar\u00e9 sur le continent, \u00e0 port\u00e9e de bateau. Une fois d\u00e9barqu\u00e9s sur la terre ferme, ils se transforment en automobilistes. Avec un minimum d&rsquo;organisation, ils pourraient pourtant continuer \u00e0 utiliser v\u00e9lo et transports en commun. Curieux ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2008\/02\/Train.suisse-781831.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"192\" class=\"alignnone size-full wp-image-39852\" \/><\/p>\n<p align=\"center\">\n<p align=\"center\"><span style=\"font-weight: bold; font-style: italic\">Les transports suisses vont partout<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic\">\u00ab J&rsquo;ai eu une voiture pendant 15 ans. Depuis 5 ans, je ne me d\u00e9place plus qu&rsquo;\u00e0 pied, \u00e0 v\u00e9lo, en bus ou en train. Et je ne me suis jamais sentie aussi libre \u00bb. Heidi Moser a 48 ans. Elle vit \u00e0 Saint-Imier, un village de 3 000 habitants dans le Jura suisse. Fonctionnaire au sein de la Conf\u00e9d\u00e9ration, elle va travailler quatre jours par semaine \u00e0 Berne \u00e0 70 kilom\u00e8tres de chez elle en transports en commun. \u00ab Trois heures de train et de bus aller et retour. C&rsquo;est long, mais \u00e7a me prendrait autant de temps en voiture. Et l\u00e0 au moins, je peux lire, dormir. Avec le train, je dois respecter un horaire de d\u00e9part. Mais avec une voiture, je serais tenue \u00e0 un horaire d&rsquo;arriv\u00e9e, c&rsquo;est pareil. Sans compter le stress li\u00e9 aux embouteillages. \u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic\">Depuis qu&rsquo;elle a abandonn\u00e9 la voiture, Heidi a pu tester l&rsquo;efficacit\u00e9 des transports publics suisses. La densit\u00e9 du r\u00e9seau ferroviaire rappelle celui de la France de la fin du xixe si\u00e8cle &#8211; quand le moindre village disposait de sa petite gare &#8211; la modernit\u00e9 en plus. Alors que dans nos campagnes, le rail est d\u00e9mantel\u00e9 au profit de la route, nos voisins helv\u00e9tiques ont eu la bonne id\u00e9e de conserver leurs petites lignes et de d\u00e9velopper une politique de transports en commun bas\u00e9e sur l&rsquo;intermodalit\u00e9. Des abonnements offrent d&rsquo;importantes r\u00e9ductions sur les trains, les cars, mais aussi les bateaux pour traverser les lacs et les nombreux t\u00e9l\u00e9ph\u00e9riques dans les montagnes. Les horaires sont cadenc\u00e9s, ce qui signifie qu&rsquo;on n&rsquo;attend gu\u00e8re plus de quelques minutes entre deux correspondances. Et jamais plus d&rsquo;une heure. L&rsquo;amplitude horaire laisse r\u00eaveur : les transports fonctionnent souvent de 4 h 30 le matin jusqu&rsquo;\u00e0 minuit, m\u00eame en zone rurale ! C&rsquo;est le cas \u00e0 Saint-Imier. Il est \u00e9galement possible de charger son v\u00e9lo dans quasiment tous les trains, les bateaux, les t\u00e9l\u00e9cabines et dans un certain nombre d&rsquo;autocars.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold; font-style: italic\">Voyager \u00e0 prix r\u00e9duit<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic\">Avec 260 francs suisses (170 euros environ) par mois, Heidi a acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;ensemble du r\u00e9seau national de transport de fa\u00e7on illimit\u00e9e. Elle d\u00e9pensait le double avec sa voiture. \u00ab Cela me permet de voyager pour pas cher. Lors de mes derni\u00e8res vacances, j&rsquo;ai altern\u00e9 train et randonn\u00e9e. Je vais \u00e9galement souvent voir des amis un peu partout en Suisse avec le train. Et je reste dormir chez eux. Cela renforce les liens. D&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, l&rsquo;absence de voiture permet de changer de rythme et de style de vie. \u00bb Pour les courses et les services, elle trouve tout dans son village : des commerces alimentaires, deux pharmacies, un m\u00e9decin, une quincaillerie, une laiterie, une poste, un march\u00e9 hebdomadaire et m\u00eame, Suisse oblige, trois banques !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic\">Mais pour vivre sans voiture, la r\u00e9gion id\u00e9ale pourrait bien \u00eatre le Chablais, proche de la fronti\u00e8re fran\u00e7aise, o\u00f9 la densit\u00e9 des transports en commun permet de se passer d&rsquo;automobile. Le train est au service de la population locale. Il existe quantit\u00e9 d&rsquo;arr\u00eats facultatifs, parfois pour une seule habitation, o\u00f9 il suffit de faire signe au conducteur. Les Transports publics du Chablais partent en effet du principe que si la voiture part de la maison, le train doit pratiquement faire de m\u00eame. Le cadencement \u00e0 l&rsquo;heure \u00e9tant un service minimum, le train est utilis\u00e9 comme une voiture individuelle, pour se rendre chez le m\u00e9decin, faire ses courses, aller travailler ou rendre visite \u00e0 des amis \u00e0 toute heure de la journ\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p>http:\/\/www.village.tm.fr\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PAR St\u00e9phane Perraud Village Magazine &#8211; n\u00b0 79 Mars\/Avril 2006 Si l&rsquo;on peut se passer de voiture en ville, celle-ci semble indispensable \u00e0 la campagne, notamment pour faire ses courses, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2008\/02\/15\/vivre-a-la-campagne-sans-voiture\/\">Lire la suite&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":42,"featured_media":27876,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[4,70,71],"tags":[1261,103,359,15,110,57,292,108,107,138,84,104,308,16,163,410,158,699,514,249,88,287,211,94,19,215,105,338,218,131,38,1664,98,34],"views":25157,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/33"}],"collection":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/42"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=33"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/33\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=33"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=33"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=33"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}