{"id":336,"date":"2005-09-18T12:29:30","date_gmt":"2005-09-18T11:29:30","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2005\/09\/18\/le-petrole-pas-cher-cest-fini\/"},"modified":"2023-11-13T16:49:52","modified_gmt":"2023-11-13T15:49:52","slug":"le-petrole-pas-cher-cest-fini","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2005\/09\/18\/le-petrole-pas-cher-cest-fini\/","title":{"rendered":"Le p\u00e9trole pas cher : c&rsquo;est fini !"},"content":{"rendered":"<p>Pendant des d\u00e9cennies, nos soci\u00e9t\u00e9s se sont organis\u00e9es comme si le p\u00e9trole \u00e9tait \u00e9ternel et serait toujours bon march\u00e9. Le syst\u00e8me \u00e9conomique mondial est sous perfusion permanente. Et tout le monde fait comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait : programme autoroutier, immeubles de prestige \u00e9nergivores, Airbus A380&#8230; La mondialisation triomphe : nos kiwis viennent de Nouvelle-Z\u00e9lande, nos T-shirts de Chine, nos perches de Tanzanie et nos meubles de jardins du Vietnam. <!--more--><\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, les prix \u00e0 la pompe flambent et ce n&rsquo;est qu&rsquo;un d\u00e9but. Alors, est-ce qu&rsquo;on continue de bricoler &#8211; TIPP, subventions, d\u00e9fiscalisation de l&rsquo;\u00e9thanol, etc&#8230; &#8211; ou bien, pr\u00e9pare-t-on s\u00e9rieusement l&rsquo;avenir ?<\/p>\n<p>Voici deux articles qui s&rsquo;appuient sur le travail de l&rsquo;ASPO (Association for the Study of Peak Oil), qui a aussi un bulletin tous les mois en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Les r\u00e9serves de p\u00e9trole sont dangereusement sur\u00e9valu\u00e9es, d\u00e9nonce un groupe d&rsquo;experts. Etats et grands groupes mentent sciemment sur l&rsquo;imminence du \u00ab\u00a0peak oil\u00a0\u00bb, pr\u00e9lude au d\u00e9clin p\u00e9trolier.<\/p>\n<p>L&rsquo;affaire est entendue, le monde devra bient\u00f4t se passer de p\u00e9trole. Mais quand exactement ? Myst\u00e8re&#8230; Voil\u00e0 trois ans que BP Amoco a adopt\u00e9 son nouveau slogan : \u00ab\u00a0Au-del\u00e0 du p\u00e9trole\u00a0\u00bb. Pourtant, aucune donn\u00e9e officielle sur la production p\u00e9troli\u00e8re ne mentionne de d\u00e9clin des extractions avant (au pire) 2030. Depuis quelques mois, un contre-discours officieux s&rsquo;impose peu \u00e0 peu de colloques sp\u00e9cialis\u00e9s en sites web. Il est nettement moins optimiste. Le \u00ab\u00a0peak oil\u00a0\u00bb &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;instant \u00e0 partir duquel la production p\u00e9troli\u00e8re mondiale va commencer \u00e0 s&rsquo;effondrer irr\u00e9m\u00e9diablement, faute de r\u00e9serves suffisantes &#8211; ne serait pas pour 2030, mais juste l\u00e0, \u00ab\u00a0\u00e0 port\u00e9e de main\u00a0\u00bb. Le pic de production p\u00e9troli\u00e8re pourrait m\u00eame \u00eatre d\u00e9j\u00e0 en cours sans que personne n&rsquo;ait encore pu s&rsquo;en apercevoir !<\/p>\n<p>L&rsquo;association qui, depuis 2001, tient ce discours pour le moins iconoclaste sur l&rsquo;avenir du p\u00e9trole mondial s&rsquo;appelle l&rsquo;Aspo : Association for the study of peak oil. Elle rassemble plusieurs d\u00e9partements universitaires europ\u00e9ens de g\u00e9ologie autour d&rsquo;un noyau dur d&rsquo;une dizaine de retrait\u00e9s b\u00e9n\u00e9voles, tous anciens hauts responsables de la prospection de groupes p\u00e9troliers tels que Fina, Total ou Shell.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Vers un choc p\u00e9trolier permanent<\/span><\/p>\n<p>Discr\u00e8tement admise depuis toujours par les connaisseurs du monde p\u00e9trolier, la falsification des donn\u00e9es officielles sur les r\u00e9serves de p\u00e9trole encore disponibles est g\u00e9n\u00e9rale et syst\u00e9matique, d\u00e9nonce l&rsquo;Aspo. L&rsquo;accusation concerne \u00e0 la fois les Etats qui produisent le p\u00e9trole, ceux qui le consomment ainsi que les groupes priv\u00e9s qui le vendent.<\/p>\n<p>Jean Laherr\u00e8re est le seul fran\u00e7ais parmi les membres fondateurs de l&rsquo;Aspo. Aujourd&rsquo;hui retrait\u00e9 et b\u00e9n\u00e9vole, ce g\u00e9ologue a travaill\u00e9 pendant trente-sept ans pour Total, et a longtemps \u00e9t\u00e9 le patron des techniques d&rsquo;exploration du groupe. D&rsquo;apr\u00e8s lui, les experts en prospective \u00e9nerg\u00e9tique du minist\u00e8re fran\u00e7ais de l&rsquo;Industrie ne disposent pas de donn\u00e9es fiables sur les r\u00e9serves p\u00e9troli\u00e8res. Leur niveau d&rsquo;alerte vis-\u00e0-vis de l&rsquo;imminence du peak oil est \u00ab\u00a0nul\u00a0\u00bb, d\u00e9clare-t-il.<\/p>\n<p>L&rsquo;Aspo met le monde en garde : le peak oil entra\u00eenera un choc p\u00e9trolier permanent aux cons\u00e9quences vertigineuses. Seront touch\u00e9s non seulement les transports qui, d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;OCDE, d\u00e9pendent toujours \u00e0 plus de 96% des hydrocarbures, mais aussi les grands \u00e9quilibres g\u00e9opolitiques, l&rsquo;industrie, la production agricole et&#8230; la d\u00e9mographie plan\u00e9taire.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">\u00ab\u00a0Pas de plan B\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aujourd&rsquo;hui, je crois que le peak oil ne pourra \u00eatre correctement pr\u00e9dit qu&rsquo;une fois qu&rsquo;il aura d\u00e9j\u00e0 eu lieu. Ce qui est certain, c&rsquo;est qu&rsquo;il va arriver. Et mon analyse personnelle me porte \u00e0 croire que le pic est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, \u00e0 port\u00e9e de main, et pas \u00e0 plusieurs ann\u00e9es devant nous. Si j&rsquo;ai tort, eh bien j&rsquo;ai tort. Mais si j&rsquo;ai raison, les cons\u00e9quences seront impr\u00e9visibles et d\u00e9vastatrices. Si j&rsquo;ai raison, malheureusement le monde ne dispose d&rsquo;aucun plan B ( ?) A la fin des ann\u00e9es soixante, les humanistes du \u00ab\u00a0Club de Rome\u00a0\u00bb avaient raison de pointer du doigt les \u00ab\u00a0limites de la croissance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;homme qui s&rsquo;est exprim\u00e9 ainsi le 27 mai dernier, lors d&rsquo;une conf\u00e9rence de l&rsquo;Aspo organis\u00e9e dans les locaux de l&rsquo;Institut fran\u00e7ais du p\u00e9trole (IFP), est tout sauf un \u00e9cologiste confit de parano\u00efa. Matthew Simmons, un banquier d&rsquo;affaires, a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;un des conseillers clef du vice-pr\u00e9sident am\u00e9ricain Dick Cheney au sein de la task force charg\u00e9e en 2001 d&rsquo;\u00e9laborer la politique \u00e9nerg\u00e9tique de l&rsquo;administration Bush. Les experts de ce groupe \u00e9taient pour la plupart issus des entreprises de l&rsquo;\u00e9nergie am\u00e9ricaines, et leur partialit\u00e9 en faveur du lobby texan du p\u00e9trole est aujourd&rsquo;hui vivement critiqu\u00e9e aux Etats-Unis.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat sur l&rsquo;imminence du peak oil n&rsquo;est pas cantonn\u00e9 \u00e0 quelques obscurs laboratoires de g\u00e9ologie ind\u00e9pendants. Jean Laherr\u00e8re, pass\u00e9 de Total \u00e0 l&rsquo;Aspo, dit : \u00ab\u00a0Cela fait 50 ans que les experts tentent d&rsquo;anticiper le peak oil. Aujourd&rsquo;hui, tout le landernau p\u00e9trolier conna\u00eet les th\u00e8ses de l&rsquo;Aspo. Mais le grand public, lui, ne les conna\u00eet pas encore. Les Browne (patron de BP, ndlr), Cheney (ancien patron du g\u00e9ant am\u00e9ricain Halliburton) et autres Khodorkovsky (ancien patron du groupe russe Yukos, arr\u00eat\u00e9 par le Kremlin en octobre) sont parfaitement au courant du probl\u00e8me. Voir na\u00eetre un d\u00e9bat autour de l&rsquo;authenticit\u00e9 des chiffres officiels sur les r\u00e9serves de p\u00e9trole est sans doute la derni\u00e8re chose au monde que souhaitent ces gens-l\u00e0.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Laherr\u00e8re pr\u00e9cise : \u00ab\u00a0Aujourd&rsquo;hui, il est impossible pour un p\u00e9tro-g\u00e9ologue de parler ouvertement du peak oil s&rsquo;il n&rsquo;est pas \u00e0 la retraite\u00a0\u00bb. L&rsquo;ancien responsable de la prospection de Total se refuse toutefois \u00e0 parler d&rsquo; \u00ab\u00a0omerta\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0d\u00e9sinformation\u00a0\u00bb. Pourtant&#8230;<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Des r\u00e9serves \u00ab\u00a0prouv\u00e9es\u00a0\u00bb bien subjectives<\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;Aspo pointe du doigt des biais et des tricheries syst\u00e9matiques dans la mesure, le report et l&rsquo;agr\u00e9gation des r\u00e9serves des champs p\u00e9trolif\u00e8res de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Le docteur Colin Campbell est le fondateur de l&rsquo;Aspo. Apr\u00e8s avoir soutenu sa th\u00e8se \u00e0 Oxford en 1957, cet Anglais a pass\u00e9 pr\u00e8s de 40 ans dans l&rsquo;exploration et l&rsquo;\u00e9valuation de champs p\u00e9troliers. Il dit : \u00ab\u00a0La mesure de ce que contient un champ p\u00e9trolier est toujours en partie subjective. C&rsquo;est un simple pari de g\u00e9ologue.\u00a0\u00bb L&rsquo;expert anglais ajoute : \u00ab\u00a0Pour parler de ce qui reste dans un champ en exploitation, on utilise l&rsquo;expression \u00ab\u00a0r\u00e9serves prouv\u00e9es\u00a0\u00bb qui ne correspond en fait qu&rsquo;\u00e0 un calcul de probabilit\u00e9 dont les crit\u00e8res varient selon que l&rsquo;on travaille pour les Etats-Unis, la France ou la Russie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les chiffres officiels sur les r\u00e9serves \u00ab\u00a0restant \u00e0 d\u00e9couvrir\u00a0\u00bb sont exprim\u00e9s \u00e0 travers trois valeurs diff\u00e9rentes, appel\u00e9es F95, F50 et F5. La premi\u00e8re indique la quantit\u00e9 de p\u00e9trole disponible avec une probabilit\u00e9 de 95 %, la seconde avec une probabilit\u00e9 de 50 %, la troisi\u00e8me avec 5 %. Pour l&rsquo;Alg\u00e9rie, les donn\u00e9es de r\u00e9f\u00e9rence publi\u00e9es par l&rsquo;organisme officiel am\u00e9ricain USGS (United States geological survey) indiquent que ce pays a :<br \/>\n&#8211; 95 % de chances de d\u00e9couvrir encore 1,7 milliard de barils de p\u00e9trole conventionnel ;<br \/>\n&#8211; 50 % de chances de d\u00e9couvrir 6,9 milliards de barrils ;<br \/>\n&#8211; 5 % de chances d&rsquo;en d\u00e9couvrir 16,3 milliards.<\/p>\n<p>Or dans les rapports sur lesquels s&rsquo;appuient les gouvernements, les banques ou les actionnaires, on ne retient en g\u00e9n\u00e9ral qu&rsquo;une valeur m\u00e9diane, appel\u00e9e (\u00ab\u00a0Mean\u00a0\u00bb), entre les trois niveaux de probabilit\u00e9. Pour l&rsquo;Alg\u00e9rie, cela donne 7,7 milliards de barils. Peu importe qu&rsquo;un rapport de presque 1 \u00e0 10 s\u00e9pare F95 et F5. Et que le chiffre finalement retenu ait moins d&rsquo;une chance sur deux de chances d&rsquo;\u00eatre atteint !<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">46 % des r\u00e9serves du Moyen-Orient seraient \u00ab\u00a0douteuses\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p>Outre les inexactitudes, les calculs sur l&rsquo;avenir du p\u00e9trole sont l&rsquo;objet d&rsquo;une vraie tromperie. En 1985, les pays producteurs r\u00e9unis au sein de l&rsquo;Opep ont pris la d\u00e9cision, jug\u00e9e fort saine \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, d&rsquo;indexer leurs quotas de production de p\u00e9trole sur le montant des r\u00e9serves d\u00e9clar\u00e9es par chaque pays membre. Mais des faits \u00e9tonnent : d&rsquo;apr\u00e8s les donn\u00e9es de r\u00e9f\u00e9rence reprises par le groupe anglais BP dans son rapport 2003 sur l&rsquo;\u00e9nergie mondiale, l&rsquo;Arabie Saoudite est pass\u00e9e, entre 1985 et 1990, de 169 milliards de barils de r\u00e9serves \u00ab\u00a0prouv\u00e9es\u00a0\u00bb de p\u00e9trole conventionnel \u00e0&#8230; 258 milliards, soit 50% de plus ! Tous les principaux pays producteurs de l&rsquo;Opep sont dans la m\u00eame situation : Abu Dhabi (30 milliards de barils d\u00e9clar\u00e9s en 1985 contre 92 milliards en 1988), Iran (48 milliards en 1985, 92 milliards en 1988), Irak (44 milliards en 1985, 100 milliards en 1988), etc. Le tout sans qu&rsquo;aucune d\u00e9couverte significative de nouveaux champ p\u00e9trolif\u00e8re n&rsquo;ait eu lieu dans ces pays au cours de la p\u00e9riode&#8230; Au total, selon Colin Campbell, de l&rsquo;Aspo, 46 % des ressources actuelles d\u00e9clar\u00e9es par les principaux pays de l&rsquo;Opep sont \u00ab\u00a0douteuses, sinon fausses\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Laherr\u00e8re d\u00e9crit lui l&rsquo;exemple du champ p\u00e9trolif\u00e8re de Cusiana, en Colombie, d\u00e9couvert en 1988. Le g\u00e9ologue raconte : \u00ab\u00a0Triton, la compagnie am\u00e9ricaine qui s&rsquo;est charg\u00e9e de l&rsquo;\u00e9valuation des ressources de Cusiana a commenc\u00e9 par parler de 3 milliards de barils, une valeur remarquable, qui n&rsquo;a pas laiss\u00e9 Wall Street indiff\u00e9rente. Triton devait vraiment avoir besoin de l&rsquo;argent de ses actionnaires, parce que lorsque BP a d\u00e9marr\u00e9 l&rsquo;exploitation de Cusiana, ils sont prudemment redescendus \u00e0 1,5 milliards de barils. Et je pense qu&rsquo;au final, il y a \u00e0 peine 800 millions de barils l\u00e0-bas&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a title=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2008\/02\/02\/arme-de-destruction-massive\/\" href=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2008\/02\/02\/arme-de-destruction-massive\/\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2005\/10\/amd_min.jpg\" alt=\"\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Sous la pression financi\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p>Si les pays producteurs exag\u00e8rent leurs ressources, c&rsquo;est aussi parce qu&rsquo;elles permettent d&rsquo;obtenir plus facilement des pr\u00eats bancaires. Jean Laherr\u00e8re commente : \u00ab\u00a0Les chiffres officiels des r\u00e9serves p\u00e9troli\u00e8res, sont loin d&rsquo;\u00eatre des donn\u00e9es purement scientifiques. C&rsquo;est le reflet d&rsquo;un patrimoine financier que les Etats valorisent ou d\u00e9pr\u00e9cient selon leur int\u00e9r\u00eat du moment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;Aspo, l&rsquo;ensemble de ces sources d&rsquo;exag\u00e9rations contribuent \u00e0 faire croire que le peak oil, et la flamb\u00e9e qu&rsquo;il entra\u00eenera sur les prix, n&rsquo;arrivera pas avant apr\u00e8s-demain. La r\u00e9alit\u00e9 pourrait \u00eatre tout autre : \u00ab\u00a0Compte tenu de l&rsquo;opacit\u00e9 des donn\u00e9es, il se peut tr\u00e8s bien que le pic soit d\u00e9j\u00e0 derri\u00e8re nous\u00a0\u00bb, pr\u00e9vient Colin Campbell.<\/p>\n<p>L&rsquo;expert fondateur de l&rsquo;Aspo a publi\u00e9 un article dans lequel il estime \u00e0 1750 milliards de barils les r\u00e9serves totales de p\u00e9trole conventionnel (d\u00e9j\u00e0 d\u00e9couvertes + probables). C\u00f4t\u00e9 USGS, le chiffre officiel est de 3000 milliards de barils, soit 1,7 fois plus.<\/p>\n<p>L&rsquo;USGS n&rsquo;est pas un organisme ind\u00e9pendant : il d\u00e9pend directement du d\u00e9partement am\u00e9ricain de l&rsquo;Int\u00e9rieur. Son r\u00f4le est tr\u00e8s politique. En 2000, la publication des chiffres de l&rsquo;USGS sur les r\u00e9serves de p\u00e9trole a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d&rsquo;une semaine seulement une importante r\u00e9union de l&rsquo;Opep sur les quotas futurs de production<\/p>\n<p>En 2002, la Douma a vot\u00e9 une loi d&rsquo;apr\u00e8s laquelle r\u00e9v\u00e9ler les r\u00e9serves de gaz et de p\u00e9trole russe est un crime passible de 7 ans de prison. Laherr\u00e8re remarque : \u00ab\u00a0Ces tripatouillages ne seraient pas graves si les pays industriels essentiellement consommateurs de p\u00e9trole, comme la France, n&rsquo;avaient pas totalement renonc\u00e9 \u00e0 mettre en question les donn\u00e9es qui leur sont fournies par les pays producteurs\u00a0\u00bb. Il affirme : \u00ab\u00a0Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;Institut fran\u00e7ais du p\u00e9trole et la Direction g\u00e9n\u00e9rale des \u00e9nergies et mati\u00e8res premi\u00e8res du minist\u00e8re de l&rsquo;Industrie se fient aveugl\u00e9ment \u00e0 des donn\u00e9es produites et trafiqu\u00e9es par d&rsquo;autres. Il n&rsquo;existe aucun travail de v\u00e9rification\u00a0\u00bb. Et de conclure : \u00ab\u00a0En France, la sensibilit\u00e9 de l&rsquo;administration vis-\u00e0-vis de la question du peak oil est tout simplement nulle !\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Le \u00ab\u00a0peak oil\u00a0\u00bb, bombe \u00e0 retardement du XXe si\u00e8cle<\/span><\/p>\n<p>Alors, le peak oil, c&rsquo;est pour quand ? Ce moment \u00e0 partir duquel la production de p\u00e9trole mondiale va baisser, faute de r\u00e9serves, arrive mais \u00e0 une vitesse encore inconnue : \u00ab\u00a0Impossible de r\u00e9pondre avec pr\u00e9cision\u00a0\u00bb, reconna\u00eet Jean Laherr\u00e8re, l&rsquo;un des membres de l&rsquo;association Aspo (lire notre article), qui d\u00e9nonce les sur\u00e9valuations des gouvernements et des grands groupes p\u00e9troliers.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le peak oil pourrait d\u00e9j\u00e0 \u00eatre en cours. Au sein de l&rsquo;Aspo, nous consid\u00e9rons tous qu&rsquo;il est probable qu&rsquo;il interviendra \u00e0 un moment ou un autre au cours de la pr\u00e9sente d\u00e9cennie\u00a0\u00bb, dit Laherr\u00e8re, qui a \u00e9t\u00e9 longtemps directeur des techniques de prospections du groupe Total, avant de prendre sa retraite. \u00ab\u00a0Compte tenu du flou savamment entretenu autour des r\u00e9serves, on ne sera vraiment s\u00fbr qu&rsquo;il a eu lieu qu&rsquo;une fois que les prix de p\u00e9trole commenceront \u00e0 augmenter de mani\u00e8re syst\u00e9matique (&#8230;) Je crois que d&rsquo;ici l\u00e0, nous allons conna\u00eetre une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es au cours desquelles la courbe de la production p\u00e9troli\u00e8re va ressembler \u00e0 un plateau bossel\u00e9, avant qu&rsquo;elle ne commence irr\u00e9m\u00e9diablement \u00e0 chuter\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Reculer pour mieux chuter<\/span><\/p>\n<p>Dans le milieu p\u00e9trolier, l&rsquo;unique consensus sur le peak oil concerne les pays qui l&rsquo;ont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9 : les Etats-Unis (depuis les ann\u00e9es soixante-dix), le Canada, le Venezuela et la Mer du Nord.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me, c&rsquo;est qu&rsquo;aucun des scenarii officiels publi\u00e9s par Washington, Paris ou Bruxelles ne fait appara\u00eetre explicitement le peak oil. Les grands pays producteurs du Moyen-Orient (Arabie Saoudite, Irak, Emirats arabes unis, etc.) ne devraient pas atteindre leur propre pic avant une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es. Il suffirait donc qu&rsquo;ils produisent plus pour compenser le d\u00e9clin des autres r\u00e9gions p\u00e9trolif\u00e8res.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce raisonnement, tenu aussi bien par les pdg des principaux groupes p\u00e9troliers que la Maison Blanche est risqu\u00e9 \u00e0 plus d&rsquo;un titre\u00a0\u00bb, souligne Jean Laherr\u00e8re. Le d\u00e9partement am\u00e9ricain de l&rsquo;Energie a publi\u00e9 r\u00e9cemment un graphique indiquant une croissance de la production p\u00e9troli\u00e8re mondiale de 2 % par an pour les prochaines d\u00e9cennies. Dans cette hypoth\u00e8se, le peak oil n&rsquo;appara\u00eet pas avant 2037. Mais il est suivi par un effondrement brutal de la production, au rythme de -10 % par an !<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Cette fa\u00e7on d&rsquo;envisager l&rsquo;avenir est un crime contre les g\u00e9n\u00e9rations futures\u00a0\u00bb, s&#8217;emporte Laherr\u00e8re. Le g\u00e9ologue fran\u00e7ais poursuit : \u00ab\u00a0Certes, on peut continuer \u00e0 raisonner \u00e0 court terme encore pendant quelque temps en augmentant la production mondiale de 1 ou 2% par an. Mais plus on augmente le rythme des extractions pour repousser l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance, plus le choc post-peak oil sera d\u00e9vastateur !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">R\u00e9serves \u00ab\u00a0ultimes\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;Aspo conteste l&rsquo;argument d\u00e9velopp\u00e9 par les industriels du p\u00e9trole, selon lequel la technologie va bient\u00f4t permettre de recourir \u00e0 des r\u00e9serves p\u00e9troli\u00e8res jusqu&rsquo;ici laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9 (aux P\u00f4les et au fond des oc\u00e9ans). Le Dr Colin Campbell, fondateur de l&rsquo;Aspo, explique : \u00ab\u00a0On ne peut pas faire appel \u00e0 ces r\u00e9serves dites &lsquo;ultimes&rsquo; sans rench\u00e9rir substantiellement le prix du baril. Le peak oil, ce n&rsquo;est pas la fin du p\u00e9trole. C&rsquo;est la fin du p\u00e9trole conventionnel pas cher. Mais la nuance ne change pas grand-chose : les cons\u00e9quences \u00e9conomiques n&rsquo;en sont pas moins redoutables.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour les transports, la situation actuelle est passablement d\u00e9licate. Selon l&rsquo;OCDE, plus de 96 % du trafic mondial de v\u00e9hicules fonctionne encore gr\u00e2ce aux hydrocarbures.<\/p>\n<p>La menace pourrait \u00eatre encore plus grave pour l&rsquo;agriculture intensive. Dans les textes de l&rsquo;Aspo revient r\u00e9guli\u00e8rement la r\u00e9f\u00e9rence au lien entre l&rsquo;explosion de la population mondiale et l&rsquo;expansion de l&rsquo;utilisation des engrais synth\u00e9tiques \u00e0 base d&rsquo;hydrocarbures. \u00ab\u00a0L&rsquo;agriculture est devenue une fili\u00e8re de transformation du p\u00e9trole en nourriture\u00a0\u00bb, rappelle Laherr\u00e8re. Apr\u00e8s le peak oil, les prix du p\u00e9trole devraient augmenter inexorablement.<\/p>\n<p>La &lsquo;r\u00e9volution verte&rsquo; des engrais chimiques est l&rsquo;un des facteurs qui a permis de multiplier par six la population mondiale au cours du XXe si\u00e8cle. Tous les pays dont la d\u00e9mographie repose sur une agriculture intensive (les pays d\u00e9velopp\u00e9s et un grand nombre de pays en d\u00e9veloppement) ont quelque mati\u00e8re \u00e0 s&rsquo;inqui\u00e9ter d&rsquo;une augmentation s\u00e9culaire et irr\u00e9versible des prix du p\u00e9trole.<\/p>\n<p>Les grands \u00e9quilibres g\u00e9opolitiques pourraient eux aussi \u00eatre boulevers\u00e9s par la crise \u00e9nerg\u00e9tique et \u00e9conomique qui, selon l&rsquo;Aspo, devrait succ\u00e9der au peak oil. Selon les chiffres publi\u00e9s par BP en 2003, les pays du Moyen-Orient disposent de 65,4 % des r\u00e9serves \u00ab\u00a0prouv\u00e9es\u00a0\u00bb de p\u00e9trole dans le monde (25 % reviennent \u00e0 la seule Arabie Saoudite). Leur part dans le march\u00e9 mondial est d\u00e9j\u00e0 de 28 %. Selon l&rsquo;Aspo, elle pourrait d\u00e9passer les 40 % d&rsquo;ici deux d\u00e9cennies. La seconde guerre du Golfe pourrait un jour s&rsquo;av\u00e9rer n&rsquo;\u00eatre que la \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Groupe local des Landes<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Source\/auteur:<\/span> <a href=\"https:\/\/www.amisdelaterre.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.amisdelaterre.org\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pendant des d\u00e9cennies, nos soci\u00e9t\u00e9s se sont organis\u00e9es comme si le p\u00e9trole \u00e9tait \u00e9ternel et serait toujours bon march\u00e9. 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