{"id":42221,"date":"2019-06-13T07:42:17","date_gmt":"2019-06-13T06:42:17","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=42221"},"modified":"2019-06-18T13:52:46","modified_gmt":"2019-06-18T12:52:46","slug":"voiture-croissance-et-climat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2019\/06\/13\/voiture-croissance-et-climat\/","title":{"rendered":"Voiture, croissance et climat"},"content":{"rendered":"<p>Voici quelques r\u00e9flexions \u00e0 propos du livre de Clive Hamilton \u00ab\u00a0<em>Requiem pour l&rsquo;esp\u00e8ce humaine<\/em>,\u00a0\u00bb publi\u00e9 en 2013 par Les Presses de Sciences Po. Clive Hamilton est professeur d&rsquo;\u00e9thique \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Charles Sturt, en Australie, membre du bureau pour le changement climatique du gouvernement australien et fondateur du <em>think tank The Australia Institute<\/em>. <!--more--><\/p>\n<p>Le livre de Clive Hamilton, \u201c<em>Requiem pour l&rsquo;esp\u00e8ce humaine<\/em>\u201d montre, documents \u00e0 l\u2019appui, que nous sommes en train de basculer vers un ph\u00e9nom\u00e8ne irr\u00e9versible de r\u00e9chauffement de la plan\u00e8te. Si des efforts doivent \u00eatre consentis, c\u2019est aujourd\u2019hui et avec des moyens \u00e0 la hauteur des enjeux. Pourtant l\u2019actualit\u00e9 r\u00e9cente vient nous rappeler que nous sommes loin d\u2019une d\u00e9termination unanime; par la voix de Donald Trump, les \u00c9tats-Unis se retirent des accords de Paris. En France, Nicolas Hulot d\u00e9missionne du minist\u00e8re de l\u2019\u00e9cologie et signifie que les mesures engag\u00e9es sont largement insuffisantes. Enfin la r\u00e9volte populaire que nous avons connue, si elle d\u00e9fend plus de justice sociale, porte haut les valeurs de la voiture, dont le gilet jaune est le symbole, et fait reculer la taxe carbone sur les carburants fossiles. Peut-on accepter sans agir une catastrophe largement annonc\u00e9e?<\/p>\n<p>Clive Hamilton est professeur d\u2019\u00e9thique \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Charles Sturt en Australie et membre du bureau du changement climatique australien. Il montre dans son livre comment le processus de r\u00e9chauffement devient  incontr\u00f4lable au-del\u00e0 d&rsquo;un certain seuil. Le carbone pr\u00e9sent actuellement dans l&rsquo;atmosph\u00e8re continuera d&rsquo;agir sur le climat pendant encore plusieurs si\u00e8cles. Les glaces des p\u00f4les, en r\u00e9fl\u00e9chissant la lumi\u00e8re solaire, r\u00e9gulent le climat et leur fonte aggrave de mani\u00e8re inexorable le r\u00e9chauffement. Celui-ci entra\u00eene la disparition des for\u00eats qui recyclent le carbone. Du fait de la s\u00e9cheresse, 20 \u00e0 40% de la for\u00eat amazonienne sera d\u00e9truite pour un r\u00e9chauffement de 2\u00b0 au cours de ce si\u00e8cle. La destruction atteindra 85% si le r\u00e9chauffement est de 4\u00b0, hypoth\u00e8se qui n&rsquo;est pas exclue compte tenu de l&rsquo;\u00e9volution actuelle. Le r\u00e9chauffement entra\u00eenera la lib\u00e9ration du m\u00e9thane enfoui dans le sous-sol sib\u00e9rien. Ce m\u00e9thane est un gaz aux effets de serre bien plus puissants que le dioxyde de carbone et il contribuera \u00e0 un emballement irr\u00e9versible. Les pr\u00e9visions actuelles du GIEC (Groupe d&rsquo;Experts Intergouvernemental sur le Climat) tablent selon l&rsquo;\u00e9volution actuelle sur une augmentation moyenne de temp\u00e9rature \u00e0 la surface du globe dans une fourchette de 2,4 \u00e0 4,6\u00b0 \u00e0 la fin du si\u00e8cle alors que le seuil au-del\u00e0 duquel la glace du Groenland commence \u00e0 fondre est entre + 1\u00b0 et +3\u00b0. Le livre de Clive Hamilton est une mise en garde: \u201c<em>Constater que m\u00eame si nous agissons rapidement et de mani\u00e8re r\u00e9solue, le monde se trouve sur la trajectoire de 650 ppm (concentration de gaz carbonique dans l&rsquo;atmosph\u00e8re) est une conclusion presque trop effrayante pour \u00eatre accept\u00e9e. Un tel niveau de gaz \u00e0 effet de serre dans l\u2019atmosph\u00e8re provoquera un r\u00e9chauffement d\u2019environ 4\u00b0 \u00e0 la fin du si\u00e8cle, bien au-del\u00e0 de la temp\u00e9rature de basculement susceptible de d\u00e9clencher un changement climatique incontr\u00f4lable.<\/em>\u201d Les cons\u00e9quences en termes humains seront la souffrance de millions de personnes et les pr\u00e9visions les plus pessimistes envisagent des guerres climatiques pour l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;eau et aux ressources.<\/p>\n<p>Les transports, dont l&rsquo;automobile, repr\u00e9sentent en France entre un quart et un tiers des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre. L&rsquo;\u00e9volution du parc automobile ne fait qu&rsquo;augmenter \u00e0 travers le monde. Le nombre d&rsquo;automobiles par habitant est fortement corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 la richesse nationale. Les \u00c9tats-Unis arrivent en t\u00eate mais des pays \u00e9mergents comme la Chine ou l&rsquo;Inde ont un taux de croissance tr\u00e8s important. La fabrication des voitures a certes \u00e9volu\u00e9e avec des mod\u00e8les moins consommateurs de carburant ou le d\u00e9veloppement des hybrides et des voitures \u00e9lectriques, ce qui est toutefois loin de compenser l&rsquo;accroissement du parc automobile mondial. L&rsquo;augmentation du parc automobile est d&rsquo;autant plus n\u00e9faste que l&rsquo;utilisation de la voiture est inappropri\u00e9e. Nombre de personnes s&rsquo;en servent pour effectuer des trajets qu&rsquo;elles pourraient facilement, et le plus souvent \u00e0 moindre co\u00fbt, effectuer par d&rsquo;autres moyens: transports en commun, v\u00e9lo ou marche pour les petits trajets. Alors qu&rsquo;en une trentaine de minutes on a en g\u00e9n\u00e9ral travers\u00e9 \u00e0 v\u00e9lo une ville moyenne il faut parfois plus d&rsquo;une heure pour le faire en voiture, sans compter l&rsquo;\u00e9nervement, le co\u00fbt et les enjeux environnementaux. La question qui se pose alors est celle-ci: pourquoi la voiture, plus ch\u00e8re, polluante, souvent moins pratique, reste-elle majoritairement utilis\u00e9e? L&rsquo;int\u00e9r\u00eat du livre de Clive Hamilton est qu&rsquo;il ne se cantonne pas \u00e0 exposer des donn\u00e9es scientifiques brutes mais qu&rsquo;il analyse en profondeur nos comportements. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il explore nos repr\u00e9sentations de la voiture de m\u00eame que celles, en g\u00e9n\u00e9ral, de l&rsquo;\u00e9volution technologique et de la croissance. C&rsquo;est cet aspect de son livre que nous voudrions d\u00e9velopper ici.<\/p>\n<p>Comment en effet ignorer le symbole? Les publicit\u00e9s pour les voitures ne nous montrent rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un mod\u00e8le de r\u00e9ussite, de bonheur, d&rsquo;int\u00e9gration sociale, voire d&rsquo;autonomie, de libert\u00e9 ou de virilit\u00e9. \u201c<em>Il est pratiquement impossible aujourd\u2019hui d\u2019acheter un article qui ne soit charg\u00e9 de certains symboles d\u2019identification<\/em>\u201d, dit Clive Hamilton. Si nous passons en revue les slogans publicitaires pour voiture, nous constatons, en effet, que la voiture a longtemps \u00e9t\u00e9 un symbole de r\u00e9ussite sociale, symbole plut\u00f4t masculin. Combien de publicit\u00e9s mettent en sc\u00e8ne un homme au volant d&rsquo;une voiture luxueuse s\u00e9duisant une tigresse au regard d\u00e9vorant pour le m\u00e2le si bien affubl\u00e9! Tout y passe d&rsquo;ailleurs, m\u00eame le sport, alors que la voiture est le plus s\u00fbr moyen de ne pas en faire. L&rsquo;intelligence aussi. Entre autres slogans, en voici un: \u00ab\u00a0<em>Entre nous, la voiture id\u00e9ale doit \u00eatre belle, sportive, intelligente<\/em>.\u00a0\u00bb L&rsquo;image publicitaire pr\u00e9sente une jolie femme en arri\u00e8re plan. L&rsquo;acheteur doit \u00eatre persuad\u00e9 du \u00ab\u00a0<em>Je le vaux bien<\/em>\u00a0\u00bb qui lui permettra de poss\u00e9der tant la voiture que l&rsquo;id\u00e9al f\u00e9minin de ses r\u00eaves. Les publicistes ont appris \u00e0 flatter le consommateur en lui permettant de s&rsquo;identifier \u00e0 un pseudo-h\u00e9ros ou \u00e0 un groupe social dominant. On va m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 utiliser la protection de l&rsquo;environnement comme argument de vente. Clive Hamilton cite cette publicit\u00e9 pour une voiture de sport \u201c<em>Sauvez les m\u00e2les, Euh\u2026 et la plan\u00e8te.<\/em>\u201d Le texte du slogan publicitaire pr\u00e9cise que la voiture \u00e9met 15% de CO2 de moins sans pr\u00e9ciser de moins que quoi, comme si on pouvait disculper un escroc lorsqu&rsquo;il vole 15% de moins! Mais malgr\u00e9 ses incoh\u00e9rences la publicit\u00e9 continue de nous inculquer ses pseudo-valeurs. \u00ab\u00a0<em>Dans une soci\u00e9t\u00e9 noy\u00e9e sous un d\u00e9ferlement de messages des m\u00e9dias de masse, les mod\u00e8les de r\u00e9ussite et les personnalit\u00e9s \u00e0 imiter s\u2019exhibent sur les \u00e9crans et dans les pages des magazines plut\u00f4t que dans la communaut\u00e9 locale<\/em>\u00a0\u00bb dit Clive Hamilton. Il \u00e9crit aussi \u201c<em>A l\u2019\u00e8re de l\u2019hyperconsum\u00e9risme, le besoin impulsif de satisfaire n\u2019importe quelle envie a atteint des niveaux vertigineux<\/em>.\u201d Ce consum\u00e9risme est l&rsquo;irritation du d\u00e9sir qui pousse \u00e0 vouloir toujours plus et qui, \u00e0 titre individuel, est le moteur de la croissance sur laquelle on veut faire reposer l&rsquo;\u00e9conomie.<\/p>\n<p>La croissance \u00e0 tout crin est mise en cause par l&rsquo;auteur. Dans un chapitre intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Le f\u00e9tichisme de la croissance<\/em>,\u00a0\u00bb il affirme que \u201c<em>La poursuite de la croissance \u00e9conomique est vitale pour sortir les pays pauvres de l\u2019orni\u00e8re mais, dans les pays riches, la pr\u00e9occupation de croissance s\u2019est depuis longtemps d\u00e9gag\u00e9e des besoins: elle est devenue un f\u00e9tiche.<\/em>\u201d Et il poursuit: \u201c<em>Les arguments concernant l\u2019impact \u00e9conomique des politiques climatiques reposent sur une hypoth\u00e8se de base jamais v\u00e9rifi\u00e9e \u00e0 savoir que la recherche de revenus plus \u00e9lev\u00e9s vaut la peine car elle am\u00e9liore le bien-\u00eatre des populations\u2026 Dans les pays riches, il n\u2019existe pratiquement pas de relation entre l\u2019accroissement du PIB et le bien-\u00eatre national<\/em>.\u201d<\/p>\n<p>L&rsquo;analyse de Clive Hamilton prend toute sa pertinence lorsqu&rsquo;il recherche les raisons de ce f\u00e9tichisme: \u00ab\u00a0<em>L\u2019id\u00e9e que dans les pays riches, notre comportement de consommateur ob\u00e9it pour l\u2019essentiel \u00e0 une \u201cpulsion d\u2019accomplissement de soi\u201d plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 un vrai besoin mat\u00e9riel est renforc\u00e9e par le gaspillage patent auquel nous nous livrons quand nous achetons des biens et des services qu\u2019en fait nous ne consommons pas. Si nos d\u00e9sirs n\u2019ont pas de borne, notre capacit\u00e9 d\u2019utilisation en a une: une limite \u00e0 ce que nous pouvons manger, porter, regarder, au nombre de pi\u00e8ces que nous pouvons occuper dans un logement, etc.<\/em>\u00a0\u00bb Mais comme le dit l&rsquo;auteur \u00ab\u00a0<em>On ne trouve pas une v\u00e9ritable identit\u00e9 dans un supermarch\u00e9 ou sur les rayons d\u2019un magasin.<\/em>\u00a0\u00bb Le f\u00e9tichisme de la croissance est ainsi rang\u00e9 au pand\u00e9monium des id\u00e9es re\u00e7ues.<\/p>\n<p>Le livre se termine avec l&rsquo;\u00e9vocation des solutions techniques pour lutter contre le r\u00e9chauffement climatique comme la capture et le stockage du carbone ou la g\u00e9o-ing\u00e9nierie. Ces techniques seraient tr\u00e8s co\u00fbteuses et toujours extr\u00eamement hasardeuses. Dans tous les cas le co\u00fbt d&rsquo;une lutte contre un r\u00e9chauffement climatique d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli serait bien sup\u00e9rieur \u00e0 celui de sa pr\u00e9vention si nous agissions tout de suite. <\/p>\n<p>Le livre de Clive Hamilton d\u00e9veloppe de mani\u00e8re tr\u00e8s int\u00e9ressante les aspects d&rsquo;ordre philosophique et social qui ont leur importance dans nos comportements. L\u2019homme s\u2019est s\u00e9par\u00e9 de la nature avec l\u2019industrialisation, c\u2019est peut-\u00eatre ce qui explique l\u2019indiff\u00e9rence actuelle \u00e0 l\u2019environnement. La nature avait autrefois un caract\u00e8re sacr\u00e9 et par l\u00e0 m\u00eame hautement respectable. Platon \u00e9crivait au IV\u00e8me si\u00e8cle avant notre \u00e8re: \u201c<em>Le monde est un \u00eatre vivant dou\u00e9 d\u2019une \u00e2me et d\u2019une intelligence<\/em>.\u201d La s\u00e9paration du spirituel et du physique a eu lieu en particulier avec Ren\u00e9 Descartes. Le romantisme du XIX\u00e8me si\u00e8cle se posa en r\u00e9action et Wordsworth \u00e9crivait: \u201c<em>Douce est la connaissance qu\u2019apporte la nature; notre esprit inquisiteur d\u00e9forme la beaut\u00e9 des choses: pour diss\u00e9quer nous tuons<\/em>.\u201d Mais l\u2019\u00e8re industrielle est venue \u00e0 nouveau d\u00e9-spiritualiser la Terre. Max Weber, le fondateur de la sociologie, fait remarquer dans son \u0153uvre majeure \u201c<em>L\u2019\u00e9thique protestante et l\u2019esprit du capitalisme<\/em>\u201d que cette \u00e9thique permettait \u201c<em>le changement des rep\u00e8res moraux qui transformaient une faiblesse naturelle, l\u2019instinct d\u2019acquisition, en une qualit\u00e9 de l\u2019esprit et qui baptisait vertus \u00e9conomiques des habitudes d\u00e9nonc\u00e9es comme des vices dans des temps plus anciens<\/em>.\u201d Weber parla de \u201c<em>d\u00e9senchantement du monde<\/em>\u201d pour caract\u00e9riser la fa\u00e7on de concevoir la Terre comme un domaine inerte. Ce d\u00e9senchantement du monde dans lequel l&rsquo;homme se cro\u00eet lui-m\u00eame dieu est ce que raconte la trag\u00e9die grecque attribu\u00e9e \u00e0 Eschyle; Prom\u00e9th\u00e9e d\u00e9robe le feu \u00e0 Zeus et le livre aux hommes. Pour le punir Zeus le condamne au supplice d\u2019\u00eatre attach\u00e9 \u00e0 un rocher et d&rsquo;avoir le foie d\u00e9vor\u00e9. A l\u2019\u00e9poque industrielle, l\u2019image est donn\u00e9e d\u2019un Prom\u00e9th\u00e9e lib\u00e9r\u00e9 mais la tension persiste entre le Ciel et la Terre. Pour Jan Smuts, plusieurs fois premier ministre d\u2019Afrique du Sud, les d\u00e9marcations m\u00e9canistes devraient au contraire dispara\u00eetre entre une Terre inerte, le vivant et la conscience. Dans son livre \u201c<em>Holism and Evolution<\/em>,\u201d le concept de holisme dissout les concepts h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes de mati\u00e8re, de vie et d\u2019esprit et les recristallisent en tant que formes d&rsquo;une m\u00eame entit\u00e9. Cette id\u00e9e d\u2019une Terre vivante est plus favorable \u00e0 la protection de notre environnement. Plus r\u00e9cemment dans la th\u00e9orie Ga\u00efa de James Lovelock, la Terre est consid\u00e9r\u00e9e comme un \u00e9norme organisme vivant tirant son \u00e9nergie du soleil o\u00f9 la biosph\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire la mati\u00e8re vivante, interagit avec les autres composantes physiques. La fa\u00e7on dont nous concevons notre Moi comme d\u00e9pendant ou interd\u00e9pendant de l\u2019environnement conditionne \u00e9videmment notre comportement par rapport \u00e0 celui-ci. En dehors de toutes les causes d\u00e9j\u00e0 \u00e9num\u00e9r\u00e9es, le r\u00e9chauffement climatique est aussi la cons\u00e9quence \u201c<em>du divorce d\u2019avec la nature ayant inexorablement conduit \u00e0 renforcer le repli sur un Moi individuel<\/em>.<\/p>\n<p>Le livre de Clive Hamilton est d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat majeur pour notre connaissance des ph\u00e9nom\u00e8nes climatiques. Il tire la sonnette d&rsquo;alarme et va plus loin que le simple constat en remettant en cause notre mode de vie consum\u00e9riste; il nous incite \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au fonctionnement de nos soci\u00e9t\u00e9s. Pouvons-nous en effet r\u00e9soudre le probl\u00e8me du r\u00e9chauffement climatique sans rien changer de notre mode de vie? Nous avons l&rsquo;impression que nos soci\u00e9t\u00e9s \u00e9voluent sans projet, hors l&rsquo;id\u00e9e f\u00e9tichiste de la croissance et de l&rsquo;accroissement de la richesse, laquelle d&rsquo;ailleurs reste tr\u00e8s in\u00e9galement r\u00e9partie. Immanquablement cela nous renvoie \u00e0 Jacques Ellul et \u00e0 ce qu&rsquo;il disait du \u00ab<em>syst\u00e8me technicien<\/em>\u00bb \u00ab\u00a0<em>Le premier fait \u00e9norme qui ressort de notre civilisation, c\u2019est qu\u2019aujourd\u2019hui tout est devenu moyen. Il n\u2019y a plus de fin. Nous ne savons plus vers quoi nous marchons. Nous avons oubli\u00e9 nos buts collectifs, nous disposons d\u2019\u00e9normes moyens et nous mettons en marche de prodigieuses machines pour n\u2019arriver nulle part<\/em>.\u00a0\u00bb Notre mode de vie est profond\u00e9ment remis en cause par le r\u00e9chauffement climatique. Notre horizon va-t-il se limiter \u00e0 nos capacit\u00e9s de production et de consommation ou faut-il inventer un nouveau mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9? C&rsquo;est la v\u00e9ritable question qui se pose aujourd\u2019hui et que Henry David Thoreau, pionnier en la mati\u00e8re et parangon d&rsquo;un nouveau mode de vie, se posait d\u00e9j\u00e0 au XIX\u00e8me si\u00e8cle. Que les flambeurs au volant de leur d\u00e9capotable nous laissent tranquilles! Ce n&rsquo;est pas eux qui vont inventer du nouveau. Plus simplement, r\u00e9fl\u00e9chissons avant de nous empiffrer de biens qui ne nous apporteront jamais que la satisfaction d&rsquo;avoir, et souvenons-nous que l&rsquo;on peut avoir beaucoup et n&rsquo;\u00eatre pas grand chose. La voiture n&rsquo;a vraiment rien \u00e0 voir avec ce que nous sommes, contrairement \u00e0 ce que les publicistes veulent nous faire croire. Elle est simplement un moyen de transport comme un autre dont l&rsquo;usage abusif r\u00e9pond \u00e0 un principe d&rsquo;individualisme et aboutit \u00e0 la destruction de notre plan\u00e8te. Alors oui, moins se servir de la voiture, c&rsquo;est un effort, mais qui a dit que l&rsquo;avenir est dans la facilit\u00e9? Alors esp\u00e9rons que le cri d&rsquo;alarme de Clive Hamilton sera entendu!<\/p>\n<p><em>Image: Isaac Cordal<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici quelques r\u00e9flexions \u00e0 propos du livre de Clive Hamilton \u00ab\u00a0Requiem pour l&rsquo;esp\u00e8ce humaine,\u00a0\u00bb publi\u00e9 en 2013 par Les Presses de Sciences Po. 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