{"id":42509,"date":"2019-12-16T16:40:26","date_gmt":"2019-12-16T15:40:26","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=42509"},"modified":"2019-12-16T16:40:26","modified_gmt":"2019-12-16T15:40:26","slug":"playtime-jacques-tati-cineaste-velorutionnaire-partie-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2019\/12\/16\/playtime-jacques-tati-cineaste-velorutionnaire-partie-4\/","title":{"rendered":"Playtime (Jacques Tati, cin\u00e9aste v\u00e9lorutionnaire, partie 4)"},"content":{"rendered":"<p>Avant-dernier volet de la s\u00e9rie Tati : Playtime (1967). <!--more--><\/p>\n<p>Tout est gris. M\u00e9canis\u00e9. Il n&rsquo;y a que du verre, du b\u00e9ton, du m\u00e9tal. Des touristes am\u00e9ricains d\u00e9barquent dans un a\u00e9roport aussi aseptis\u00e9, artificiel, d\u00e9shumanisant, froid que le dehors. Les immeubles uniformes suintent le vide. Le flot de circulation se d\u00e9verse sans fin. Les petites cages en m\u00e9tal sont toutes identiques, des Simca sur de gigantesques parkings, des Simca \u00e0 la queue leu leu, des Simca autour des ronds-points.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme, lui aussi en uniforme gris, n&rsquo;a plus sa place. Les machines hyper sophistiqu\u00e9es bipent de partout et les robots d\u00e9ficients d&rsquo;humains sont incapables de s&rsquo;en servir sans mode d&#8217;emploi. La nature est totalement absente, il n&rsquo;y a qu&rsquo;une vieille fleuriste sur un bout de trottoir qui met une touche de couleur. Les touristes am\u00e9ricains s&rsquo;\u00e9merveillent devant elle, prennent des photos, avec un autochtone en b\u00e9ret de pr\u00e9f\u00e9rence. C&rsquo;est l&rsquo;image de la France telle qu&rsquo;ils se la repr\u00e9sentaient, mais qui n&rsquo;est plus.<br \/>\n<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-42510 alignright\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2019\/12\/Play_Time.jpg\" alt=\"\" width=\"229\" height=\"299\" \/><br \/>\nPas une t\u00eate ne d\u00e9passe dans le troupeau. Les employ\u00e9s conformes s&rsquo;agitent dans des petites bo\u00eetes, prisonniers derri\u00e8re leur bureau. Des cadres obsessionnels stressent avec leur mallette \u00e0 la main. Le travail est r\u00e9p\u00e9titif, ali\u00e9nant, les standardistes r\u00e9p\u00e8tent les m\u00eames phrases au t\u00e9l\u00e9phone. Tout \u00e7a pour produire de l&rsquo;inutile : un balai qui \u00e9claire, des lunettes dont les verres se rel\u00e8vent pour pouvoir se tartiner les cils de maquillage, une porte qui se claque sans bruit : \u00ab \u00c7a c&rsquo;est le progr\u00e8s \u00bb, dit le repr\u00e9sentant commercial.<\/p>\n<p>Les moutons empruntent le m\u00eame chemin, aux m\u00eames heures, les flux sont parfaitement r\u00e9gl\u00e9s, la main d&rsquo;oeuvre achemin\u00e9e par escalators. Le soir, les lumi\u00e8res des grandes tours s&rsquo;allument au m\u00eame moment. Les petites fourmis ont rejoint l&rsquo;appartement douillet, le m\u00eame pour tous. Chaque famille se met devant la t\u00e9l\u00e9, pour regarder la m\u00eame \u00e9mission. La ville est devenue caserne, l&rsquo;espace public a disparu, il n&rsquo;y a plus de collectif. La moindre rencontre est devenue impossible : quand Hulot retrouve un ami de l&rsquo;arm\u00e9e, ils sont oblig\u00e9s de se quitter aussit\u00f4t, pouss\u00e9s par les klaxons.<\/p>\n<p>Mais comme le fameux personnage de Tati, \u00e9ternellement d\u00e9tach\u00e9, curieux, contemplatif, distrait, les petits rouages de la m\u00e9gamachine ne demandent qu&rsquo;\u00e0 se gripper. Playtime ! Il est l&rsquo;heure de jouer ! Et voil\u00e0 que dans un grand restaurant, on se met \u00e0 danser furieusement sur du jazz. On boit, mange, rigole, et tout d\u00e9conne, une partie du plafond s&rsquo;\u00e9croule, une porte explose, les lumi\u00e8res scintillantes buguent. Place \u00e0 la vie.<\/p>\n<p>Et le lendemain, la ville tourne au ralenti. Les petites mains ex\u00e9cutent leur travail avec d\u00e9tachement et lenteur. Les pi\u00e9tons prennent le temps de se rencontrer, de parler, de se retrouver au bar. La rue retrouve quelques couleurs, la convivialit\u00e9 revient entre les embouteillages. Et les touristes am\u00e9ricains repartent combl\u00e9s.<\/p>\n<p>Pierre Thiesset<br \/>\n<a href=\"http:\/\/pedaleurop.over-blog.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/pedaleurop.over-blog.com\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant-dernier volet de la s\u00e9rie Tati : Playtime (1967).<\/p>\n","protected":false},"author":216,"featured_media":42511,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[73],"tags":[853,196,432,113],"views":11440,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42509"}],"collection":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/216"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=42509"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42509\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/42511"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=42509"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=42509"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=42509"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}