{"id":45491,"date":"2023-06-12T10:55:00","date_gmt":"2023-06-12T09:55:00","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=45491"},"modified":"2023-10-03T15:10:48","modified_gmt":"2023-10-03T14:10:48","slug":"declin-et-survie-des-grandes-villes-americaines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2023\/06\/12\/declin-et-survie-des-grandes-villes-americaines\/","title":{"rendered":"D\u00e9clin et survie des grandes villes am\u00e9ricaines"},"content":{"rendered":"<p><em>The Death and Life of Great American Cities<\/em> (D\u00e9clin et survie des grandes villes am\u00e9ricaines) est un livre \u00e9crit en 1961 par l&rsquo;\u00e9crivaine et activiste Jane Jacobs. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une critique de la politique d&rsquo;urbanisme des ann\u00e9es 1950, qu&rsquo;elle tient pour responsable du d\u00e9clin de nombreux quartiers urbains aux \u00c9tats-Unis. Ce livre est l&rsquo;\u0153uvre la plus connue et la plus influente de Jane Jacobs. <!--more--><\/p>\n<p>Jacobs critiquait les urbanistes \u00ab\u00a0rationalistes\u00a0\u00bb des ann\u00e9es 1950 et 1960, en particulier Robert Moses, ainsi que les travaux ant\u00e9rieurs de Le Corbusier. Selon elle, l&rsquo;urbanisme moderniste n\u00e9gligeait et simplifiait \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame la complexit\u00e9 de la vie humaine au sein de diverses communaut\u00e9s. Elle s&rsquo;est oppos\u00e9e aux programmes de r\u00e9novation urbaine \u00e0 grande \u00e9chelle qui affectaient des quartiers entiers et construisaient des autoroutes dans les centres-villes. Elle pr\u00f4ne au contraire un d\u00e9veloppement dense \u00e0 usage mixte et des rues pi\u00e9tonnes, o\u00f9 les \u00ab\u00a0yeux sur la rue\u00a0\u00bb des passants contribuent au maintien de l&rsquo;ordre public.<\/p>\n<p>Jacobs commence son ouvrage en d\u00e9clarant sans ambages : \u00ab\u00a0<em>Ce livre est une attaque contre l&rsquo;urbanisme et la reconstruction actuels<\/em>.\u00a0\u00bb Elle d\u00e9crit un voyage dans le quartier North End de Boston en 1959, qu&rsquo;elle trouve accueillant, s\u00fbr, dynamique et sain, et oppose son exp\u00e9rience \u00e0 ses conversations avec les planificateurs et financiers de l&rsquo;\u00e9lite du quartier, qui le d\u00e9plorent comme un \u00ab\u00a0terrible taudis\u00a0\u00bb ayant besoin d&rsquo;\u00eatre r\u00e9nov\u00e9. Qualifiant la th\u00e9orie dominante des villes de \u00ab\u00a0superstition savante\u00a0\u00bb qui a d\u00e9sormais p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 la pens\u00e9e des urbanistes, des bureaucrates et des banquiers \u00e0 parts \u00e9gales, elle retrace bri\u00e8vement les origines de cet \u00ab\u00a0urbanisme orthodoxe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En r\u00e9sumant le d\u00e9veloppement de la th\u00e9orie de l&rsquo;urbanisme contemporain, elle commence par la cit\u00e9-jardin d&rsquo;Ebenezer Howard. La cit\u00e9-jardin a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue comme une nouvelle forme de plan directeur, une ville autosuffisante \u00e9loign\u00e9e du bruit et de la mis\u00e8re de Londres \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, entour\u00e9e de ceintures vertes agricoles, avec des \u00e9coles et des logements entourant un centre commercial hautement r\u00e9glement\u00e9. La cit\u00e9-jardin autoriserait un maximum de 30 000 habitants dans chaque ville et pr\u00e9voyait la mise en place d&rsquo;une autorit\u00e9 publique permanente charg\u00e9e de r\u00e9glementer soigneusement l&rsquo;utilisation des sols et d&rsquo;\u00e9carter la tentation d&rsquo;accro\u00eetre l&rsquo;activit\u00e9 commerciale ou la densit\u00e9 de la population. Les usines industrielles \u00e9taient autoris\u00e9es \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, \u00e0 condition d&rsquo;\u00eatre masqu\u00e9es par des espaces verts. Le concept de cit\u00e9-jardin a \u00e9t\u00e9 concr\u00e9tis\u00e9 pour la premi\u00e8re fois au Royaume-Uni par le d\u00e9veloppement de Letchworth et Welwyn Garden City, ainsi que dans la banlieue am\u00e9ricaine de Radburn (New Jersey).<\/p>\n<p>Jacobs retrace l&rsquo;influence de Howard \u00e0 travers des sommit\u00e9s am\u00e9ricaines telles que Lewis Mumford, Clarence Stein, Henry Wright et Catherine Bauer, un groupe de penseurs que Bauer appelait les \u00ab\u00a0d\u00e9centristes\u00a0\u00bb. Les d\u00e9centristes proposaient d&rsquo;utiliser la planification r\u00e9gionale comme moyen d&rsquo;am\u00e9liorer les malheurs des villes encombr\u00e9es, en attirant les habitants vers une nouvelle vie dans les p\u00e9riph\u00e9ries et les banlieues \u00e0 faible densit\u00e9, ce qui aurait pour effet d&rsquo;amincir le noyau urbain surpeupl\u00e9. Jacobs met en \u00e9vidence les pr\u00e9jug\u00e9s anti-urbains des d\u00e9fenseurs de la cit\u00e9-jardin et des d\u00e9centristes, en particulier leurs intuitions communes selon lesquelles les communaut\u00e9s doivent \u00eatre des unit\u00e9s autonomes, que l&rsquo;utilisation mixte des sols cr\u00e9e un environnement chaotique, impr\u00e9visible et n\u00e9gatif, que la rue est un mauvais lieu pour les interactions humaines, que les maisons devaient \u00eatre tourn\u00e9es vers l&rsquo;ext\u00e9rieur, vers des espaces verts abrit\u00e9s; que les super-blocs aliment\u00e9s par des art\u00e8res \u00e9taient sup\u00e9rieurs aux petits blocs dont les carrefours se chevauchaient ; que tous les d\u00e9tails importants devaient \u00eatre dict\u00e9s par un plan permanent plut\u00f4t que fa\u00e7onn\u00e9s par un dynamisme organique; et que la densit\u00e9 de population devait \u00eatre d\u00e9courag\u00e9e, ou du moins camoufl\u00e9e pour cr\u00e9er un sentiment d&rsquo;isolement.<\/p>\n<p>Jacobs poursuit son enqu\u00eate sur l&rsquo;urbanisme orthodoxe avec Le Corbusier, dont le concept de ville radieuse pr\u00e9voit vingt-quatre gratte-ciel au sein d&rsquo;un grand parc. Superficiellement en d\u00e9saccord avec les id\u00e9aux de faible hauteur et de faible densit\u00e9 des d\u00e9centristes, Le Corbusier a pr\u00e9sent\u00e9 sa ville verticale, avec ses 1 200 habitants par acre (environ 4.000 m\u00b2), comme un moyen d&rsquo;\u00e9tendre les concepts primaires de la cit\u00e9-jardin &#8211; le super-bloc, la planification r\u00e9gimentaire des quartiers, l&rsquo;acc\u00e8s facile \u00e0 l&rsquo;automobile et l&rsquo;insertion de grandes \u00e9tendues herbeuses pour emp\u00eacher les pi\u00e9tons de circuler dans les rues &#8211; \u00e0 la ville elle-m\u00eame, dans le but explicite de r\u00e9inventer les centres-villes stagnants. Jacobs conclut son introduction par une r\u00e9f\u00e9rence au mouvement City Beautiful, qui a parsem\u00e9 les centres-villes de centres civiques, de boulevards baroques et de nouveaux parcs monumentaux. Ces efforts ont emprunt\u00e9 des concepts \u00e0 d&rsquo;autres contextes, tels que l&rsquo;espace public \u00e0 usage unique d\u00e9connect\u00e9 des itin\u00e9raires de promenade naturels et l&rsquo;imitation des terrains d&rsquo;exposition de l&rsquo;Exposition universelle de Chicago.<\/p>\n<p>Jacobs admet que les id\u00e9es de la cit\u00e9-jardin et des d\u00e9centristes sont logiques en soi : une ville de banlieue attirant des personnalit\u00e9s attach\u00e9es \u00e0 leur vie priv\u00e9e et aimant l&rsquo;automobile devrait vanter ses espaces verts et ses habitations \u00e0 faible densit\u00e9. La frustration anti-orthodoxe de Jacobs vient du fait que leurs pr\u00e9jug\u00e9s anti-urbains sont en quelque sorte devenus une partie inextricable du consensus acad\u00e9mique et politique dominant sur la mani\u00e8re de concevoir les villes elles-m\u00eames, inscrit dans les programmes de cours et dans la l\u00e9gislation f\u00e9d\u00e9rale et \u00e9tatique affectant, entre autres, le logement, le financement hypoth\u00e9caire, la r\u00e9novation urbaine et les d\u00e9cisions de zonage. \u00ab\u00a0<em>C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement le plus \u00e9tonnant de toute cette histoire d\u00e9solante: des gens qui voulaient sinc\u00e8rement renforcer les grandes villes ont finalement adopt\u00e9 des recettes franchement con\u00e7ues pour miner leurs \u00e9conomies et les tuer<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle est moins sympathique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de Le Corbusier, notant avec consternation que la ville r\u00eav\u00e9e, bien qu&rsquo;impraticable et d\u00e9tach\u00e9e du contexte r\u00e9el des villes existantes, \u00ab\u00a0<em>a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9e avec d\u00e9lire par les architectes et s&rsquo;est progressivement concr\u00e9tis\u00e9e dans des dizaines de projets, allant des logements sociaux aux projets d&rsquo;immeubles de bureaux.<\/em>\u00a0\u00bb Elle s&rsquo;inqui\u00e8te \u00e9galement du fait qu&rsquo;en cherchant \u00e0 \u00e9viter d&rsquo;\u00eatre contamin\u00e9s par \u00ab\u00a0la ville de travail\u00a0\u00bb, les efforts isol\u00e9s de City Beautiful ont lamentablement \u00e9chou\u00e9 \u00e0 attirer les visiteurs, ont \u00e9t\u00e9 propices \u00e0 la fl\u00e2nerie et \u00e0 la d\u00e9cadence, et ont ironiquement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 le rythme de la disparition des villes.<\/p>\n<p>Le livre reste le plus influent de Jacobs et est encore largement lu par les professionnels de l&rsquo;urbanisme et le grand public. Il a \u00e9t\u00e9 traduit en six langues et s&rsquo;est vendu \u00e0 plus d&rsquo;un quart de million d&rsquo;exemplaires. Le th\u00e9oricien de l&rsquo;urbanisme Lewis Mumford, tout en critiquant sa m\u00e9thodologie, a encourag\u00e9 les premiers \u00e9crits de Jacobs dans la <em>New York Review of Books.<\/em> Le livre <em>Times Square Red, Times Square Blue<\/em> de Samuel R. Delany s&rsquo;appuie fortement sur <em>The Death and Life of Great American Cities<\/em> dans son analyse de la nature des relations sociales dans le domaine des \u00e9tudes urbaines.<\/p>\n<p>Le livre a jou\u00e9 un r\u00f4le majeur dans le retournement de l&rsquo;opinion publique contre les urbanistes modernistes, notamment Robert Moses. Il a \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 ralentir le d\u00e9veloppement effr\u00e9n\u00e9 de Toronto (Ontario, Canada), o\u00f9 Jacobs a particip\u00e9 \u00e0 la campagne visant \u00e0 emp\u00eacher la construction de l&rsquo;autoroute Spadina.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-45493\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2023\/06\/P662HD-c3135.jpg\" alt=\"\" width=\"350\" height=\"538\" \/><br \/>\nJane Jacobs<br \/>\nD\u00e9clin et survie des grandes villes am\u00e9ricaines<br \/>\nTraduit de l\u2019am\u00e9ricain et pr\u00e9sent\u00e9 par Claire Parin. Postface de Thierry Paquot.<br \/>\nCollection : Eupalinos \/ A+U<br \/>\n416 p., 2012.<br \/>\nISBN 978-2-86364-662-5<\/p>\n<p>Source: <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/The_Death_and_Life_of_Great_American_Cities\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/The_Death_and_Life_of_Great_American_Cities<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>The Death and Life of Great American Cities (D\u00e9clin et survie des grandes villes am\u00e9ricaines) est un livre \u00e9crit en 1961 par l&rsquo;\u00e9crivaine et activiste Jane Jacobs. 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