{"id":45916,"date":"2024-04-04T11:53:19","date_gmt":"2024-04-04T10:53:19","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=45916"},"modified":"2024-05-03T08:00:04","modified_gmt":"2024-05-03T07:00:04","slug":"un-mal-qui-repand-la-terreur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2024\/04\/04\/un-mal-qui-repand-la-terreur\/","title":{"rendered":"Un mal qui r\u00e9pand la terreur"},"content":{"rendered":"<p>Ce n&rsquo;est pas de la peste qu&rsquo;il s&rsquo;agit, mais de l&rsquo;automobile. On sait ce qu&rsquo;elle prend de vies humaines en holocauste et l&rsquo;on commence \u00e0 r\u00e9aliser ce que sa tyrannie nous impose dans notre vie et notre espace quotidiens. De temps en temps, une personnalit\u00e9 fait le point sur un aspect de la question. Aujourd&rsquo;hui, nous voulons signaler l&rsquo;intervention de deux d&rsquo;entre elles. <!--more--><\/p>\n<p>L&rsquo;une est un homme \u00ab\u00a0du b\u00e2timent\u00a0\u00bb: M. Paul Dufournet, Architecte D.P.L.G., membre de l&rsquo;Acad\u00e9mie d&rsquo;architecture, Professeur d&rsquo;urbanisme et d&rsquo;am\u00e9nagement, Inspecteur g\u00e9n\u00e9ral de la construction, membre associ\u00e9 du Conseil g\u00e9n\u00e9ral des Ponts et Chauss\u00e9es, mais aussi correspondant du directeur de la circonscription arch\u00e9ologique de la r\u00e9gion Rh\u00f4ne-Alpes. Dans la grande revue Arch\u00e9ologia (1973-1), il donne un article: \u00ab\u00a0<em>La destruction de notre patrimoine arch\u00e9ologique n&rsquo;est pas fatale. Une situation inacceptable<\/em>\u00a0\u00bb dont le titre laisse d\u00e9j\u00e0 deviner que l&rsquo;auteur se dresse contre les pr\u00e9tendus imp\u00e9ratifs des autoroutes, des parkings, des am\u00e9nagements, et on lit sous sa plume: \u00ab\u00a0<em>Nous savons bien nous autres, architectes, urbanistes ou ing\u00e9nieurs, qu&rsquo;il y a toujours plusieurs solutions \u00e0 un probl\u00e8me donn\u00e9. Qui dit \u00ab art \u00bb, dit possibilit\u00e9 de choix<\/em>.\u00a0\u00bb Une dizaine de photographies illustrent son texte au nombre desquelles figurent les deux de la porte du rempart romain de la place du Capitole (Toulouse) parues dans L&rsquo;Auta (mai-juin 1971). L&rsquo;article n&rsquo;est pas pol\u00e9mique, mais discute les id\u00e9es, entre autres celle-ci: \u00ab\u00a0<em>La priorit\u00e9 \u00e9vidente est aux voitures et celles-ci doivent \u00eatre au c\u0153ur de la ville. On s&rsquo;incline devant ce qui repr\u00e9sente une puissance ou para\u00eet l&rsquo;\u00eatre, admettant que toutes ces destructions sont in\u00e9vitables. Le r\u00e9alisateur a une aur\u00e9ole. Cependant, celui qui con\u00e7oit le mieux ces probl\u00e8mes, ou est le plus efficace, n&rsquo;est pas forc\u00e9ment le r\u00e9alisateur du jour; mais bien celui qui per\u00e7oit au-del\u00e0. Ce que nous d\u00e9fendons a une valeur inestimable (donc non chiffrable). C&rsquo;est irrempla\u00e7able.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir propos\u00e9 une l\u00e9gislation particuli\u00e8re qu&rsquo;il serait trop long d&rsquo;exposer, M. Dufournet, dans un post-scriptum, revient sur la question des parkings en s&rsquo;appuyant sur quelques exemples: \u00ab\u00a0<em>Dans ces deux cas (Forum de Lut\u00e8ce et Bordeaux), il s&rsquo;agissait comme \u00e0 Toulouse de loger des autos en plein c\u0153ur de la ville. C&rsquo;est sacrifier \u00e0 un besoin temporaire (car le mode d&rsquo;utilisation de la voiture automobile individuelle dans les centres urbains devra \u00e9voluer rapidement), qui n&rsquo;est satisfait, en tout \u00e9tat de cause, que de fa\u00e7on tr\u00e8s partielle et \u00e0 un prix de revient \u00e9lev\u00e9, reculant l&rsquo;adoption d&rsquo;une solution rationnelle, quelque chose dont la valeur n&rsquo;est pas chiffrable, mais qui s&rsquo;av\u00e8rera primordial d&rsquo;ici peu. C&rsquo;est l&rsquo;urbaniste qui s&rsquo;exprime. Il faut dor\u00e9navant s&rsquo;opposer avec vigueur \u00e0 des op\u00e9rations de cette nature, con\u00e7ues en vue d&rsquo;un seul objectif (celui en cause tr\u00e8s contestable) et \u00e0 court terme<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Moralit\u00e9: Les parkings, insuffisants, n&#8217;emp\u00eacheront pas les villes de se bloquer. Il faut, et il faudra donc, trouver autre chose, et cela par la force des choses.<\/p>\n<p>La seconde personnalit\u00e9 intervenant dans le d\u00e9bat est un critique \u00e9minent, bien connu par ses id\u00e9es artistiques avanc\u00e9es: Michel Ragon. Passionn\u00e9 d&rsquo;architecture, en a-t-il louang\u00e9 et b\u00e9ni, dans feu <em>Arts<\/em> notamment, de ces conceptions de b\u00e9ton et de ferraille appel\u00e9es selon lui \u00e0 constituer la Cit\u00e9 Moderne (avec majuscules)! Aussi peut-on s&rsquo;\u00e9tonner aujourd&rsquo;hui que cette architecture lui apparaisse soudain ind\u00e9sirable, quand, s&rsquo;\u00e9cartant du splendide isolement de l&rsquo;espace qu&rsquo;elle meublait, elle s&rsquo;implante sans crier gare \u2014 ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas difficile \u00e0 pr\u00e9voir \u2014 dans la banlieue parisienne (les autres, l&rsquo;auteur n&rsquo;en parle pas, mais elles sont sous-entendues).<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une exposition au Pavillon de Marsan: <em>Le Paysage Urbain<\/em>, qui a pr\u00e9sent\u00e9 c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te des cartes postales de la banlieue parisienne en 1900 et des photographies de l&rsquo;\u00e9tat actuel prises du m\u00eame endroit [en 1972], que Michel Ragon, qui en reproduit quelques-unes, a fait la triste d\u00e9couverte que le r\u00e9sultat \u00e9tait \u00ab <em>\u00e0 la fois \u00e9loquent et consternant<\/em> \u00bb. Et le voil\u00e0, volant sur les traces d&rsquo;Yvan Christ, sp\u00e9cialiste chevronn\u00e9 de la d\u00e9fense de nos vieux monuments, qui va confier son indignation \u00e0 <em>Monuments en p\u00e9ril<\/em>, la belle et tr\u00e8s int\u00e9ressante revue de Pierre Lagarde. Reconnaissons que Michel Ragon parle d&rsquo;or et citons-le sans plus attendre: \u00ab\u00a0<em>Les voici donc, ces banlieusards \u00ab martyrs \u00bb (1) qui posent en 1900 pour le photographe en pleine rue, des rues sans voitures, des rues de village. Et ces villages s&rsquo;appellent Courbevoie, Clamart, Suresnes, Ivry, Colombes. Les voil\u00e0 donc avec leur mine r\u00e9jouie, leur air blagueur, leur air de Parigot. Ils emplissent les rues, un v\u00e9lo \u00e0 la main, ou bien poussent des brouettes. Des gosses jouent \u00e0 sautemouton en plein milieu de la chauss\u00e9e. Les chaises des bistrots d\u00e9bordent des trottoirs et viennent jusque dans la rue chercher l&rsquo;ombre des platanes. Les rues 1900 ont une animation pi\u00e9tonni\u00e8re inou\u00efe. Et que l&rsquo;on compare les photos de 1972: plus aucun pi\u00e9ton. Des ombres furtives glissent sur des trottoirs \u00e9troits, semblent fuir le photographe. La rue est devenue la propri\u00e9t\u00e9 exclusive de la voiture. Non seulement la rue, mais toutes les places, tous les bords de trottoirs, le moindre espace vide est bouch\u00e9 par des carcasses de t\u00f4le. On savait que l&rsquo;auto avait transform\u00e9 la ville, mais \u00e0 ce point-l\u00e0, c&rsquo;est terrifiant. La machine a donc remplac\u00e9 l&rsquo;homme. Mais ce qui est sensible dans les documents confront\u00e9s, c&rsquo;est aussi que le mobilier urbain traditionnel: fontaines, bec de gaz, vespasiennes, bancs, a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par un mobilier urbain fait pour la machine: feux rouges, panneaux de signalisation. On ne voit plus qu&rsquo;eux. Ce sont les arbres artificiels de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Michel Ragon continue: \u00ab\u00a0<em>On a lu tant de livres de science-fiction sur les robots qui envahissent la ville et en deviennent les ma\u00eetres. Perspectives lointaines, improbables, imagination de romanciers. Et puis l&rsquo;on regarde les photos juxtapos\u00e9es et l&rsquo;on se dit avec stupeur: \u00ab\u00a0C&rsquo;est fait! Insidieusement, l&rsquo;auto s&rsquo;est rendue ma\u00eetresse de la ville. Il n&rsquo;y a plus qu&rsquo;une ressource: fuir la ville (et fuir, en auto, bien s\u00fbr!)<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fuir ! C&rsquo;\u00e9tait aussi la solution pr\u00e9conis\u00e9e au Moyen \u00e2ge contre la peste, mais on ne peut pas toujours fuir. Michel Ragon propose alors un mince palliatif: r\u00e9tablir au moins les escaliers publics, fontaines, horloges, qui furent les ornements du pass\u00e9. C&rsquo;est peu de chose et il le reconna\u00eet: \u00ab\u00a0<em>Repenser le mobilier urbain dans le contexte de notre \u00e9poque n&rsquo;est qu&rsquo;un tout petit rem\u00e8de pour une tr\u00e8s grave maladie. Mais ce n&rsquo;est pas parce que l&rsquo;on est guett\u00e9 par le cancer qu&rsquo;il ne faut pas soigner sa grippe.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D&rsquo;accord ! un premier pas. Et r\u00e9jouissons-nous de cette recrue de choix contre les exc\u00e8s de \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;Homo Automobilus<\/em>,\u00a0\u00bb \u00e0 la fois victime et bourreau de notre temps.<\/p>\n<p>Paul MESPL\u00c9.<br \/>\nL&rsquo;Auta : que bufo un cop cado m\u00e9s, avril 1973<\/p>\n<p><em>Image: Carte Postale Ancienne de Paris \u2013 rue st Antoine a\u0300 la rue de Se\u0301vigne\u0301 <\/em><\/p>\n<p>(1) \u00ab Martyrs \u00bb parce que Le Corbusier, s&rsquo;\u00e9levant contre la laideur pavillonnaire de la banlieue, avait parl\u00e9 de la \u00ab corv\u00e9e suppl\u00e9mentaire tr\u00e8s grave \u00bb du jardinage que subissaient les ouvriers habitant en pavillons. On n&rsquo;est pas plus irr\u00e9v\u00e9rent envers l&rsquo;un des \u00ab tabous \u00bb de l&rsquo;architecture moderne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce n&rsquo;est pas de la peste qu&rsquo;il s&rsquo;agit, mais de l&rsquo;automobile. 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