{"id":46003,"date":"2024-05-24T08:15:42","date_gmt":"2024-05-24T07:15:42","guid":{"rendered":"https:\/\/carfree.fr\/?p=46003"},"modified":"2024-05-24T08:15:42","modified_gmt":"2024-05-24T07:15:42","slug":"les-voitures-nous-volent-notre-territoire-et-limitent-les-echanges-sociaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2024\/05\/24\/les-voitures-nous-volent-notre-territoire-et-limitent-les-echanges-sociaux\/","title":{"rendered":"Les voitures nous volent notre territoire&#8230; et limitent les \u00e9changes sociaux"},"content":{"rendered":"<p>Cet article de David Engwicht, un urbaniste australien, est extrait de son livre \u00ab\u00a0<em>Street Reclaiming: Creating Livable Streets and Vibrant Communities<\/em>\u00a0\u00bb (<em>R\u00e9cup\u00e9rer les rues: cr\u00e9er des rues habitables et des communaut\u00e9s dynamiques<\/em>) paru en 1999. <!--more--><\/p>\n<p>Pendant des si\u00e8cles, les gens ont consid\u00e9r\u00e9 que la rue devant leur maison \u00e9tait une partie importante de leur territoire. La \u00ab maison \u00bb n&rsquo;\u00e9tait pas seulement l&rsquo;habitation dans laquelle on mangeait, dormait et procr\u00e9ait. Le \u00ab chez-soi \u00bb englobait la rue dans laquelle les gens vivaient, la place du march\u00e9, les points de rep\u00e8re, les b\u00e2timents publics et des dizaines d&rsquo;autres lieux particuliers.<\/p>\n<p>Mais la rue \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de la maison constituait une partie tr\u00e8s sp\u00e9ciale de ce sens \u00e9tendu du foyer. C&rsquo;\u00e9tait un lieu o\u00f9 l&rsquo;on pouvait entendre les bavardages et les rires des enfants du quartier; un lieu o\u00f9 les personnes \u00e2g\u00e9es s&rsquo;asseyaient pour dispenser leur sagesse; un lieu o\u00f9 l&rsquo;on pouvait s&rsquo;asseoir et regarder le drame de la vie se jouer sur les visages des voisins et des passants; un lieu de conversation, de d\u00e9bat et m\u00eame de protestation; un lieu o\u00f9 l&rsquo;on c\u00e9l\u00e9brait le va-et-vient des saisons; un lieu o\u00f9 l&rsquo;on marquait les \u00e9tapes importantes de la vie, de la naissance \u00e0 la mort.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses cultures europ\u00e9ennes, les occupants des maisons balayaient rituellement la rue devant chez eux. Ce tron\u00e7on de rue, bien que public, occupait une place particuli\u00e8re dans leurs affections. Sur la carte de leur esprit, elle faisait partie de l&rsquo;extension de leur maison, de leur salon ext\u00e9rieur, une sorte de territoire familier.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;importance de la tradition du territoire familier<\/strong><\/p>\n<p>Les territoires familiers procurent un fort sentiment d&rsquo;appartenance. Or, le sentiment d&rsquo;appartenance peut \u00eatre tr\u00e8s important pour le d\u00e9veloppement de notre identit\u00e9 en tant que personne. Le sentiment d&rsquo;appartenance est un sentiment d&rsquo;affinit\u00e9 avec l&rsquo;environnement physique. Les \u00e9l\u00e9ments qui composent notre environnement physique deviennent les d\u00e9positaires de nos souvenirs et de nos affections et cessent donc d&rsquo;\u00eatre de simples \u00e9l\u00e9ments physiques pour devenir une partie essentielle de notre paysage mental. Un banc cesse d&rsquo;\u00eatre un simple banc si c&rsquo;est l\u00e0 que nous avons vol\u00e9 notre premier baiser ou que nous avons eu une conversation intrigante avec un \u00e9tranger excentrique. Un arbre cesse d&rsquo;\u00eatre un simple arbre si nous avons jou\u00e9 dedans lorsque nous \u00e9tions enfant ou si nous nous sommes arr\u00eat\u00e9s sur le chemin de l&rsquo;\u00e9cole pour manger ses fruits.<\/p>\n<p>Une rue cesse d&rsquo;\u00eatre une simple rue si c&rsquo;est l\u00e0 que nous avons rencontr\u00e9 une personne \u00e2g\u00e9e qui a enrichi notre vie de sa sagesse et de ses r\u00e9cits du pass\u00e9. Le banc, l&rsquo;arbre ou la rue font partie de nous et nous faisons partie d&rsquo;eux. Chaque fois que nous les voyons, que nous les utilisons ou que nous les \u00e9voquons dans notre imagination, nous \u00ab rentrons \u00e0 la maison \u00bb. Ils deviennent un havre de paix o\u00f9 notre identit\u00e9 est reconfirm\u00e9e.<\/p>\n<p>Au sein d&rsquo;une communaut\u00e9 qui fonctionne correctement, chaque individu offre des \u00ab dons \u00bb sp\u00e9cifiques aux autres membres de la communaut\u00e9. Il peut s&rsquo;agir de dons de leadership, d&rsquo;\u00e9coute, de sagesse, de sourire ou de regarder les enfants jouer. C&rsquo;est en offrant ces dons aux autres et en les acceptant que notre identit\u00e9 s&rsquo;affirme. Dans les cultures urbaines traditionnelles, la rue situ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de la maison, ainsi que la place du march\u00e9, \u00e9taient les principaux lieux d&rsquo;\u00e9change de cadeaux.<\/p>\n<p>Le territoire familier contribue donc \u00e0 d\u00e9velopper notre identit\u00e9 en nous donnant un attachement fort \u00e0 notre environnement physique et en fournissant un cadre pour la construction de la communaut\u00e9 par l&rsquo;\u00e9change de cadeaux. Ces deux \u00e9l\u00e9ments sont essentiels \u00e0 notre bien-\u00eatre \u00e9motionnel, spirituel et psychologique.<\/p>\n<p><strong>Comment le trafic \u00e9rode la tradition du territoire familier<\/strong><\/p>\n<p>En 1970, Donald Appleyard, urbaniste anglo-am\u00e9ricain \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Californie \u00e0 Berkeley, a men\u00e9 des recherches novatrices \u00e0 San Francisco. Il a choisi trois rues r\u00e9sidentielles qui, \u00e0 premi\u00e8re vue, \u00e9taient identiques, \u00e0 l&rsquo;exception de leur niveau de trafic. L&rsquo;une d&rsquo;entre elles accueillait 2 000 v\u00e9hicules par jour et peut \u00eatre qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0rue calme\u00a0\u00bb (Light Traffic). Une autre, qui comptait 8 000 v\u00e9hicules, est une rue moyenne (Moderate Traffic). L&rsquo;autre, avec 16 000 v\u00e9hicules, est une rue \u00e0 fort trafic (Heavy Traffic). Il a demand\u00e9 aux gens d&rsquo;indiquer o\u00f9 vivaient leurs amis et connaissances dans leur rue. Les habitants de la rue calme ont d\u00e9clar\u00e9 avoir trois fois plus d&rsquo;amis et deux fois plus de connaissances dans leur rue que ceux de la rue \u00e0 fort trafic. (figure 1.1).<\/p>\n<p>Un indice sur la raison pour laquelle les habitants de la rue \u00e0 fort trafic avaient trois fois moins d&rsquo;amis et de connaissances que les habitants de la rue calme est apparu lorsqu&rsquo;Appleyard a demand\u00e9 aux habitants de dessiner sur la carte de leur rue ce qu&rsquo;ils consid\u00e9raient comme leur \u00ab territoire familier \u00bb (figure 1.2).<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-46005\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2024\/05\/Appleyard-1.jpg\" alt=\"figure 1.1\" width=\"664\" height=\"516\" srcset=\"https:\/\/carfree.fr\/img\/2024\/05\/Appleyard-1.jpg 664w, https:\/\/carfree.fr\/img\/2024\/05\/Appleyard-1-640x497.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 664px) 100vw, 664px\" \/><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-46008\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2024\/05\/Appleyard-2.jpg\" alt=\"figure 1.2\" width=\"656\" height=\"469\" srcset=\"https:\/\/carfree.fr\/img\/2024\/05\/Appleyard-2.jpg 656w, https:\/\/carfree.fr\/img\/2024\/05\/Appleyard-2-640x458.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 656px) 100vw, 656px\" \/><\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 spectaculaires. Les habitants de la rue \u00e0 faible trafic ont d\u00e9limit\u00e9 un territoire qui couvrait l&rsquo;ensemble de la rue et les deux trottoirs. Ceux dont la rue est tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9e n&rsquo;ont jamais indiqu\u00e9 que la route faisait partie de leur territoire. Peu d&rsquo;entre eux marquaient quoi que ce soit au-del\u00e0 de leur propre jardin. Au fur et \u00e0 mesure que la vitesse et le volume de la circulation augmentaient, la zone que les gens consid\u00e9raient comme faisant partie de leur territoire s&rsquo;est r\u00e9tr\u00e9cie.<\/p>\n<p>Appleyard a d\u00e9couvert que le trafic ne se contente pas d&rsquo;occuper l&rsquo;espace physique. Il a une \u00ab zone d&rsquo;influence \u00bb qui intimide et prend possession d&rsquo;un espace sur le plan psychologique. \u00c0 mesure que la vitesse et le volume du trafic augmentent, la zone d&rsquo;influence s&rsquo;\u00e9tend et le territoire familier se r\u00e9tr\u00e9cit. Dans la rue calme, les enfants jouaient encore au milieu de la rue et les gens s&rsquo;y arr\u00eataient pour parler. Mais avec l&rsquo;augmentation du trafic, ces activit\u00e9s se sont d\u00e9plac\u00e9es sur le trottoir. Avec l&rsquo;augmentation du trafic, la fonction du trottoir est pass\u00e9e d&rsquo;un espace de jeu et de socialisation \u00e0 un espace utilis\u00e9 \u00ab uniquement comme un couloir entre le sanctuaire des maisons individuelles et le monde ext\u00e9rieur \u00bb. L&rsquo;abandon du trottoir comme espace de socialisation cr\u00e9e un cercle vicieux. Les enfants et les adultes abandonnent cet espace parce qu&rsquo;il est sale, dangereux et bruyant. La suppression de ces activit\u00e9s rend l&rsquo;espace encore plus st\u00e9rile et accro\u00eet le sentiment qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une sorte de territoire \u00e9tranger. Il est donc encore plus d\u00e9laiss\u00e9.<\/p>\n<p>Cependant, Appleyard a constat\u00e9 que le r\u00e9tr\u00e9cissement du territoire familier ne s&rsquo;arr\u00eatait pas au trottoir. Sur la rue \u00e0 fort trafic, le nombre de personnes jardinant ou simplement assises sur leur perron a consid\u00e9rablement diminu\u00e9. Le r\u00e9tr\u00e9cissement ne s&rsquo;est pas non plus arr\u00eat\u00e9 au perron. De nombreux habitants de la rue \u00e0 fort trafic ont abandonn\u00e9 les pi\u00e8ces de leurs habitations donnant sur la rue, les utilisant davantage comme tampon entre la rue et les pi\u00e8ces arri\u00e8res de la maison. Ainsi, certains habitants de la rue \u00e0 fort trafic ont m\u00eame perdu une partie de leur espace de vie interne en tant qu&rsquo;\u00e9l\u00e9ment de leur territoire familier.<\/p>\n<p>L&rsquo;une des raisons pour lesquelles les habitants de la rue \u00e0 fort trafic avaient moins de contacts sociaux est pr\u00e9cis\u00e9ment qu&rsquo;ils avaient moins de territoire sur lequel ils pouvaient effectuer des \u00e9changes sociaux. La derni\u00e8re \u00e9tape de cette saga du r\u00e9tr\u00e9cissement du territoire familier a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;abandon total du logement par certaines personnes, ce qui a eu pour effet de perturber les r\u00e9seaux sociaux existants. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, combin\u00e9 au r\u00e9tr\u00e9cissement du territoire familier, explique pourquoi les habitants de la rue \u00e0 fort trafic avaient moins de contacts sociaux dans leur rue.<\/p>\n<p>Selon Appleyard, les habitants de la rue \u00e0 fort trafic avaient tendance \u00e0 consid\u00e9rer leur logement comme un h\u00f4tel de passage plut\u00f4t que comme une r\u00e9sidence. Appleyard a conclu son \u00e9tude par cette observation: \u00ab\u00a0<em>Le contraste entre les deux rues [fort trafic et rue calme] est frappant. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;ali\u00e9nation, de l&rsquo;autre la convivialit\u00e9 et l&rsquo;implication<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Revenons aux questions les plus fondamentales : pourquoi construisons-nous des villes et quel est le r\u00f4le d&rsquo;un syst\u00e8me de transport dans une ville?<\/p>\n<p>Je d\u00e9finirais une ville comme une invention visant \u00e0 maximiser les possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9change et \u00e0 minimiser les d\u00e9placements. Ces \u00e9changes peuvent \u00eatre des \u00e9changes de biens, d&rsquo;amiti\u00e9, de connaissances, de culture, de travail, d&rsquo;\u00e9ducation ou de soutien \u00e9motionnel et spirituel. Nous choisissons de vivre dans les villes parce que l&rsquo;\u00e9change, ou l&rsquo;interaction humaine, est la v\u00e9ritable substance de la vie. En tant qu&rsquo;\u00eatres humains, nous avons soif de relations r\u00e9ciproques, d&rsquo;id\u00e9es nouvelles et d&rsquo;environnements qui stimulent tous nos sens.<\/p>\n<p>Les villes sont une concentration d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de ces possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9change afin d&rsquo;en accro\u00eetre l&rsquo;accessibilit\u00e9.<\/p>\n<p>Cependant, nous devons encore nous d\u00e9placer pour acc\u00e9der \u00e0 ces possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9change. Cela signifie que les villes doivent consacrer une partie de leur espace au mouvement. Les villes sont donc compos\u00e9es de deux types d&rsquo;espace: l&rsquo;espace d&rsquo;\u00e9change et l&rsquo;espace de mouvement. Or, plus une ville consacre d&rsquo;espace au mouvement, plus l&rsquo;espace d&rsquo;\u00e9change se dilue et se disperse (figure 1.3). Plus les possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9change sont dilu\u00e9es et dispers\u00e9es, plus la ville commence \u00e0 perdre ce qui fait d&rsquo;elle une ville: la concentration des possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9change.<\/p>\n<p>L&rsquo;une des fa\u00e7ons dont les villes ont historiquement augment\u00e9 leur efficacit\u00e9 ainsi que la densit\u00e9 et la diversit\u00e9 des opportunit\u00e9s d&rsquo;\u00e9change a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;utiliser les rues comme un double espace de mouvement et d&rsquo;\u00e9change. En se d\u00e9pla\u00e7ant \u00e0 pied ou \u00e0 v\u00e9lo, les gens s&rsquo;engageaient dans un large \u00e9ventail d&rsquo;\u00e9changes sociaux, culturels et \u00e9conomiques spontan\u00e9s.<\/p>\n<p>Les transports publics poursuivaient cette double utilisation de l&rsquo;espace. Les occasions d&rsquo;\u00e9changes spontan\u00e9s ne manquent pas pendant le trajet jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arr\u00eat des transports publics et pendant le trajet avec d&rsquo;autres personnes.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-46009 aligncenter\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2024\/05\/ville-compacte.jpg\" alt=\"\" width=\"314\" height=\"688\" srcset=\"https:\/\/carfree.fr\/img\/2024\/05\/ville-compacte.jpg 314w, https:\/\/carfree.fr\/img\/2024\/05\/ville-compacte-292x640.jpg 292w\" sizes=\"(max-width: 314px) 100vw, 314px\" \/><\/p>\n<p>Cette id\u00e9e que les rues ne servent pas seulement \u00e0 se d\u00e9placer, mais aussi \u00e0 \u00e9changer, a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e dans la structure m\u00eame des rues des villes anciennes. Si vous vous promenez dans le centre de n&rsquo;importe quelle ville europ\u00e9enne, vous constaterez que les rues sont une s\u00e9rie de \u00ab pi\u00e8ces ext\u00e9rieures \u00bb reli\u00e9es par des \u00ab couloirs \u00bb. Vous vous promenez dans un passage \u00e9troit qui s&rsquo;ouvre soudain sur un espace plus vaste. Il peut s&rsquo;agir d&rsquo;une place, ou simplement du r\u00e9sultat de la croissance organique des b\u00e2timents au fil des si\u00e8cles. C&rsquo;est dans ces pi\u00e8ces ext\u00e9rieures que l&rsquo;on trouve des gens assis, des caf\u00e9s en plein air, des \u00e9tals de march\u00e9, des musiciens, etc. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur de cette salle, vous verrez un certain nombre de \u00ab portes \u00bb menant \u00e0 des passages ou \u00e0 des rues qui se connectent \u00e0 la salle suivante. Cette structure encourage les gens \u00e0 s&rsquo;arr\u00eater dans chaque salle pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l&rsquo;opportunit\u00e9 de participer \u00e0 une ou plusieurs des possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9change qui y sont offertes, puis les met en situation de devoir prendre une d\u00e9cision: quelle direction prendre?<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;importance de la tradition de l&rsquo;espace d&rsquo;\u00e9change<\/strong><\/p>\n<p>Pour les urbanistes modernes, le trac\u00e9 organique des rues des anciennes villes europ\u00e9ennes semble chaotique et inefficace. Toutefois, ce n&rsquo;est le cas que si l&rsquo;objectif est d&rsquo;am\u00e9liorer l&rsquo;efficacit\u00e9 des d\u00e9placements au sein de la ville. Si l&rsquo;objectif est d&rsquo;accro\u00eetre la diversit\u00e9 des possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9change et l&rsquo;efficacit\u00e9 avec laquelle ces \u00e9changes peuvent \u00eatre effectu\u00e9s, alors les sch\u00e9mas de rues organiques ont leur logique inh\u00e9rente.<\/p>\n<p>Les couloirs d&rsquo;une maison, qui ne peuvent \u00eatre utilis\u00e9s que pour le mouvement, sont souvent consid\u00e9r\u00e9s comme de l&rsquo;espace perdu. Ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme un gaspillage parce que ce que nous appr\u00e9cions dans notre maison, ce n&rsquo;est pas le mouvement entre les pi\u00e8ces, mais les activit\u00e9s facilit\u00e9es par les pi\u00e8ces: les repas avec notre famille ou nos amis, un coin ensoleill\u00e9 pour lire un livre, un bain chaud, une nuit de passion avant de sombrer dans le sommeil.<\/p>\n<p>Dans la mesure du possible, une bonne conception de la maison minimise les couloirs et maximise l&rsquo;espace des pi\u00e8ces. Pour atteindre cet objectif, les pi\u00e8ces assument une double fonction d&rsquo;espace de mouvement et d&rsquo;espace de vie. La logique inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;agencement organique des rues des villes anciennes \u00e9tait d&rsquo;adopter ce principe de conception. Les rues remplissent la double fonction d&rsquo;espace de mouvement et d&rsquo;espace de vie, en minimisant l&rsquo;espace utilis\u00e9 uniquement pour le mouvement. Cela permettait \u00e0 la ville de remplir sa mission, \u00e0 savoir offrir une diversit\u00e9 d&rsquo;opportunit\u00e9s d&rsquo;\u00e9change, de mani\u00e8re beaucoup plus efficace. La densit\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9e des possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9change a permis de raccourcir les trajets et de les rendre plus int\u00e9ressants. En outre, l&rsquo;agencement organique a permis de nombreuses combinaisons d&rsquo;itin\u00e9raires pour se rendre d&rsquo;un point A \u00e0 un point B, ce qui a rendu chaque trajet plus int\u00e9ressant et a augment\u00e9 la vari\u00e9t\u00e9 des \u00e9changes possibles.<\/p>\n<p><strong>Comment le trafic \u00e9rode la tradition de l&rsquo;espace d&rsquo;\u00e9change<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;introduction de la voiture a port\u00e9 un double coup \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 globale des \u00e9changes dans la ville. Tout d&rsquo;abord, elle a transform\u00e9 la double fonction des rues en une seule fonction: celle de la circulation. C&rsquo;est comme si l&rsquo;on prenait les pi\u00e8ces d&rsquo;une maison, que l&rsquo;on enlevait les meubles et que l&rsquo;on d\u00e9clarait qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d\u00e9sormais d&rsquo;un couloir de circulation.<\/p>\n<p>La transformation de la double fonction de la rue en une seule fonction a non seulement d\u00e9truit les \u00e9changes sociaux, culturels et \u00e9conomiques spontan\u00e9s qui avaient lieu dans la rue, mais elle a \u00e9galement \u00e9rod\u00e9 le territoire d&rsquo;origine sur lequel ces \u00e9changes pouvaient avoir lieu. Deuxi\u00e8mement, le d\u00e9placement en voiture exige au moins 70 fois plus d&rsquo;espace routier pour d\u00e9placer chaque personne que lorsque les gens marchaient. Cet espace suppl\u00e9mentaire n&rsquo;a pu \u00eatre obtenu qu&rsquo;en c\u00e9dant une plus grande partie de la ville \u00e0 l&rsquo;espace de mouvement, ce qui signifie en r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9truire les espaces d&rsquo;\u00e9change et les convertir en espace de mouvement.<\/p>\n<p>Tout ceci a entra\u00een\u00e9 la ville enti\u00e8re dans un cercle vicieux (figure 1.4). Les destinations ont \u00e9t\u00e9 dispers\u00e9es et tout le monde a \u00e9t\u00e9 contraint de se d\u00e9placer davantage pour essayer de compenser les \u00e9changes perdus. Ce surcro\u00eet de trafic a encore \u00e9rod\u00e9 et dilu\u00e9 les possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9change.<\/p>\n<p><strong>Regarder vers l&rsquo;avenir<\/strong><\/p>\n<p>Les villes menacent de provoquer une catastrophe \u00e9cologique majeure. En s&rsquo;\u00e9tendant, elles consomment des terres agricoles et des milieux naturels pr\u00e9cieux. La circulation suppl\u00e9mentaire forc\u00e9e g\u00e9n\u00e8re des \u00e9missions qui sont le principal facteur de r\u00e9chauffement de la plan\u00e8te. La tradition qui consiste \u00e0 consid\u00e9rer les villes comme une invention visant \u00e0 maximiser les opportunit\u00e9s d&rsquo;\u00e9change tout en minimisant les d\u00e9placements nous donne une base pour construire des villes plus durables sur le plan \u00e9cologique. La premi\u00e8re \u00e9tape consiste \u00e0 r\u00e9tablir la double fonction des rues en tant que lieux d&rsquo;\u00e9change et de mouvement. Si nous y parvenons, nous n&rsquo;obtiendrons pas seulement des villes plus durables, nos quartiers et nos villes deviendront des lieux de vie plus vivants, plus int\u00e9ressants et plus stimulants. Nous passerons moins de temps \u00e0 nous d\u00e9placer et plus de temps \u00e0 appr\u00e9cier les raisons pour lesquelles nous nous d\u00e9pla\u00e7ons.<\/p>\n<p>David Engwicht<\/p>\n<p><strong>Source:<\/strong>\u00a0<a href=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2023\/05\/24\/carbusters\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Carbusters n\u00b010, 2000<\/a>.<\/p>\n<p><strong>Photo<\/strong>: Robert Doisneau<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-46010\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/img\/2024\/05\/cercle-vicieux.jpg\" alt=\"\" width=\"436\" height=\"666\" srcset=\"https:\/\/carfree.fr\/img\/2024\/05\/cercle-vicieux.jpg 436w, https:\/\/carfree.fr\/img\/2024\/05\/cercle-vicieux-419x640.jpg 419w\" sizes=\"(max-width: 436px) 100vw, 436px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article de David Engwicht, un urbaniste australien, est extrait de son livre \u00ab\u00a0Street Reclaiming: Creating Livable Streets and Vibrant Communities\u00a0\u00bb (R\u00e9cup\u00e9rer les rues: cr\u00e9er des rues habitables et des <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2024\/05\/24\/les-voitures-nous-volent-notre-territoire-et-limitent-les-echanges-sociaux\/\">Lire la suite&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1705,"featured_media":46012,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[4,127,165,73,77,1038],"tags":[1709,146,589,611,134,211,1007,19,921,220,935,35,34,345],"views":8164,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/46003"}],"collection":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1705"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=46003"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/46003\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/46012"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=46003"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=46003"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=46003"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}