{"id":550,"date":"2006-01-26T12:21:11","date_gmt":"2006-01-26T11:21:11","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2006\/01\/26\/les-deplacements-sont-ils-des-biens-de-consommation\/"},"modified":"2019-01-22T11:03:38","modified_gmt":"2019-01-22T10:03:38","slug":"les-deplacements-sont-ils-des-biens-de-consommation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2006\/01\/26\/les-deplacements-sont-ils-des-biens-de-consommation\/","title":{"rendered":"Les d\u00e9placements sont-ils des biens de consommation ?"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-style: italic;\">Contribution libre, au s\u00e9minaire \u00ab Acheter ou louer les biens de consommation ? \u00bb organis\u00e9 par l\u2019Institut pour la ville en mouvement &#8211; PSA Peugeot Citro\u00ebn les 26 et 27 janvier 2006.<\/span> <a href=\"http:\/\/velorution.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><!--more--><br \/>\n<\/a><\/p>\n<p>Avec son s\u00e9minaire \u00ab Acheter ou louer les biens de consommation ? \u00bb, dont la deuxi\u00e8me partie est consacr\u00e9e aux transports, l\u2019Institut pour la ville en mouvement &#8211; PSA Peugeot Citro\u00ebn contribue une nouvelle fois \u00e0 la construction de l\u2019id\u00e9ologie du d\u00e9placement individuel motoris\u00e9 comme consommation l\u00e9gitime. Cette approche oublie totalement les enjeux de la mobilit\u00e9 individuelle comme exercice d\u2019une libert\u00e9 autonome et autog\u00e8ne. En centrant son propos sur les v\u00e9hicules particuliers, le s\u00e9minaire fait ainsi l\u2019impasse sur les vraies probl\u00e9matiques actuellement li\u00e9es aux transports et passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de d\u00e9bats essentiels sur l\u2019avenir de nos soci\u00e9t\u00e9s, comme par exemple :<\/p>\n<p>&#8211; Consommation et appropriation par les transports de ressources naturelles limit\u00e9es. En br\u00fblant du p\u00e9trole, en d\u00e9gradant l\u2019atmosph\u00e8re et en accaparant les territoires, les transports m\u00e9caniques (leur fabrication, leur utilisation, leurs infrastructures), et principalement la voiture individuelle, s\u2019inscrivent bien dans une logique de la consommation\u2026 pour laquelle la question de la possession ou de la location du v\u00e9hicule est finalement de peu d\u2019importance.<\/p>\n<p>&#8211; Surench\u00e8re technicienne comme rem\u00e8de aux maux engendr\u00e9s par la technique. La ville comme projet automobile, une identification ville-voiture, c\u2019est ce que r\u00e9v\u00e8le le nom m\u00eame de l\u2019Institut (\u00ab la ville en mouvement \u00bb suivi de marques de constructeurs automobiles). Les villes sont pollu\u00e9es, bruyantes, encombr\u00e9es, chacun en convient ; mais ici, ces d\u00e9fauts de la ville sont vus comme une catastrophe naturelle, qu\u2019un surcro\u00eet de technologie pourrait endiguer ; alors qu\u2019il s\u2019agit des cons\u00e9quences d\u2019une construction tout \u00e0 fait humaine.<\/p>\n<p>&#8211; Expansion de l\u2019espace et rel\u00e2chement du lien social. On ne parle pas de lien social, on parle de routes et de d\u00e9placer les gens quotidiennement ; on ne parle pas d\u2019urbanisme et des moyens de maintenir vivante la convivialit\u00e9 locale, on ne parle que d\u2019accro\u00eetre la mobilit\u00e9 des personnes. Le site internet de l\u2019Institut pour la ville en mouvement &#8211; PSA Peugeot Citro\u00ebn met en avant que se d\u00e9placer est un \u00ab droit et un plaisir \u00bb. Ne serait-ce pas plut\u00f4t un besoin, artificiellement cr\u00e9\u00e9 et aliment\u00e9, et qu\u2019il faudrait remettre en cause ?<\/p>\n<p>Le s\u00e9minaire centre sa r\u00e9flexion sur les modes de consommation des transports, et tente ainsi de cr\u00e9er un effet d\u2019optique masquant l\u2019essentiel : la perp\u00e9tuation et le renforcement d\u2019un syst\u00e8me dans lequel les transports sont une source de profits priv\u00e9s, industriels ou serviciels. De plus en plus, l\u2019organisation du tissu urbain rend l\u2019utilisation des transports m\u00e9caniques n\u00e9cessaire. En acceptant de socialiser les co\u00fbts de construction et d\u2019entretien des diff\u00e9rentes voies de circulation, en refusant de sanctionner la d\u00e9gradation de l\u2019atmosph\u00e8re due \u00e0 la pollution et en r\u00e9servant \u00e0 l\u2019usage exclusif des transports m\u00e9caniques une partie de plus en plus importante des biens publics que sont les surfaces au sol, les autorit\u00e9s publiques contribuent indirectement \u00e0 l\u2019enrichissement des marchands de transports.<\/p>\n<p>Le passage de la propri\u00e9t\u00e9 au partage marchand (location) des moyens de transports individuels est la grande interrogation de ce s\u00e9minaire de janvier 2006. L\u2019Institut pour la Ville en Mouvement &#8211; PSA Peugeot Citro\u00ebn joue ainsi pleinement son r\u00f4le d\u2019accompagnement de la mutation d\u2019un capitalisme industriel fond\u00e9 sur la production de biens mat\u00e9riels \u00e0 un capitalisme tirant ses profits des services. En int\u00e9grant leurs anciens produits (voiture \u00e0 vendre) \u00e0 leur capital (voitures en location), les grands groupes automobiles ne font que varier les modalit\u00e9s des consommations qui sont \u00e0 l\u2019origine de leurs profits (mati\u00e8res premi\u00e8res, \u00e9nergie, espace publique, air pur).<\/p>\n<p>Et l\u2019on peut se demander : si la voiture peut se partager, pourquoi la question du partage \u00e9quitable de l\u2019espace public qu\u2019elle occupe &#8211; avec quelle perte de surface par personne transport\u00e9e ! &#8211; ne serait-elle pas \u00e9voqu\u00e9e ? Si les transports sont des biens de consommation, pourquoi certains des co\u00fbts qui leurs sont li\u00e9s (cr\u00e9ation et entretien de voirie, pollution des sols et de l\u2019atmosph\u00e8re, accidents corporels) ne<br \/>\nsont-ils pas int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 leurs prix ?<\/p>\n<p>Ce sont donc les logiques de marchandisation des d\u00e9placements qu\u2019il faut d\u2019urgence interroger et critiquer. Il ne s\u2019agit pas de savoir comment vendre ou louer au mieux les d\u00e9placements, il s\u2019agit de savoir comment modifier nos comportements collectifs, comment modifier notre g\u00e9ographie pour limiter nos besoins en transports. Le changement de cap qu\u2019il faut apporter d\u00e9passe de loin le d\u00e9couplage entre la croissance \u00e9conomique et la consommation de ressources ou la production de diverses pollutions. Les limites du syst\u00e8me ne se r\u00e9duisent pas \u00e0 celles du capital naturel. Les limites du syst\u00e8me actuel sont tout autant humaines et sociales qu\u2019environnementales. Les contraintes et exigences du fonctionnement du syst\u00e8me \u00e9conomique actuel montrent de plus en plus sa violence \u00e0 l\u2019encontre de la majorit\u00e9 des humains et diminuent la qualit\u00e9 du capital social de tous.<\/p>\n<p>Alors, les d\u00e9placements sont-ils des biens de consommation ? La r\u00e9ponse est non : les transports motoris\u00e9s sont des maux, \u00e0 ne pas consommer ! Ils d\u00e9vorent nos libert\u00e9s, nos espaces, nos liens sociaux, notre biosph\u00e8re et nos vies.<\/p>\n<p>Que de mati\u00e8re grise gaspill\u00e9e dans ce s\u00e9minaire pour une am\u00e9lioration du syst\u00e8me \u00e0 la marge ! Plut\u00f4t que d\u2019accompagner intellectuellement l\u2019automobilisme \u00e9conomique et politique dans ses mutations, il nous para\u00eet beaucoup plus important d\u2019engager une v\u00e9ritable r\u00e9flexion sur la sortie du syst\u00e8me actuel de d\u00e9placements.<\/p>\n<p>Nous demandons donc aux partenaires de l\u2019Institut pour la ville en mouvement &#8211; PSA Peugeot Citro\u00ebn (en particulier aux partenaires publics) de reconsid\u00e9rer la caution qu\u2019ils lui apportent avec cette collaboration et de participer \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une v\u00e9ritable pens\u00e9e critique sur les transports.<\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic;\">Le Collectif V\u00e9lorution compte distribuer \u00e0 cette occasion un tract aux participants de ce s\u00e9minaire. (http:\/\/www.ville-en-mouvement.com\/chaire_universitaire\/)<\/span><\/p>\n<p>Venez participer \u00e0 cette distribution de 9h00 \u00e0 10h00 (environ) vendredi matin 27 janvier devant l\u2019Ecole sup\u00e9rieure de commerce de Paris (ESCP-EAP) 79 av de la R\u00e9publique 75011 Paris &#8211; M\u00e9tro St Maur.<\/p>\n<p>Merci ! V\u00e9lorutionnairement,<br \/>\nJ\u00e9r\u00f4me et Philippe<\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic;\">\u00ab \u00c0 pied, les hommes sont plus ou moins \u00e0 \u00e9galit\u00e9. Ils vont spontan\u00e9ment \u00e0 la vitesse de 4 \u00e0 6 kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019heure, en tout lieu et dans toute direction, dans la mesure o\u00f9 rien ne leur est d\u00e9fendu l\u00e9galement ou physiquement. [.] D\u00e8s que les machines ont consacr\u00e9 \u00e0 chaque voyageur plus qu\u2019une certaine puissance en chevaux-vapeur, cette industrie a diminu\u00e9 l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les gens, restreint leur mobilit\u00e9 en leur imposant un r\u00e9seau d\u2019itin\u00e9raires oblig\u00e9s produits industriellement, engendr\u00e9 un manque de temps sans pr\u00e9c\u00e9dent. D\u00e8s que la vitesse de leur voiture d\u00e9passe un certain seuil, les gens deviennent prisonniers de la rotation quotidienne entre leur logement et leur travail. \u00bb<\/span><br \/>\n<span style=\"font-weight: bold;\">Ivan Illich, <a title=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2008\/02\/03\/energie-et-equite-1973\/\" href=\"http:\/\/carfree.fr\/index.php\/2008\/02\/03\/energie-et-equite-1973\/\">Energie et \u00e9quit\u00e9<\/a> (1973)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic;\">\u00ab Les transports, \u00e0 en croire le discours qu\u2019ils v\u00e9hiculent, produiraient l\u2019acc\u00e8s au monde et aux autres. Disons qu\u2019ils peuvent tout au plus produire les conditions qui favorisent la capacit\u00e9 autonome d\u2019acc\u00e8s au monde et aux autres. Ils peuvent aussi la d\u00e9truire. Nous y sommes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic;\">L\u2019autonomie implique ici un rapport \u00e0 l\u2019espace fond\u00e9 sur des d\u00e9placements \u00e0 faible vitesse, recourant pour l\u2019essentiel \u00e0 l\u2019\u00e9nergie m\u00e9tabolique de celui qui se meut. Si l\u2019on n\u2019est soumis \u00e0 aucune contrainte, on ne marche que dans des lieux que l\u2019on aime. La vitesse motoris\u00e9e n\u2019a d\u2019int\u00e9r\u00eat que quand il s\u2019agit de s\u2019\u00e9loigner de lieux <\/span><span style=\"font-style: italic;\">ind\u00e9sirables ou de vaincre des distances per\u00e7ues comme des obstacles.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-style: italic;\">La sou\u00admission de l\u2019homme industriel aux v\u00e9hicules r\u00e9v\u00e8le qu\u2019il ne se sent chez lui nulle part, ou presque. Si l\u2019homme habite en po\u00e8te, le malheur de vivre dans un endroit inhabitable ne pourra jamais \u00eatre compens\u00e9 par l\u2019accroissement des possi\u00adbilit\u00e9s de le fuir le plus souvent possible. \u201d Les usagers, \u00e9crivait Illich, briseront les cha\u00eenes du transport surpuissant lorsqu\u2019ils se remettront \u00e0 aimer comme un territoire leur \u00eelot de circulation, et \u00e0 redouter de s\u2019en \u00e9loigner <\/span><span style=\"font-style: italic;\">trop sou\u00advent. \u201d L\u2019alternative radicale aux transports actuels, ce ne sont pas des transports moins polluants, moins producteurs de gaz \u00e0 effet de serre, moins bruyants et plus rapides ; c\u2019est une r\u00e9duction drastique de leur emprise sur notre vie quoti\u00addienne. Il faut briser pour cela le cercle vicieux par lequel une industrie contribue \u00e0 renforcer les conditions qui la ren\u00addent n\u00e9cessaire ; par lequel les transports cr\u00e9ent des dis\u00adtances et des obstacles \u00e0 la communication qu\u2019eux seuls peuvent franchir. \u00bb<\/span><br \/>\n<span style=\"font-weight: bold;\">Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme \u00e9clair\u00e9 (2002)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Annexe :<\/span> liste des partenaires de l\u2019Institut pour la ville en mouvement &#8211; PSA Peugeot Citro\u00ebn<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Contribution libre, au s\u00e9minaire \u00ab Acheter ou louer les biens de consommation ? \u00bb organis\u00e9 par l\u2019Institut pour la ville en mouvement &#8211; PSA Peugeot Citro\u00ebn les 26 et 27 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2006\/01\/26\/les-deplacements-sont-ils-des-biens-de-consommation\/\">Lire la suite&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":168,"featured_media":39050,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[73],"tags":[224,402,188,85,11,138,200,177,134,106,393,113],"views":3926,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/550"}],"collection":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/168"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=550"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/550\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/39050"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=550"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=550"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=550"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}