{"id":6465,"date":"2010-01-30T10:07:28","date_gmt":"2010-01-30T09:07:28","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=6465"},"modified":"2016-05-31T15:33:12","modified_gmt":"2016-05-31T14:33:12","slug":"en-terre-inconnue-au-salon-de-lauto","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2010\/01\/30\/en-terre-inconnue-au-salon-de-lauto\/","title":{"rendered":"En terre inconnue : au Salon de l\u2019Auto"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" title=\"motor-show-2010\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/images\/motor-show-2010.jpg\" alt=\"motor-show-2010\" width=\"420\" height=\"200\" \/><\/p>\n<p>Contrairement aux personnalit\u00e9s actrices de l&rsquo;\u00e9mission phare [<span>1<\/span>] du PAF (Paysage audiovisuel francophone) \u00e0 laquelle  renvoie le titre de cette chronique, j&rsquo;ai su d\u00e8s le d\u00e9part o\u00f9  s&rsquo;op\u00e8rerait mon immersion au sein d&rsquo;un univers et d&rsquo;une population  \u00e9trange(r)s. Mieux, j&rsquo;ai moi-m\u00eame choisi ma destination. D\u00e9sireux de  percer les motivations d&rsquo;hommes et de femmes sacrifiant chaque ann\u00e9e \u00e0  un p\u00e8lerinage dont le sens m&rsquo;\u00e9chappait, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;affronter mes  phobies pour me m\u00ealer \u00e0 eux, les \u00e9couter, les observer et enfin,  peut-\u00eatre, les comprendre. Car plus de 600.000 personnes &#8211; soit un Belge  sur 17 ! &#8211; convergeant vers un lieu sacr\u00e9 pour y communier autour du  m\u00eame dieu, cela n&rsquo;a rien d&rsquo;anecdotique et ne peut \u00eatre ni moqu\u00e9 ni  ignor\u00e9 sans autre forme de proc\u00e8s. En route, donc, pour l&rsquo;<em>European  Motor Show Brussels<\/em>, de son petit nom, le Salon de l&rsquo;Auto. <!--more--><\/p>\n<p>L&rsquo;objectivit\u00e9  m&rsquo;oblige \u00e0 avouer que j&rsquo;entretiens avec les salons et autres foires,  quel que soit leur objet, une relation que l&rsquo;on peut qualifier de  difficile. Ma derni\u00e8re exp\u00e9rience du genre remonte ainsi \u00e0 pr\u00e8s de 20  ans et m&rsquo;a vu traverser Batibouw \u00e0 la vitesse paniqu\u00e9e du gibier  poursuivi par la meute. Sit\u00f4t propuls\u00e9 dans les all\u00e9es bruyantes et  grouillantes du Heysel, ma qu\u00eate d&rsquo;information originelle s&rsquo;\u00e9tait en  effet mu\u00e9e en recherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d&rsquo;une sortie, oublieux tout \u00e0 la fois  de mes interrogations sur les derni\u00e8res innovations en mati\u00e8re de  pommeaux de douche \u00e9conomiques et d&rsquo;une compagne abandonn\u00e9e dans ce  magma humain. J&rsquo;\u00e9prouvais donc une l\u00e9gitime appr\u00e9hension \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de  replonger dans ce milieu hostile mais \u00e9tais dans le m\u00eame temps d\u00e9cid\u00e9 \u00e0  faire face vaillamment.<\/p>\n<p>Ayant opt\u00e9 pour un ticket B-Excursions [<span>2<\/span>] combinant voyage en train et entr\u00e9e au Salon, je  me suis \u00e9pargn\u00e9 la double peine pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;acc\u00e8s au Saint des saints :  d&rsquo;une part, grossir la queue des p\u00e8lerins attendant l&rsquo;acquisition du  pr\u00e9cieux s\u00e9same en \u00e9voquant tant\u00f4t la hi\u00e9rarchie de leurs d\u00e9votions &#8211; <em>\u00ab  D&rsquo;abord Ferrari, hein, puis Porsche : leur nouveau Boxster Spyder, \u00e7a \u00e0  l&rsquo;air d&rsquo;\u00eat&rsquo;k\u00e8k&rsquo;chose. On aura l&rsquo;temps de se balader \u00e0 l&rsquo;aise apr\u00e8s, en  semaine, \u00e7a n&rsquo;ferme qu&rsquo;\u00e0 8 heures\u2026 \u00bb<\/em> &#8211; tant\u00f4t l&rsquo;objet de leur  curiosit\u00e9 &#8211; <em>\u00ab J&rsquo;suis quand m\u00eame curieux d&rsquo;voir \u00e0 quoi ressemble en  vrai l&rsquo;b\u00e9b\u00e9<\/em> ( ??? &#8211; NDLR) <em>d&rsquo;chez Peugeot. Y&rsquo;z&rsquo;ont montr\u00e9 des  images \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, c&rsquo;est d&rsquo;un moche ! On dirait une bouch\u00e9e C\u00f4te d&rsquo;Or \u00e0  moiti\u00e9 \u00e9cras\u00e9e ! T&rsquo;sais, les \u00e9l\u00e9phants avec du pralin\u00e9 d&rsquo;dans\u2026 En tout  cas, tu m&rsquo;las donnerais qu&rsquo;j&rsquo;en voudrais pas ! \u00bb<\/em> &#8211; dans un langage  myst\u00e9rieux aux oreilles du profane ; d&rsquo;autre part, \u00eatre confront\u00e9  directement au fait de payer pour visiter ce qui n&rsquo;est somme toute qu&rsquo;un  show-room surdimensionn\u00e9.<\/p>\n<p>Une fois l&rsquo;entr\u00e9e franchie, je me  trouve instantan\u00e9ment plong\u00e9 dans le maelstrom de bruit, de lumi\u00e8re et  d&rsquo;agitation que je redoutais. Mais pas question de fuir : je dois  affronter et surmonter mes r\u00e9pulsions ! Je me ressaisis donc, adopte une  attitude de retrait \u2013 relativement ais\u00e9e vu que, contrairement \u00e0 celles  et ceux qui m&rsquo;entourent, je n&rsquo;ai pas pr\u00e9tention d&rsquo;acc\u00e9der aux stands,  de prendre des photos ou de faire provision de d\u00e9pliants divers \u2013 et me  concentre sur l&rsquo;objet de ma mission : observer, ouvrir grands yeux et  oreilles pour recueillir un maximum d&rsquo;informations utiles \u00e0 la  compr\u00e9hension du ph\u00e9nom\u00e8ne auquel j&rsquo;assiste.<\/p>\n<p>Ce qui me frappe  avant tout, c&rsquo;est le besoin d&rsquo;appropriation \u2013 toute symbolique\u2026 &#8211; qui  anime l&rsquo;immense majorit\u00e9 des visiteurs. On ne se contente pas de  regarder, il faut toucher l&rsquo;ic\u00f4ne, plonger dans ses entrailles, investir  son si\u00e8ge, caresser ses volant, tableau de bord et levier de vitesse.  Puis, surtout, il convient d&rsquo;immortaliser l&rsquo;instant par un clich\u00e9 dont  la valeur semble index\u00e9e sur l&rsquo;appropriation \u00e9voqu\u00e9e plus haut : la  photo du v\u00e9hicule seul constitue le minimum acceptable ; une pose en  pied ou &#8211; mieux \u2013 agenouill\u00e9 devant la carrosserie prend une valeur  suppl\u00e9mentaire sans comparaison toutefois avec celle que rev\u00eat l&rsquo;image  o\u00f9 le visiteur (ou la visiteuse) appara\u00eet au volant du bolide de ses  r\u00eaves. Le summum est atteint lorsque ce moment de magie enfantine est  compl\u00e9t\u00e9 par la pr\u00e9sence sur le si\u00e8ge passager d&rsquo;une h\u00f4tesse au sourire  et au d\u00e9collet\u00e9 am\u00e8nes qui, dans des cas d&rsquo;abandon ultime, compl\u00e8te la  pose d&rsquo;un bras effleurant les \u00e9paules du h\u00e9ros.<\/p>\n<p>L&rsquo;h\u00f4tesse  constitue d&rsquo;ailleurs l&rsquo;autre \u00e9l\u00e9ment remarquable du Salon. Noire, brune  ou blonde elle est omnipr\u00e9sente (\u00e0 l&rsquo;inverse des crini\u00e8res rousses et  des peaux d&rsquo;\u00e9b\u00e8ne\u2026), pour le plus grand plaisir d&rsquo;un public m\u00e2le dont  les regards d\u00e9crochent r\u00e9guli\u00e8rement des courbes a\u00e9rodynamiques de la  flotte pour se poser sur celles tout aussi \u00e9tudi\u00e9es des beaut\u00e9s barbies  titillant leurs pulsions (d&rsquo;achat ?). Sans tomber dans la muflerie  machiste de ce visiteur arr\u00eat\u00e9 pour harc\u00e8lement des belles et  consid\u00e9rant \u00ab <em>normal qu&rsquo;il importune les h\u00f4tesses, elles ont choisi  ce m\u00e9tier<\/em> \u00bb [<span>3<\/span>], force  est de constater que le fantasme \u00e9cul\u00e9 de la bimbo et de la belle caisse  est cultiv\u00e9 ici avec un soin frisant l&rsquo;obsession en m\u00eame temps que le  ridicule. On doute raisonnablement que le p\u00e8re de famille venu avec  madame et les deux enfants checker l&rsquo;offre en monospaces (eh oui,  d\u00e9sormais, pass\u00e9 le cap de l&rsquo;enfant unique, le monospace s&rsquo;impose\u2026)  envisage un seul instant de se voir offrir en option l&rsquo;avenante pin-up  qui l&rsquo;accueille sur le stand. Pourtant, les cadors du marketing moteur  semblent encore et toujours voir en la gente f\u00e9minine \u00e9rotis\u00e9e une force  d&rsquo;attraction et de conviction consid\u00e9rable. Alors, on met le paquet. De  la pointe des cheveux \u00e0 celles des seins, du dessin des l\u00e8vres \u00e0 celui  du popotin, du regard qui aguiche au sourire de biche, des attitudes en  position debout, pench\u00e9e ou assise aux tenues dans lesquelles le r\u00f4le  exact de chaque centim\u00e8tre de tissu semble avoir \u00e9t\u00e9 soigneusement pens\u00e9  (et ce n&rsquo;est pas \u00e9vident de trouver le fragile point d&rsquo;\u00e9quilibre  au-del\u00e0 duquel la<em> courteur<\/em> d&rsquo;une jupe ou la profondeur d&rsquo;un  corsage bascule de la s\u00e9duction dans la vulgarit\u00e9\u2026), tout est \u00e9tudi\u00e9  pour donner au visiteur sous testost\u00e9rone l&rsquo;illusion d&rsquo;\u00e9voluer dans une  autre dimension, un univers parall\u00e8le o\u00f9 toutes les voitures sont  rutilantes et toutes les filles \u00e9tincelantes, un monde idyllique (enfin,  pour le visiteur standard !) qu&rsquo;il aura \u2013 du moins, c&rsquo;est l&rsquo;objectif &#8211;  envie de prolonger.<\/p>\n<p>En sortant au bout de deux heures de  visite\/observation, je restais avec mes interrogations quant aux  motivations de la foule que je venais de c\u00f4toyer. Bien s\u00fbr, j&rsquo;avais vu  quelques personnes r\u00e9ellement en qu\u00eate d&rsquo;un nouveau v\u00e9hicule mais  l&rsquo;immense majorit\u00e9 m&rsquo;avait sembl\u00e9 anim\u00e9e par une r\u00e9elle passion,  \u00e9prouver un r\u00e9el plaisir \u00e0 voir et toucher \u00ab <em> l&rsquo;dernier mod\u00e8le de  chez Peugeot qu&rsquo;ils pourront jamais se payer<\/em> \u00bb comme le chantait  d\u00e9j\u00e0 Renaud en 1975 [<span>4<\/span>]. Ces notions  de \u00ab plaisir \u00bb et de \u00ab passion \u00bb relevant de l&rsquo;irrationnel, il \u00e9tait  somme toute normal que je ne puisse les comprendre d\u00e8s lors que j&rsquo;y  \u00e9tais insensible\u2026 Ceci act\u00e9, ce qui m&rsquo;apparaissait jusqu&rsquo;alors comme une  \u00e9vidence instinctive se trouvait soudain confort\u00e9 : s&rsquo;il est si  difficile de modifier les comportements de mobilit\u00e9 et de sortir de  l&rsquo;autocentrisme, c&rsquo;est que le rapport unissant l&rsquo;individu \u00e0 la voiture  \u00e9chappe, pour partie du moins, \u00e0 la raison. Partant de l\u00e0, il serait  utopique de compter uniquement sur la sensibilisation et le bon sens  pour faire changer les choses : t\u00f4t ou tard, il faudra oser prendre des  mesures qui d\u00e9plaisent\u2026<\/p>\n<p>Pierre Titeux<\/p>\n<p><a title=\"http:\/\/www.iewonline.be\/\" href=\"http:\/\/www.iewonline.be\/\" target=\"_blank\"><span>http:\/\/www.iewonline.be\/<\/span><\/a><\/p>\n<p>Notes<\/p>\n<p>[1] Pour les t\u00e9l\u00e9phobes, \u00ab En terre  inconnue \u00bb est une \u00e9mission multi prim\u00e9e et en phase de cultisation  emmenant des peoples partager quelque temps le quotidien (tellement dur  mais tellement authentique) de peuplades retir\u00e9es (tellement loin de  tout) et\/ou en voie de disparition (tellement dramatique). Le principe  et le sel de l&rsquo;\u00e9mission veulent que la personnalit\u00e9 participant \u00e0 ce  trip anthropologique ignore en embarquant si elle se retrouvera au-del\u00e0  du cercle polaire, au c\u0153ur de l&rsquo;Amazonie, au fin fond du Sahara ou dans  la steppe mongole.<\/p>\n<p>[2]  Saluons au passage ce geste commercial de la SNCB qui offre un tarif  pr\u00e9f\u00e9rentiel pour un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 la gloire de ce qui est un de ses \u00ab  concurrents \u00bb &#8211; m\u00eame si le politiquement correct invite \u00e0 parler plut\u00f4t  de compl\u00e9mentarit\u00e9. Les lobbies automobiles pourraient s&rsquo;inspirer  utilement de ce fair-play, eux qui fustigent de mani\u00e8re r\u00e9currente les  investissements jug\u00e9s trop importants dans les transports publics \u00ab au  d\u00e9triment \u00bb de la route.<\/p>\n<p>[3] Le  Soir, mercredi 20 janvier 2010<\/p>\n<p>[4] Chanson \u00ab Hexagone \u00bb sur l\u2019album \u00ab Amoureux de Paname \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Contrairement aux personnalit\u00e9s actrices de l&rsquo;\u00e9mission phare [1] du PAF (Paysage audiovisuel francophone) \u00e0 laquelle renvoie le titre de cette chronique, j&rsquo;ai su d\u00e8s le d\u00e9part o\u00f9 s&rsquo;op\u00e8rerait mon immersion <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2010\/01\/30\/en-terre-inconnue-au-salon-de-lauto\/\">Lire la suite&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":173,"featured_media":6466,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[73],"tags":[183,79,171,463,132,87,519,393,400,86,213],"views":5790,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6465"}],"collection":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/173"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6465"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6465\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6465"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6465"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6465"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}